‹ Le CorrègeChapitre 82 sur 158 · MICHEL-ANGE ET LE GENIE BIBLIOUE · texte numérisé non relu

MICHEL-ANGE ET LE GENIE BIBLIOUE

main vers la créature qui se lève à son signe et touche de son doiçt le doig-tdu Tout-Puissant. Une majesté sereine réside sur le front du Créateur; les ang-es et les puissances célestes flottent dans les plis de son manteau soulevé par la tempête et jettent un reg-ard d'étonnement, presque d'effroi, sur Ihomine naissant qui se dég-age de l'argile terrestre. Impossible de rendre en moins de traits et dans un cadre plus simple la mystérieuse relation entre le fini et l'infini, entre l'homme et Dieu. La perspective vulgaire disparaît ici, les proportions aug-mentent, la grandeur des lig-nes accuse l'immensité de la conception, donne le sentiment de l'Eternel. La tempête où flotte Jéhovah est le souffle même de la création et le regard d'Adam puise l'àme humaine dans son œil de feu. Pour paysage le sol nu et le goufFre orageux de l'espace, mais entre ces deux têtes circule la vie des mondes.

Au chef-d'œuvre du peintre il faut joindre celui du sculpteur; à Jéhovah son législateur. Le Moïse, qui devait faire partie du monument de Jules II et qui se trouve à San Pietro in Vincoli à Rome, est peut-être l'œuvre que Michel-Ange a le mieux marqué de son sceau puissant. Le chef hébreu, de proportions colossales et d'une musculature athlétique, est assis dans une attitude de maître. D'une mam il tient la table des dix commandements appuyée sur son genou ; de l'autre il tord sa barbe épaisse qui s'enroule à son bras comme une chevelure. Ses lèvres charnues respirent la force d'un patriarche et le mépris d'un dompteur de peuples.

Son front est le sièg-e d'une volonté indomptable. Deux rayons en sortent comme deux petites cornas; dans ce front il y a du bélier et du prophète. Derrière le législateur, on entend gronder la foudre du Sinaï qui brise le veau d'or, menace les pécheurs, détruit en masse les idolâtres. Inspiré du Dieu vengeur, sublime et terrible, il vient de rédiger sa loi et l'impose. Pétri de force, il détruit la faiblesse, la chasse comme la poussière devant l'ouragan du désert. Ainsi passe la chair impure devant le souffle de l'Esprit.

Cependant Michel-Ange, incomparable dans l'expression de la force et de la grandeur, ignora les joies tendres de l'innocence^ le sourire du bonheur et les émotions profondes delà pitié. Son Christ du Jugement dernier est une âme de justicier dans un corps d'athlète; mais sans miséricorde ni compassion. Il proteste contre le crime en damnant les pécheurs, son poing levé les foudroie. Buonarroti luimême ne conçut la grandeur que dans la lutte, le progrès que dans l'extermination des méchants. Pendant toute sa vie il ne cessa jamais de lutter, de travailler, de poursuivre la vérité artistique, de protester contre les abus. Elevé (dans ses premières années) dans l'air léger des montagnes d'Arezzo, qui donne lafinesse et la force, imbu de l'idéal classique par habitude d'adolescent, créant par Tinstinctduvrai, croyant au beau, âme énergique, esprit platonicien^ Michel-Ange vécut bien au-dessus de son siècle dans l'éternelle justice et ne cessa de travailler pour elle, en fidèle ouvrier. Il passa ses

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