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LEONARD DE VINCI ET LA SCIENCE DANS L ART

A la forte individualité de Michel-Ange, qui se fait remarquer surtout par Taffirmation de son caractère moral, il convient d'opposer le génie moins personnel mais beaucoup plus vaste de Léonard. Né dans les environs de Florence, fils naturel d'une famille aisée, il reçut l'éducation d'un gentilhomme. Orné de tous les dons de l'esprit et du corps, favorisé par la fortune, il put développer en tous sens ses splendides facultés, dans le cours d'une vie heureuse et bien remplie. Force virile, beauté et souplesse corporelles, séduction et grandes manières, il eut tout cela. Il était beau danseur et beau cavalier, habile à dompter les chevaux. Nature charmante, aimable, épanouie, il aimait tous les êtres vivants. Souvent il achetait de beaux oiseaux pour leur donner la liberté. Son puissant attrait fascinait les autres etl'enveloppaitcommed'un rayonnement . Avec cela poète, musicien, improvisateur; doué d'une éloquence spontanée, mathématicien, architecte, physicien, physiologue, sculpteur et peintre. Regardez son portrait fait par lui-même aux Uffizi,

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celte vaste tête de grand seig-neur et d'alchimiste qui ressort lumineuse sur un fond sombre sous sa toque de velours, avec son œil pénétrant et fascinateur^ sa chevelure élégante et sa fine barbe d'or; c'est l'horame accompli, c'est l'artiste universel de la Renaissance.

Une aussi vaste inteUigence se serait éparpillée sans le génie constructeur qui l'animait. Lorsqu'on considère ce génie à l'œuvre et qu'on embrasse d'un coup d'œil toute son activité, on s'aperçoit qu'une même pensée le domine dans la multiplicité de ses occupations. Une immense curiosité le pousse dès ses plus tendres années à fouiller dans les profondeurs de lanature, à étudierla structure des plantes, les mœurs des animaux, l'anatomie du corps humain. Ses observations sont d'une exactitude rigoureuse. Chemin faisant, il fait des découvertes qui enrichissentla science. Son esprit toujours scrutant, toujours soudant se promène ainsi à travers toutes les régions de la nature. Depuis les jeux de la lumière et du clair obscur, jusqu'au jeu de la phvsionomie humaine, depuis le serpent jusqu'à lafemme, depuis l'éclosion de la fleur jusqu'au sourire de l'âme dans l'hommedi vin, tout l'attire, toutl'occupe. Ce qu'il cherche à surprendre, à saisir, c'est la vie sous toutes ses formes ; et il est d'avis que rien n'est laiddans la nature qui concourt à l'harmonie de l'ensemble. Mais dans cette recherche ardente, il y a plus que la curiosité scientifique, il y a l'ambition de l'artiste, il y a le désir d'un magicien créateur, qui veut pénétrer le secret de la nature

pour lutter avec elle. Dans ses dessins, on trouve un dragon ailé poursuivant un lion qui rampe de peur, se dérobe sous ses g-rifFes et retourne sa tête en grinçant les dents. Tout fantastique qu'il est, ce dragon a l'air de vivre. Ce terrible animal est si bien membre, si bien bâti, qu'il donne le frisson. On dirait un être antédiluvien reconstruit par Cuvier.Geci prouve combien Léonard observait les lois de la nature dans ses plus hardies fantaisies. Mêmes études sur l'homme et sur les animaux. Il fixe, d'après la statuaire grecque et d'après des modèles Advants, les proportions du corps humain et les formule selon huit types différents. La pensée dominante qui ressort de l'œuvre de Léonard, c'est la recherche de la perfection artistique, par l'étude acharnée de la vie. Ce grand connaisseur de la nature est en même temps un sav^ant idéaliste, qui poursuit le type éternel dans la multiplicité des formes changeantes. En cela, il est frère des Grecs, qui mirent une science profonde au service de leur art souverain. Nous allons considérer le génie de Léonard en trois œuvres très diverses qui montreront son étendue et sa profondeur.

Deux tableaux du Léonard surpassent tous les autres par leur intensité de vie ; tous deux ont un pouvoir de fascination, qu'on chercherait en vain en d'autres toiles. Le premier, chef-d'œuvre d'horreur, cauchemar sublime, est la tête de Méduse avec les serpents. L'autre si connu, si célèbre , est la Joconde du Louvre, sirène qui séduit et qui tue, qui

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