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RAPHAËL ET LE SENTIMENT DL' BEAU

robe et répandent autour d'elles le bonheur dans le repos. La vierge au voile, la Madone au chardonneret, laMadonedite du grand Duc, au palaisPitti, sont de ce nombre. Il y en avait une à Pérouse autrefois (à la maison Connestabili), œuvre de ses jeunes années, vraie émanation de l'âme dans un moment d'inspiration. La foi de sa mère, ses souvenirs d'enfance et de pieux sentiments le touchaient par moments, et le pinceau fidèle reproduisait alors le sentiment divin sous la forme féminine. Jamais plus d'activité, de bonheur, de grâce et de douceur ne se réunirent pour produire le Beau. Le Beau était en lui un sentiment et un besoin, uneinsatiable ivresse et comme une passion de l'âme, une religion. Il en avait soif, il y aspirait inconsciemment, comme une fleur à la lumière qui la fait éclore.

Invité à peindre avec Pinturicchio certaines fresquesdanslabibliothèquedela cathédrale de Sienne, il fut frappé de la beauté d'un groupe ravissant, les (( trois Grâces » de la belle époque de l'art grec.

L'art antique relève les contours delà beauté, par la grâce et l'harmonie des lignes qui s'allienl pour reproduire le plus parfait naturel. La pureté de ces lignes, le charme de ce naturel frappèrent l'esprit du jeune Raphaël, à l'aspect de ce groupe qui fut pour lui une révélation. L'ayant soigneusement copié, son esprit en garda l'empreinte. Les lignes suaves de cette sculpture sympathique, élégante, proportionnée el fine, ces trois êtres ravissants

qui, par la fluidité harmonieuse des contours, sont sœurs d'une même idée, transformèrent le génie de Raphaël. Il eng-ardaprécieusement le souvenir et ne cessa de s'en inspirer. D'impressions en impressions? d'études en études, il s'éleva au degré supérieur de l'art. Si par manière on entend l'imitationplus ou moins conventionnelle de l'art hiératique des anciens maîtres, qui tiraient leurs traditions des compositions byzantines, on peut affirmer que Raphaël s'en affranchit promptement. Dans ses peintures de Rome, on ne retrouve plus le style de son maître le Pérugin. A Florence déjà, l'étude des œuvres de Masaccio à l'église des Carmes et les cartons de la bataille d'Anghiari (chefs-d'œuvre de Léonard), avaient élargi sa manière et donnéunepleine liberté à son pinceau. Il prouva plus tard l'étendue de sa capacité dans le portrait du cardinal Inghirami et dans celui de Léon Xavec les deux cardinaux Rossi et Médicis. Ce sont des chefs-d'œuvre de psychologie physiognomonique rendue avec le savoir plastique d'un maître accompli.

Les portraits des Doni (qui sont aussi au Pitti) sont délicatement traités. Mais la pente naturelle de son esprit n'était pas celle de la pure observation.

Sa carrière fut comme lamarche triomphale d'un esprit ailé dans le royaume du Beau. Franchissant les entraves qui se présentent au génie même par une ardeur incessante au travail, aidé de sa distinction naturelle et de sa grâce spontanée, il ne choisit que des types nobles, élevés, excellents. Les nuan-

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ces diverses de son talent sefondirent heureusement dans la Vision d'Ezéchiel. Le grandiose se mêle au sublime dans l'ensemble de cette composition hardie et noble, non point cependant inspirée par un sentiment religieux. Dieu le Père, quoique noble et beau, a plutôt l'expression d'un Jupiter que d'un Jéhovah. Si la Vision se soutient dans l'empyrée par la majesté des attitudes, l'ensemble manque de transparence. C'est le relief plastique des formes et le modelé qui sont surtout remarquables dans ce beau tableau.

Les g-randes émotions de l'âme, comme aussi la véritable imagination créatrice, faisaient défaut à Raphaël.

Il eut par contre le don du succès personnel, le don de plaire, de charmer l'œil et l'esprit.

Dès son arrivée à Rome, il est appelé à décorer plusieurs salles du Vatican et porté aux nues pour toutes ses œuvres. Entouré d'amis et d'admirateurs, nommé par le Pape architecte en chef et peintre à la cour de Rome, sa vie eut un cours incessamment heureux. Il ne connut que les difficultés de l'art, jamais la douleur et lechagrin profonds, par lesquels l'homme descend dans les replis de sa propre nature pour en sonder le fond.

Les salles du Vatican surtout dans « l'école d'Athènes ;) marquent son progrès constant dans la capacité technique de rendre sa pensée. L'art delà Renaissance classique atteint son plus haut deg-ré d'expression sous son pinceau, mais il n'a de l'art grec que l'élégance extérieure, et on reste assez

froid devant ces créations, qui semblent arrang-ées pour faire ressortir une belle pose plutôt qu'animées d'un souffle paissant. Héritière d'un passé fécond de g-loire et de beauté, Rome, protectrice souveraine des arts, inspira au génie de Raphaël ses œuvres meilleures. Jusqu'à son arrivée à Rome la série de ses Madones, chastes vierges éternelles, manque peut-être de variété. Elles se ressemblent toutes plus ou moins ; toutes sont belles par la grâce du type, la pureté et l'innocence du cœur. Naïves et bonnes, elles plaisent sans émouvoir. Mais le g-énie de Raphaël à son couchant allume ses plus riches couleurs. En ses dernières années, il s'épanouit en force^ en flamme, en expression. Les yeux de ses belles madones, de ses divins enfants s'animent d'un sentiment plus intense, et l'image du Reau reluit en eux dans sa perfection.

Cette beauté divine nous attire surtout par l'éclat des yeux. Nous la trouvons dans son chef-d'œuvre qui est, selon nous, la Madone Sixtine, merveille de beauté et de charme supérieur. Sur un fond de lumière éthérée la Vierg^e Mère et l'Enfant divin s'élèvent à Dieu. Le rêve du ciel semble nager dans l'air et se reflète dans le regard, dans l'attitude de tous ces personnages.

Les Saints et les Saintes, les Anges et les Chérubins qui les entourent sont beaux, g-racieux et vivants, mais on n'a des yeux que pour la Madone et le divin Enfant. Son reg-ard intense et profond, celui de l'Enfant divin qu'elle tient dans ses bras, dominent toute autre impression. Comme le soleil

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