RAPHAËL ET LE SENTIMENT DC BEAU
au milieu des astres, ses yeux reluisent d'une clarté sans pareille. Grands ouverts et admirables, immuables, comme la destinée, mère et enfant flottent dans une atmosphère supra-terrestre sans se soucier des peines d'ici-bas.
L'âme des mondes, consciente et grave, parle par ces yeux de flamme. Sans nimbe et sans auréole l'éternelle beauté sourit en eux et proclame la souveraineté de la Vierge Mère, et de l'Enfant divin» Royalement et majestueusement, ils franchissent les cieux comme leur domaine de droit. Ce ciel est bien à eux. Ils sont loin de nous. Nous sentons la distance, au rayon de leur regard sans sympathie humaine.
Cette Mère et cet Enfant superbe n'ont ni pitié ni joie. Sérieux, intenses et mystérieux, ils rayonnent d'une lumière profonde et leur beauté s'imprime dans l'esprit de celui qui les a vus comme une chose surnaturelle. L'effet de ce tableau est unique. Jamais Raphaël n'a eu une plus heureuse inspiration. Son dernier tableau. Transfiguration dont on a tant parlé, mérite moins les éloges exagérés qu'on lui prodigue. Le Christ, qui flotte dans les airs, entre Moïse et Elie, comme aussi les trois disciples qui assistent, sur le mont Thabor, à cette scène merveilleuse, forment un groupe d'une conception élevée, mais trop vague. Il a donné, au contraire, aux personnages qui sont au bas de la montagne un caractère du naturalisme outré qui contraste d'une manière trop tranchée avec la partie supérieure du tableau.
La mort, en coupant sa vie dans sa fleur, laissa au cœur de ses admirateurs un regret poignant et lui mit au front l'auréole de réternelle jeunesse. Ce tableau était encore inachevé quand il mourut. Cette mort fit sur le public une impression profonde. Le tableau fut porté dans les rues de Rome devant le cercueil de Raphaël, au milieu d'une foule émue d'amis et d'admirateurs. Il est donc resté comme l'apothéose de son génie, que le monde avait proclamé divin dès son berceau.