‹ Le CorrègeChapitre 93 sur 158 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les comtes de Gorrèg-e. — Véronica Gambara et sa cour. — Gontraste entre les beaux esprits de la Renaissance et Antonio Allegri.

Quelques mots sur le bourg- de Corrèg-e, qui donna naissance au maître de ce nom, et une courte étude sur la famille qui y régnait d'ancienne date* ne seront point déplacés dans la biographie de l'artiste qui a entouré cette obscure bourgade d'une auréole immortelle.

Ce chapitre nous transportera dans un de ces petits centres de l'Italie du moyen âge, qui ne furent mêlés qu'incidemment aux grands événements de l'histoire, mais où les mœurs du temps se peig"nent avec beaucoup d'originalité et de naturel. Quoique cette société n'ait pas influé sur Allegri,

I. Les Corrège furent élevés au titre de Comtes par l'empereur Frédéric 111. Leur résidence, qui jusque-là n'avait eu que le titre de Bourg fut élevée au rang de Ville du temps de la guerre qui se fit entre Paul IV et Philippe II d'Espagne, quand le bourg fut soumis à l'empire. En iBog ce titre fut confirmé par Ferdinand P% et l'empereur Mathieu y ajouta le privilège de battre monnaie en son propre nom. Don Juan Siro (qui seul parmi les seigneurs de Corrcge fut élevé au rang de prince de l'empire) fut le dernier de ces comtes. On le priva de ses domaines (i634 et ses possessions passèrent à François V^ de Modene qui en fit l'acquisition pour la somme de 2 4o florins d'or.

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qui comme tous les hommes d'un génie extraordinaire semble avoir une nature à part, il est intéressant d'y jeter uu coup d'oeil. Car il y a vécu, et si elle ne lui ressemble point, elle fait ressortir ses qualités par contraste.

La famille des comtes de Corrège était issue de ces vieux Lombards qui prirent possession de l'Italie après l'avoir transpercée de leur épée et noyée dans son sang-.

Ou sait que ces envahisseurs, forts, durs et cruels, devinrent par leur mélange avec le sang italique, une race puissante et belliqueuse, laborieuse et active. Forcée de défendre ses libertés, surtout au temps de la ligue lombarde, elle ne négligea aucun effort pour maintenir ses droits et secouer le joug de l'étranger qui voulait la dominer. Tenace au commerce comme à la guerre, ce peuple n'a cessé d'être, dans le cours de l'histoire, le noyau le plus résistant de l'Itahe.

Le bourg de Corrège est situé sur la Lenza, près de Parme, entre Reggio et Modène. Un château-fort et une église entourés de quelques masures, dans la vaste plaine de Lombardie, formaient le centre de la bourgade en des temps fort reculés.

Un certain Frogérius fut le premier seigneur de Corrège, en Tan 1009. Il sortait d'une famille de Heggio, où l'on était magistrat de père en fils.

Il avait acquis des droits sur le bourg par de

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riches donations que son père et son oncle, Guido et Adalbert de Regg-io, avaient faites à l'ég-lise de Saint-Michel. Devenu possesseur de Corrèg-e, il y introduisit la loi lombarde.

La connaissance du droit et Texercice des fonctions judiciaires fut longtemps héréditaire dans cette famille, car beaucoup de descendants de Frog-érius figurent comme podestats dans les annales des villes voisines. Mais à force de posséder et de s'arrondir, ces magistrats, devenus de plus en plus avides de pouvoir, trouvèrent plus expéditif de guerroyer que de légiférer.

De siècle en siècle, ils étendirent leur pouvoir. par la ruse ou parla violence. Quelques-uns furent même assez hardis et assez heureux pour s'emparer de Parme.

Pour se rendre compte des mœurs lombardes du xiii^ et du xiv^ siècle, il suffit de feuilleter un instant les chroniques de Parme, de Plaisance et de Guastalla ^ restées fort peu connues jusqu'à ce jour.

Le fond de sauvagerie et de brutalité qu'on y rencontre forme un contraste frappant avec les raffinements presque excessifs des villes de l'Italie centrale.

Ici l'on assiste vraiment au déchaînement de la vie.

G'ejt un mélange d'âpre barbarie, de luxe monstrueux et de splenckur décorative.

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