L'OEUVRE DU GÉNÉRAL ANDRÉ
LcL refante des règlesients des différentes armes (infanterie, cavalerie^ artilleiie} tient une grande place dans Fœuvre du général André.
De septembre à novembre 1902, l'infanterie a vu se renouveler quatre de ses règlements et instructions de première importance sur ciaq : règlements sur le service en campagne, sur les exercices et les mancBuvres, sur le tir et sur l'instruction de la gymnastique^. Deux de ces règlements sont guaMés de « provisoires ».
S'imagiiie-l-Hm la con£asion qui» à la suite d'un tel bouleversejnent, ne peut manquer de se produire dans Tesprit de milliers d'officiers et de gradés ajnpelés à étudier, à commenter et à appliquer les ^xtes nouveaux? A la longue, les gradés de l'armée active finiroût sans doute par surmonjter ces difficultés, mais, en sera-t-il de même, avant longtemps, de ceux de la réserve et de l'armée territoriale? Un dief de corps Jious disait à ce sujet, II y a quelques mois : « Personne ne sait plus rien ; il faut tout réapprendre, ce qui est plus malaisé que d'apprendre la première fois. » Et Ton ïi €ât même pas certain que d'autres changements ne sont pas immiiiemts; le titre je règlements provisoires n^est peut-être que
* Depuis la publication éies deux premières parties de cette ëtude (Voy. Je Correspondant du iO féwier 1904), la Gkambre a TOté «n première déttbér^iLloa le projet de loi modificatif de la Joi de 1334 sur Tétat des offîcieix, d'aprèâ lequel un officier réformé par mesure disciplinaire peut être rappelé par décret à ractivité, à la suite d'une enquête du Conseil d'Etat.
3 L<^ règlement sur Pinstruction de la gymnastique concerne tontes les armes.
UARMËE FRANGAïag EU 1904 687
trop justifié. Encore si noua traversions une de ces époques où il faut faire table rase du passé, comme dans les années qui ont suivi immédiatement k guerre contre l' Allemagne I Hais il n'en est rien, i mtins qu'on ne prétende que lesaûmstrea de la guerre qui ont précédé le général André, depuis 1871 , aient orgaaisé l'armée à contre-sens et édicté des règlements impraticables.
Ajoutons que la réglementation nouvelle risque de n'être jamais que lettre morte pour les officiers de la réserve et de l'armée territoriale. Les conférences organisées & Paris et dans les villes de garnison par des officiers de bonne volonté qui mettent leur savoir et leur expérience ii laf disposition de leurs camarades, n'ont pas été suffisamment généralisées. Les écoles d'instruction rendent certainement des services^ mais on n'a trouvé jusqu'ici aucun moyen pratique sérieux de faire arriver les nouveaux règlements à la connaissance des offiders de ces deux catégories,, aa fur et à mesure qu'ils panassent, et de s'assurer que les intéressés les étudient et se tiennent au courant. D'un autre côté, les périodes d'instruction où gradés et soldats se trouvent rassemblés, sont trop courtes pour qu'ils puissent appliquer suffisamment les nouvelles prescriptions réglementaires.
L'instruction sur le service en caoqpagne de Tinfanterie d«i 5 septembre 1902, qui remplace celle de décembre 1896, ne se distingue par aucun prindpe nouveau un pea ssdllant. Notre espoir était qu'on y trsdterait d'une manière large les dispositions relatives au service de sûreté : il a été déçu. On a réédité l'ancien système d'avant-postes^ régulier, timide^ méthodique à l'excès, bourré de minuties qui le rendent presque irréalisable dans la pratique, alors qu*(m pouvait prendre pour base le système simple et lo^que des avant-postes irréguliers avec postes à la Bageaud. Ce dernier s'accorde bien mieux que Tancien avec cette observation, pleine de justesse, d'ailleurs, de la nouvelle instruction : « Le jugement sera le meilleur guide dans le choix des moyens les plus propres à sati^iaire & la mission des avant-postes. » Notre négligence, notre imprévoyance trop connue, dans la manière de nous garder contre l'ennemi, ne justifie aucunement une organisation compliquée des avant-postes.
Les règlements sur l'exercice et les manœuvres de l'infanterie ont, chez nous, le sort des règlements surannés et inobservés. On les refait de temps à autre ab ovo^ sous le prétexte que les progrès de Farmement imposent une tactique nouvelle, comme si ces progrès s'étaient pas acquis depuis un certain nombre d'années, et comme si la puissance du feu s'était accrue, dans ces denûers tençs, au point d'entraîner des modifications fondamentales dans les principes
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qui doivent présider à la direction du combat, et dans toutes les règles qui en découlent.
Le nouveau règlement, daté du 8 octobre 1902, est le résultat d'une retouche de celui de 1901, qui a fait suite à celui de 188i, modifié en 189&. Et il n'est que provisoire I
Nous sommes loin de contester la valeur et l'opportunité de la plupart des simplifications et des perfectionnements apportés dans les méthodes tactiques par le règlement de 1902, mais il y aurait eu sérieux avantage à les greffer sur celui de 188&, c'est-à-dire à n'opérer qu'un simple remaniement. .
Le règlement de 1902 assigne comme bût unique à l'instruction de la troupe la préparation à la guerre; tout ce qui éloigne de ce but a été éliminé. Les mouvements sont simplifiés, leur nombre réduit. Les commandements se font à la voix ou par signaux. Déploiements, ruptures et ploiements ont lieu par les moyens les plus rapides et les mieux appropriés aux circonstances. Ce qui se rapporte au tir, à la conduite du feu et au mode d'action des difiérentes unités dans le combat est exposé avec une grande clarté. Parmi les suppressions, celle du mouvement de « Présentez arme » est déplorable. Il n'est pas admissible que le soldat rende, l'arme au pied, les honneurs dus au drapeau et aux morts pour la patrie.
L'extrême initiative laissée aux chefs par ce règlement quant au choix des moyens conduisant au but, initiative fondée en grande partie sur leur rsdsonnement intelligent, l'emploi de formations qu'on peut appeler relâchées par rapport aux formations rigides, la grande rapidité exigée pour l'exécution des mouvements, l'imprécision des commandements, enfin la suppression de tout mouvement de manœuvre régulier destiné à fixer les idées, sont peu propres à assurer la cohésion de la troupe et, par conséquent, l'unité dans les efforts. Alors qu'on s'ingénie à rendre parfaite la discipline dujfeu, on introduit dans celle du rang un décousu méthodique tel que nous nous demandons avec inquiétude comment les chefs s'y prendront pour tenir en mains tant de fils dispersés, et comment chacun^d'eux saura inspirer, en toute circonstance, à ses subordonnés assez de confiance pour que le simple « suivez-moi »t substitué à (a cascade des commandements de nos andens règlements, soit le mot magique qui les groupera instantanément et à tout moment autour de lui. Les officiers qui ont appliqué le précédent règlement surmonteront sans doute, plus facilement, cette difficulté, parce qu'ils s'appuient instinctivement sur quelqaes principes qui leur^sont familiers pour passer de là à l'exécution des prescriptions nouvelles, mais les autres?
L'ABM&fi FRiRÇàlSE £N 1904 689
Le règlement provisoire sor le tir du 18 novembre 1902 est peutêtre le mieux rédigé de nos règlements récents. On peut en résumer ÛQsi les principes et l'esprit : l'instruction individuelle du soldat n'est que le point de départ de sa préparation à la guerre; cette préparation n'a de résultats satisfaisants que si l'on forme des tireurs de champ de bataille; ce n'est pas à dire que les tireurs de précision ne soient plus à rechercher, mais il faut au soldat d'autres qualités qui ne se développent que dans le groupe, et ce groupe emprunte une grande partie de sa valeur à celui qui le dirige.
Jamais l'importance de l'instruction du tir n'a été mise en relief avec plus de logique que par ce règlement. On peut être certain que, dans les corps de troupes, les officiers s'efforceront d'appliquer de leur nûeux ses dispositions. Néanmoins, l'enseignement ne fructifiera et ne trouvera sa conclusion que sur les champs de tir et dans les camps d'instruction. Les champs de tir sont presque toua de circonstance. D'après la loi du 17 avril 1901, l'autorité militaire a le droit d'occuper ou d'interdire momentanément les propriétés privées pour l'exécution des exerdces de tir, en indemnisant les propriétaires. Seuls, de grands camps d'instruction peuvent permettre de donner à l'instruction du tir un développement sérieux. Les grands camps d'instruction, réclamés depuis longtemps, sont nécessaires pour exécuter des tirs en évoluant. Nous n'avons pas besoin d'insister sur les heureux résultats que promettent des manœuvres d'ensemble avec tir, où les différentes armes sont représentées. 11 y a quelques années, le principe suivant avait été adopté : utiliser ou créer pour les manœuvres combinées des trois armes quatre grands camps d'une superficie minima de A.OOO hectares; créer des champs plus restreints (2,000 hectares), à raison d'un par corps d'armée ne disposant pas d'un camp pour les trois armes.
Jusqu'à présent, nous n'avons que deux grands camps : ceux de Cbâlons (6* corps) et de Mailly (20* corps, 11,000 hectares). Qoand le camp de la Courtine (12* corps), près d'Aubusson, sera achevé, il comprendra probablement 12,000 à 14,000 hectares; s'il est inauguré et reçoit des troupes dès 190&, ainsi que le ministre l'a annoncé, il n'aura pas encore atteint cette superficie. Des études ont été entreprises à Souesmes (5* corps). Certains champs de tir peuvent remplir le but proposé à la condition d'être agrandis ou aménagés; ce sont ceux de Sissonne (2* corps), Auvours (à*), le Ruchard (9«), Bourg- Lastic (13«), la Valbonne (1 4*), Carpiagne (15*) et Songîs (18*). Dans les 1", 3% 7% 8*, 10% 11% 16* et 17* corps, on ne dispose d'aucun terrain convenable. Dans le 1" corps, il ne peut être question de trouver un champ de tir; dans le 3* et le 7%
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la solution consisterait à aliéner des portions de forêts, mais le^ ministère de ragricuftore, croyons-nons, s'y oppose. Dans les antres corps d'armée, d^ projets existent.
En décidant qu'à partir de 1903, la réunion des troupes de toutes armes dans ces camps, en vue d' <c exercices en temân varié, d'évolutions combinées et de tirs » , serait comprise dans le développement normal de finstruction de l'armée, au même titre que les manoeuvres d'automne, le général André a réalisé un notable progrès. Depuis le 5 septembre 1903, le camp de Hailty est considéré comme place de garnison.
Les difficultés budgétaires sont la véritable cause des regrettables ajournements de l'établissement définitif des esmps d'instruction projetés. La dépense totale serait d'environ àQ millions de francs, soit 27 pour les acquisitions de terrains et 13 pour l'installation des troupes. Toutefois, pour ne pas dépasser ces chiffres, il faudrait agir en quelque sorte par surprise, afin d'éviter que des spéculateurs n'achètent à vil prix des terrains qu'ils revendent à TEtat en réalisant des bénéfices énormes. Il existe, croyons-nous, d'autres projets plus vastes, par conséquent plus coûteux; dans ce cas, la dépense serait compensée par des économies annuelles réaBsées par la suppression d'une partie des manœuvres de garnison, des manœuvres d'automne et celle des dégâts résultant des manœuvres et des évolutions de cavalerie. Jusqu'à présent (1904 compris), 25,220,000 francs ont été accordés pour organiser les camps d'instruction « Les crédits figurant au budget de 190A s'élèvent à 3 millions de francs, chiffre inférieur à celui de 1903 *.
En Affemagne, les études sur ces camps remontent à 1883; leur organisation a commencé en 1891. En 1898, 15 corps d'armée étaient dotés de polygones variant, comme superficie, de 2,500 à 5,600 hectares; à ce moment, la dépense atteignait 109 millions^ Actuellement, les Allemands possèdent 20 camps d'instruction ayant coûté 137 millions de francs. Quand ils seront tous organisés, la dépense totale atteindra 175 millions.
A côté du tir, dont l'enseignement entre dans une voie plus rationnelle, l'éducation physique a les honneurs du jour. Le professionnel militaire participe aux bienfaits de cette éducation, dans la mesure où il la reçoit, l'agonistique se réduisant pour lui à la
* Malgré soa importance, la question des camps d'instructioa n'a été qu'effleurée (à propos d*un de ces camps ; celui de La Courtine), lors des débats à la Chambre des députés sur le budget de la guerre de 1904.
L'ARMÉE FlUHÇàlSE £|l 1904 691
gymnastique et & rescrime. Les qualités qu'il acquiert en pratiquant méthodiquement ces deux sports, les seuls auxquels il puisse recourir d'une manière régulière et suivie, c'est-à-dire l'endurance, l'adresse, l'agilité, la souplesse dans la force, sont utilisables on tout temps et principalement en campagne dans toutes les cir- <:onstances où un effort physique un peu sérieux est nécessaire.
Ayant qu'il fût question d'abréger la durée du service militaire actif, on se préoccupait déjà des moyens de préparer physiquement la jeunesse. Les sociétés de gymnastique sont nées en partie de ce besoin, mais, pour bien des raisons, dles n'y ont que médlo- <nrement répondu jusqu'à présent.
Quelle que soit l'importance de l'éducation physique, il ne faut pas l'exagérer jusqu'à lui donner le pas sur l'instruction militai re« Telle est la tendance du moment. Elle s'est encore accusée récemment quand on a décidé d'accorder aux jeunes gens pourvus du brevet de gymnastique et de tir la faveur d'obtenir le grade de caporal par anticipation ^ Le rapporteur du budget de 1903 n'est il pas allé jusqu'à proposer de créer des écoles régionales d'éducation physique par les officiers?
L'Ëcole normale de gymnastique et d'escrime de Joinville, telle qu'elle a été organisée par l'instruction ministérielle du 18 octobre 1902, donne largement satisfaction à tous les besoins. L'instruction précédente (189&) n'avsdt en vue que la formation d*iûâtructeurs de gymnastique et de maîtres d'armes; d'après celle d'octobre 1902, l'Ecole a aussi pour but « d'étudier tous les perfectionnements à apporter aux méthodes d'enseignement de Sa gymnastique et de l'escrime, d'expérimenter les procédés nouveaux, et de proposer au ministre les mesures propres à en vulgariser l'usage dans l'armée ». Un professeur de physiologie appliquée, faisant partie du cadre de l'Ecole, dirige ces études.
L'organisation nouvelle de l'Ecole coïncide avec une véritable révolution dans l'enseignement des exercices physiques. Les procédés de gymnastique importés en France dans la première moitié du dix-neuvième siècle par le colonel espagnol Amoros, et appli* qués après lui par son élève, le colonel d'Argy, ont été consacrés pour la dernière fois par le règlement de 1893. Le règlement do l'instruction de la gyomastique, du 22 octobre 1902, a inauguré la méthode du professeur suédois Ling (contemporain d' Amoros et créateur de Tlnstitut central de gymnastique de Stockholm), basée sur l'organisme humain, sur son fonctionnement et sur les lois
* Dans les notes données aux candidats à ce brevet, ht (marche et Ui gymnastique sont reprôsfiités par 140 points et ie tir par 50 points seulement.
qui président à son développement. Par des mouvements d'intensité progressive» on arrive à accroître naturellement la respiration et la vitalité pulmonaires.
Dans ce règlement, on considère les exercices physiques comme des moyens et non comme un but : ils n'ont leur sanction que sur le terrain. Ce Font les offiders, dans leurs compagnies, et non des moniteurs spéciaux qui les enseignent. Les officiers formés à Joinville deviennent les instructeurs des officiers de compagnie. Les exercices physiques sont de deux sortes : ceux de la gymnastique de développement et d'assouplissement, et ceux d'application; les premiers visent spécialement la santé et le fonctionnement normal des organes, les seconds développent la hardiesse du soldat et jai inspirent confiance dans sa force. Ce groupement a déjà été adopté par le manuel de gymnastique de l'Instruction publique.
L^'enseignement de la gymnastique ainsi compris coopère directement à l'instruction militaire technique an lieu d'être une branche spéciale de l'éducation du soldat. Il n'est pas certain, cependant, qu'avec des hommes âgés de vingt à vingt-trois ans, il produise des effets aussi heureux et aussi décisifs que ceux qu'on s'en promet ; en tout cas, il convient moins bien à des hommes déjà faits, dont la conformation ne se prête pas facilement à des changements, qu'à des hommes plus jeunes, en voie de croissance et par conséquent plus souples et plus malléables. Quoi qu'il en soit, il faut que les exercices prescrits, nombreux et variés, soient pratiqués toute l'année dans leurs différentes parties, mais, alors, il est à craindre que l'instruction militaire technique ne tire pas, à beaucoup près, de ces exercices, un profit proportionné au temps qu'on leur consacrera. Autrement dit, il ne nous paraît pas encore prouvé qu'on a tort d'attacher de l'importance, avec des soldats de vingt et un à vingt-trois ans, au développement de la force musculaire, et que la gymnastique de caserne doive être la prolongation de la gymnastique scolaire.
II a été question. Tannée dernière, d'organiser à l'Ecole de Joinville des cours spéciaux, principalement pédagogiques, à l'usage des instituteurs, en dehors de ceux des offiders. Des pourparlers ont en lieu, à ce sujet, entre les ministres de la guerre et de l'instruction publique, et l'on a même pris quelques mesures en vue de l'aménagement des locaux destinés aux instituteurs. Depuis, aucune décision définitive n'est intervenue. A cette occasion, constatons une fois de plus la persévérance avec laquelle on s'efforce, par tons 1^ moyens possibles, de mêler l'élément dvil à l'élément militaire.
La cavalerie a conservé son règlement de manœuvres de 1899, remontant au ministère de M. Rrantz, et marquant sur celui qui l'a
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précédé on progrès qu'on peut traduire, daus ce qu'il a d'essentiel, par ces quelques mots : suppression du formalisme des commandements; participation, dans le combat, à l'action engagée par les autres armes.
L'instruction pratique sur le service de la cavalerie en campagne et le règlement sur l'instruction du tir ont été renouvelés par le général André, la première en août 1902, le second en septembre 1903. Le plus bel éloge que l'on puisse faire de la première est l'unanimité avec laquelle les officiers de cavalerie l'apprécient favorablement. Le cavalier, le gradé et l'officier y trouvent nettement tracés leurs rôles respectifs : le premier, éclaireur, vedette, estafette; le second, chef de patrouille ou de poste; le troisième, chef de peloton ou d'escadron. Les principes tactiques de l'arme y sont clairement exposés; il en ressort que la cavalerie doit faire converger son action vers celle des autres armes, avant, pendant et après la bataille.
Le règlement provisoire sur l'instruction du lir dans la cavalerie est rédigé sur le même plan et dans le même esprit que celui de l'infanterie sur le même objet. Les règles établies et les considérations qui les accompagnent, constituent presque un cours de tactique très propre à faire ressortir le parti à tirer de l'emploi du feu dans la cavalerie; nous n'y voyons pas d'inconvénient; cependant, les officiers de cette arme n'étant généralement pas d'accord sur la question de cet emploi, on peut craindre que le nouveau règlement ne prête un peu trop matière à controverse, et ne soit pas accepté par tous, comme l'a été, par exempte, celui de l'infanterie. Quoi qu'il en soit, il consacre un progrès sensible sur le règlement de 189& qui Ta précédé. En posant en prindpe que « le commandement, à tous les degrés, doit chercher à développer le goût et la pratique du tir dans la cavalerie », il met suffisamment en relief l'importance du feu trop souvent méconnue. La grande part faite à Yinstruction des cadres^ et le rôle capital assigné au chef qui la dirige sont les traits essentiels du règlement de 1903 dont l'esprit est, d'ailleurs, parfaitement caractérisé par la prescription suivante : « Il importe que le chef de corps maintienne l'orientation morale de ses officiers vers l'esprit d'off'ensive, et qu'il les garde avec soin de l'erreur qui consisterait à voir dans l'emploi du feu un moyen de se soustrûre aux énergiques résolutions que nécessite la volonté d'aborder l'ennemi corps à corps ».
La carabine actuelle de la cavalerie, pourvue d'un chargeur
précieux, est une arme excellente bien supérieure à sa devancière.
L'action par le feu trouvera certainement à s'exercer utilement dans
les coups de main que de petits détachements de cavalerie tenteront
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aa début de la gaa-re pour jeter la p^urbation dans la mobilisation de Tennemi. Quant aux attaques par le feu, pendant TacticHi, nous les considérons connue ayant peu de chances de réussir avec de grandes masses de cavalerie dont les longues lignes de feu bien en vue attireront le feu de renuemi ; an contraire, dans ce cas, de petits groupes d'escadrons combattit i pied et à cheval, accompagnés ou non d'artillerie, nous paraissent deToir rendre de grands services grAce & leur mobilité, au peu de surfsure qu'ils présentent et enfin i la possibilité de les employer snr plusieurs points simultanément.
Les missions incombant aux officiers de cavalerie étant extrêmement variées, et les prindpes posés n'ayant pas tous l'autorité qne donne l'épreuve de la guerre, on conçcnt qu'ils se trouvent divisés sur un certain nombre de questions. Quel que soit l'intérêt que celles-ci présentent, il nous reste trop peu de place dans cette étude pour les examiner et pour les discuter; telles sont, par exemple, les suivantes : L'action de la cavalerie par le choc estelle en décroissance? Dans quels cas les grandes masses de ca?alerie sont-elles à employer? Faut-il remanier la cavalerie pour la composer exclusivement de régiments du type dragons? L'absence d'infanterie montée constitue-t-elle une lacune i combler? etc.
Des changements fondamentaux ont été apportés, sous le ministère du général André, à l'organisation des cUvisions de cayalerie indépendantes et des brigades de cavalerie de corps d'armée. Tont d'abord (drculaire du 13 juillet 1902), ont été supprimés comme rouages inutiles, les six arrondissements permanents d'inspection générale pour les brigades de corps; ils existaient depuis vingtneuf ans. Les généraux conmiandant les brigades de corps sont désormais placés sous les (ordres du commandant de corps d'armée. En outre, une décision du 22 décembre 1902 qui n'a reçu son exécution définitive qu'en 1903, a remplacé l'organisation de il cavalerie en 7 divisions ayant toutes une organisation uniforme (brigade de cuirassiers* brigade de dragons, brigade légère), psr un groupement en 8 divisions correspondant à une nouvelle répartition des divisions au moment de la mobilisation. On aura dorénavant des divisions lourdes et des divisions légères, ce qni indique une tendance à revenir aux divisions de cavalerie dn premier Empire.
Les 8 divisions comprennent 39 régiments de France. Les &0 autres régiments sont répartis, comme par le passé, entre les 19 brigades de corps d'armée; l'affectation de chacun d'eux à one division d'infanterie n'empêcherait pas le commandant du corps
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d'armée de disposer, s'U le)ageait à propos, de la totalilé cm d'une partie de sa cavaterie.
Nos 85 régiments* se décomposeot en ^5 escadrons de paix et 3&0 de guerre. De son côté, f ÂUeimigae dispose de 3S0 escadrons de gaerre, soit k9 escadrons de pins que mms^. Dana nne étade pidiKée» Tannée dernière, par la TefueJuhrbûcherfûr die deutsche Armée and Marine^ le général aHemand von Pelet Narbonne concinût à la nécessité de porter de 389 à &80 le nombre d'escadrons de guerre de Tannée, s(nt i&O de phis qn'en France. On comprend que Topinion publique, une fois préparée k Téveatualité d^une augmentation aussi considérable, s'accommodera plus fedlement de l'augmentation de 2& escadrons que propose le général major von Bernhardi dans une publication récente; dans ce dernier cas, le nombre d'escadrons de Tannée allemande serait de il 3, soit 73 escadrons de plus que nous. L'éventualité d'une pareille supériorité numérique est bien fûte pour nous émouvoir. On aundt le plus grand tort de crofare que nous pouvons sans péril n^ayoir de forces égales à ceHes des AUemands que pour les premières opérations sur la frotitiëre et dans le voisinage. Notre loi des cadres avait prévu la formation de 87 régiments de cavalerie; nons n'en avons que 85. Deux sont donc à créer : un de cuimsâers et un de dragons.
L*applicati(m de la cavalerie du service de deux ans spulève des cBfficuhés dont la solutbn n'apparaît pas encore clairement. « Je vous le déclare, s'écriait M. le générai Billot il y a un an à la tribune dn Sénat, avec deux ans de service, vous n'aurez pas de cavalerie. » Et le comte de Trévenenc disait, avec non moins de conviction : « En deux ans, vous aurez vn homme à cheval, vous n'aurez pas un vrai cavalier, vous n'aurez pas un tout, liomme et cheval, capable d'être opposé au cavalier allemand. » De telles assurances méritaient d'autant plus d'être entendues qu'en raison de l'importance de Taction par le feu, l'instruction du tir, devenant plus sérieuse, complique encore la formation du cavalier.
Il a été démontré, sans réplique possible, qu'il est impraticable, avec le service de deux ans, de constitoer une cavalerie toujours prête à entrer en campagne, c'est-à-dire dont les effectifs de paix et de guerre soient à peu près égaux, à moins de recourir aux
♦ Y compris 6 régiments de chasseurs d'Afrique, et non compris 4 régiments de spahis nécessaires en Algérie.
> En 1902, les effectifs respectifs des cavaleries allemandes et françaises étaient de 66,150 hommes et 60,501 hommes; encore dans ce dernier nombre a-t-on fait entrer Tescadron de spahis sénégalais et les compagnies de remonte.
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eogagements volontaires et aux reogagements. Encore ne saurait* on dire si, par ces moyens réunis^ on parviendra à assurer le complément des effectifs de paix jngés indispensables, et à pourvoir au recrutement des cavaliers spédalistes et des cadres.
En un mot, au moment où notre cavalerie qui, depuis 1871, s'est relevée jusqu'à ne pas avoir à souffrir de la comparaison avec les meilleures cavaleries des puissances étrangères, semble devoir prendre encore plus d'importance en trouvant enfin sou utilisation rationnelle, la menace du service de deux ans remet en cause des questions d'organisation et d'instruction que la législation actuelle permet de régler au mieux de ses intérêts : c'est un voile jeté sur son avenir.
La même menace plane sur l'artillerie. Qui voudrait affirmer que l'on trouvera tous les rengagés qui lui seront indispensables pour fournir des pointeurs, des ouvriers en fer, des conducteurs dont le rôle serait de servir à l'encadrement, et quelques autres spédalistes? Un afffidblissement de cette arme serait on ne peut plos décourageant en présence de la confiance et de la sécurité qu'inspire notre matériel de campagne.
On peut dire sans exagération que le canon de 75 millimètres, modèle 1897, qui, depuis quatre ans, a remplacé celui de 90 millimètres, ne laisse rien à désirer au point de vue de la rapidité et de h précision du tir, et aussi comme résistance. Sa manœuvre est simple. L'instruction des hommes se fait vite et bien. Si Ton pratique le tir d'une manière suivie, en terrains variés, avec labattme complète, on obtiendra de merveilleux résultats. Signalons la facilité avec laquelle le nouveau canon se prête à la préparation et à Teiécution du tir masqué. Les boucliers et l'arrière- train du caisson constituent une protection efficace contre la mitraille (la mitraille seulement) de l'artillerie et le tir de l'infanterie. L'adoption d'un casque pour les servants compléterait cette protection. Ce matériel s'est bien comporté pendant l'expédition de Chine ; le corps expéditionnaire disposait de 3 batteries à à pièces.
Aucune puissance n'a encore un matériel de cette valeur. Les Allemands, après avoir hésité entre un canon Rrapp mis à l'essû vers 1895, de dessin analogue au nôtre, et un canon du calibre de 77 millimètres, ont adopté ce dernier. C'est un canon à tir accéléré (8 coups par pièce et par minute) et non à tir rapide; le pointage est nécessaire après chaque coup, tandis que chez nous, une fois la pièce assise, il n'y a plus à y toucher. Cette mobilité relative rendrait illusoire l'emploi du bouclier. En résumé, une plus grande
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rapidité de tir et la protection des servants nous donnent l'espoir que nons réussirons souvent à éteindre le feu de l'artillerie ennemie avant d'avoir beaucoup souffert. Les Allemands se préoccupent sérieusement de la supériorité de notre artillerie de campagne. Pendant leurs dernières manœuvres d'automne, ils ont expérimenté quelques canons, modèle 1896, transformés en pièces à recul pourvues du bouclier. Depuis, les usines Rrupp et Ebrbardt ont fourni des batteries de modèles différents, ayant donné lieu à des épreuves à la suite desquelles ils se montreraient disposés à adopter une pièce qui serait la combinaison des deux modèles proposés.
Lorsque le canon de 75 millimètres prit place dans notre matériel, des fascicules confidentiels furent distribués pour l'instruction du personnel. Depuis, ces fascicules ont servi de base à l'instruction sur le service en campagne et au règlement provisoire des manœuvres de l'artillerie du 16 novembre 1901.
L'instruction sur le service en campagne, sommaire et très claire, met en relief les principes généraux de l'emploi tactique de l'artillerie et de sa liaison avec les autres armes. Elle affirme la nécessité des reconnaissances à longue portée, et crée le service, presque nouveau dans l'artillerie, des éclaireurs de terrain. Le règlement de manœuvres condense tous les anciens règlements. Au point de vue artillerie, il introduit quelques améliorations de détail demandées par les corps; au point de vue tir, il précise ce qui avait été parfois trop étroitement interprété.
Avec le nouveau matériel de campagne, les exercices en terrains variés s'imposent avec plus de force que jamais. Les différents corps d'armée ont leur cbamp de tir ou utilisent ceux d'autres corps, mais la plupart sont trop étroits et insuffisamment accidentés; ce sont plutôt des stands que des terrains de manœuvres ou des terrsdns propres au tir de guerre.
Dans ces conditions, l'emploi de champs de tir de circonstance, c'est-à-dire l'exécution des écoles à feu en pleins champs^ devient une nécessité. Ce moyen d'instruction, dont l'initiative revient à M. le général Langlois, constitue un moyen d'instruction précieux; c'est la meilleure préparation possible à l'utilisation de l'artillerie « daDs la batdlle ». Les écoles à feu, ainsi organisées au 20* corps en 1902 et 1903, ont donné des résultats très satisfaisants. Avec le concours patriotique des populations, les mesures de sécurité à prendre sont fort simples et préviennent tout danger.
Une des questions qui ont préoccupé longtemps les officiers ^'artillerie, celle de l'endivisionnement de l'artillerie de campagne, a été résolue sous le ministère du général André (décret du
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M mai 190S). Désormais, TartiUerie di¥i8k)nn2dre (mi rë^meiH en deniE groupes), an lieu d'être placée» en temps de paôx» aoos le . commandemeitt du général de brigade commandant TartÛlerie du coips d'arméet sera, en tout temps, aux ordres directs des gënir ranx comoiandant les divisioiis d'inâuftterie. Cette réforme donne toute leur valeur aux BHuiœaYres comUnées des deux armes.
Qnd que soit le rôle attrUMié à rartillarie de corps (nn régiment) dans le combat, die sera toujours employée comme auxiliaire de l'infanterie^ ce qui implique qu'elle doit recevoir la mèoie instroction que l'artillerie divisionnaire. Nous en eonclucms non pas qn'S &ut n'avoir, comme les Allemands, en paix et en guerre, qne de l'artillerie diviâonnsûre, mais qu'il y a lieu de réunir en temps de paix l'artillerie de corps à l'artillerie divisionnaire.
La création d'une artillerie divi^oansûre s'accorde abaoliuneat avec l'idée d'une artillerie, auxilisdre indispensable de l'infanterie, marchant avec elle, ne tirant que pour lui frayer le chemin et ponr imuKdHliser l'ennemi qui l'empêche de progresser; eUe exclut, aa contraire, l'idée d'une artillerie opérant seule contre l'ardll^ ennemie et ne cherchant qu'à éteindre son feu. De 1& à l'abandon de la conception du fameux « duel d'artillerie »» il n'y a qu'as pas^ et ce pas a été franchi, bien que l'autonomie de l'artilleiie divisionnaire ne soit enc(^e qu'à l'état embryonnaire. L'attaque de l'ennemi par l'mfanterie et l'artillerie en liaison est, doréna?ant, la règle tactique du début de l'action. Dans sa saine et belle étude sur les Conséquences tactiques des progrès de farmemeiUi & propos des événements dont l' Afrique du Sud a été le théâtre, M. le général LangJLois a condamné, en ces termes, les errements suivis hier encore : « Il apparaît nettement que les duels d'artillerie par lesquels certains ont pensé que préluderaient les bataUte futures, sont aussi dangereux qu'inutiles; que loin de comporter une lutte successive des différentes armes, le combat, pour produire l'usure de l'ennemi, doit avoir constamment recours i noe lutte coopérante de toutes les armes» »
Aucune modification capitale n'a été apportée, depuis assez longtemps, au matériel d'artillerie de place. Les manœuvres de si^e faites à Paris et au camp de Châlons ont permis de formuler d'une manière plus précise l'organisation d'un corps de ^ège. Ijû nouveau manud de tir de siège» consacrant d'heureuses innovations, a paru en 1902. On y indique l'c^servation par les ballons comme devant jouer un rôle important.
Depuis Fachoda, on s'est occupé sérieusement des questions d'artillerie de côte* Les batteries de côte ont été remaniées de manière à donner le moins de prise possible aux coupa des navires
L'iMÉE FJUHÇmiE EN 1904 699
€t& pen&etti^ cm raTitaillanent rajûde. On a cherché à avoir des pièces tirant fite. Les anciens afiîfiits ont été modifiés; une batterie cte H sur nffùtB nouyeaaz tire h coups à la minate, use fois le tir réglé. Les nouvelles pièces sont malhenreusement très coûteuses.
Les événements qui se sont déroulés récemment au Maroc n'ont peat-ètre pas été sans contribuer à l'accélération des travaux qui ont abouti à l'adoption d'un canon de montagne de 68 millimètres, i tir rapide, à la suite de la visite du général André à l'arsenal de Bourges, le 1*' septembre 190S. U était temps : le canon de 80 millimètres (1878) ne répondait plus aux nécessités du nouvel armement de l'infanterie.
Par un de ses derniers actes, le général André a donné une suite à la déci^on du 26 mai 1902, d'après laquelle les souslieutenants des armes qui se recrutent à l'Ecole polytechnique doireot accomplir, à leur sortie, un stage d'un an dans la troupe comme sous-lieutenant; un décret a réorguisé l'Ecole d'application de Fontainebleau; la durée des cours est réduite à un an et la création (déjà décidée par une circulaire du 8 juin 1903), dans cette Ecole, d'une division technique destinée à recevoir les oSders d'artillerie appelés à servir plus tard dans les établisseosents techniques ou constructeurs, est définitivement consacrée.
Cette spécialisation dans Tanne que nous avons préconisée comme féconde en heureux résultats, dans notre étude sur les ^les d'officiers ^ s'applique aussi aux officiers du génie; elle esc particulièrement favorable & une bonne exécution des travaux de fortification dans les camps retranchés et dans les places, et appdle ctnuDe complément une réforme consistant à décharger le génie ^ la construction et de l'entretien des bâtiments militaires, pour les confier, comme en Allemagne, aux intendants nûlitsdres qui pourvoiradent aux besoins en faisant appel au concours des architectes, des ingénieurs et des industriels.
Depuis trois ans environ, l'arme du génie a été l'objet d'assez ûOBibreux changements organiques. Une loi du 2& juillet 1900 a ciéé un bataillon de télégraphistes constituant l'Ecole de télégraphe militaire; une autre du 9 décembre suivant a augmenté l'arme de deux compagnies de sapeurs-mineurs et d'une compagnie de «S^urs des chemins de fer.
On peut considérer comme terminée l'ère de construction, par le génie, des ouvrages fortifiés. Il ne saurait être question, d'ici à quelques années, que du remaniement de ceux qui existent; sur ce peint, le gouvernement n'a pas encore réussi, — heureusement, —
' Voj. le numéro du Corr€9p<mdant du 10 novembre 1902«
à faire accepter ses propositions les plas importantes. En féyrier 1899, M. de Freydnet dépossdl à la Ghsmibre un projet de loi relatif à on nouveau classement des places et des ouvrages, approuvé par le Conseil supérieur de la guerre. Ce classement était gros de conséquences menaçantes pour l'avenir de Torganisation défensive de la France : c'est ce que fit ressortir, dans une lettre du 29 mars 1899, adressée au[ministre, le général Béziat, le second du général Serè de Rivières, dans l'œuvre de la reconstitution de notre système de défense. U^s'attacba principalement à démontrer que si les ouvrages de La Fère, Laon, Reims, Langres et Dijon étùent rangés panm ceux qui ne devaient plus être entretenus, ni armés, ni approvisionnés, ni [pourvus de garnisons de paix , les lignes de défense de notre frontière du nord situées en avant sendent réduites à néant.
La Chambre] n'en vota pas moins, an pied levé, le projet ministériel, mais [le Sénat se prononça pour l'ajournement. Le projet présenté de nouveau au Sénat par le général de Galliffet qui l'avait fait sien, fut renvoyé au ministre pour être étudié.
Là-dessus,« le général André remplaça au ministère le général de Galliffet. Le Conseil supérieur de la guerre, auquel le projet fat soumis, décida à la majorité de 9 voix contre 2 (dont, croyoosnous, celle du général Duchesne) qu'il n'y avait pas lieu de revenir sur la question jugée par lui. Errare humanum est^ sed perseverare diabolicum... Poursuivant sa campagne patriotique, le général .Béziat adressa au ministre, le 23 février 1901, une troisième lettre où il précisât, principalement pour Langres, Laon, La Fère^et Lille, les points nouveaux qui auraient dû amener le Conseil [supérieur de la guerre à revenir sur sa première délibération.] Finalement, le gouvernement retira le projet de loi le H mai 1901.
Depuis, deux lois ont prononcé le déclassement d'an certain nombre d'ouvrages et de places sous réserve qu'il ne serait définitif^que par décret après fixation des voies et moyens de démantèlement. Enfin, le général André a déposé à la Cbambre, le 2i juin 1902, un projet de loi relatif à la construction et an déclassement des fortifications, ainsi qu'aux servitudes. Il s'y attribue, aux dépens du Parlement, le pouvoir de décider les modifications à apporter aux places existantes, et les travaux à exécuter en vue d'ouvrages nouveaux.
Avant même que nos deux lignes de défense, en arrière de la frontière, ûent été menacées, le réduit du système, c'est-à-dire l'enceinte bastionnée de Paris recevait une très grave atteinte. Sa désaffectation ]3ur une longueur de 10 kilomètres, entre le Point-
du- Jour et le bastion 27, en face de Pantin, a été, en effet, posée en principe par la loi du 17 juillet 1898; elle est subordonnée aux moyens d'çxécution et au remplacement par de nouveaux éléments d'enceinte. Il a été déposé, depuis, un projet relatif à Text^^ution du démantèlement de l'enceinte entre les portes d'Auteuil et de Uaillot, mais la discussion en est suspendue jusqu'à ce que diverses difficultés aient reçu une solution.
La puissance défensive de l'enceinte de Paris repose en grande partie sur sa continuité, sur son intégralité. Tous ceux qui, sous le gouvernement de Juillet, pendant plus de dix ans, défendirent à la tribune des Chambres et dans la presse, le système de l'enceinte continue contre celui des forts détachés, ne seraient jamûs parvenus à fsdre triompher leur opinion s'ils avaient admis un seul instant la possibilité de l'interrompre sans inconvénient. H. de Freydnet n'a jamais voulu se prêter à un dérasement. C'est i l'insuffisance du budget qu'il faut imputer la désaffectation. Au moment où le général Billot l'a proposée, il s'est trouvé dans la cruelle alternative de recourir à ce moyen, ou de renoncer à reconstituer notre matériel d'artillerie. Le coupable, c'est le Parlement.
Maintenant que la brèche est ouverte, elle restera béante... II n'est même que trop probable qu'on cherchera à l'agrandir encore, et qu'on y réussira, à la faveur de ces temps troublés où les besoins honteux de la politique exigent si souvent le sacrifice du bon sens, et où le souci des intérêts privés prend cyniquement la place du patriotisme.
L'examen d'un certain nombre de questions essentielles restées en dehors des sujets que nous avons traités jusqu'ici, est le com^ plément nécessaire de notre aperçu sur les grands projets de loi émanant de l'initiative gouvernementale ou parlementaire, et sur la situation des différentes armes. Alors seulement, le but de cette étude, qui est de donner une idée générale de l'armée et de l'œuvre du général André, parait devoir être rempli.
Les questions dont il s'agit se rapportent : à l'armée coloniale qui a pris, dès à présent, une importance assez grande pour avoir une place ici, à côté de l'armée métropolitaine; au haut commandement, dont l'organisation attend encore une solution répondant aux exigences de l'état de paix et de l'état de guerre; à l'Ecole supérieure de guerre, dont des réformateurs impatients seraient bien aise de bouleverser l'enseignement; au stage régimentaire
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des élèves de Saint-Gjr et de l'Ecole polytechnique, qui vise i réaliser la communauté d'origine des o&:iers ; au service de sintè, dont le bon fonctionnement ioaporte à l'existence et à la soli^ de l'armée; aux congés sans solde des officierst mesure dont les heareux' effets sont au moins problématiques; aux reirûtes proportionnelles ponr les officiers, objet de promesses anciennes; » stage des officiers de réserve et de l'armée territoriale, â prëoeoi pour leur instruction; aux convocations des réservistes et des territoriaux, que l'on tend, malheureusement, à abréger; enfin, aux réquisitions des troupes de ligne, grave snjet d'une poignante actualité.
Les tnmpes coloniales ont été rattachées au nnmstère de h guerre, sons le ministère du général André, par la loi dn 7 juillet 1900, entrée ea vigueur le i*' janvier 1901, mus dies conservent leur autonomie. Leur régime est donc distinct de cehi des troupes métropolitaines. Elles ont un budget à elles, fonDè d'une section du budget de la guerre et d'une autre de cdm deB colonies. Leur organisation, au point de vue de la composkion dn personnel, de l'instruction, des services et de l'administration, est» en grande partie, l'œuvre d'un de nos plus jeunes offidars géoérauXy le général Famin. Le ministre, seul, n'eût pas suffi & cette tftcbe.
Une première organisation de l'année colonhile a étédètrélée te 28 décembre 1900; elle a été remplacée (deox décrets di 19 septembre 1903) par une autre établie sur la base des forces oéc^ saires à la défense de nos colonies, et où sont prévus ieseffectiis des diverses unités. Rien n'est changé, d'ailleurs, aux dispositions du décret du 28 décembre 1900, quant au rôle de ces troupes; elles continuent à être organisées spécialement en vue deToccopation et de la défense des colonies et pays de protectorat antres que l'Algérie et la Tunisie. « Elles sont chargées, en premier tiea, des opérations militaires aux colonies, coopèrent, le cas écbëaai, i b défense de la métropole, et prennent part aux expéditions nâitains hors du territoire français. »
Dès à présent, les ressources en engagements et rrapgesNSis répondent aux exigences du recrutement des troupes colmûes. U relève de ces troupes est assurée à peu près exclusivement pu des soldats de carrière dont le nombre augmentera pent-^tre si b Chambre maintient l'article dn projet de l(û sur le service de deox ans voté par le Sénat, d'après lequel la Hmite d'âge pomr lesepgftgements et rengagements est recnlée de 32 à 36 ans.
Un instant on a pu craindre que le ministère des c^iM^ disposât à la fois du pouvoir civil et dm pMrvoir ndlitaiie anx
L'AmÈS TRAllÇÀlSaE Cl 1904 TiS
colonies; il «tirat ea dans ce cas nue armée i lin; il aurait été le maître absolu des colonies. Le rattachement à la guerre a pemis d'ëyiter ce péril, mais le décret du 9 novembre 1901, en consacrant la BuborcBnation des commandants supérieurs des troupes aux gouverneurs des colonies, a laissé la première place au ministère des colonies. Toute opération militaire exige (sauf urgence), pour être exécutée, l'autorisation du gouyerneur qui a également le droit de modifier une (^)ération en cours. Partisan conrsûncu de Tunité de commandement et de la prépondérance du pouvcHr Qutitaîre aux colonies, nous avons vu avec regret Botre organisalion coloniale entrer dans la voie opposée; seule une guerre maritime peut nous permettre de l'éprouver.
La question du haut commandement est diversement appréciée sur des points, essentiels. C'est ainsi que le principe d'après lequel le chef d'état-mafor de l'armée doit occuper, en guerre comme en pux, la même position, c'est-à-dire rester auprès du ministre de la guerre, est loin d'être accepté par tous. Un de ses protagonistes, M. le général Zurlinden, dans une étude publiée par la Revue des Deux Mondes ^^ le considère comme un grand progrès. Les raisons qu'il en donne paraissent tenir surtout aux craintea que lui inspire la prépondérance de l'état^major sur le commandement. « Après avoir, dit-il, préparé la guerre dans ses grandes lignes comme dans ses menus détails, le chef d'état- major de Tarmée sera, pendant la guerre même, un aide prédeux, indispensable pour le gouvernement. »
Par saite de leur collaboration, en temps de paix, à la prépara^n de la guerre, H s'établira nécessairement entre le généra- Ussime et le cibef d'ëtat-major, une unité de vues tout à fait propre à prévenir des dissentiments ultérieurs et à éviter la duidité de commandement que redoute le général Zuriînden. D'autre part, 'i paraît fogique que l'exécution du plan de campagne appaitienne i celm qpii est responsable de sa préparation.
Nous aussi, nom avons des craintes quant au foncûonnement du haut commandement en lemps de guerre, mais elles nous viennent précisément de la disposition qui maintient, dans ce cas, le chef d'état-major de l'armée au siège du gouvernement. Li, il cessera, fatalement, d'être le collaborateur du généralissime, pour devenir l'instrument du ministre de la guerre et des antres membres éa gouvernement. Tout en reconnaissant la nécessité d'une action gouvernementale constante au cours des opérations militaires, nous ne pouvons nous ^ssimul^ le danger, pour le chef
^ Numéro du 15 juin 1903,
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d*état- major de l'armée, de subir de trop près l'inflaence des flactnations politiques.
L'arriëre-pensée doniinante des politiciens du jour tient dans ces quelques lignes du rapport sur le budget de la guerre de 1902 : « Si le commandant en chef, à qui a été confiée la direction des troupes employées sur un théâtre d'opérations, a et doit avoir toute indépendance pour conduire ces opérations contre Tenneim auquel il est directement opposé, la coordination des divers théâtres appartient aîi ministre de la guerre et au gouvernement qai ont, seuls, qualité pour donner des instructions d'ensemble spéciales à chaque théâtre d'opérations, et qui disposent, d'sdlleurs, pour les donner, d'éléments d'information et de renseignements beaucoup plus étendus. »
Pour donner plus de force à son argumentation, le rapporteur a cru utile de l'étayer de l'opinion dé Clausewitz : « L'expérience prouve, dit le célèbre écrivain allemand que, malgré la perfedoD et la diversité des formes de la guerre moderne, les lignes principales sont déterminées toujours en conseil de gouvernement, c'est-â-dif'e par une autorité politique et non militiûre. » Glaasewitz n'a fait qu'énoncer cette vérité, reconnue de tout le monde, qu'il appartient au gouvernement d'indiquer l'orientation d'ensemble à donner â la guerre, et de maintenir celle-ci, par nn plan général, dans les limites qu'il juge en rapport avec le but i atteindre : telles sont «c les lignes principales » qu'il a le droit et le devoir de « déterminer ».
Mais le rapporteur du budget va plus loia : il fait participer le gouvernement à « la coordination des opérations des divers théâtres » et le considère comme ayant seul qualité, — avec le ministre, — pour élaborer les instructions d'ensemble « spéciales » à envoyer aux généraux. Ce que devient un généralissime, ce que devient un pays avec une telle doctrine, trop de pages de notre histoire nous l'apprennent... Pour se conformer aux instructions « spéciales » du Directoire, Joubert fut conduit à accepter la bataille de Novi qu'il perdit et où il fut tué. Pouvons-nous oublier ce qni se passa en 1870 et 18717 N'insistons pas...
La nature des fonctions dévolues, en temps de paix, ^^ membres du Conseil supérieur de la guerre, n'a pas toujours été envisagée de la même manière. Jusqu'en 1888, ils conservûent le commandement de leur corps d'armée. Tels ont été, — pour ne citer que quelques noms, — les généraux Ghanzy, Ducrot, Douay, le duc d'Aumale et le général Février. En 1888, M. de Freycinct, en fondant les attributions du Comité de défense dans celles do Conseil supérieur de la guerre, composa ce dernier d'offiders géné-
L'ÂRMtS FAAKQàISS EN 1904 70S
rauz désigaés pour commaDder des armées ea temps de gaerre. Il en résulta qae la presque totalité de ses membres résida à Paris sans commandement. En décembre 1899, le général de Galliffet décida que des lettres de service leur feraient connaître le corps d'armée sur lequel s'étendrait leur autorité.
Le général André est rentré dans la voie tracée par M. de Freycinet. D'après un décret du 19 février 1903» les membres titulaires du Conseil désignés pour commander les armées en temps de guerre reçoivent, dès le temps de paix, des lettres de service où sont indiquées les armées dont ils exerceront éventuellement le commandement. La création de généraux d'armées que demandait, en 1897, le général Billot, devient de moins en moins probable ; elle n'est pas, d'ailleurs, sans inconvénients, mais il serait très désirable pour la fixité de l'organisation du Conseil supérieur de la gaerre et de l'état- major de l'armée, que le régime de la loi fut substitué, en ce qui les concerne, au régime instable des décrets.
Une dernière observation, à propos du haut commandement. Dans l'armée composée passagèrement en vue des manœuvres d'automne, avec des corps d'armée voisins rassemblés pour la circonstance, le commandement ne peut s'exercer, à beaucoup près, comme en temps de guerre. Non seulement ses principaux organes, c'est-à-dire l'état-major d'armée, les états-majors de corps d'armée et de divisions, et les différents services afférents à une armée, n'ont entre eux qu'un lien passager, — ce qui est inévitable, — mais, de plus, les uns sont constitués incomplètement et les autres ne le sont pas du tout. A ce dernier point de vue, on s'est rapproché un peu plus de la réalité de la guerre, pour le plus grand profit de l'instruction des généraux, des officiers du service d'étatmajor et des chefs de service, en organisant des manoeuvres de cadres d'armée avec effectifs de gaerre, sans préjudice des manœuvres d'armée en automne.
La fièvre de propositions de réformes qui sévit chez nous n'a pas épargné l'Ecole supérieure de guerre. Aucun projet officiel de changement n'a vu le jour, mais on ne peut s'empêcher de constater qu'un certain nombre d'articles de presse ont indiqué, avec précision, dans le même sens, les modifications &. apporter à ses programmes d'études. Notre surprise a été grande en voyant figurer un cours de « psychologie des foules )> parmi ceux qu'on propose d'innover.
C'est à se demander si l'âme du soldat se façonne aujourd'hui autrement qu'hier et si l'on a découvert un nouveau facteur de la
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vkt(nre« Le désordre d'idées qni caractérise notre démocrade apparaît là sans voile.
En admettant qse rannée sott asrâiilable à la foule^ on ne saurait la considérer comme une fottle rass^adblée par le hasard, comme la première cohue venue, composée d'éléments hétérogènes. C'est une foule organisée, ordonnée, disciplinée, «n un mot subissant d'une manière confiiMe l'action des chefs qui l'orientent vere un but précis : la guerre. A aucun moment die ne peut passer . pour une foule livrée à elle-mâne, suivant spontanément ses inspirations et agitée en tous sens par mille courants comme la foule ordinaire.
Alors même qu'on ne verrsdt dans l'armée que la fouie prapre- Hient dite avec ses instincts, ses passions, ses entraînements, son inconscience et ses C2q)rices, pense-t-on que l'observation attentive de tous les phénomènes intellectuels et moraux qu'elle présente fournira jamais des moyens pratiques de maîtriser et de conduire le^ hommes? Si méthodique et si persistante que soit cette observation et fût-elle, même, secondfe par une puissance d'analyae exceptionnelle, elle restera toujours stérile ou peu s'en faut. Qae peut- on donc attendre de sérieux et d'efficace d'un cours de psychologie des foules aux points de vue de l'éducation de la troupe, de l'instruction de l'offîder et de la conduite des armées?
Notre étude antérieure sur les Ecoles d'offîcîers nous dispense de revenir id sur les questions d'unité et de communauté d'origine qui les concernent. Nous ne foimis d'excepticm que pour le stage d'un an imposé aux élèves de l'Ecole polytechnique et de Saint- Gyr aussitôt après leur admission. La reconstitution de notre enseignement militaire, teUe que nous l'avons exposée, comporte amasi ce stage, mais dans des conditions bien différentes. Introduit dans notre organisation actuelle, il n'esta au point de vue de l'unité et de la communauté d'origine, qu'une fiction destinée à donner satisfaction aux aspirations démocratiques qu'on encourage dans les masses. On est loin, d'ailleurs, d'avoir envisagé toutes les difficultés qu'entraînera son ap^cation.
Et d'abord, si l'on ne veat pas faire brèche au prindpe d'^alilë qui a dicté cette mesure, les élèves des deux Ecoles devraient èin traités, au point de vue de l'avancement, sur le même pied que les autres soldats ; sinon, restant sim^es soldats jusqu'à la fin de leur année de stage, ils auront nécessairement pour chefs, oomoie caporaux et sous-offiders, un certain nombre d'hommes du contingent et d'engagés volontaires incorporés à la même date qu'eux, et auxquels, dans bien des cas, ils seront supérieurs sous le rapport de l'instruction générale et même de l'instruction militaire. Il y a
L'ARMËB FRANÇAISE BV 1994 Vn
plus : les cadres en gradés, consthaés dans les Ecoles, ne poo- Tant dépasser un eertûn chiffre, la grande majorité des jeunes gens resteront soldats jusqu'à la fin de leurs deux années d'études.
Ce n'est pas tout. Si l'on msàntient le stage dans les condidous où il ar été TOté, d'autres obstacles surgiront. Gomment répartirat-on les stagiaires des deux Ecoles dans les corps de troupe? Leur laissera-t-on le ctmx des garnisons ou les leur désignera-t-on en se fondant sur te classement d^admisâon? Les dispersera-t-on ou les groupera-t-on dans les régiments? Les saint-cyriens seront-ils envoyés, les uns dans l'infanterie, les autres dans la cavalerie, ou seront-ils tous fantassins? S'ils ne servrat que dans une arme, snr quoi se basera-t-on pour les affecter à une arme plutôt qu'à une autre? Les mêmes questions sont à résoudre pour les élèves de l'Ecole polytechnique. En outre, ces derniers ne choisissant l'arme ou le service où ils désirent entrer qu'après le classement de sortie, comment mettra-t-on d'accord cette disposition avec la nécessité où Ton est de les pkicer, soit dans l'artillerie, soit dans le génie, aussitôt après leur admission? Exigera- t-on des stagiaires qu'ils suivent les cours des écoles rëgimentdres? Qumque simples soldats, seront-ils exercés à remplir les emphns attribués aux sousoffiders par les règlements? Enfin, en cas de guerre, les jeunes gens ayant accompli leur année de stage serviront-ils comme soldats?
C'est surtout dans la recherche des solutions à donner à ces questions et à beaucoup d'autres encore, qu'on se rendra compte de la complication dang^euse dont le stage régimentaire menace l'organisation actu^Ie de nos établissements d'raseignement militdre, déjà dépourvue d'unité.
Après la savante étude publiée il y a peu de temps par le Correspondant^ sur l'état sanitaire des troupes et l'hygiène des casernements S il ne peut y avoir place ici que pour quelques observations.
Panm les causes de la différence constatée, quant à la mortalité, dans l'armée, en France et en Allemagne, la discussion qui a eu lieu au Sénat, en mars 1903, sur le service sanitaire, a fait ressortir l'incorporation, à la suite des décisions des conseils de révi- ^on, d'un grand nombre d'hommes que leur état physique rendait peu propres à supporter les fatigues du service militaire. Déjà une circulaire (20 novembre 1902) du général André avait prescrit une visite très attentive des jeunes soldats du dernier contingent et Félimination de ceux qui seraient reconnus inaptes à servir. FTayant pas trouvé suffisants les r&ultats obtenus par certains
4 La morbidité et la mortalité dans Varmée (n« du 10 juitlet 190^.
corps dans Texécution de cette mesure, le ministre avait recommandé (circulaire du 2 mars 1903) de ne pas hésiter à proposer pour la réforme, à titre temporaire ou définitif, les hommes attmts d'une tare organique et les malingres qui ne pourraient être qu'une cause d'embarras pour le commandement et de dépenses inutiles pour le Trésor. Il ne faudrait pas cependant pousser trop loin la sélection des hommes propres au service militaire, au moment où il est plus particulièrement précieux de maintenir nos effectifs combattants au même chiffre, ou à peu près, que les années précédentes.
A la diminution des effectifs que les éliminations ont entraînée en 1903, est venue se joindre celle qui provient des permissions accordées par le ministre aux hommes de troupe de l'armée acdie. La réduction du nombre d'hommes présents, résultant des journées & économiser par ce moyen, a été évaluée à 1/5 de l'effectif total. Les corps de l'Est n'ont pas été épargnés.
Bien que les vides créés par les envois en permission ne soient que passagers, les prescriptions ministérielles sont désastreuses pour l'instruction. C'est un véritable attentat à l'existence même de l'armée. Depuis plus de vingt-cinq ans, nous réclamons la surélévation de nos maigres effectifs, et l'on n'a pas craint de les affaiblir encore, alors que ceux que l'Allemagne entretient dépassent les nôtres de près de 50,000 hommes pour l'infanterie, de 5 i 6,000 pour la cavalerie et de 22,000 pour Tartillerie * . Dès à présent, les compagnies d'infanterie allemande disposent, pour les exercices, d'un nombre d'hommes presque double du nôtre.
En envoyant chez eux, en permission, parfois contre leur gré, un grand nombre d'hompoies, op n'a pas seulement nui à l'instruction courante, on a atteint aussi l'esprit militaire. C'est un des nombreux traits de la campagne menée depuis trois à quatre ans contre l'armée, avec autant de suite dans la perversité des desseins que d'inconscience de l'avenir.
L'esprit militaire ne gagnera pas non plus à la mesure par laquelle des congés sans solde, de trois ans au maximum, sont accordés annuellement aux officiers sur leur demande. Le nombre de ces congés est limité. Les officiers admis à jouir de cette favcnr doivent compter moins de huit ans de service, dont quatre d'officiers, et peuvent être réintégrés dans les cadres, s'ils le deman-
« De 1873 à 1899, Tarmée aHemande s'est accrue de 1B6 bataiUons, 16 escadrons et 305 batteries de campagne.
L'ÂRMtt FRARÇIISI IR 1904 709
dent, avant l'expiration de leur congé. Le temps passé dans cette situation leur compte pour la retraite et la réforme.
Grâce à ces congés qui ont été proposés comme un moyen de fiaciliter l'adoption des retraites proportionnelles, les officiers, — art-on dit, — ne sont pas exposés à s'ayenturer dans la vie civile avant d'être certains qu'ils y réussiront.
Non seulement le va et vient incessant des officiers envoyés en congé et des offiders réintégrés est de nature à troubler le service intérieur des troupes, msds la transformation que l'on cherche à opérer ainsi dans l'existence de Tofficier ne peut que nuire à son instruction professionnelle, et amener le relâchement du lien qui l'attadie â la vie militaire. C'est une forme perfide de la démilitarisation de l'armée.
Quant aux retraites proportionnelles, elles n'ont pas, nécessairement, pour entrée en matière, des congés sans solde. Si la question d'économie ne tenait pas tant de place dans l'accueil fait aux lois parlementûres, le principe de ces retraites, admis depuis trente ans par tous les ministres de la guerre, y compris le général André, serait appliqué depuis longtemps. Leurs avantages sont incontestables â la fois au point de vue du rajeunissement des cadres actifs par l'amélioration des conditions d'avancement, et â celui du renforcement des cadres des officiers de réserve.
L'instruction des officiers de réserve est un des objectifs qu'un ministre ne doit jamais perdre de vue. Le général André, en autorisant ces officiers, ainsi que les officiers territoriaux, en dehors des périodes de convocation des troupes, â s'acquitter de leur stage aux époques qui leur conviennent le mieux, et de le fractionner en plusieurs périodes d'une durée minima de huit jours, leur a fait une faveur qui, sans toucher â rintégralité4le la période, tend â rendre moins sensibles pour eux les inconvénients résultant d'une interruption de leurs occupations dans la vie civile.
Rien de ntieux, msds que, d'un autre côté, le maintien des treize et des vingt-huit jours pour, les hommes de troupe, territoriaux et réservistes, reste intangible I
En supprimant par voie budgétaire, au mépris d'une loi organique, 1 million sur le crédit affecté aux appels de territoriaux en 1903, la Chambre a atteint le principe même de la convocation. Encore, si au cours de la discussion, les partisans de cette suppression l'avûent justifiée par quelques raisons sérieuses I Mais il n'a été fait appd qu'à de misénd)les arguments peu encourageants pour les officiers territoriaux si dévoués â leurs obligations, si désireux de ne pas perdre l'habitude du commandement et d'appliquer les nouveaux règlements. De tels débats nuisent â 25 viYvm 1904. 46
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lacoofianee des ofBcaers dans Tarenir d'nm iasâtation qui est «^ des éléments de notre puissance mifitalre, au même titre que la landwehr dans l'organisation allemande. Et Ton sait si la p«rt que celle-ci a prise à la guerre de 1870 a été active et efficace!
Les troubles auxquels ont donné Keu, depuis quelques années, les grèves d'ouvriers, et ceux, plus récents, qu^a susâtés la politique gouvernementale vis-à-vis des congrégations religieuses, ont singulièrement augmenté l'intérêt qui s'attache A la question <le l'emploi de l'armée pour leur répression.
L'action de l'armée à l'intérieur a, de tout temps, soulevé des critiques et agité les esprits. Lors des derniers événements, suhedes mesures prises contre les congrégations, elle a révolté bira des consciences. Plusieurs officiers ont sacrifié leur carrière pour n'avoir pas & se conformer à des réquisitions offensantes pour leurs croyances et leur dignité d'homme. Rien n'est plus triste... Qui peut prévoir ce qui arrive quand on met aux prises l'armée et les populations?
La législation actuelle des réqmmtions résulte du décret du 20 mai 1903 sur l'organisation et le service de la gendarmerie, et de l'instruction du 2& juin 1903 relative aux réquisitions des troupes de ligne. Cette instrucdon du général André a 1q mérite de condenser les lois, décrets, règlements, etc., andens, régissant la matière, de préciser llnterprétation à donner aux textes, et de se rapporter à notre organisation militaire et administrative actuelle, mus rapplication des règles prescrites n'en reste pas moins délicate et dangereuse ^
Tout d'abord, on remarquera la disproportion qui existe entre le droit de réquisitionner la force armée dans ce qu'il a d'exorbitant et de redoutable, et l'autorité morale de la plupart des agents de la force publique auxquels la loi permet de l'exercer spontanément. Au début de la RévoluUon, le Keutenant-général Guibert disak dans ce sens, à propos des municipalités auxquelles la loi « pourrait » conférer le droit de réquisition ^ : « En réfléchbsant au pouvoir des munidpalités, à l'usage qu'elles en peuvent faire, et aux nuances qu'elles doivent y apporter, on ne peut s'empéober de sendr que i>eaucoup de municipalités ne seront pas assez bien tx)mposées pour suffire à d'aussi diffidles fonctions. »
La même considération généralisée a motivé en grande partie la
* Le cadre restreint de oette étude ne nous permet pas de présenter lesol>^ervatiQ]»8 qu'appelie&t certaiaes i&terprétatî(»i8 et reoommandatioafi de cette instructioa*
> La loi fut faite par T Assemblée nationale le 3 août 1791 : c'est « la loi sur les attroupemeots », aujourd'hui encore en vigueur.
L'ARMtB FRÀRÇUSS BIT 1904 Hl
proposition de loi déposée à la Chambre par le lieutenant-colonel ftoosset en octobre 1902, et d'après laquelle le droit de réquisi- ^onner des troupes ne s^exercerût qu'après un décret rendu en conseil des ministres, et ne ponrnùt être délégué à une autorité dviie nommément désignée que par un arrêté du président du consal. La rapidité actuelle des communications rend cette solution praticable, msâs les difficultés que Piuteryention de l'armée fsit naître n'en subSBteront pas moins. La question mérhe donc d'être examinée à un autre point de vue.
La force publique comprend une force ayant pour objet la défense du territoire contre rennemi extérieur, et une force destinée & maintenir la paix entre les citoyens, en assurant la liberté publique et le respect des lois, c'est-à-(fire d^uue part Tanuée, de Fautre la police et la gendarmerie.
Le seul moyen d'éviter l'emploi de l'armée à une besogne indigne d'elfe et les difficultés qull fait surgir, consisteraient à organiser la force publique intérieure de manière à la rendre capable de répandre à toutes les exigences pour lesquelles elle a été créée. Les autres solutions de la question qui comporteraient le madntien de cet emploi, ne conjureraient pas les funestes conséquences auxquelles nous venons de faire allusion.
Parmi les raisons qui militent en faveur de la non-participation âe Tarmée à la répression des troubles, l'adoption du service militaite à court terme est loin d*ëtre sans valeur. Rien, en effet, n'est plus préjudiciable à des hommes soumis à des exercices d'entralnemenl réguliers en vue de la guerre, que d'en être distraits pendant des semaines, parfois pendant des mois, par des occupations étrangères à cet objet. Associés, dans les troubles, aux actes de l'aiftorité civile, ils perdent des heures précieuses pour leur instructÏDii et leur éducation militaires. Ces hommes, dont on stimule sans cesse l'initiadve, et auxquels on apprend que l'offensive est la règle, seront réduits, le plus souvent, à se retrancher dans une défensive pénible. A l'attaque^ ils opposent Hnertie. Que ce soit là lenr devoir, nul ne le conteste, mais c'est, en même temps, une bien maiivaise leçon de choses.
Les soaveaux éléments à adjoindre à la police et à la gendarmerie aetttelles, pour leur permettre de remplir leur mission sans le concours de l'armée, doivent être, avant tout, mobiles, afin d'être utifisaMes dans un assez grand rayon, sur les points où se produisent des manifestations, prodromes de troubles ou d'émeutes. L'faistitoàoB d'un corps spécial de gendarmerie composé par moitié -ée gendairnies & pied et de gendarmes & cheval et organisé en com- .psgnieB, semble devoir rempBr ce but.
m L'ARMiK FRiKGUSI £]X 1904
En cas de troubles, on emploierait en premier lieu cette gendarmerie mobile, sauf à fidre marcher ensuite, s'il y avait lieu, les brigades de gendarmerie; en temps de gaerre, elle servirait à entrer des troapes de nouvelle formation.
Peut-être all6guera-t-on contre cette troupe de réqniâtions par excellence, qu'elle deviendra insuffisante dans un cas extraor^nûre, par exemple si une émeute prenait un développement considérable. Nous ferons remarquer que ces gendarmes mobiles, en raison de leur dressage spécial, représentent un nombre de soldats et de cavaliers de b^ucoup supérieur à leur effectif réel. Gomme on pourra toujours, grâce aux voies ferrées, rassembler promptement, sur un point quelconque, des compagnies de plusieurs régions, et les renforcer par des brigades de gendarmerie, on arrivera à disposer d'une force imposante équivalente à plnMeurs régiments. Que si, cependant, l'emploi d'un effectif aussi élevé ne suffisût plus, il faudrait en conclure qu'on se trouve en présence d'une insurrection violente couvrant une grande surface. N'est-il pas évident qae, ce cas échéant, le pays tout entier serait bientôt en pleine révolution, mais alors
De l'ensemble, A complexe, du grand corps de l'armée française, tel que nous venons de le présenter dans ses principales lignes et dans ses traits marquants, l'oeuvre du général André se détache, à la fois étroitement soumise à l'influence parlementaire, et imprégnée de ce dangereux sectarisme qui a sa source dans la haine des classes élevées.
Des changements techniques apportés à plusieurs règlements avec une certaine opportunité, et quelques réformes d'organisation répondant à des dédderata anciens ou justifiées par des besdns nouveaux, n'ont pas la vertu de racheter des mesures qm, étant dictées par la pasdon politique, ne peuvent que tendre à l'affiûblissement de nos institutions militûres. De même, des témoignages de sollicitude prodigués aux soldats ne sont pas capables d'effacer les procédés auxquels le général André recourt pour retarder ou briser la carrière d'excellents officiers de tout rang, dont les opinions politiques et religieuses lui dépbdsent.
Il est manifeste, pour les moins clairvoyants, que le ministre n'a ni la volonté ni le pouvoir de fûre un pas en arrière dans la voie où il s'est engagé. Se sentant soutenu par le parti démocratique le plus avancé, dont il est le prisonnier, il poursuit sa tâche, sans prendre soud des obstacles, sans reculer devant le chaos grandis-
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saut des innovatioDS. Tout autre que loi s'inquiéterait des démissions d'oflBders qui se sont multipliées et accusent clairement le dégoût que font naître la délation érigée en principe et l'arbitraire inauguré dans Tayancement.
Pour peu que se prolongent les actes de suspicion, les vexations et les dénis de justice, le corps d'offiders perdra de sa cohédon, et cessera de se recruter dans les milieux sodaux releyés, ce qui l'attendra directement dans sa force de résistance. Alors, au lieu d'être prête pour la guerre, sa fin glorieuse, l'armée le serait bientôt pour cette servitude sans gran deur rêvée par nos politidens, et qui a nom fonctionnarisme.
Quand nous n'en étions qu'i la période des ébranlements, nous comptions sur quelque événement heureux qui, en ramenant au pouvoir un ministre réparateur, nous épargnerait la tristesse d'entrer dans celle des destructions. Notre illusion s'est dissipée.
Et, cependant, nous conservons l'espoir qu'une orientation nouvelle de notre poliUque intérieure, est encore capable d'atténuer les suites des actes accomplis, et d'en conjurer d'autres qui s'annoncent comme peirticuliërement désastreux pour l'avenir de l'armée.
A nos yeux, en effet, le mouvement de réformes militaires qui s'accentue de plus en plus, n'a jamûs été le résultat inéluctable du travail de pénétration des masses qu'on est convenu d'appeler l'évolution sodale; il procède tout dmplement de courants politiques nés d'intérêts passagers étrangers à l'armée, et déterminés par le jeu factice des partis. Ce que la politique d'hier a fut, la politique de demain peut le défSûre. Le mal est qu'il en est de certûnes mesures comme de ces maladies qui laissent après elles, quoi qu'on fasse, d'irréparables traces.
Général Bourellt.