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devanciers, les Amis du Luxembourg ne discutent pas, à propos de tableaux, la question théorique de la propriété artistique. Comme peintres, ils s'attristent que telle œuvre, vendue deux ou trois mille francs en France, soit ensuite revendue quelque cent mille francs aux Etats-Unis. Ils ne disent pas qu^il y a là une injustice, mais ils voudraient assurer aux artistes un droit sur la plus-value qae leurs œuvres acquièrent dans l'avenir. Ils demandent que l'auteur et ses héritiers profitent de la hausse, qu'ils aient un « droit de suite », bref que le Parlement s'occupe de leurs intérêts et légifère en cette question.
Le public, qui aime ses artistes, a accueilli avec faveur les doléances des « Luxembourgeois »; des lettres ont été publiées et la presse s'est montrée bonne mère pour les représentants de l'idéal. Hélas! les jurisconsultes sont intervenus et les artistes sont dans la peine. La question est, en effet, des plus compliquées. Ce n'est pas seulement une loi française, mais une convention internationale qui pourrait utilement protéger les artistes et leur assurer une part dans les plus-values successives de leurs œuvres. Pratiquement, comment faudra-t-il procéder? Tout tableau devrait- il être vendu en France, par devant notaire? Ou bien une vente publique aurait-elle lieu dans un bureau officiel? Il s'agit avant tout d'enregistrer les prix. Gomment espérer que le Parlement arrivera à protéger les artistes, alors qu'il a mis dix-huit ans à protéger les ouvriers contre les accidents du travail? De toutes les solutions, la plus « élégante », comme disent les juristes, a été fournie par un savant professeur de la Faculté de Paris, M. Thaller. Le 8 janvier dernier, M. Thiller écrivait au journal V Eclair : « tfe crois pouvoir vous dire que le seul moyen, pour les artistes, de se réserver les plus-values qu'atteindraient leurs œuvres dans les reventes dont elles viendraient à être l'objet par la suite, est de former entre eux une société de protection de leurs droits, un peu sur les modèles des sociétés constituées pir le baron Taylor, pour la protection des droits des gens de lettres, auteurs dramatiques ou compositeurs. Us conviendraient de n'effectuer aucune cession de leurs tableaux ou sculptures en dehors de l'intermédiaire de la société, et la société arrêterait un modèle ou type de contrat que les acheteurs auraient & signer. Par ce contrat, l'acheteur s'engagerait, en cas de revente, à faire bénéficier l'artiste originaire d'un tantième déterminé sur la plus-value, et cette clause devrait également produire effet sur les ventes aux enchères. L'acheteur s'engagerait en outre à faire insérer, dans la convention de revente du tableau ou du bronze, la même clause, de manière à lier le sous-acquéreur, et ainsi de suite. »
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11 est à souhaiter que les Amis du Luxembourg trouvent une solution selon leurs désirs. Qu'ils sachent bien cependuQt qu'ils sont déjà favorisés et que les Jeunes lettrés n'ont pas^ comme eui, les faveurs de l'Etat. Tandis que les peintres, les sculpteurs et les musiciens s'en vont à Rome, pendant trois ans, goûter les }oies artistiques de la yille étemelle, les jeunes écrivsns ne reçoirat aucun encouragement. C'est, sans doute, pour rétablir l'égatitèqoe MM. P* et V. Margueritte réclament, en faveur des jeunes écrivaiBS, des bourses de voyage. Les uns iraient à la villa Mé£cis, to autres sous le ciel bleu de l'Algérie; d'autres, enfin, choisiraient Bruges la morte, pour être moins distraits. Mais faudra- 1- il un concours et quels seront les juges? Voilà la question dont va s'occupa b Société des gens de lettres. Qu'il y ait ou qu'il n'y sdt pas de concours, il y aura toujours des lauréats, ce seront les écrinios privilégiés, les élus du miniscre qui| sus doute, se réswverala dédëon suprême. Nous aurons donc un corps officiel de lettrée, te mandarins.
Ut
On siût que les villes de France grandissent au détriment des campagnes, et que la gent paysanne déserte ses foyers. L'tfode remonte à dnquante ans et les statisticiens n'ont pas omis de le mettre en lumière. Mais la population rurale, dti>arra8sé8 de tons les nomades, est-elle plus saine, plus vertueuse, plus travaillease? Pendant longtemps la « supériorité morale des campagnes » ht un thème cher ani prédicateurs; aujourd'hui le thème est déteiesé. Bien plus, les {>ionniers du socialisme assurent que la campagaea entendu leur appel, que les syndicats se forment, que le prolétaritt agricole se lève et que les grèves du Mi()i, aux allures de jacqueries, sont le premier tressaillement du peuple qui s'éveille.
Deux régions de la France sont pardeulièrement favorables à la propagande socialiste : le Midi méditerranéen, avec les départements de l'Aude, de l'Hérault et des Bouches- du- Rhône, et le Centre, ob les départements du Cher et de la Nièvre sont depuis longtemps « travaillés ». Id, ce sont les bAcheroDS qui se soo| lentement organisés et fédérés; là, ce sont les ouvriers viticoles qû opèrent bruyamment^ en plein soleil. Les uns et les autres s'étaiefii déjà fait connattre en 18A8. Il faut relire le livre captivant de M. Pierre de la Gorce *, pour comprendre ce que peut devenir Taf tation rurale. De 18A8 à 1852 ce sont, dans le Midi, les départements de l'Hérault, de la Drôme, du Var, des Basses- Alpes qui
* Histoire de la seconde République française, $• édit. Paris, Pion, 1904. Tome U, Uvre XXI.
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sont tour à tour le théâtre d'insorrections sanglantes; dans la Nièvre, c'est Glamecy qui prend Tinitiative d'une révolution meurtrière. Hais la répression ne se fit pas attendre; l'état de âège fut iaimédiatement décrété et les mesures prises contre les agitateurs farent si rigoureuses, nous dit l'historien, qu'elles éveillèrent quelque intérêt pour les victimes ^ Depuis lors, aussi bien sous le second empire que sous la troisième république, les mêmes régions du Midi et du Centre ont conservé des chambrées ou cercles révolutionnaires. Les victimes du Deux-Décembre ont laissé des continuateurs dont la presse sodaliste aime à raviver les souvenirs.
Tel était l'état des esprits lorsqu'au mois d'août dernier, un congrès régional réunit, à Béziers, les délégués des syndicats ouvriers ruraux de l'Hérault, de l'Aude, des Pyrénées-Orientales, des Bouches-duRhône et du Var. Le congrès fut long, puisqu'il dura les 15, 16 et 17 août; il fut peu nombreux, mais pratique, puisqu'il aboutit à la création d'une « Fédération régionale » dont les statuts furent acclamés. En voici quelques dispositions : \. La Fédération a pour but : l"" d'unifier et de préciser le mouvement syndical paysan; 2"" de faire exécuter les dédsions des congrès. II. Un congrès aura lieu tous les ans au mois d'août. III. La Fédération adhère à la Confédération générale du travail. — Cette dernière disposition atteste l'esprit nettement socialiste des syndi*cats ouvriers du Midi.
Le court résumé des délibérations du congrès de Béziers ^ permet de conclure que le socialisme agricole suivra la même méthode d'action que le socialisme industriel. Il aura, dans le Midi, ses chefs, ses syndicats, son programme. Le citoyen Seguy, président du congrès, en ouvrant les délibérations, a tenu à rappeler le but poursuivi : hâter l'organisation prochaine d'une Fédération nationale des ouvriers ruraux; préparer la fusion du mouvement ouvrier et du mouvement paysan en vue de l'émancipation commune; travailler à l'organisation corporative, pour libérer l'ouvrier des champs du joug capitaliste '. Ces principes posés, les membres du congrès se sont occupés des questions intéressant l'ouvrier agricole : des lois de protection qu'il doit réclamer, des grèves auxquelles il est convié, d'un journal corporatif à créer, d'un <c manuel du paysan », etc. Une des plus intéressantes questions fut la suivante : £n cas de grève générale de rindnstrie manufacturière, quelle doit être l'attitude des paysans?
« Op. cit., p. 590.
' Voy. le Mouvement socialiste, revue mensuelle internationale, 15 novembre 1903.
3 Op. cit., p. 450»
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Les uns répondirent que « les organes de la production rurale seraient tenus de cesser de fonctionner au même titre que ceox de l'industrie. » Les autres soutinrent que les ouvriers des campagnes devraient « fournir au prolétariat urbain les objets de consommation nécessaires à sa résistance. » Lorsqu'on passa aa vote, le premier mode d'action recueillit la majorité des suffrages ^ Est-ce cette décision qui troubla quelques tètes? Estce l'influeDce de la presse socialiste qui envahit de plus en plus les régions do Midi? Toujours est-il que l'idée de la grève, commentée, disculëe dans les milieux ruraux, hantait depuis plusieurs mois les esprits lorsque, dans le courant de janvier, quelques impatients se décidèrent à ag^r.
Les ouvriers viticoles, mécontents de leurs salaires et de l'accueil fait à leurs revendications, prirent le mot d'ordre de leurs syndicats et refusèrent de travailler. C'étaient surtout des journaliers, des ouvriers « volants » qui ne se fixent sur aucun domaine. Partie de Béziers, la grève se dirigea vers le littoral et éclata presqu'en même temps à Capestang, dans l'Hérault, et à Narbonne, dans l'Aude, pour se répandre dans nombre de communes do Narbonnais. Tandis que les délégués des syndicats ouvriers entraient en pourparlers avec les propriétaires ruraux, les grévistes, inoccupés et bruyants, se répandaient dans les campagnes empêchant leurs camarades de travailler, arrêtant la circulation, prenant des mesures d'ordre ou plutôt de désordre, bref affectant le mépris absolu de la loi et des gendarmes. Ceux-ci, habitués aux manifestations bruyantes, se montrèrent pacifiques. Préfets et sous-préfets apaisèrent le conflit, et, au bout de quelques jours, après avoir entendu patrons et ouvriers, proposèrent des accroissements de salaire qui furent acceptés. Malgré les excitations de quelques meneurs, les grèves du Midi n'eurent pas le caractère de généralité qu'on pouvait redouter. L'éparpillement des grévistes, la diversité des revendications, le défaut d'entente, furent pour eux des causes de faiblesse. Hais à voir les violences qui, dans quelques villages, jetèrent l'épouvante, on devine qu'un mouvement révolutionnaire serait facilement victorieux. Aussi faut-il féliciter les citoyens qui, depuis quelques mois, prévoyant le désordre de la rue et l'attaque des propriétés, constituent des « ligues de défense locale » pour protéger énergiqoement leur personne et leurs biens et suppléer à l'inertie d'une administration indifférente et souvent complice.
Comme toute grève importante a sa répercussion sur les pou-
* Op. cit,, p. 452.