K LA ROI À ROUI
et les églises jésnitiqnes, c'est aussi la Rome da dix-septième siède et même dn diz-hnitiëme, celle qa'M èok appeter en toute justice la Rome da Bernin. Elle apparaît dans la richesse de ses colonnades, de ses statues, de ses escaliers et de ses fontaiBOS monamentales, sacrifiant beaucoup au goût de l'époque qui tourmenta, boursoufla, contourna la pierre jusqu'à Teicës, mais n'en créa pas moins des œuvres charmantes et souvent grandioses.
L'impression que font les premières construcdons de la Renais* sauce est écrasante. C'est le mot qui vient k l'esprit du promeneur lorsque, an détour du cbeoûn, il se trouve brusquement en face d'éc^ces comme le Collège RoflMdn, ancienne école supérieure des Jésuites, transformée en lycée, ou le palais Monie Citorio^ ancien palais de justice des Papes, devenu Chambre des députés. Ces bâtiments géants indiquent la grandeur de pensée de ceux qui les craçurent; ils étonnent par leurs proportions autant que par leur simplicité, et les œuvres du Risorgimento se chargeraient, s'il ai était besoin, de mieux accuser encore la majesté de leur caractère. Considérons par exemple la galerie d'art moderne de la via Nazionalcy « belle construction, cfisent les guides, érigée en 1880 pour servir à des expositions »* Si élevé que soit le perron conduisant à la haute arcade centrale couronnée d'un fronton monumenCalt l'œuvre est insignifiante et à vrai dire nmnquée. Les siècles ont passé, les sentiments comme les mœurs ont changé et la d&stanoe qui sépare le présent non seulement de Michel-Ange, mais même des élèves du Remin, parait immense. Elle s'accuse encore plus sensiblement entre les œuvres modernes et celles de l'antiquité. Lorsque, traversant la place d'Espagne, on rencontre la colouie de Ylmmacolata^ que Pie IX fit ériger en 18â9, pour rappeler la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception, on voit mi monument assurément très honorable; la Tierge de bronze couronne avec grâce le fût de cipoUin que ceinture â sa base une dentelle de fer forgé, mais les yeux peuvent-ils arriver à considérer â Rome d'autres colonnes que celles de Marc-Aurèle et de Trajan? Le temps a encore embelli ces marbres; ils ont pris un galbe qui les transfigure et leurs mutilations disparaissent dans \&& reflets d'ocre et de rose mourant les bas-reliefs qui nous racontent les guerres contre les Blarcomans ou contre les Daces. Nous n'entrevoyons, il est vrai, que des formes vagues et dos eortèges effacés, mais souteDiie par l'art, notre imagination nous remet fidèlement en face dft l'histoire^ nous nous sentons Irien dans la Rome du passé, dook n'en sortons que n le hasard de noire marche rêveuse noon » conduits au Cûtsq d^haUa^ devant la colonnette de h VictrâTe» pauvre petite pierre édifiée devant la pofia Pia^ma lendemain An
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20 septembroy trop haute encore pour mesurer la grandeur de Texpldt.
Si la colonne Trajane est la plos célèbre, c'est évidemment en raison du cadre où elle se dresse. Placée an centre de cette fosse profonde qui semble être la tombe des grandeurs évanouies, elle domine les fûts brisés qui jonchent le sol comme un chêne isolé survit à la forêt dévastée par l'orage. A ses côtés on a tenté de relever quelques blocs de granit ou de marbre, auûs perdus, tronqués, ils n'étalent plus que leur misère, tandis que d'autres plus fiers ou phis las, fatigués de gloire ou d'années restent coucbéa dans le gazon comme on est couché dans le cercueil.
D'un passé encore plus lointain nous parlent les obélisques qui jalonnent les perspectives de la ville éternelle, obélisques rapportés jadis d'Egypte par le peuple conquérant, retrouvés dans les temples, dans les cirques, dans les jardins, dans les vignes, redressés, recelés, rapiécés, et récusant à chaque nouvelle génération la gldre des Psammétiques et des Césars. Chacun d'eux évoque ua souvenir particulier. Le monolithe du Latran ornait, quinze siècles avant le Christ, le temple du soleil à Thèbes; celui du Pindo fut érigé par Adrien en l'honneur d'Antinous; celui de la place des Ginq-Cent& récemment découvert rappelle la mort des soldats italiens à Dogali. Le cavalier Bernin lui-même a voulu en utiliser im et, ne pouvant le contourner, l'a mis, place de la Minerve, sur le dos d'un éléphant baroque qui parait fort surpris de son fardeau. Au sommet de la me des Quatre- Fontaines où s'ouvrent de si merveilleuses échappées gur la Rome montante et descendante, un obélisque sur lequel joue la lumière se dresse comme un phare au bout de chaque avenue. Quel spectacle donne celui de la Trinité des Monts lorsque, avant de s'éteindre derrière le Monte- Mario ^ les feux du soleil à son déclin viennent à l'envelopper d'une lueur crépusculaire I La croix couronne la fdupart de ces monuments païens, la croix hérissée de rayons symbolisant la catholicité du nouveau culte. Au sommet de TobéUsque de Saint-Pierre, apporté d'Héliopolis par Galigula, il y a mieux que le symbole, il y a les reliques de la vraie croix« Lapider clamabunt!
Les fontaines avoisinent les obélisques. « Rome, a dit Stendhal, est le pays des fontaines charmantes. Au milieu des chaleurs extrêmes, le brait des eaux et leur admirable limpidité produit un effet dont on ne peut se faire l'idée dans les pays froids. » La ville en est remplie non seulement sur ses places publique£f, mais aussi, comme nous l'avons vu, dans les cours intérieures de ses palais et de aes maisons. Elles sont répanouissement final de ces torrents d'^ML limpide descendant de la mootagne. Qui n'a entendu parier
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de taequa Claudia^ de tacqua Marcia^ de taequa Yergm?^^ vlk yq an moins en image ces aquedacs sécalairea, ces tronçons d'aqaedacs qvd enjambent la campagne ronudoe et dont certdns condoisent encore l*eao vive Jasqn'aa centre de la capitule? Citait faequa Claudia qni approvisionnait le Palatin et la liaison dorée de Néron ; c'est toujours taequa Mareia qui, depuis deux mille ans, tombe des monts de la Sabine et jaillit en gerbes diamanties devant les thermes de Dioctétien devenua Sainte-Marie des Anges. Au centre de Rome, encadrée dans les maisons de la rta delNmreno se trouve encore Tarcade antique de Faequa Virgo. Cette eau qui doit son nom à la jeune fille qui en découvrit la sonite à des soldats altérés passe pour une des plus abondantes et des plus pures; elle alimente la bareaccia de la place d*EspagDe, les footûnes du Circo Agonale et remplit aussi les bassins de granit qni ornent la place Faroèse, mais nulle part elle ne déborde ayee pbs de majesté qu*à la fontaine de Trevi. Quelle surprise attend le promeneur, lorsque, arrivant de la petite via San Vineenso^ il se trouve tout i coup en face de cette magnifique architecture du diz-huitiëme siècle I La nature, en donnant rharmonie de ses f^nz aux eaux courantes unit ses séductions à celles de l'art pour captiver le passant; oubliant le Neptune impératif, son amie de tritons et de chevaux marins, les statues, les allégories, ^ ^ reliefs, il s'abandonne à Témotion que tant de choses réomes suscitent. Les Romsdns ont si bien compris que ce bean dieor placé au cœur de la ville lasserait un souvenir ineffaçable dans celui du voyageur qu'ils ont propagé la légende d'après laquelle Tamoureux de Rome qui boirait une gorgée d'eau de Treri et laisserait tomber une offrande dans ses basons quitterait la tille Mrnelle avec esprit de retour.
On pourrait écrire tout un livre sur les fontaines de Rome, sor les flots écumants qui bondissent des arcades de la fontaine Paofin^ sur le panadie qui miroite entre les dioscures de Monie ^^^* sur le bijou ciselé de la place des Tortues, sur le triton essoufflé du paUds Barberini, sur les divinités nonchalantes des quati^ Foniane^ sur les coupes débordantes de la place Saint-Pierre ou l'onde, chassée par le vent, couvre d'un duvet de mousse le P^^^ de Benoît XIII, mais nous ne pouvons que passer et Toid ^ notre course nous entraîne au pied des escaliers de VUrbs sep^^'
A tout instant on gravit ces longues échelles de marbre oontaot à idc, comme à Y Ara Cœli, au Quirinal, au Foro Tra;ano, on * étages superposés comme au Pineio et à la place d'Espagae.
La gradmata di S. Trimtà de motUi est une des ®*^^^ plus gracieuses du dix-huitième âède. Cet escalier, qui est oui
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la libéralité de Tiin de nos compatriotes^ H. Etienne Gaeffier» appartient toujours à la France. La plaqoe de marbre qui rappelle ce fait omet naturellement le nom du généreux secrétaire d'ambassade, mais redit à la postérité ceux du souverain et de Tambassadeûr sous lesquels le monument fut construit, et le président de Brosses, dans ses lettres, se sert d'un charmant euphémisme en écrivant que le cardinal de Polignac « procura l'exécution de ce nouvel établissement».
Entrevu à l'angle du Corso et de la via Condotii^ à la fin de la journée, ce monument enchantera toujours les regards. Frappée par les reflets du soleil couchant qui disparaît derrière les pins de la colline opposée, l'église plantée au sommet du Pincio apparaît de la plaine comme une forteresse lumineuse qu'éclaire un feu de bengale lointain. Les caresses d'une flamme mourante passent successivement sur les tours, sur l'obélisque, sur les marbres des balustres, et enfin sur chaque marche, jusqu'à ce que tout rentre dans la nuit. Il semble que ce lieu soit le rendez- vous de la lumière, car il n'est pas moins célèbre le matin, lorsque sur les blancheurs éblouissantes de ces pierres, le soleil fait allonger les ombres. A l'heure aveuglante de nûdi, on voit s'étager sur les marches les groupes des fleuristes et des modèles des peintres, et Ton jouit de l'éclat d'une palette où le brillaut des velours et des soies se marie aux fraîcheurs des roses et des violettes.
Le soleil, car il faut sans cesse parler du soleil à Rome, éclaire d'une même traînée la haute cascade de marbre qui descend à pic de VAra Cœli. Cet escalier, en plein midi, éblouit toujours les yeux et donne une impression de vertige à celui qui, sortant de l'église, voit à ses pieds une partie de la cité. Là, comme en tant d'autres lieux, s'offre la vision des trois Romes, au spectacle du monument de Victor-Emmanuel qui s'édifie sur les ruines du temple de Junon Moneta et sur les restes d'un célèbre couvent de Franciscains. Même impression, lorsqu'au brusque détour de la via Nazionale^ on arrive devant le trou béant du Foro Trafano. Du haut de l'escalier qui mène à la place, on voit au premier plan la colonne plantée au centre du Forum, puis le palais de Venise commandé par la coupole du Gesù^ et au delà, la ville remontant en amphithéâtre jusqu'au sommet du Janicule ob apparaît Garibaldi.
Il y a encore à Rome quelques jardins qu'ont respectés les maçons, quelques parterres suspendus dont on envie le séjour, lorsqu'on passe au pied de leurs terrasses, mais, puisqu'il nous 10 MARS 1904« 59
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faut rester dans la rue, noas ne décrirons ni les bosqnets vir^fiens de la ifiUaBoi^ghèse, ni les Toutes tremUmates de la villa lléâkîs, ni les haies de bois de la villa Hatlei, m les horizons romains de la villa Wolkon&ky chère aux Français. Nous n'avons à nota* qne reocadrem^t donné i la me par les loîntûnes verdnres. Tel le jardin du Qairiaal qni, aperçu de l'extrémité de la twi delBabwtno dominant la tentasse sous laquelle s'engage le nouveau toniiel, apparaît comme le bouquet d'un bosquet sacré et met sa tache inerte dans réchanorare de la ^a rf^ du^ MacelU. Tel le Pincio qui étage si gracieusement les logeas, les balustrades et les statues de ses (errasses au-dessus de la piazza del Popolo^ tel surtout k jardin Aldobrandmi si fièrement perché au carrefour des vmes modernes, si romitt avec s^ pins d'Italie, sa muraille de cyprès et ses buissons de fleurs. Les squares nrodemes sont rares eC sans caciiet, ils n'empruntent leur originalité qu'à leurs haies de cactus, aux découpures de leurs palmiers, aux voix plamtives des fontaines et au chant monotone des cigales. Aux abords du Gapitole et du Janicole, les lacets des allées ont été dessinés avec grâce, et l'on a eu l'heureuse idée de jeter comme au hasard sur les pentes vallonnées des gazons des débris de marbres antiques, piliers brisés, ou chapiteaux écornés dont les feuilles d'acanthe scmt à demi cachées par celles qui croissent sur le talus.
Des avenues d'arbres abritent les nouvelles voies, et Voa ddt ooDStaier un sérieux ^ort de la municipalité pour créer de l'ombrage et mélanger aux oonif^es et aox chênes verts lœ ariires à feuilles caduques. Ces plantations sont d'un heureux ^et et, sur les quais, les couleurs discrètes des platanes s'harmonisent très Ixien avec les teintes effacées des vieux mors, mais il n'en est pas mrâis vrai qae, sur ce ciel franc et sur ces mines chaudes, la sooÂre verdure sera toiqonrs la plus belle. Id c'est un cèdre altier dont la tète séculaire dépasse un mur croulant, là un figuier penché qui a pris racine sur l'humus d'andques décombres, plus haut «ne rangée de pins arrondissant leurs coupoles sur l'horison. Ce sont arasi des eucalyptus, agités, écorchés avec leur chevdure pleurarde, des palmiers gigantesques, des aloës mourant en donnant leur fleur, des cyprès isolés, immobiles oomme une pyramide, et sur ces verdures sévères la lunûëre des roses grimpantes ou U flamme des oeillets rouges.
Je parle de lumière et de flamme, car, ici mieux qu'ailleurs, tout s'allume au grand foyer du firmament. Que serait Rome sans ce merveilleux soleil qui l'habille et la transfigarel Ce n'est pas le jour éclatant de certdns pays du Ifidi ou de l'Orient, mus cette hunière serdne qui tombant d'nn del perié enveloppe la cité de
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lueurs blondes et transparentes. Les plus légers reliefs sont mis en évidence, les horizons éloignés se rapprochent et semblent trembler dans une poudre d'or, c'est la lumière de Claude Lorrain.
Le matin, s'élèye graduellement cette fine vapeur des jours d'été que percent comme des diamants les surfaces réfléchissantes. A midi, c'est l'embrasement général. Sur les places où l'astre peut s'épanouir avec plus d'aise, tout flamboie, les vitrages des fenêtres, les harnais des chceraux, le cristal des fontaines, le visage même des humains; tout ce qui peut donner un reflet travaille et miroite, tout palpite, tremble et vibre. Sur le pavé élîncelant l'ombre retrace merveilleusement la dentelle des feuillages et les découpures des toits. O murailles lépreuses de la vieille Rome, sombres rues, demeures éventrées, ruines mourantes, qu'importent votre pauvreté et votre abandon, lor^ue le divin ann vous revêt de sa splendeur, n'êtes-vous pas comme le lys de l'Ecriture plus brillantes que ne le fut jamais Salomon? Vos mundlles sont d'or, vos ombres des velours, vos ruines des dentelles, vos coupoles des globes de feu, votre ciel l'écrin idéal qui garde ces joyaux!
Les couchers de soleil à Rome sont indescriptibles. Celui qui de la place du Quirinal a vu Saint-Pierre s'endormir dans la pourpre, tandis qu'à l'orient des centaines d'hirondelles affolées et poussant des cris stridents volent en tout sens, cdui-là revit de ses visioos passées et eseaderaît en vain d'en retracer les sensations.
Le soleil est si bien Tàme de Rome que, lorsqu'il fait défaut, la vîBe est morte et navrante, elle perd sa beauté comme un visage auquel aurait été ravi Téclat des yeux. On s^en aperçoit les jours de pluie: la plupart des rues étant sane trottoirs, le ruisseau central ravine les pentes et charrie bien vite une eau bourbeuse; des toits ou plutôt des terrasses et des balcons sans gouttières tombent de ▼raies cascades. Les stores des boutiques trempés, fripés s'affaissent sous le poids des torrents; sur les voitures, les cochers tendent leurs pairapluies crasseux, les femmes traînent pudiquement leurs jupes dans la boue, chacun se bâte de rentrer chez soi et la voie devient bientôt solitaire. En même temps, les murailles se couvrent de taches et la gunme pdycbromée des façades est remplacée par tme affreuse grisaille. Plus de lumière et plus d'ombres, c'est un décor privé de sa raaospe. Le Tibre encaissé, notre Tibre, comme (fisent les Romains, n'est plus le fleuve d'or, ce n'est même pas le fiàvu9 Tiberis d'Horace, mais le dégorgenienC d\m égout qui roule ses eaux à travers des rives Kn»>neuses, enfin les coupoles ruts^ selantes pleurent lamentablement.
n m^arrive sofnrent de parler des coupoles, elles sont en effet une partie caractéristique du panorama de Rome. Le voyageur qui»