‹ Le CorrespondantChapitre 128 sur 171 · U RUB A ROME · texte numérisé non relu

U RUB A ROME

La moltiplicité des églises de Rome surprend le voyageur. Certains guides en disent le nombre; je crois même que Taine en compte trois cent quatorze^ A vrd dire, cette énumération sera toujours inexacte et la classification diflScile. Gomptera-t-on comme église cette chapelle annexe, cet oratoire retiré, cet autel isolé? Autant de sanctuaires divers, autant de portes monumentales ou mystérieuses qui conduisent à un lieu de prière. Quelquefois, dans la même me, sur la même place, les églises se touchent. Pour ne citer au hasard qu'un quartier, suivons le chemin qui conduit en quelques minutes de la gare au Qnirinal, nous rencontrons Notre- Dame des Anges, Sadnte-Suzanne, Sainte-llarie de la Victoire, Saint-Bernard, San Carltno^ Saint-André et la chapelle du collège belge. Pardllemeflt, au centre de la ville, les églises se pressent autour de Saint-Louis des Français, et le corso en compte une dizdne. Et lorsqu'après avoir habité Rome pendant des années, promené ses rêveries à travers tous les chemins, coupé et recoupé les quartiers dans tous les sens, lorsqu'on s'imagine ne plus rien ignorer de la ville, voici qu'à l'angle d'un carrefour ou dans l'ombre d'un vicoio^ on se trouve en face d'un oratoire inconnu; si humble soit- il, il est toujours intéressant à visiter. En revanche, l'extérieur des églises n'appelle que peu de réflexions. Bâties ou restaurées à la fin du seizième siècle ou durant le dix-septième, elles sont toutes coulées dans le moule jésuitique et ne diffèrent les unes des autres que par le dévetoppement plus ou moins exagéré des décorations. La plupart du temps, elles sont fermées; lorsqu'elles s'ouvrent pour une funzione, la porte est décorée d'une bande de velours cramoisi aux dents frangées d'or qui annonce la cérémonie. Beaucoup d'elles sont dédiées à la Vierge et portent l'inscription : Deiparœ Virgini; plusieurs rappellent un souvenir national : Sancto Aiidreœ apostolo Scotorum; Deo in honorem sancti Dionysii Galliarum aposioli. On rencontre également Saint-Louis des Français, Ssdnt-Jacques des Espagnols, Saint- Antoine des Portugais, Saint-Claude des Bourguignons, Sainte- Agathe des Goth, Saint-Charles des Lombards, Saint- Jean des Florentins, etc., etc.. A beaucoup de ces monuments sont rattachés des souvenirs historiques. La Trinité des Honts, qui est notre propriété comme Saint-Louis des Français, a été construite par Charles VIII et restaurée par Louis XVIII; S, Andréa délie Pratte rappelle la vision de M. de Ratisbonne. La rotonde de Saint-Bernard était une caldaria des thermes de Dioclétien; Sainte- Pu dentienne est l'andenne demeure de l'amie de l'apôtre Pierre ; Saint- Laurent garde les restes de Pie IX; Saint- Alphonse de Liguori est le lieu où l'on vénère Notre-Dame du Perpétuel- Secours; Saint-

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Augustin abrite la Madonna del Parto^ accablée sons les ex-yolo et adossée à la muraille fsûte des pierres da Golisée; dtons eocore Sainte- Sabine, pleine des souvenirs de saint Dominique et deLacordaire; Saint-Clément, avec ses trois églises superposées; Sadnt- Vincent et Sûnt-Ânastase portwt à son fronton la figure de Ifarie Mancini; Santa Maria m Trastevere^ d^rée d'une mosaïque du douzième sitele; Sainte-Croii de Jérusalem et ses célèbres reliques, etc...; pas un monument, en un mot^ qui n'ait son histoire à dire au passant.

Les statues peuplent les façades. Saint-Pierre, avec sa adonnade couronnée de ssûnta, en est le plus bel exemple. Ils sont là deai cents, bommes, femmes, évêques, martyrs, moines, abbesses, taillés en coup de vent par le Bernin, chantant, prêchant, bénissant, portant au ciel l'instrument de leur supplice ou le symbole de leurs vertus; debout dans l'espace lumineux, au seoil de l'église des églises, ils semUent des hérauts d'armes qui veillent devant le sanctuaire où trône, dans le bronze ri^de, le premier vicaire du Christ.

Chaque église recueille aussi dans ses niches ou sur ses attiqoes les saints de son choix. C'est sûnt Louis portant sur un coussin la couronne d'épines; saint Ignace écrasant un serpent à tète de femme; Saint Sébastien, la poitrine hérissée de flèches; unTrinitaire délivre un esclave; un moine montre ses stigmates; un antre lève, en extase, ses bras au cid; des femmes présentent une fienr ou la palme du martyre; un docteur regarde un livre soutenu par un ange; un évèque, crosse en main, bénit la ville. Et sur les tympans, les attiques ou les balustreSt ce sont des foires armées de trompettes, des espérances jetant l'ancre, des vertus m^ tueuses portant sur un calice le soleil de l'hostie.

En dehors de ses églises, la Rome des Papes n'a pas connu la statuomanie. Aucun pontife n'a voulu élever sur une place publique un monument à la gloire de ses prédécesseurs. Il n'y & rien à Rome du genre de la statue du pape Sylvestre II à Aoriliac Le fait est assez curieux pour être fflgnalé. Les Papes n'ont voûta être glorifiés que dans leurs églises, et saint IHerre est le seul dont ta statue se dresse sur la colonne Trajane. Il n'en a pas été de même de la nouvelle Rome; en trente ans, die s'est trouvé des grands hommes pour orner sa me. Sans parler de Gavour, qui avait bien quelque droit à un monument dans la nouvelle ct^iitale, on a utilisé des iUastrations comme Pietro Gossa, Quintino Stella et quelques Mtres pour orner les carrefours. Rien n'est pios

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récréatif que te s^eclade de ces mortels célèbres bedonBant dans leur redingote de bronze, qui ruisselle comme un caoutchouc les jours de pluie, et regardant ayec fixité un point de Tespace, comme chei te photographe. Je reconnais que Tart antique était plus à l'aise pour rendre les Dioscnres ou Biarc-Anrèle, et que les temps modernes nous obligmt à nous incliner derant la gloire en jaquette, mais nulle part, comme à Rome, cette nécessité n'est rendue plus pénible par les contrastes. Il semblerait que les décorateurs du Pùicio et du Janicule l'aient compris. Ils ont supprimé tout ce qu'ils <mt pu du corps humain, et posé sur des stèles de pterre une collection mélangée de tètes célèbres, divorcées seulement par la ioiffnre : toque, laurier, képi ou par la variété des calvities.

En vérité, il est un seul être qui règne souverainement dans la rue à Rome, que glorifient U peinture et la sculpture, que l'on rencontre à l'angte de tous les chemins, qui s'aiWite dans les murailles des palais ou dans masure du pauvre, qui trAne même au seuil de la demeure royale : c'est la Hadone. Aussi divers que multiples sont ses aniels. Ici, la figure de la Vierge sourit dans te soleil d'un ostensoir; 11, elle s'aiNrite derrière une grille décorée de fleurs; plus Idn, deux anges adorateurs soutiennent le dais qui protège son image ou tressent au-dessus d'elle une couronne d'étoiles. L'art mult^lie ses caprices pour lui fidre honneur; c'est un médaillon d'albâtre suspendu à un clou d'or; une ascension sur un nuage de marbre, une terre cuite émaillée de Luca délia Robbia; pne mosaïque ajourée, la peinture d'une Vierge à la chaise, un bas-relief, une fresque andenne. C'est aussi, dans les quartiers nûsérables, à Tangue d'un nkolo^ une pauvre petite statue de plâtre à moitié brisée, qui demeure là conune l'hommage pentistant du pauvre. Toujours, à côté de Timage, la lampe qui brûle, humbte kimpion, brillante lanterne ou ampoute électrique, et toujours aussi l'invocation écrite en lettres d'or : Mefina sine Uxbe concepta; Mater purùatis; Refugium peccaiorum; Sub tuitm; Ave^ Virgo Maria; Muier providimiisBy etc.

Au Quirinal, devenu palais royal, la Vierge a conservé sa place. An-dessus de Tenlrée d'honneur dominant la loggia, où le Pape donnait jadis sa bénédiction et ob paraissent aujourd'hui les souverains, une vierge sculptée dans un ovate de mari>re tient son fils dans ses bras et parait te présenter au monde, tancUs que, sur le fironton de la porte, saint Pierre et saint Paid accoudés se font face. De même, à la Chambre des dëpiâés, anden palais de justice des pape^y deux bas-reliefs représentant une tète de Christ d'une infinie douceur sont demeurés encastrés dans te mur.

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