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la lingerie féminine, sont suspendus devant les portes des boatiqaes de Cérës. Parfois la couleur de la pâte tourne i Torange, c'est la posta alfuovat mais elle est moins estimée et peu recherchée.
Les vendeurs de légumes et de fruits, erbaggi e frutta^ sont généralement installés en contre-bas du sol, comme les charbonniers à Paris. De la voûte tombent de vndes stalactites de carottes ou de navets, des chapelets d*oignons, de piments et de tomates. Les artichauts sont violacés et colossaux; i la speeiaUtà m carciofi, on les livre tout chauds sortant de la poêle.
Les étalages de fromages ne sont pas ordinûres, la porte de la boutique semble étayée par les colonnes formées de leurs disqaes épais et s'ouvre sous une guirlande de fromages dé chèvres pareils à des œufs d'autruche. Les boucheries sont peu appétissaotes; malgré la profusion des marbres blancs, elles sont sales et vraiment par trop sanglantes. Le spectacle des agneaui écorchés, les veines rompues, la tète en bas, est affreux à voir. Les morceaux mal coupés, les poitrines de bœuf maintenues ouvertes par des bambous croisés, le mélange des œufs et des bottes d'asperges à travers les rognons et les ris, suflSsent à arrêter l'appétit. II y a aussi la pizzicheria avec son arcade de jambons papillotes de vert, mus en dehors des séduisants rouleaux de mortadelle marbrée, le reste n'est que de l'affreuse iripperia. Viennent ensuite les marchands de polame e abbachi (pauvre petite volaille) et la pescheria (pauvres petits poissons), enfin la drogheria banale que le soleil seul égayé en mettant des reflets de topaze dans les flacons d'hmle pendus à la porte.
Devant les cafés, très nombreux, très remplis, les amateors s'installent au dehors, comme chez nous, lorsque l'ombre le permet, et consonmient en dehors du puro caffe a cinque soldi^ des glaces, des gâteaux, et peu de liqueurs. Les perruquiers, en veston de calicot blanc, attendent sur leur porte les clients; un filet de corde aux mailles serrées défend l'entrée contre les mouches, et, lorsque la chaleur est trop forte, une vraie tente aux rideaux fermés est installée devant les magasins. L'étranger aime à fréquenter les boutiques d'antiquaires. Elles sont nonibreuses et sordides; je ne parle pas de celles des grands israélites du quartier d'Espagne qui, par l'élévation de leurs prix, témoignent de la considération qu'ils ont pour leurs visiteurs, mais des antres qui s'ouvrent sur les quais et dans quelques méchantes mes; il y a là tout un fouillis de vieilleries et de déprédations de sacristies où un connûssear peut faire quelques découvertes à travers mille objets sans valeur. Notons en passant que, même aux environs de Saint-Pierre, la baraque de pèlerinage encombrée de verroteries, comme nous
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n'en ayons que trop en France, anx alentours de nos sanctuaires, n'existe pas. Sans doute quelques magasins vendent des chapelets, des portraits du Pape et des Saint-Pierre à dix sous, msds il faut aller chercher ces objets, et l'étranger peut passer librement son chemin sans être assailli par le vendeur de cierges ou de médailles.
U est une autre obsession d'un genre assurément noble dont peut diflScilement se dégager le promeneur à Rome, c'est celle des chefs-d'œuvre. Je ne fais pas ici allusion aux sentiments provoqués par la vue des monuments ou des ruines, mais à ceux que suggèrent les vitrines des magasins remplies des reproductions des grands maîtres. La vision répétée de ces copies et surtout de ces admirables photographies finit par Isdsser dans l'esprit la trace d'une image qui ne disparaît plus. Vingt fois, cent fois par jour sont jetés aux regards le Moïse de Michel-Ange, le Gladiateur mourant, les figures de la chapelle Sixtine, les proportions de Saint-Pierre, et tant d'autres merveilles de l'art, auxquelles on doit les douceurs d'une fascination bienfaisante. Il faut noter aussi l'impression produite par les grands bustes des vieux Romains qui, derrière le vitrage, regardent de leurs yeux blancs le mouvement de la rue. Peu k peu, on finit par se familiariser avec ces illustres personnages, on connaît Cicéron, César ou Auguste, et celui qui a fréquenté les galeries du Vatican ou du Gapitole se surprend même à discuter la ressemblance des célébrités qu'il retrouve au Corso.
A tout instant apparaît aussi dans « la rue à Rome » la figure de celui qui seul ne peut plus la connaître; sa blanche image frappe sans cesse les regards, c'est aujourd'hui comme hier la main qui s'élève pour bénir urbi et orbi.
Rome n'est pas seulement un musée de chefs-d'œuvre, elle est aussi un livre où se déchiffre l'histoire. C'est la ville par excellence des inscriptions; depuis des siècles, la pierre les conserve et le savant comme le latiniste aime à s'arrêter devant les murailles parlantes de la Rome impériale comme devant celles de la cité des Papes. Evidemment, la seconde a été guidée par l'exemple de la première. Tous les pontifes qui ont embelli leur ville ont aimé à le dire à la postérité; ils n'ont pas relevé un mur sans y mettre leurs armes, et, suivant l'habitude romaine, sans l'expliquer magnifiquement. Ils sont tous Pontifex Maximus^ chaque lieu est un ignobilis viens qu'ils ont transformé par un libérait sumptu. La municipalité et les particuliers procèdent de même. C'est l'envahissement des plaques. Nous apprenons qu'un illustre inconnu habita
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cette msds(m et y mourat; tel auU*e sent le besoin de dire qoe cette demeure est bien la sienne, qu'il l'a b&tîe, restaurée (m tecminée telle année.
A eux seuls aussi les uoois des rues sont suggestifs. U encore les trois Romes se retrouvent avec tout le prestige de leurs soufenirs. On passe via délia Minerva^ di Campo Marzo^ Rupe Tarpàa, Sallustiana^ Tacito^ Pompeo Magn^^ Scala Sancta^ di Propaffanda fide^ délie Stimate^ deUa Puri/icazione^ del Sudario^ délia Pietàj Solferino^ Napoleone lll, Misorçtmenio^ Roma libéra^ etc. Il y aussi les rues aux noms capricieux, del buon C<msigHù^ del Pozzo délie comacchie^ délie Botteghe oscure^ délia Spada ÎOrlandOf dei Satiri^ dei tre Ladri, etc. Enfin celles qui rappeUent les groupements des étrangers venus jadis en pèlerinage diùs la ville étemelle, se cantonnant dans un quartier, y bâtissant un hôpital, un asile, un couvent, une chapelle, via degli Armeni^ Polachi, Greci^ MaroniiU Portoghesi^ Spagnuoli^ San Luigi dei Francesi^ Avignanesiy Genovesi^ etc.
Les a£Scbes salissent les murs comme ûUenrs ; mais criardes et sans art, elles sont doublement laides. Parquées dans des cadres dles ne dégradent pas les monuments, msds les lieux oà les placent les caprices du ha^rd. C'est ainsi que, place Golonna, la cobraie de Marc-Aurële se détache sur les illustrations triviales d'an boo cacao ou d'une célèbre farine lactée.
Peut- on parler de la rue à Rome sans donner uue place aux mendiants qui s'y font si bien la leur? 11 m'a toujours semblé qu'oD les calomniait. Il est évident qu'aux portes de la ville ou au aeoS des églises, on est assailli par un certûn nombre <le pauticoUers qui vous invitent à ouvrir votre bourse et ne vous permettent pas de fermer la portière de votre voiture, mais ce sont, en vérité, de doux indiscrets, non arrogants quoique quémandeurs, se contentant de peu, s'effaçant devant ceux qui se défendent; en tont cas la clientèle de la rue est infiniment préférable i celle des correspondants ou des visiteurs à domidle. Une mendicité lucrative est certes l'état idéal pour beaucoup de Romsdns, mais combien pen dorée a-t-elle besoin d'être pour paraître sortablel Vendre quelques journaux suspendus contre un mur h une ficelle, ofifrir des sdlnmettes et encore des allumettes, enfin, le rêve, avoir une situation assise sur le perron d'une basilique et tirer sur la corde qui soalève le lourd matelas de cuir servant de porte.
On ne saurait nier la misère à Rome et les quartiers du Testacdo et de San Lorenzo passent pour être particulièremest éprouvés, mads les corridors graisseux de certaines rues, les taches des maisons^ la penderie des linges, font paraître certains logis encore
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plus misérables qu'ils ne le sont es réalh6. Oa ferait an taUeaa incomplet de la rae romûne si l'on se taisait svr f exposition des lessiyes. Il y a des quarliera ob, de chaque étage im maisoas, tombent dea draps, des cbaossellis, des camisoles, des jupons et toutes antre» guenilles qui sèchent ; ce payoisement s'étend mèiK à (tes demeures plus cooîortables el jusqu'aux alentours des palais.
Les cochers de fiacre sont des puissances de la rue. Bons enfants avec les Romains ou arec leurs clîeftts, ils exploitent im[HtoyabIement les voyageurs et les longues Anglaises en paletot-sac» qui pariementent avec eux, le Bmleker sous le bras. Ils brutalisait peu leurs cberanx, vont droit leur chemin, ne crient jamais gare au passant qm ne s'écarte pas et n'écrasent personne. Quand midi sonne, ils mènent boire leur cheval aux sarc(^>hages qui servait de vasques aux ftmtaines publiques; s*il vient à pleuvoir, ils plantent sur leur siège un paorapluie monumental, tout décoloré par les lavures de Tean eà sous lequel ils sont souvent mieux abrités que le clieiit sous sa capote. Le fiacre fiermé est un objet rare.
La gravure a popularisé le carro di vmo dfmn bleu cm déooré de fleurs peintes, portant à côté du siège, comme une cocarde, h célèbre capote i srâfflet doublée de toile grise. Ceat elle qui abrite le conducteur somnolent contre la bourrasque ou l'ardeur du solôl. Le cheval se dirige à peu près tout seul, agitant tout scn attirail de plumes, de clochettes, de pompons accrochés à la robe de son filet. Il traîne des petits barils empilés sur le haquet; car, lorsque la charge est plus lourde, ce sont deux bœufs aux longues cornes qui cliarrient pacifiquement le vin en tonneau et coupent sans se gêner la file des équipages du Corso, D'autres fois, le dteval est aidé par deux mulets attelés de froot, les traits lâches, qui trottinent à droite et & gauche, sans avoir l'air de tirer; souvent aussi un peât âne attaché en arrière, comme un pneu de rechange, est appelé en supplément. Les ânes sont nombreux; j'en ai vu, un jour, tout un troupeau traversant la ville dans un nuage de poussière et conduit par un campagnol, qui les stimulait du punffolo. II y a, à Rome, tout un côté « village ». Au centre même de la ville, pâace Barberini, â côté de l'hôtel Bristol, où descendent les princes médiatisés, au bas de la rampe qui mène au palais de la reine Marguerite, il y a encore un coin de place rustique. Une vieille croix de bois, ornée des instruments de la Passion, comme les croix de nûssion de nos campagnes, est plantée au carrefour du chemin ombragé d'ormeaux, qui conduit an couvent des Giqmdns. Les chevaux et les mulets, comme aux jours de loire, sont attachés
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à Tarrière des charrettes dételées et brontent l'herbe poussant dans le joint des pierres, tandis qae des paysans assis sor nn tas de sable causent avec le tonnelier voisin, qui arrondit ses cercles.
Le calme de la piazza dei Mercanti au Trastevere donne une illusion encore plus complète. C'est le hameau lointain avec les maisonnettes baisses, les balcons de bois disparaissant sous le pampre et la basse-cour voisine de Tétable. Le marché existe encore à Rome comme dans nos chefs-lieux de cantod. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à se rendre, le dimanche matin, an sortir de la messe, piazza Monte Savello; les paysans venus de la campagne, assis sur les bornes des fontaines ou rassemblés autour des baraques causent de leurs aSsùres ou brocantent. U faut aussi parcourir dans la semaine le marché du campo di fiori. On y vend, avec des vieux habits, des victuailles, de la poterie et de la ferraille. Les paysans discutent, les ânes brayent, les carrioles s'accrochent, les charlatans déclament, les gendarmes circulent; on se croirait à cent lieues d'une capitale, et quand la foule se tasse pour laisser passer un équipage, il semblersdt que c'est le hobereau des environs qui arrive. Parfois se rendant à San Carlo m Catinarif un enterrement remplit une étroite rue du voisinage. Deux suisses rouges, canne & la main, chapeau en bataille, ou?rent la marche, ils sont suivis par les membres d'une confrérie quelconque encapuchonnés dans une housse de percaline blanche, n'y voyant que par les ouvertures en amande de leur cagoule. Us marchent deux à deux, pataugeant dans la boue ou la poussière, tous égaux dans leur accoutrement ridicule; viennent ensuite les capadns psahnodiant une plûnte lugubre, puis le corbillard, sorte de coffre Louis XV en bois noir verni rehaussé de sabliers ou de tibias dorés, que tirent deux grands chevaux dont la tète balance un plumet. Enfin, derrière le char, un malheureux facchino porte sur le dos, comme un bûcheron son fagot, une longue caisse que l'on prendrût pour un cercueil de rechange et qui est simplement la botte à cierges.
La vie moderne, comme on le voit, n'a donc pas absolument enlevé son cachet à la rue romaine. Elle le gardera longtemps encore en rsdson des contrastes que présente sans cesse une ville où le passé survit avec tant de ténacité. A tout instant, l'esprit, si je puis m'exprimer ainsi, est fouetté par l'opposition des choses. Un bec de gaz est accroché au chapiteau d'une colonne anUque, on bouton électrique brille sur les thermes d' Agrippa; sous unearo&de du théâtre de Marcellus, un cordonnier a installé son atelier; à une fenêtre creusée contre l'architrave du temple de Minerve, une femme