EN MANDCHOURIE
LES KHODNGOUSES
Depuis le commencement des hostilités entre les Russes et les JaponsdSy les journaux relatent fréquemment les exploits des Khoungouses sur lesquels ils donnent les renseignements les plus fantaisistes. D'ordinaire ils les confondent avec les Toungouses, psdsible peuplade nomade, qui vit de pèche et surtout de chasse sur la lifflëre des forêts de la Sibérie orientale.
Les Khoungouses, dont le nom en chinois veut dire brigands, sont des bandits célèbres i cause de leur audace et de leur hsdbileté. Ils commettent chaque jour nombre de méfûts et ne craignent pas de s'attaquer aux soldats russes eux-mêmes. Ils ont partout, à Houkden, i Girin, i Kharbine, i Dalny, à Port- Arthur, etc., des espions qui les renseignent sur les bons coups à tenter. Dans les YiUageB et même dans les villes, les habitants s'enferment soigneusement le soir, barricadent portes et fenêtres, et se gardent bien de sortir de leur demeure pendant la nuit, même si quelqu'un appelle au secours dans le voisinage. « Les Khoungouses sont là, pense l'indigène, et ils ne me pardonneraient pas d'aller m'interposer entre eux et leurs victimes. »
Les Célestes qui habitent la Mandchourie sont intarissables quand ils commencent à énumérer les exploits de ces brigands. Avec cette tendance i l'exagération qui est inhérente au caractère chinois, ils racontent, non sans trembler eux-mêmes aux passages les plus dramatiques, les sinistres histoires dont les Khoungouses ont été les héros. C'est que les Chinois sont un curieux mélange de hardiesse et de timidité, de bravoure et de lâcheté. Lorsqu'ils se trouvent en face de la mort et qu'ils ne peuvent lui échapper, ils en prennent philosophiquement leur parti et meurent sans fùblesse*
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S'ils savent qae deax on trois malfaiteurs dévalisent les passants sar une route, ils n*osent pas s'y aventurer, alors même qa^ib seraient dix fois supérieurs en nombre aux brigands.
Les Rhoungouses, qui depuis bien des années mettent la Handchourie en coupe réglée, ont, pendant longtemps, partagé ce nom avec de pusibles chercheurs d'or dont le seul crime était de se livrer à leur industrie pour leur propre compte au lien (Ten réserver les bénéfices au Fils du Ciel. Brigands et mineurs vivde&t séparés et ils ne se sont fondus qu'après une expédition chinoiae qui, il y a quelques années, anéantit à peu près totalement les chercheurs d'or.
C'est seulement vers le milieu du dix- neuvième siècle que la coor de Példn commença à se préoccuper des riches placers aurifères de la Uandchourie septentrionale. Cette région glacée était encore presque inconnue des Célestes eux-mêmes lorsque des marchands mandchous apportèrent en Chine des pépites qui vaUdent jas([a'à 10,000 francs. Le gouvernement s'émut de cet événement et fit interroger les voyageurs qui durent indiquer les endroits où For se trouvsdt en aussi grande abondance.
On apprit ûnsi qu'il existât en Mandchourîe trois répons amifferes particulièrement riches. L'une d'elles était ûtnét dans le bassin de la Soungari, près de la frontière russe, la seconde dans le massif du Tchan-bo-chan, la troidème, enfin, sur les bords de la Chetouga, affinent de l'Amour.
. Le gouvernement céleste, résolu à se réserver le prodmt de ces placers, menaça les chercheurs d'or indigènes des châtiments les plus sévères s'ils continuaient i recueilir ce prédeax métal et recruta partout des nûneurs pour les envoyer en Mandchous. D'immenses convois de CMnois quittèrent ainsi leur patrie de gré ou de force.
L'exploitation fut alors remarquablement organisée par les mandarins que la cour de Pékin avait chargés de cette entreprise. Ils établirent sur les terrains aurifères des magasins de vivres et de vêtements, élevèrent de vastes casernes dont il reste encore des rnines, créèrent des routes à travers les montagnes et les forêts pour faciliter le ravitaillement des nûneurs, mais ne purent, malgré leurs efforts, assurer un service régulier de vivres. Des fiamines terribles décimèrent les ouvriers qu'éprouvait déj& le gladal cGobi de cette région où la température descend souvent & 40 degrés andessous de zéro. Mal payés, mal tndtés, éloignés de leur faimSe qu'ils n'avûeut aucnne espérance de revoir jamais, ce^ malhearenx se Icdssèrent aller au désespoir. Beaucoup se suidnJK^nt. Les pins résistants s'enfuirent dans les forêts voishiéd, l)ravanr la peine
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capitale qui frs^ait les déserteurs lorsqu'ils étûent repris ou que la fam les ramenait aux mines. Ce furent les premiers Khoungouses.
L'eiistence étût singulièrement dure dans les montagnes pour ces proscrits. Sans vivres, sans vêtements, sans abri contre le frmd, ils vivaient des oudgres ressources que la forêt lear offredt. Ils devient, en outre, se défendre contre les attaques des bètes féroces qui pullulent dans ce pays. Nombre d'entre eux devinrent la proie des loups, des ours, des psmtbëres et surtout des tigres qui attaquent les indigènes jusque dans les villages. Il n'existe pas de contrées où Ton vende {dus de peaux de tigres qu'en Mandchourie. Quelques-unes attdgnent 3 mètres de la tète à la racine de la queue.
Cependant le nombre des Khoungouses augmentait avec rapidité en dépit de leur misérable sort. Les mineurs désertaient les placers par centaines sans que les mandarins, qui dirigeaient l'exploitation des terrains aurifères, pussent songer à les poursuivre dans les forêts. Pour les remplacer, ils réclamaient sans cesse de nouveaux ouvriers à Pékin. Mais la triste existence que menaient les hommes sur les placers avait fini par être connue en Chine malgré la distance. Personne ne voulût plus se rendre en Mandchourie et le gouvernement chinois se vit dans la nécessité de ramasser les mendiants, les vagabonds pour les expédier aux mines. A peine arrivés, ces gens sans aveu s'empressaient de fuir, malgré l'étroite surveillance dont ils étaient l'objet, et il y eut bientôt dans les montagnes des milliers de déserteurs qui se groupèrent suivant leurs aJBSnités pour défendre leur existence. Ils avsdent découvert dans les forêts des gisements aurifères qu'ils se mirent à exploiter pour leur propre compte. Des négociants chinois et russes surent vite que ces proscrits avaient de l'or en abondance. Malgré les dangers auxquels ils s'expossdent en commerçant avec les Khoungouses qui se trouvaient hors la loi, ils se mirent secrètement en rapport avec eux, et, en échange de leur métal, ils leur apportèrent des vivres, des vêtements et des ontils.
L'existence de ces réfngiés devint alors plus supportable. A peine avaient-ils cessé de souffrir de la faim qu'ils songèrent i s'organiser et à former des associations adaptées aux conditions d'existence que leur imposaient le pays et les circonstances. Ils avaient au milieu d'eux des hommes appartenant aux plus hautes classes de la société chinoise. Depuis longtemps le gouvernement chinois internait dans la Mandchourie septentrionale, à Tsitsikar, les mandarins disgraciés pour rusons politiques et cenx qui étaient affiliés à des sociétés secrètes que la cour considérait comme dangereuses pour la sécurité de l'Etat. Un certmn nombre de ces mandarins s'étant enfais de Tsitsikar étsdent venus chercher un
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refuge aa milieu des Rboangoases. Ces derniers, qui se rendaieDt compte de la sapériorité intellectnelle des déportés, les mirent à leur tète et les chargèrent d'établir les règles des assodadons sans lesquelles les Chinois ne sauraient vivre.
Dans le royaume du Fils du Ciel il n'existe pas un seul indigène qui ne fasse partie d'une ou même de plusieurs sociétés charge de lui prêter secours dans les diverses drconstances de la vie. Le gouvernement se souciant fort peu de venir en aide à ses sujets, il a bien fallu que ceux-ci songeassent & se prêter mutuellement assistaoce'. Lorsque les Chinois se trouvent hors de leur pays, ils éprouvent encore plus vivement le besoin de s'uoir entre eux et de s'organiser en groupes pour se défendre mutuellement. Cest ainsi que dans tous les pays oix les Célestes ont émigré, notanunent en Indo- Chine, à Singapore, au Siam, etc., ils ont formé de puissantes congrégations, avec lesquelles les autorités locales sont souvent obligées de compter.
Les mineurs proscrits de Mandchourie créèrent pareilleoieQt des fédérations dont les chefs étsdent chargés de protéger la m de chacun et de procurer à la communauté tout ce qui était nécessaire à l'existence de ses membres.
La plus connue est la petite république qui s'était établie, non loin de la frontière russe sur les bords de la Chetoaga, afDaent de l'Amour, et qui est peut-être la plus curieuse expérience de coDectivisme qui ait jamsds été tentée. Ses membres, après s'être délibérément placés hors la société chinoise, avaient consenti à faire partie d'une communauté beaucoup plus étroite, beaucoup plus séTère, dans laquelle chaque individu n'était plus qu'une simple unité, on rouage de la machine sociale. Tout était commun, les moyens de production et le produit du travail de chacun. Personne n'avait le droit de posséder quelque chose en propre. Tenter de s'approprier une parcelle de l'or que l'on avait extrait était un délit puni sévèroment par les lois que s'était imposées la fédération. Dérober à la communauté une partie du temps que chacun lui devait était également un crime, mais ce crime n'avsdt pas besoin d'être puni par la loi, car le coupable se châtisdt lui-même. Le travail des membres de la communauté était en effet rémunéré, non en argent, mais en bons de crédit qui permettaient à chacun de se faire délivrer par les magasins de l'association les divers objets dont il avait heam. Les bons ouvriers pouvsdent obtenu: tout ce qui existait dans les dépôts. Ceux qui travûllsdent peu ne pouvaient se procurer qne le strict nécesssdre, de quoi ne pas mourir de £aim ou de froid. Genx qui ne voulaient rien faire se voyaient impitoyablement refuser tout secours.
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Nos socialistes aorûent pu aller prendre de salaUdrès leçons aaprës des citoyens de la république de la Chetouga. Ils auraient constaté cpie, dans ce milieu, le conununisme ne consistait pas à faire vivre les individus aux dépens de TEtat et à favoriser la paresse de ceux qui aurûent voulu être bien nourris, bien vêtus et jouir de Texistence sans s'imposer le moindre effort pour le bien de tous. La république de la Cbetouga exigeait, au contnûre, de ses membres le maximum de labeur dont chacun était capable.
Parmi ces hommes rudes, constamment aux prises avec les diflScultes de l'existence, personne ne pouvait s'affranchir de la loi du travail. La charité étût chose inconnue. Celui que la maladie cou* damnait à l'inaction ne pouvait espérer aucu&e assistance. S'il avait été économe, s'il avait pu mettre en réserve un certûn nombre de bons de crédit, il pouvût attendre pendant quelques mois le retour de sa santé. Et encore n'avsût-il pas le droit de rester trop longtemps dans l'inaction. Les bons de crédit n'étaient valables que pendant un an à dater de leur délivrance. Passé ce délû, leur valeur était acquise à la caisse de la république.
Les malades, qui avaient épuisé leurs bons ou qui n'avaient rien épargné sur le fruit de leur travail, devaient se résigner à attendre la mort dans leur hutte.
Ces impitoyables mesures avaient été édictées par un comité de vingt-cinq membres nommés par le suffrage universel. C'était en quelque sorte un corps législatif, chargé d'élaborer les lois qui devaient gouverner la fédération. Ces lois étaient extrêmement rigoureuses. Presque tous les délits étaient punis de mort et l'exécution suivait immédiatement le jugement.
La justice était rendue par deux juges à la nomination du comité législatif qui élisait également, tous les trois ans, deux présidents placés à la tête de la république dont ils dirigeaient les affaires. Ces deux présidents étaient eux-mêmes secondés par trois hauts fonctionnsdres chargés, le premier, d'approvisionner les magasins en vivres, outils, vêtements, etc.; le second, de répartir le travail entre tous les membres de la communauté et de survdller l'exploitation des gisements aurifères; le troisième, d'écouler à l'étranger, et généralement en Chine, en Corée ou en Sibérie, l'or amoncelé dans les entrepôts de la fédération. Ces dernières fonctions étaient fort délicates. On les confiait le plus souvent à l'un des mandarins déportés qui étaient venus rejoindre les Khoungouses. Grâce à sa connaissance du personnel administratif du Céleste Em(nre« celui-ci parvenait fadlement à se créer des intelligences panni tes mandarins qui se trouvaient à la tête des provinces mandchoues, et, avec leur complidté achetée à prix d'or, il fSsdsait
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drcnler i travers ht Mandcbourie des codtoîs de métal prédeu qu'on embarqoût dans lesxports au mépris des sévères règlements édîaés par le Fils du Ciel contre les trafiquants d*or.
Au retour, ces conyds apportaient, sous l'œil tnenTdllant te intègres mandarins, tout ce qui était nécessaire i TexisteDce des citoyens de la république de la C3ietouga. Personne n'igDoraità Pékin le trafic auquel se linsdent les fonctionnaires de la Mandcbourie et la source des scandaleuses fortunes qui s'édifiaient A rapidement dans cette région. Les bauts mandarins de la cour ae s'en préoccupaient que pour solliciter leur nominaUon à un poste de gouyemeur d'une des provinces mandchoues et pouvoir partager ainsi avec les Kboungouses les profits de leur ilUdle industrie.
D'aucuns prétendent que les fonctionnaires russes de la Sibérie orientale n'étaient pas non plus insensibles aux lourdes banesd'or dont les gratifiaient les proscrits de la Cbetouga lorsque leurs cbariots francbissaient mystérieusement la frontière de Teaipire.UD accord intervenu entre la cour de Pékin et le gouvernement rosse interdisait, en effet, l'entrée sur le territoire sibérien des oonrob kboungouses cbargés de métal précieux.
Parmi les nombreux groupes que formèrent les minenrs des terrains aurifères de la Mandcbourie, la fédération de la Cbetouga était assurément la mieux constituée. La perfection et, en mène temps, lasimplidté de son organisation lui avaien t permis d'aqoérir un développement vraiment extraordinaire dans une ré^ dépourvue de toutes ressources. Il est vrai qu^au moment de son anéantissement par les troupes cbinoises envoyées contre les Kboungouses, elle ne comptait guère plus de vingt-deox fluOe citoyens et n'en avsût jamads eu davantage. Une nombreuse popalation eût nécessité des rouages administratifs plus complexes et n'eût pas permis d'obtenir, avec un organisme aussi rudimentairet une prospérité aussi grande que celle dont les chefs de la Ghetooga se faisaient gloire. Le communisme ne peut donner de bons résaltats- que dans un cercle restrdnt, même s'il est fondé snr des principes d'bonnèteté et de (fignité comme ceux qui régissaiait cette petite république.
Outre le génie de leur race, outre leurs instincts sociaux qol depuis bien des siècles, éloignent les Célestes de la vie indUvidiMBe et les poussent vers les associations collectivistes, les proscrits des placers mandchous se trouvaient dans l'absolue nécessité de pn^ quer le conmiunisme. Le pays où il leur fallait vivre ne periMttiit pas d'autre organisation sodale. Les individus isolés étîdent fatalement condamnés i mourir de misère dans cette sinistre rëponoù ils ne pouvaient se procurer ce qui était indispensable i leur exis-
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tence. L'or lui-même qu'ils récoltaient ne leur était d'aucun secours, étant donné qu'il n'existait aucune possibilité de l'échanger sur place contre les vivres et les vêtements dont ces malheureux ne pouvaient se passer.
De nouveaux fugitifs venant sans cesse accroître le nombre des Khoungouses, il arriva un jour où tous les gisements aurii%res, dont l'exploitation faisait vivre ces proscrits» furent occupés. Les premiers occupants n'étaient nullement disposés à céder la moindre parcelle de leur domaine. Qu'allsûent donc devenir les derniers venus, dénués de tout, sous ce climat glacial? Allaient-ils être réduits à faire la chasse aux tigres et aux ours avec les couteaux et les pioches qui constituûent leurs seules armes? C'était la mort par la faim et par le froid à brève échéance. A la vérité, la perte n'eût pas été bien grande, car c'étaient pour la plupart des voleurs et des criminels que le gouvernement chinois avait tirés de leur prison pour le9 envoyer aux mines, les ouvriers libres refusant de plus en plus de se rendre en llandchourie.
Gomme ils paraissaient décidés à entrer en lutte avec les premiers occupants, ceux-ci consentirent à fournir à ces nûsérables tout ce qui leur était indispensable pendant trois mois. Mais ils eurent soin d'ajouter qu'ensuite ils résisteraient, même par la force, à toute nouvelle demande. Pour subsister, les nouveaux venus se mirent à piller le pays. Avec leur passé, le brigandage n'était pas fait pour les effrayer. Ils constituèrent des assojciations de malfaiteurs qui se répandirent dans toute la Mandchourie. Ces bandits furent les véritables Khoungouses. Toutefois, soit par reconnaissance, soit par crainte, ils ne s'attaquèrent jamais aux premiers Khoungouses dont l'assistance les avait sauvés de la mort au début. S'ils rencontraient sur les routes des convois appartenant aux chercheurs d'or, ils les laissaient passer sans prélever la dlme la plus légère sur leur précieux chargement, alors qu'ils pillaient sans remords les chariots qui transportaient les bagages des mandarins, voire même des généraux chinois.
Leurs exploits furent d'abord presque timides. Encore peu nombreux, mal organisés, manquant souvent de vivres, à peine armés de mauvais sabres, ils n'attaquaient guère que les passants isolés ou sans défense. Le plus souvent ils se contentaient d'explorer les poches des voyageurs ou de leur enlever leurs bagages à l'exemple des membres de la Stao-lu-hoei^ c'est-à-dire de l'association des voleurs en détail, qui prospère dus le Gélçste Empire depuis bien des siècles. Ils se rendsdent aussi dans les foires et dans les marchés où, au milieu de la foule, ils avaient toute facilité pour exercer leurs talents sur une vaste échelle.
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IfaJbear au marchand qiu se sépandt de sa sacoche, ne fût-ce qa'ao instant! Il ayidt bien des chances de ne pas h lem Quant à celai qui la conservait soigneusement attachée à sa cdntnre, il lai arrivait fréquemment de ne pins retrouver que la poignée. Un adroit Rhoungouse avait habilement subâBsé la sacoche et son contenu. La seule ressource de la victime était de s'enquérir de la demeure du représentant des brigands dans b ville. Ceux-ci possédaient, en effets partout des correspondants chargés de leurs relations avec le public. Si le volé n'était pas trop maladroit, il réossissût le plus souvent i rentrer en posseasioD de son bien moyennant une redevance qui ne dépassait guère le ti^ de la somme soustraite.
Quand il s'agisssdt de bagages ou de onrchandiaes qoe les Rhoungouses s'étûent appropriés, il suffisait d'ordimdre de payer un droit équivalent au quart de leur valeur pour les retrouTer chez le représentant des brigands.
Rarement les indigènes s'adressaient i la gendarmerie chioinse pour se faire rendre ce qui leur avût été soustrait. Les gendarmes, dont le nom, Ma kouai, signifie cavaliers qm fendent l'air, probablement parce qu'ils sont toujours à pied et que leur lenteor est proyerbiale, sont, en effet, presque toujours les complices des brigands qm trouvent de précieux auiiliaires dans ces représentants delà force publique. Lorsqu'un Céleste est attaqué par les Rhonngooses et qu'il appelle à son secours, les Ma-kouai s'empressent d'accoorir, mais, au lieu de protéger le malheureux qui les implore, ils se joignent aux brigands pour le dépouiller et partagent ensuite avec ceux-ci le butin ainsi conquis. Aussi les Chinois Tolés ont-ils presque toujours recours au représentant des Rboungooses, qui sont en réalité des voleurs fort honnêtes puisqu'ils se contentent d'une partie de leurs larcins alors qu'ils pourraient toot garder. Nous serions parfois bien aise de voir leurs confia d'Europe agir avec autant de délicatesse.
Les Rhoungouses assommaient bien de temps en temps qnehpes voyageurs qui avaient le mauvais goût de vouloir résister i ^^^ exigences, mais ces acddents étûent rares et les autorités s'oi inquiétaient fort peu, car il s'agissût de p^tes gens dont la vie était sans grande importance.
Peu à peu cepenlant ces nouvelles fédérations étaient devenues plus puissantes grâce à l'arrivée de nouveaux déserteurs, gr&ce surtout à leur lucrative industrie. Leur organisation était calquée sor celle des chercheurs d'or. Les brigands avaient mis volontairemotti leur tète des chefs dont l'autorité était furesque sans limites. Leor code pénal ne reconnaissidt qu'un seul châtiment, la naort. U
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peine capitale attendu! tous les membres de l'association qui cheréludent à l'abandonner. La loi n'admettait pas de renégats parce qu'une fois partis, ils auraient pu donner aux autorités chinoises des précieux renseignements sur les retraites et sur les forces des Khoungouses. Chose curieuse, ces voleurs punissaient le vol plus sévèrement que tout autre crime. Celui qui dérobait quelque chose à ses camarades ou qui conservât par devers lui le produit d'un de ses vols, ne trouvait jamais grâce devant ses chefs. C'est que le vol étdt la négation même de l'organisation. Le coupable devait mourir et sa suppression était simplement une indispensable mesure de protection contre Fattdnte portée aux droits de la communauté.
Avec le temps, les Khoungouses devinrent d'une hardiesse extrême. Ils arrêtèrent les caravanes, établirent sur toutes les routes de la Mandchourie des postes qui enlevaient même les con • vois du gouvernement, pillèrent les petits villages, imposèrent enfin des contributions aux villes les plus importantes. Ils régnaient sur tout le pays par la terreur qu'ils inspiraient aux habitants. Les bateaux eux-mêmes n'étaient pas à l'abri de leurs entreprises. Ils ont attaqué msdntes fois les gros bâtiments qui naviguent sur la Soungari. Les barques étaient journellement arrêtées au con* fluent des rivières qui se jettent dans l'Amour. Les Khoungouses allaient vendre eux-mêmes le chargement à la ville voisine, pendant que le propriétaire de l'embarcation était retenu prisonnier. L'opération faite, les brigands lui rendaient sa barque et lui remettaient le produit de la vente, après avoir toutefois prélevé un droit de 35 à AO pour 100 afin de s'indemniser de leurs peines.
Il n'était pas rare de voir un Khoungouse se rendre chez un riche négociant chinois, lui enjoindre de le suivre et déclarer â sa famille atterrée qu'elle reverrait seulement son chef le jour où die aurait versé â l'association une rançon dont le chiffre étût proportionné à la fortune du négociant. Ce dernier suivait son ravisseur sans essayer de lui échapper, car il n'ignondt pas que toute tentative de résistance attirerait sur sa tête et sur les siens les pires malheurs. Sa famille aurait pu aller trouver le gouverneur chinois, lui demander d'envoyer des troupes â la poursuite des Khoungouses. Elle s'en gardait bien, car une pareille démarche eût infailliblement causé la mort du prisonnier. Elle se contentût de réunir le plus rapidement possible la somme qu'exigeaient les brigands, et le parent, chargé de leur remettre la rançon du captif, apportait, en outre, un cadeau destiné â la eusse de la fédération. Cette libéralité devait concilier â la famille, ainsi rançonnée, les sympalfaies des Khoungouses et la mettre pour l'avenir à l'abri de leurs entreprises.
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Les brigands pouvBieBt se montrer en pldn jour, même daps les mes de MooXdea. Toute la population les connaissûtt maïs personne n'osait les dénoncer, tellement la terrear qu'ils inspiraient était forte. Il n'est pas bien sûr, d'ailleurs, que le gou?emenr chinois eût osé les faire arrêter, car il tremblait lui-même derant eux. Il leur versût un véritable tribut pour pouycûr circuler dans sa province sans en être inquiété. Presque tous les mandarins payûent ûnsi anx brigands une sorte d'abounem^it qui les mettait à l'abri de toute mésaventure pendant leurs tournées adoiinistratives.
Hais la scandaleuse audace des Khoungouses finit par les perdre. Ils enlevèrent des généraux chinois qui s'étaient refusés à traiter avec eux et prétendirent les retenir jusqu'à ce que le gouvernement du Céleste Empire eût payé leur rançon. La cour de Példn refusa d'obéir à une pareille injonction et résolut de faire un grand effort pour débarrasser la Mandchourie des bandes qoi la terrorisaient. Une véritable armée fut envoyée contre les Khoungouses. Hais la plupart des brigands parvinrent à s'échapper en se divisant eo petits groupes qui se réfugièrent dans les massifs inaccessibles da Tchan-bodian. Par contre, les fédérations paisibles, comme h petite république de la Ghetouga, furent presque entiërmaent anéanties. Elles ne voulurent pas abandonner les territoires qu'dlat occupaient depuis si longtemps, et, trop faibles pour se défendre contre les réguliers chinois, elles périrent victimes des exploits des Khoungoases. Les rares survivants s'enfdrent dans les montagnes où ils n'eurent pas d'autre ressource que de se joindre aux brigands. Pour empêcher leur retour sur les placera, le gouverDonent chinois accepta les propositions d'une sodété qui lui offrait d'exploiter les gisements aurifères en lui payant une forte r^vance. L'or est tellement abondant dans cette région, que les actionnaires de cette société ont réalisé, dès le début, des bënéfica considérables. Les chercheurs d'or qui, pendant de longues années, avaient extrait d'énormes quantités de métal précieux des terrams aurifères, n'étaient même pas paivenus à les appauvrir.
L'armée chinoise, en se retirant, avait laissé dans' les principaux centres des troupes, entretenues aux frais de la nouvelle société et dont la présence ne permettait pas aux Khoungouses de renouveler leurs exploits avec la même sécurité. Beaucoup abandonnèrent cette ré^on devenue inhospitalière pour eux et allèrent s'établir dans d'autres parties de la Handchourie où ils purent continuer leurs déprédations sans être trop inquiétés. Ceux qui restèrent dans les montagnes du Nord vécurent assez miséraUem^ot du pillage des barques qu'ils parvenaient à surprendre sur TAmour ou
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sar ses afSoents. C'est là qne les Russes allaient les retrouver, et rincursion que les Rboungooses opérëreat en 1900 sor la rive gauche de l'Amour fut le prétexte qui permit à leurs troupes, campées eu Sibérie, (Toccuper la Maudchourie. D'après M. Alexandre Ular, un des explorateurs qui connsdssent le mieux cette contrée, le pillage par les brigands de quelques huttes de paysans sur le territoire russe, pillage qui a été qualifié d'attaque chinoise contre la Russie, aurait été phitôt encouragé par des émisssûres de ce dernier pays.
Le gouvernement de Saint-Pétersbourg qui, par les traités des 8 septembre 1896 et 27 mars 1898 avec le Céleste Empire, avût obtenu le droit de relier Vladivostok à la Sibérie par la Mandchourie du Nord et de construire, à travers la Mandchourie centrale, une autre voie ferrée qui reliait Port- Arthur à la ligne du Transsibérien, attendait impatiemment une occasion favorable pour occuper les points importants de ce pays.
L'incursion des Khoungouses en territoire sibérien se produisit le 1*' juillet 1900 près de Blagovechtchensk.
A cette nouvelle, une dépèche officielle, envoyée de Saint-Pétersbourg au gouverneur général Grodekoff et au général coounandant à Blagovechtchensk, Gribski, donna l'ordre de « rejeter les Chinois de Tautre côté de l'Amour ».
Hais les brigands avaient repassé le fleuve aussitôt après leur coup de main, et il ne restait plus sur la rive gauche de l'Amour que des Chinois, innocents des exploits des Khoungouses. Malgré cela, le général Gribski exécute au pied de la lettre les ordres de Saint-Pétersbourg. II fit incendier par ses cosaques tous les villages chinois établis sur le territoire russe/
Blagovechtchensk comptsdt environ huit mille Chinois, commerçants ou industriels, que le coup de main des Khoungouses remplit d'inquiétude. Mais leur crainte se changea en terreur lorsque les réguliers célestes en garnison à Sakhaline, la ville chinoise située de l'autre côté du fleuve, tirèrent des coups de canon sur la cité russe à l'instigation des brigands. Ces derniers les avaient convaincus qu'une armée chinoise, qui traversait la Bfandchourie, allait balayer en trois ou quatre jours tous les postes russes de l'Amour.
Quatre mille Célestes de Blagovechtchensk se hâtèrent de prendre la fuite. Ceux qui restèrent avûent évidemment la conscience tranquille et ne s'imaginaient pas qu'ils pouvaient être inquiétés à cause des exploits des Khoungouses. Mais le général Gribski, qui fut,^ d'ailleurs, destitué dès que la nouvelle de ces tristes événements parvint à Safait-Pétersbourg, donna Tordre à ses