MANDCHOURIE
cosaques de débarrasser la ville de tous les Célestes sans disândioo aucune d'antécédents^ de situation ni de fortune.
Quelques jours après l'armée sibérienne franchissût l'Amoar et attaquait Sakhaline que les réguliers célestes défendirent TaSIaoïment.
Cependant, définitivement vaincus, ils se résignèrent à prendre la fuite. Alors les Russes incendièrent la vieille dté chinoise et « ce fut, paraltil, le soir du 3 août, un spectacle féeriqae que cet incendie de 5 kilomètres de longueur se reflétant dans m fleuve large de plus de 1 kilomètre I »
Us envahirent ensuite toute la Mandchourie, et au mois d'octobre 1900 il n'y avait pas une ville importante qui ne possédât une garnison russe. En 1902, les travaux d'établissement des voies ferrées étaient assez avancés pour qu'elles pussent être livrées i la circulation. Un incident toutefois était venu retarder leur achèvement. Les Khoungouses du Nord, qui après leur coup de main avaient jugé prudent de fuir devant l'armée assaillante et d'abandonner leur quartier général, avaient détruit sur leur passage une partie de la ligne transmandcbourienne ainsi qne pinsieurs dépôts de matériel. Cette catastrophe, qui consternâtes généraux russes, fut loin de produire la même impression sar tout le monde. On prétend, en efiet, que les ingénieurs et les conducteurs des travaux virent sans trop de peine ce motif de noaTelles dépenses, — et de nouveaux bénéfices.
Pendant que les cosaques poursuivaient les brigands qui s'étaient retirés vers le Sud après avoir détruit le cheaûn de 1er et qu'ils réussissaient à tûUer en pièces quelques bandes kboangouses dont la défaite fournit à l'Europe de nombreuses dépêches de victoires, le général Grodekofi' faisait réparer la ligne avec nne h&te fébrile. Lui aussi avait failli être rappelé par le tsar et il tenait à rentrer en grâce auprès de son souverain.
Voici un exemple typique de la rapidité avec laquelle les tnwx étaient poussés. Un pont de bois, jeté sur une rivière, s'affiûsa un jour au moment du passage d'un train. Presque tons les wagoi^ disparurent sous l'eau. Aussitôt les ingénieurs de la ligne accoorurent, mais au lieu de perdre un temps précieux i repècber dans le fleuve les matériaux du pont effondré, ils reconstruisirent inunédiatement un nouveau pont par-dessus les débris du preoiier et, quelques jours après, les trains circulaient sur la ligne coaune pv le passé.
Ces installations provisoires sont desUnées à disparaître npdément. Quand on voyage aujourd'hui en Mandchourie, on s'aper- (oit subitement que la vitesse du tradn a diminué. C'est qu'il
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descend en zigzag vers le lit de la riirière pour la firanchir sur on pont de bois dont le tablier se troùye presque an niveau de Teau. 1^ on lève les yeux, on aperçoit au-dessus de sa tète un pont en fer que les ingénieurs s'apprêtent à lancer.
Bientôt on aura achevé de creaser au-dessous des monts Rbiogan un long tunnel ob passeront les trains qui suivent actuellement une voie ferrée, à rampes très dures, malgré ses nombreux lacets. Deux locomotives poussent et tirent les convms, occupant alternativement la tète et la queue suivant les changements de direction. Lorsque la neige tombe abondamment, ce qui n'est pas rare dans ces hautes régions, dos armées de coolies sont employées au déblûement de la ligne. Malgré cela, les trains ne circulent qu'avec une difficulté extrême.
Lorsque tous ces travaux seront terminés, le voyage de Paris à Vladivostock ou à Port-Arthur ne paraîtra pas plus extraordinûre que le voyage en chemin de fer de New-York à San Francisco à travers l'Amérique du Nord.
Une fois en possession de la Mandchourie, les Russes ont fait preuve d'une activité extraordinaire pour s'y fortifier et s'y maintenir et, partout, on a vu surgir des villages et des villes russes. Les trains ont déversé des flots d'émigrants qui se sont installés dans les pins fertiles vallées des provinces de Girin et de Uoukden. Actuellement, il y a déj& 100,000 colons en Mandchourie, et d'après le Bulletin du Comité de l'Asie françdse du 1*' juillet 1903, 800,000 émigrants doivent peupler un jour cette région où l'on ne trouve guère plus de 12 millions d'habitants, disséminés sur un territoire dont la superficie est le double de celle de la France.
Lorsqu'ils ont été maîtres de tous les points stratégiques, qu'ils ont tenu entre leurs mains toutes les routes et les voies fluviales du pays, les Russes ont voulu se concilier les sympathies des indigènes. La première impression avait été mauvaise. Les cruautés de Blagovechtchensk n'étaient pas faits pour rassurer les populations. II fallait changer ces dispositions. L'autorité estima avec raison qu'elle obtiendrait rapidement ce résultat en fsdsant régner l'ordre dans une région constamment troublée et en contraignant les mandarins célestes & respecter la propriété et la vie de leurs administrés. Ses représentants soumirent les fonctionnaires chinois à leur autorité. Aucun mandarin ne put être nommé sans leur approbation. Les gouverneurs généraux des trois provinces ne dorent avoir à leur disposition que le nombre de soldats fixés par les commandants russes. Chaque fusil dut porter la marque officielle russe. L'artillerie tout entière et le contenu des 25 MARS 1904. M
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aosenaux, poadrièyres et fortereasea furent oonfisquéa, ainâ qae k^ 2jmèB qai portaient reetampille chinoiae.
Le doctevr Moniaoo» le célèbre correspondant du Timêsk Pékio^ quk)n ne peut soupçoQuer d'être msaophiie, reœnnatt lai-mème cpi'à part les larcme commis par des soldats sans solde, les haUtaats do la. Uandchonrie n'ont ancon grief sériânx contre le& Rneses.
Pendant on séjour de deux mois qu'il a fait dans cette oontiée, il n'a eu. connaisaance d'aucun acte, de brutalité vis i-yis des G^iestes. Les Russes, et notamment les ol&cim^, paraissaient adopter à.ré0urd de œs: demiera une attitude amicide, po'eaqne familière.
Enfin, lea millions de roubles, versés dwtia ce pays, ont vala à soi^ habitants une prospérité matérielle qu'ils n'avaient jamûs oonnne, aaparavant. L'abondance règne dana les villes et tout le long des grandes voies de communication, les Célestes ont constrmt d^immensea caravansérails qui pourront, encone longtemps, aoffice aux besoins du commerce malgré son importance sans cesse graodifisante. La guerre actuelle peut éloigner momentanément les Cianoîs, ralentir l'activité des affaires, provoquer une recrudescenee de brigandage, ce ne sera qu'une alerte passagère Le mouvement Gommerdal, un instant interrompu, reprendra fatalement son essor et, dans qudcfuâs aimées, la Uandcbourie riche et florissante ne se soufviendm. même plus que le conflit russo-japonaifi a marqué un temps d'arrêt dans sa marche en avant.
Cependant malgré l'active survdllance exercée par les tiooiies russes^ les Rhoungouses se montrent plus entrepr^ianta que jftmais depuis l'ouverture des hostilités. Je ne serais pas ëtoignë de croire qu'ils reçoivent des encouragements, sous forme d'armes et de subsides, des Ji^Kinais dont les émissaires connaissent tout le parti que l'on peut tirer de ces brigands^
Les jonmaux russes affirmaient, il y a qtielques jouis, que 7 à 8,000 Khouogouaes, réunis sous le commandement d'un chef conon, s'avançaient à traitera la liaodchourie, pilluot et brûlant tout sur leur passage. Cette nouvelle parait tout à fait exagéré à oeux qu oonnaissent les habitudes de ces brigands. Leurs bandes se compoaent d'ordinaire de 2 ou 300 hommes. Jamais elles ne dépassesi i;,lOÛO hommes et enoore n'atteignentrolles ce chiffre qua s'Ù s'agit de tenter un. coup de main sur une ville df une certaine importance.
Pour que le Cuù fût vrai, il faudrait que des Chinoia de la partie méridionale de l'eminre, où règne actnellement tme famine terrible, se fussent rendus en Mandchourie avec l'esprar de piller cette région à la faveur de la guerre. Ces nouveaux venus auraient groaiî les bandes khoungouses.
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11 serait encore possible qu'aux brigands fassent yenus se joindre des réguliers chinois dont le départ serait tenu cacbé par la cour de Pékin. Il ne déplairait certes pas au gouvernement dilnois de causer des embarras aox troupes rosses s'il pouvait le faire sam encourir de responsabilité.
Dans le cas présent, les trigands endosseraient tons les méfidts des soldats du Céleste Empire. ,
Chaque fois, d'ailleurs, que les troupes chinoises ont tendu des embûches aux soldats tusses en Handchourie et que le gouvemement de Saint-Péterai)ourg a adressé des plaSntes au Fils du Ciel, le Tsong-Ii-yamen a invariablement répondu : « Ge ne sont pas nos soldats, ce sont les Rfaoungouses. »
A l'heure actuelle, les avant-postes russes sont sans cesse harcelés par -des bandes ée brigands bien armés dont l'audace est extrême. 11 n^est pas rare de trouver le maân des sentinelles poignardées par eux.
Leur parfaite connaissance du pays rend les Rhoungbuses très dangereux. Ils se glissent silencieusement la nuh entre les troupes chargées de les poursuivre et celles-d ne s'aperçoivent que te lendemdn de leur fuite. Un des grands sujets de préoccupation des autorités russes est la survdflance de la ligne de fTIst Chinois dont elles redoutent sans cesse de voir quelques ouvrages importants détruits par les brigands & l'instigation des espions japonais.
La nécessité où se trouvent les Russes de ne pas perdre de vue les mouvements des Khoungouses leur fsât amèrement regretter aujourd'hui de n'avoir pas débarrassé le pays de ees bandits avant le commencement de la guerre. Hais ils n'étaient pas alors ti^ pressés de détruire ces bandes, dont la présence apurait à h Btandchourie une réputation d'insécurité que la politique moscovite mettait fréquemment à profit, ^ràce aux Khoungouses, les troupes du tsar avaient toutes facilités pour réoccuper les villes qu'elles avaient évacuées conformément aux termes du traité du 8 avril 1902 avec le gouvernement de Pékin. Suivant cette convention la Russie rendait à la Chine le droit d'exercer les pouvoirs administratifs et souverains en Uandchourie, à la condition que le Céleste Empire pût mûn tenir l'ordre et assurer la sécurité dans le pays.
Au moindre trouble, les Russes reprennent possession des villes et n'en sortaient plus. C'est ainsi qu'ils réoccupèrent Bodouné. Une bande de 7 & 800 Khoungouses avait mis le siège devant, cette ville qui n'avait pour toute garnison que 2 ou 300 réguliers chinois. Elle réussit à s'en emparer, pilla les magasins, mit le feu à nombre de maisons et fit prisonnier le gouverneur lui-même.
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A cette noaTdle, qd général rosse, qoi se troavdt non loin de là, envoya qnelqaes centaines d'hommes avec denz canons qui attacjuèrent la yille, captnrërent 80 brigands et les pen^nt après un jugement sommaire.
Gomme le gouverneur chinois étdt manifestement incapable de rester à une nouvelle tentative des Rhoungouses, une garnison russe fut rânstallée à Bodouné. Elle y étdt encore lorsque se produisit le conflit russo-japonais.
Bien entendu, cette guerre a été le signal d'une réoccopation générale de la llandchourîe. Les forces russes, qui s'étaient retirées le long de la voie ferrée, sont rentrées dans toutes les villes importantes. Aujourd'hui, fortement retranchées sur tous les points stratégiques, maîtresses du transmandchourien, en possesâon d'un immense réseau de lignes télégraphiques, qui couvre le pays entier de ses msdUes serrées et permet aux commandants russes d'apprendre en quelques minutes ce qui se passe dans les régions les plus éloignées de la Handchourie, elles peuvent attendre en toute sécurité l'approche de l'armée nipponne, A toutefoi^ les soldats du Mikado parviennent jusque-là.
a Pas un Japonais débarqué sur le continent asiatique ne reverra sa patrie », a dit Nicolas II. Si les événements réalisent cette parole du tsar de toutes les Russies, la Handchourie et la C(^ seront définitivement annexées à l'empire.
Une semblable éventualité ne doit guère sourire aux Khoongouses, car le jour où elle se produira, leur anéantissement ne sera guère éloigné. Le prétexte des déprédations de ces bandits n'étant plus nécessaire au gouvernement pour justifier la présence de troupes russes en Handchourie, il se hâtera de détroire les Rhoungouses jusqu'au dernier afin de se concilier définitivement les sympathies des habitants.
Francis Hurt.