‹ Le CorrespondantChapitre 150 sur 171 · POUR UNE CAMPAGNE DE SIX MOIS · texte numérisé non relu

POUR UNE CAMPAGNE DE SIX MOIS

d'après DBS DOCUMENTS nféoiTd

Oa n'est pas d'accord sur la durée probable de la guerre rasso« japonaise. Pendant que les uns estiment jusqu'à vingt-quatre mois le temps nécessaire pour amener le contact décisif des deux armées, d'autres inclinent & penser que les hostilités seront beaucoup plus courtes : six mois, huit mois tout au plus.

L'opinion publique, quelque peu troublée, sans. doute, par le fracas des bombardements, égarée dans le réseau des dépèches anglo-américaines, semble manquer du calme et de la sérénité indispensables pour bien juger. La presse française accepte ellemême, sans examen ni contrôle, les plus audacieuses invraisemblances, commettant d'inexplicables méprises.

N'avait- on pas prédit, même chez nous, une foudroyante offensive des Japonais? Cependant, la simple réflexion indiquait que cette offensive était improbable; que les glaces du littora) coréontiandchourien et les rigueurs de la température, — on était en février, — étaient de nature à interdire pour le moment tout débarquement et toute marche en avant. Ensuite, le dégel, la débâcle des neiges et des glaciers rendaient impraticables jusqu'en avril les routes et les défilés de la Corée.

Une autre erreur non moins curieuse est celle qui prête aux cosaques un rôle prépondérant dans cette guerre. Imagine-t-on sérieusement de brillants r^dds de cavalerie dans la Suisse mandchoue et dans les Apennins de la Corée, comme dans les steppes de l'Ukraine ou la plaine du Don?

On dit encore : <c Les batailles décisives se livreront autour de Rharbiûe, au nœud du transsibérien et du transmandchourieni »

1026 CE QUK GOOTERA U 6UBARK ROSSO-JAPORAlSli

Gomment supposer que les Japonais seront assez fous pour s'en aller, à 1,000 kilomètres k yol d'oiseau (et à 1,700 kilomètres par les sentiers et les défilés) de Ghemulpo, leur port de débarquement, présenter la batsdlle aux Russes dans la plaine de Kharbine? Réfléchit-on qu'à la bonne vitesse de 15 kilomètres par joar, une armée japonaise, marchant sans obstacles et sans arrêt, mettrait cent quinze jours (près de quatre mois) pour y parvenir?

« CeBt la supériorité numérique de ses années qui fera tiion- -pher la Russie. » Peut être. Mais m paradoxale que puisse paraître notre réflexion, on peut affirmer que ce ne sont pas les 500,000 soldats de Rouropatldiie qui TÛncront le Japon, ce sont les ingénieurs du transsibérien, les modestes surveillants et employés de la gigantesque voie ferrée. Que le matériel et les radis da chemiD de fer résistant k la formidable épreuve de traction à laquelle il va être soumis par le fait des transports, et l'armée msse de Mandchourie réalisera les prodiges qu'on attend d'elle. Hais qo'aa contraire le ruban ferré qui relie Port- Arthur k Hoscoa trahisse les calculs de la science et l'espérance des stratégistes, et c'en sera fût de l'armée russe. La famine, le rigoureux hiver prochain, en viendraient à bout, et d'autant plus vite qu'elle serùt plos nombreuse.

Une armée ne vit pas seulement de gidre, elle mange, elle dépense, elle coûte. S'imagine-t-on les quantités, les poids, les prix des vivres nécessaires aux 800,000 ou 900,000 soldats, blancs et jaunes, qui se heurtent en Extrême «Orient 7 Apprécie-t-on suffisamment le coût des transports? Gonnatt-on, d'après les mojeanes des grandes guerres modernes, l'évaluation probable des pertes ei hommes, en chevaux, en munitbns, en approvisionnements; éfiluation d'autant plus compliquée à faire id, qu'elle doit être forcément très diiféreBte chez deux antagonistes aussi dissemblables?

La vérité est qu'en France l'on ignore à peu près tout des cofidiUons de cette guerre. Et, pourtant, elle intéresse les Français par bien des côtés I Nos finances, notre politique, iUotre richesse, notre avenir militaire, colonial et maritime, y sont partiellettcnt engagés. On voudrait pouvoir en connaître l'issne, on, tout m moins, pouvoir évaluer, sur pièces à l'appui, l'étendrô de Feftrt i aGcoaq>lir par chacun des deux adversaires, afin d'être fixé sur le résultat probable.

Ces pièces existent. Il y a de ces documemts, amassés avec œ patience de bénédictins, par des spédallstes dont la pas^nest de ne se laisser jamais surprendra par les événements, parce fie leur zèle consiste k [Mrévoir toutes les hypothèses susceptibles de se présenter.

CI QDK GODTSRi U GUERRK RUSSO-lJU'aKAISK 1037

Le docament suivant a été oonstitué de façon analogae. Tel qu'il est, on peut le considérer comme le tableau, mis au point, des recherches de tout genre auxquelles a donné lieu, dans des nûlieux français, l'hypothèse, réalisée aujourd'hui, d'une guerre de la Russie avec le Japon.

Page 1