ET LE MOUVEMENT SOGUL
naires se compUqae. Le régime da travail, avec les solutions sX diverses qu'il nécessite, relève principalement de l'expérience et de Tétude impartiale des faits contemporains. Est-ce à dire que la la raison soit impuissante à éclairer les différents problèmes d'économie sociale? Faut-il rejeter, en ces matières, la méthode logique ou dédnctive? Nous le voudrions d'autant moins qu'un livre récent et considérable soutient l'affirmative. Il étudie à priori^ — en HO pages, — le droit naturel du travail, appelé par l'auteur droit làborique^. Le mot est original et nouveau, mais ce qu'il désigne est aussi ancien que le monde puisqu'il s'applique au contrat de travail, aux relations de tout ordre qui unissent le maître au serviteur, qu'il s'agisse du domestique, de l'ouvrier on du travailleur intellectuel. Hais existe-t-il, en ces matières, un droit naturel ou droit laborique?
La lutte continue toujours en Angleterre. Interrompue à Noèl, pour permettre aux hommes de bonne volonté de chanter les cantiques de paix, elle vient de reprendre avec plus d'acuité que jamais. Verrons-nous, pendant de longs mois, l'opinion impatiente attendre fiévreusement l'issue de la bataille? Chaque élection législative sera-t-elle, comme les trois dernières, réservée au grand débat économique qui passionne l'Angleterre? Peut-être. Dès aujourd'hui, il est fadle de constater que trois partis, nous devrions dire trois écoles, sont engagés dans la bataille : les libres échangistes absolus, héritiers de Gobden, auxquels les disciples d'Herbert Spencer apportent l'appui désintéressé du savoir; les libres échangistes modérés, hommes de gouvernement qui, avec M. Balfoar, invoquent l'autorité de Stuart Mill; enfin, les protectionnistes, les impérialistes à outrance, qui acclament leur chef M. Chamberlain, et qui, grâce au succès des dernières élections de Ludlow, de Lewihasm et de Dulwich, escomptent une victoire générale et définitive. Il est intéressant de suivre les manœuvres de ces trois corps d'armée qui ont, chacun, leur état-major, une armée active, très décidée, dans les villes, et une solide réserve dans les campagnes.
Yoid les libres échan^tes qui se plaisent à rappeler l'activité et la prospérité de l'Angleterre. Est-ce le fait de la liberté commerciale qu'il faut incriminer si d'autres Etats, comme l'Allemagne et
* Traité de droit naturel, théorique et appliqué, par Tancrède Rothe, doctear en droit, professeur aux facultés catholiques de Lille. T. IV : Droit hborique^ Paris, Larose, 1904.
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les Etats-Unis, développent sans cesse leur champ d'ezportadon? L'Angleterre pent-elle avoir la prétention de lutter victorieusement sur tous les marchés contre les nations rivales? En aucune façon. Les libres échangistes agrémentent de nombreuses statistiques les arguments chers à Gobden et à la fameuse ligue dont Bastiat a célébré l'effort. Ils font remarquer que l'Angleterre est dans rhnpossibilité de produire une foule de choses qui lui sont néces* sûres ou utiles. Jamais les colonies ne pourront les lui fournir aussi parfaites et dans des conditions aussi avantageuses. Pour eux, la concurrence internationale est un perpétuel stimulant et l'Angleterre n'a pas; disent-ils, à redouter ses rivaux. Us considèrent que les importations se paient par les exportations, qu'il en est des individus comme des nations, que si celles-ci font des échanges, c'est qu'elles y trouvent un avantage. Chaque pays est un débouché normal pour un autre pays, et puisque chacun a son sol, son climat, ses productions spéciales, il est tout naturel qu'il cherche à exporter librement les produits qui lui sont superflus pour obtenir en retour les produits qui lui manquent. On multiplie les communications; on perce les montagnes et les isthmes; on crée sans relâche des voies ferrées et des canaux; et quand toute l'œuvre économique contemporaine est une œuvre d'union et de rapprochement, voilà qu'on propose d'arrêter ces produits par un mur douanier, et on demande à l'Etat des mesures de protection draconienne. Tout cela, disent-ils, est artificiel et ridicule; ce qu'il faut chercher avant tout, c'est le bon marché des produits et on l'obtient par la liberté commerciale.
Les libres échangistes absolus invoquent l'autorité d'Herbert Spencer dont la mort vient de rappeler l'hostilité constante à l'intervention du pouvoir. Défenseur de la libre concurrencet partisan de l'individualisme contre l'inutile action l^islative, soutenant que le pouvoir civil auquel les sodétés se confient^ devient bientôt un parasite qui détruit la sève nationale, Herbert Spencer écrivit contre l'Etat « protecteur » des pages célèbres que rappellent avec joie les défenseurs de la liberté commerdale. A ceux qui le louûent de donner son appui à l'individualisme anarchique, Herbert Spencer répondait spirituellement, en citani ses Principes d'Ethique (5* partie) : « Un gouvernement auquel on a sans cesse recours tourne au communisme et à l'anarchie. On voit naître la théorie suivant laquelle les arrangements sociaux doivent être réformés dans leurs bases, de telle façon que chacun reçoive une part égale des produits du travail et que les différences de traitement», — dues aux différences de mérites, — soient abolies : c'est le communisme. Mais alors, les plus mauvais de
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tons, exaspérés de ne pouvoir jouir des ehoses qa'ils désirent, aflBnnent que chaque homme peut s'emparer de ce qui lui jrfatt; Aînâ commence Tanarchisme et un retour à la lutte pour l'existence telle qu'elle a Heu parmi les brutes. » Gomment les sodalistes, si pleins de mépris pour l'indiTidualisme et l'anarchie, ont-ils pu invoquer, à leur tour, l'autorité d'Herbert Spencer, c'est ce qu'il est assez difficile d'expliquer. Mads le &it est certain, puisque, le 12 juin 1895, le philosophe anglais crut devoir écrire à H. Lucio Horentini : « J'ai exposé maintes fois ma conviction, que l'avènement du socialisme serait le plus grand désastre que le monde aundt connu et qu'il ne pourrait finir que dans un despotisme nûlitsdre. » On devine que les adversaires de l'impérialisme économique, qui unissent dans une même réprobation le protectionnisme et le sodalisme, se plusent à citer Herbert Spencer, notamment lorsqu'il écrivsdt de M. Ghamberlcdn : <c C'est un ambitieux et un despote ; c'est un esprit médiocre qui sût l'art de faire travailler les autres et qui, par son habileté et son audace, s'est poussé au prenûer rang de la Chambre des communes. »
Entre les adversaires irréconciliables de M. Ghamberiain, libres échangistes de conviction et de tradition, et les adnurateurs aveugles de l'ancien nûnistre, se placent les gouvernementaux qui avec 11. Balfour acceptent le protectionnisme modéré, comme une nécessité de l'heure présente et uneuréponse aux taxes douanières de l'Europe. Philosophe, écrivain apprédé des penseurs, inaccessible à la foule, si ce n'est lorsqu'il parle à la tribune, M. Balfour semMe vouloir reprendre la thèse que défendit brillamment Stuart IGll. n se dit libre échangiste, mais il veut que son pays bénéficie de la liberté commerciale et, pour cela, il faut qu'il développe le phis possible les « offres » et diminue les « demandes». Tandis que les continuateurs de la politique de Cobden soutiennent le fibre échange, quel que soit le mal momentané qui puisse advenir à leur propre pays, M. Balfour demande une politique de représailles i l'égard des pays protecteurs. Lorsqu'il compare les exportations et les importations, il formule une distinction subtile. Il considtoe que les charbons, les machines et les navires vendus à rétranger fortifient la puissance industrielle des peuples rivaux et il ne les fait pas figurer dans ce son » tableau des exportations nationales. Il soutient que ces produits accroissant aujourd'hui le dûfiOre des exportations britanniques -ont pour effet de les diminuer ^temain, et il ajoute mélancoliquement : « Un même phénomène ne peut être à la fois un indice de prospérité et un indice de dè<^. » U accepte les traités de commerce, mais il demande que l'Angleterre se place sur le terrûn de la « réciprocité des avan-
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tages ». Il apporte ainsi à M. Chamberlain et à ses amis le précieux appni dn gouvernement.
Les protectionnistes, que séduit Timpérialisme économique, dédaignent les précautions oratoires, les distinctions et les yûnes subtilités. Ils manient les calculs avec une habileté consommée et, pour eux, la statistique est bien l'art d'accommoder les chiffres. Ils se plaisent à comparer le tableau des exportations et le tableau de l'accroissement de la population et ils en font un tel commentaire que l'on voit la famine à brèye échéance, si un nouveau système économique ne vient remplacer le régime décevant de la liberté commerciale. Voici les chiffres d'exportations qu'ils colportent dans toutes les réunions publiques :
1872 256.257,000 livres st.
Il n'y aurait donc, de 1872 à 1902, qu'un modeste accroissement de 21,295 livres. Or, dans cette même période, la population a passé de 31,900,000 habitants à 41,900,000. Jonglant avec les chiffres, ils prétendent que les exportations ont augmenté de 7 pour 100, tandis que la population s'est accrue de 31 pour 100. Ils se gardent de dire que l'Angleterre a bien d'autres sources de revenus que ses exportations, et ils frappent ainsi les imaginations. Hais ils ont d'autres arguments non moins suggestifs.
Pour M. Chamberlain, tout ce qui abaisse et appauvrit l'étranger sert les intérêts de la Grande-Bretagne. Cette affirmation, démentie par l'histoire économique de l'Europe, ne peut être applaudie que par des électeurs crédules et d'une culture rudimentaire. Le même M. Chamberlain soutient que le tableau des exportations comparées aux importations marque l'enrichissement des Etats. Si un pays vend plus à l'étranger qu'il ne lui achète, il se développe, il progresse, il réussie. Les Anglais reprennent ainsi la vieille doctrine de Colbert, la doctrine du mercantilisme, et on se demande, en lisant les discours de M. Chamberlain, s'il ne rêve pas, comme le ministre de Louis XIV, un système de prohibition pour les produits de l'étranger et un nouveau « pacte colonial » qui asservirait les colonies anglaises à la métropole. Est-il besoin de fûre remarquer id, que lorsque nous exportons pour 100.000 francs de marchandises et qu'en échange nous en importons pour 200.000, notre opération est des plus lucratives et que le tableau de la balance da commerce, — s'il est très utile à consulter, — ne donne en rien la