‹ Le CorrespondantChapitre 28 sur 171 · LES NOOYEADX PROJETS DE LOI · texte numérisé non relu

LES NOOYEADX PROJETS DE LOI

Hambert; ils écrivent tranquillement : «t II faut combattre les religions comme on combat l'alcoolisme, la tuberculose ou la peste bubonique ^ » Matérialistes intransigeants, ils ne nient pas seulement Dieu et le surnaturel; ils nient ailssi le libre arbitre et f immortalité de Tâme. Disdples attardés du dix-buiiiëme siècle, ils ne s'aperçoivent pas qu'ils sont en contradiction avec les tendances de la majorité du monde pensant en France et dans tous les pays; ils ne sentent pas qu'ils vont à rencontre du courant qui partout ramène les intelligences cultivées à la notion du surnaturel et de Tiofini. Ils en sont restés au paganisme antique dans ce qu'il avait de pire, c'est-à-dire à la glorification des jouissances matérielles, au culte de la force et de l'argent, an déchaînement do toutes les haines, de toutes les convoitises et de tous les instincts brutaux. Ils sont, d'ailleurs, condamnés à s'user dans cette entreprise aussi vaine que malfaisante, car ils se heurtent à un instinct éternel, à un besoin^ permanent de l'humanité. Un homme assurément peu suspect de cléricalisme, ou même de religiosité, M. René Goblet, le leur déclarait récemment en termes qu'il est intéressant de rappeler :

« ... Le sentiment religieux, écrivait-il, est instinctif chez l'homme. Il l'a été de tout temps, il l'est et il se manifeste sous des formes diverses dans toutes les régions du monde. Jamais on ii'ôtera de l'esprit de tous les hommes l'idée que l'univers est dirigé par une force supérieure », la matière, et que l'être raisonnable qui porte en lui cet instinct ne peut mourir tout entier. Et l'on ne peut méconnaître que de l'empire de ce sentiment peut résulter une grande force morale pour les sociétés comme pour les individus. »

D'autres partisans de la séparation, sanf^ aller aussi loin que les précédents, visent cependant à l'anéantissement du christianisme ^n France. Ils lui reprochent, comme à toute religion révélée, do reposer sur le mystère et le surnaturel, qu'ils déclarent incompatible avec la sdence : comme si les plus grands savants et les plus modernes ne se heurtaient pas sans cesse, dans la nature mèaxe qu'ils scrutent, à l'inconnaissable, à l'absolu, à l'infini, au myrlère, et comme si les plus illustres d'entre eux ne s'inclinûen': pas devant la sagesse et la puissance suprême qu'ils sentent pré* sente et nécessaire, bien qu'invisible, au delà des limites accessibles à l'esprit humain?

Ces mêmes ennemis du christianisme l'accusent aussi d'être inconciliable avec la civilisation moderne : comme si l'Eglise avût jamais cherché à entraver aucun des progrès matériels dont s'enor-

* M. Maurice Allard, dans V Action.

SUR U SÉPAAATlQfl Dl L'tGUSE ET DE L'ÉTAT 241

godlUt à juste titre le monde nouveau dans lequel nous vivons; coQune A eUe n'avsdt pas, an contraire^ toujours encouragé et béni les grandes inventions qui peuvent rapprocher et unir les hommes; coDune si elle ne se bornait pas à leur rappeler que ces inventions et ce progrès matériel sont, non pas une fin^ mais de simples moyens et qu'ils ne doivent jamais faire perdre de vue à l'homme le progrès moral et l'idéal divin qui demeurent la raison souveraine de sa vie mortelle I

Ils prétendent encore que, par sa nature, par son organisation immuable, par le caractère autoritaire et inflexU>le de ses enseignements, le catholidsme est essentiellement hoitile et contraire aux institutions démocratiques et républicdnes et ils en tirent cette conclusion que, pour faire vivre le régime qui leur est cher, il faut détruire, tout au moins en France, la reli^on catholique. Us ignorent ou feignent d'ignorer que, si le catholicisme repose, en effet, sur des dogmes immuables, il est, de toutes les doctrines, le moins exclusif en matière contingente et politique. Ils oublient ou feignent d'oublier qu'il accepte toutes les formes de gouvernement^ qu'il s'accommode de toutes, pourvu qu'elles respectent ses droits, et que, de nos jours, c'est surtout dans les jeunes et libres démocraties du Nouveau Monde qu'on le voit grandir et prospérer.

Enfin, à côté de ces impatients pour qui la séparation de l'Eglise et de l'Etat n'est, suivant leur expression, qu'une « arme de guerre n évolue le groupe des habiles, des prudents et des temporisateurs. Tout aussi hostiles que les autres & l'Eglise catholique, tout aussi désireux de la détruire, mais instruits par l'expérience des siècles, ils se rendent compte des racines profondes que l'idée reli^euse et la foi chrétienne ont jetées dans l'àme humaine, dans l'âme françsûse. Ils redoutent les réactions imprévues que pourrait provoquer une politique trop violente; il& ont peur de l'énergie, de la vitalité, de la puissance conquérante que pourrait avoir une Eglise dégagée de tout lien avec TEtat. Ceux-là ne favorisent donc pas les tendances violentes des iconoclastes modernes; au paganisme ils préfèrent emprunter ses traditions césariennes. Us veulent bien conserver un clergé, il leur en faut même un, mais à la condition qu'U soit asservi, bâillonné, domestiqué. Ces continuateurs de Julien l'Apostat ont pour idéal le prêtre fonctionnaire. Us ne veulent pas de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, car ils entendent que l'Eglise soit dans l'Etat. Ils se prétendent favorables au Concordat; mais ils seraient bien aises de le modifier pour en effacer les clauses favorables à l'Eglise et pour renforcer leurs pouvoirs en matière de police des cultes. Tout au moins ils interprètent et appliquent le Concordat de 1801

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