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LES NOUVEAUX PROJETS DE LOI

n'est posée, combien de temps pourra-t-il s'écouler avant qu'une guerre acharnée éclate entre les deux pouvoirs? L'histoire répond à cette question : chaque fois que papes et souverains se sont trouvés en présence les uns des autres, dans la plénitude de leur puissance et de leur liberté, une lutte fatale a ébranlé les Etats et troublé les consciences. Elle a, suivant les vicissitudes des temps et la diversité des caractères, abouti tantôt au vasselage des rois, tantôt à la sujétion des pontifes^ toujours au grand scandale des âmes, et la trêve qui suivait ces combats acharnés ne faisût trop souvent que consacrer le triomphe de la force.

Les concordats ont été conclus après des siècles de dissensions et de guerres. Nés de la lassitude des pouvoirs rivaux et des vœux des nations opprimés, ils ont posé la limite à parUr de laquelle les deux autorités si longtemps ennemies reconnaissaient leur indépendance réciproque, ils ont substitué au règne de la violence l'empire d'une loi commune et librement discutée. Leur apparition fut saluée comme un bienfait, et leur rétablissement serait accueilli de même, si jamais le système de la séparation absolu était mis à l'épreuve par les peuples modernes.

Vrais en tout temps et en tout pays, ces principes le sont surtout en France et de nos jours. S*il est, en effet, un moment défavorable pour faire l'expérience du système de la séparation, c'est bien l'heure présente. Pour qu'elle puisse être tentée avec quelques chances de réussite, il faut nécessairement le calme, le sang-froid, la réciproque bonne volonté des deux puissances spirituelle et temporelle; il faut qu'elle s'accomplisse dans un esprit de liberté, de tolérance et de mutuel respect. Possédons-nous ces garanties de succès, en ce temps de discordes et de violences, de haine et de persécution? Les projets actuellement soumis au Parlement en vue de réaliser la séparation, — les seuls, du moins, qui pourraient réunir une majorité, — sont, par eux-mêmes, assez significatifs. Ce ne sont pas des instruments de paix, ce sont comme des engins explosifs dirigés contre un adversaire détesté. Pas un seul sentiment de bienveillance, de respect ou d'équité ne s'y fait jour : la haine seule les inspire, la haine seule y éclate. Simplement proposés, ils font naître l'inquiétude et le trouble; adoptés, ils porteraient les fruits les plus funestes.

La rupture du Concordat, la suppression du budget des cultes n'auraient pas, en effet, pour seul résultat fâcheux de compromettre le service des cultes dans une grande partie de la France et peutêtre d'amener la fermeture d'un assez grand nombre d'églises; elle aurait aussi l'inconvénient, peut-être plus grave encore, de donner, ^ans les deux camps, la prépondérance aux exaltés, aux violents;

SDR LA SEPARATION DE L'iGLISC ET DE L'ETAT 249

elle provoquerait ainsi conflit sur conflit ; elle amènerait des luttes ifiolentes, peut-être déchaînerait- elle la guerre civile et la guerre de religion.

Dieu nous garde d'une telle calamité comme catholiques et surtout comme Français I Le catholicisme en souffrirait sans doute, et peut- être cruellement; mais nous n'avons pas d'inquiétudes sérieuses & concevoir pour l'Eglise. Elle puiserait dans la lutte et dans la persécution mêmes un surgrolt <P énergie de force et de courage qui lui assurerait indubitablement la victoire finale : le régime assez imprudent pour la provoquer à ce combat à mort n'y résisterait pas; plusieurs de ses chefs le prévoient et le disent, et, si l'on n'écoutsût qu'un intérêt de parti, l'on ne devrait, sans hésiter, les pousser à cette extrémité.

D'ailleurs, proscrite en France, l'Eglise aurait devant elle, pour réparer ses pertes, le monde entier où ses progrès sont partout si rapides, si magnifiques. Déjà la proscription de nos congrégations, si dommageable à la France, a eu pour conséquence de disséminer au delà de nos frontières des légions de vûllants ouvriers pour travailler à la moisson évangélique.

La désorganisation de l'Eglise catholique en France serait peutêtre, elle aussi, pour la Providence, un moyen de faire pénétrer dans des pays nouveaux les germes féconds de la bonne parole. Hsds, pour nous, la perte serait sans compensation, et le mal sans remède. Meurtrie par la guerre, ruinée par des folies financières sans exemple, atteinte dans les sources mêmes de sa force et de sa puissance, démoralisée par une longue suite d'incomparables scandales, notre pauvre patrie n'a pas besoin que l'on vienne ajouter à ses maux les agitations, les ruines matérielles et morales et l'affaiblissement certain qu'engendrersdt la dénonciation du Concordat accomplie en haine de l'Eglise.

Elle a besoin, elle a faim et soif de calme, d'apaisement, d'honnêteté. Elle aspire, dans ses masses profondes, après l'apparition de celui qui lui rendra ces biens inapprédables qu'elle a si douloureusement perdus. Qui donc se lèvera et lui dira : « Je viens t'apporter la psux et l'union, la paix au dehors, la paix entre tes enfsmts, la paix avec toi-même. Gomme Henri IV au lendemain de la Ligue, je veux promulguer un nouvel édit de pacification, un autre édit de Nantes, et je ne le révoquerai pas comme Louis XIV. C(»mne Bonaparte, je veux supprimer toutes les causes de discorde entre les Français et, loin de dénoncer le Concordat de 1801, faire entre eux un concordat qui s'étendra à tous et à toutes

^*^^^' • René Lavollée.

25 JAIVŒH 1904. 17

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