OUATRE ANS DANS LES GLACES
LE VIEUX FRAM '
Au mois de septembre 1896, la Norvège toat entière était en fête. Nansen venait de rentrer, miraculeusement rapatrié par le Wîndtoardj après la pins merveilleuse épopée que les annales de l'exploration polûre eussent jamais enregistrée; et peu de jours après, son navire le Fram revenait au port, sous la conduite du capitaine Sverdrup, ayant, lui aussi, rempli avec honneur tout son programme, qui était de se laisser porter par les glaces, en passant tout près du pôle, depuis les lies de la Nouvelle-Sibérie jusqu'au Groenland. A la fierté des prouesses accomplies s'ajoutait la joie de revoir sains et saufs tous ceux qui avaient pris part à cette mémorable campagne, par laquelle se trouvaient rtoolus tant de problèmes sdentifiques du plus haut intérêt, en même temps qu'une gloire nouvelle rejaillissait sur le pays capable d'enfanter de tels héroîsmes.
Le Fram^ dont la coque massive avait si bien résisté à la formidable pression des glaces, était mouillé dans la riante baie de Lysaker, ayant pour cadre le magnifique décor du Qord de Christiania. Sverdrup surveillât l'enlèvement des caisses, lorsqu'il voit arriver Nansen :
« Aurais-tu envie, dit à brûle-pourpoint ce dernier, de retourner au milieu des banquises et d'entreprendre un nouveau voyage? — Assurément, répond le capitaine, pour peu que l'occasion s'en présente. »
Alors, Nansen, en quelques mots, annonce à son compagnon que deux patriotes norvégiens, MM. Axel Hdberg et Ringnes frères,
< Quatre années dans les glaces du pôle, par Otto Sverdrup, traduit par Ch» Rabot, i vol. ia-80y Paris, Ernest Flammarion ; avec 110 photographies.
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ont ié8oIa d'organiser nne expédition arctique et de Ini en confier le commanieinent. Sans hésitation, S? erdmp accepte et, d*accord atec les générenx mécènes, procède an choix de son itinéraire.
On sait qne le Groenland est longé, à Tonest, par ht loogae baie de Baffio, qni demenre très large, qnoiqne encombrée de glaces, jusqu'au 76* degré de latitude. A cet endroit, elle se transforme en un long couloir, qui porte successivement les noms de détroit de Smith« canal Kennedy et canal Robeson. Ce dernier débouche, par 81 degrés de latitude, dans Tocéan glacé, d'où Lockwood, Markham ^ Peary ont à plusieurs reprises tenté d'atteindre le pôle. Remonter le coubàr, hiterner à la pointe septentrionale du Groenland, dont Peary a démontré le caractère insulaire, puis doubler ce cap extrême pont redescendre Ters le sud le long de la côte orientale, tel fut le plan arrêté de concert par Sverdmp et Nansen ayec MM. Heiberg et Rmgnes. D'une tentative vers le pôle, Sverdmp affirme qu'il ne fut pas question. D'ailleurs ta plus entière liberté de manœuvres loi étût laissée, pour le cas où des circonstances imprévues s'opposeraient à l'exécution du plan primitif De son côté, le gouvernement norvégien s'assodait à l'entreprise par le prêt du Fram, devenu propriété de la nation, et le parlement votait une subvention de 28,000 francs, pour que le célèbre constructeur Cofin Archer, l'auteur de ce b&timent si Inen approprié à sa destination, put lui faire subir les quelques modifications dont une expérience de plusieurs années avait indiqué l'opportunité.
L'expédition étant prévue comme devant durer deux ou trois ans, Sverdrup eut soin de préparer pour dnq années de provisions. U apporta au matériel tous les perfectionnements désirables, et fit dKÂx d'un personnel éprouvé, composé de quinze hommes, en s'attachant à réunir, comme il l'a dit lui-même, a un état-major de naturalistes vigoureux et entraînés, capables de travûUer et de bien travailler dans n'importe quelles conditions ».
Le 24 juin 1898, juste cinq ans, jour pour jour, après le prenier départ du fram^ Texpédition quittât Oiristiania. Elle ne devût y rentrer qu'en septembre 1902, n'ayant pour ainsi dire rien accompli de son premier programme, msàs rapportant, peutêtre en rûson même de cet échec, une ample moisson de décou^ vertes scientifiques de tout ordre. Il y a peu de semadnes, grâce à M. Cbaries Rabot, lui-même bien fomilier avec les glaces du Nord, et qui, de plus, excelle à interpréter, dans un français alerte et Gotoré, les productions de la littérature Scandinave, une traduction française du récit de ce voyage est venue nous fsdre connaître les péripéties traversées par les intrépides explorateurs. Il vaut la pône d'en donner ici une brève analyse, car, indépendamment des
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remarquables progrès que cette expédition a fait faire à la géographie de l'archipel polaire américsdn, on peut dire qu'elle ajoute une belle page & l'histoire, déjà si riche, des manifestations dont l'énergie humsdne est parfois capable, quand il s'agit de lutter, pour le seul profit de la science, contre les circonstances physiques les plus défavorables.
Nous n'insisterons pas sur les premières semaines du voyage. Précisément parce qu'il a été construit pour affronter le choc des glaces, le vieux Fram^ comme l'appelle son commandant, n'est pas fait pour naviguer par de gros temps. Il roule horriblement sous l'elTort des vagues. Heureusement cette épreuve était terounée le 19 juillet, et le navire, ayant atteint la côte orientale du Groenland, put commencer à se frayer un passage au milieu du convoi de glaces qu'une dérive constante entraine vers le sud. Le lendemain, il doublait le cap Farvel, pointe méridionale de la contrée, et faisait route au nord, parmi les tratnées d'ice bergs si nombreux dans le détroit de Davis. Le 6 août, après avoir touché à Upernivik, la ville la plus septentrionale du Groenland, le navire atteignit l'extrémité de la baie de Baffin, carrefour ob viennent converger les glaces flottantes envoyées, soit du nord par le détroit de Smith, soit de l'ouest par ceux de Jones et de Lancastre, soit enfin de l'est par les glaciers groenlandais; si bien que nombre de vaisseaux s'y sont trouvés enlermés, pour être les uns brisés impitoyablement, les autres entraînés au sud avec leur prison flottante.
Cette barrière allait- elle s'ouvrir devant les vsdnqueurs de l'océan arctique? Hélas I non; le tour était venu pour la glace de se venger de l'audacieux navire qui, non content de la défier, l'avait contrsûnte à le porter docilement, lors de sa première campagne, dans la direction prévue par la science. Peut-être, d'ailleurs, était<ce justice que le plan primitif ne pût pas s'accomplir. D'abord l'idée de faire, en bateau, le tour entier du Groenland, après tout ce qae nous ont appris les expéditions précédentes, notamment celles, sans cesse renouvelées, de Peary, parait à première vue si chimérique, qu'on se demande comment un explorateur tel que Sverdrop a pu la concevoir. Aussi les Américains lui ont-ils soupçonné d'autres visées. Quand le projet du navigateur norvégien leur fat connu, une grande clameur s'éleva contre celui qu'ils accusaient de vouloir marcher sur les brisées de Peary. A les entendrct ce n'était pas le fait d'un gentleman, d'entreprendre de ravir au premier occupant la gloire d'un résultat auquel il avait déjà fait tant de sacrifices.
En effet, on sait de quelles misères ont été accompagnées les diverses tentatives du lieutenant américain. Une jambe brisée, de^
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membres gelés, et bien â*autres soaiTrances encore, ont marqué ses efforts successifs. Cependant rien ne l'a découragé, pas plus d'ailleurs que sa vaillante compagne, qui a tenu à venir le rejoindre, si bien qu'un enfant leur est né dans ces latitudes extrêmes, où jamais ne s'était produit aucun accroissement de la famille humaine. Soutenu par la sympathie de ses compatriotes, et notamment par le secours efficace du Peary Arctic Club^ Texplorateor américain avait le droit de se croire chez lui, et toute incursion étrangère devait justement lui sembler incorrecte.
 la vérité, Sverdrup se défend d'avoir inscrit la marche au pôle sar son programme. Mais la liberté qu'il s'était réservée, en cas d'échec du plan primitif, n'impliquait-elle pas un dédommagement de ce genre? A supposer qu'il eût réussi & franchir sans encombre le canal Robeson, pour venir se heurter à la glace impénétrable que les traîneaux de ses devanciers avaient déjà foulée, peut-on croire qu'il se fût résigné & retourner en arrière avec son Fram^ sans tenter, pour son compte, une course vers le pôle?
Quoi qu'il en soit, cette tentation devsdt lui être épargnée. A partir du 17 août, et pour quatre ans, non seulement le Fram se voyait interdite l'entrée des canaux conduisant au nord, mais, de la banquise infranchissable où il se trouvait enfermé, il lui devait être donné une fois d'apercevoir, voguant sans encombre dans une mer redevenue libre pour d'autres que lui, le navire qui allait ravitsûller Peary. La volonté du destin pouvait- elle être mieux marquée ?
Combien d'ailleurs on doit se féliciter de ce résultat! La présence du Franij à l'extrémité du Groenland, n'eût pas changé grand chose aux difficultés qui jusqu'à présent ont entravé le progrès de Peary. Au contraire, une fois résignée à sa captivité, l'expédition Sverdrap allait tourner ses ressources vers des parages moins septentrionaux, mais à peine soupçonnés jusque-là; si bien que ses découvertes ont permis de combler, sur les cartes 'arctiques, un espace infiniment plus considérable que tous ceux qu'avaient couverts les explorations antérieures. Jamais la carte du globe n'a fût, aussi vite et à aussi peu de frais, de plus grandes acquisitions. .Sur près de trente degrés en longitude et cinq degrés en latitude, nn espace absolument blanc sur les anciennes cartes a pu être rempli de contours relevés avec toute la précision désirable par un homme du métier, le capitaine topographe Isachsen. De plus, tout ie territoire s'est trouvé d'une richesse particulière au point de vue géologique. An lieu de la monotonie du Groenland, qui ne laisse guère voir que du basalte et des schistes cristallins, les rivages explorés par Sverdrup et ses compagnons leur ont offert ui^e granda
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yariété de formations, caractérisées par de nombreux fossiles» attestant & quel point la vie devait être autrefois abondante dans ces parages Ce n'est donc pas seulement la géographie du présent qui a bénéficié de ces trouvailles. Plus que tous autres, ceux qui ont entrepris de reconstituer les états successirs du globe aux diverses époques géologiques doivent bénir Theureux accident qui a dérivé de ce côté l'activité des explorateurs norvégiens. On peut dire que jamais pareille aubaine n'étût échue aux géologues par le fait des campagnes polaires.
Au seul point de vue g^graphique, voici les résultats dont on doit la connsdssance au Fram.
La terre qui forme la rive occidentale du détroit de Smith a été désignée par les anciens navigateurs sous le nom de Terre d'Ellesmère. A la sortie du détroit, un élargissement subit donne naissance à la mer ou plutôt au bassin de Kane, qui s'étend jusqu'au 80* degré. Là commence la coupure presque rectiligne qui conduit au nord et dont !a rive occidentale a été baptisée du nom de Terre de Grinnell, le long du canal Kennedy, tandis que le bord correspondant du canal Robeson s'appelle la Terre de Grant.
L'exploration Sverdrup a établi que le Hayes Sound, situé à l'entrée de la mer de Kane, n'étût qu'une échancrure ramifiée, pénétrant dans la grande terre occidentale dont Ellesmere, Grinnell et Grant ne sont que trois fractions faisant corps ensemble. Le détroit de Jones, qui limite an sud la terre d'EUesmere, et la sépare de la terre plus méridionale de North Devon, s'ouvre au nordouest. De là, on peut suivre, selon le 90"" degré de longitude, et jusque par delà le SI"" parallèle, le contour occidental très découpé de la terre d'EUesmere (Sverdrup en a rebaptisé le coin sud- ouest en l'honneur du roi Oscar), tandis qu'en face se poursuit une grande tie, la terre Axel Heiberg. Celle-ci est longée à l'ouest par un large bras de mer, dit du prince Gustave, au delà duquel s'étendent en diagonale, du 98* au 100* degré de longitude, au moins deux lies importantes, auxquelles on a donné les noms dea deux frères Ringnes. Enfin ces dernières sont séparées, par le détroit du Danemark, d'une terre également nouvelle, l'tlot du roi Christian.
Arrivons maintenant au rédt des épisodes de la campagne. Du 7 au 17 août, en fonçant sur les glaçons, grâce à la solidité de son épaisse membrure, le Fram avidt réussi à se frayer un chemin, à travers le détroit de Smith, jusqu'à la mer de Kane. Mflds, devant le canal Kennedy, il vint heurter une barrit qu'aucun effort ne pouvait entamer. Il fallut choisir un lien de refuge. On le trouva tout près, à l'entrée du Qord d'Hayes, dans une petite baie échan-
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crant la terre d'Ellesmere, et qai reçut le nom de havre da Fram. Le 22 août, le navire s'y installait poar son premier hivernage.
Iramédiatecnent, dans sa prévoyance, Sverdrup s'occapait de réunir, pour ses attelages de chiens, comme pour Téquipage, la plus grande proviûon possible de nourriture saine. Les morses et les bœufs musqués en firent les principaux frais; car ces derniers animaux abondent sur la terre glacée, peu exigeants au sujet des pâturages, pourvu que Thomme ne trouble point leurs ébats. Pendant qu*avec cette recherche on combinait l'exploration complète du Qord, un curieux événement se produisit le 5 octobre.
L'escouade conduite par Sverdrup, en ce moment à une soixantaine de kilomètres du navire, était en train de faire sa cuisine au campement, lorsqu'apparut un traîneau filant à toute vitesse sur la glace du fjord, et attelé de huit chiens. Deux hommes, couverts de pèlerines, montrent le véhicule, de modèle esldmo. L'un d'eux descend, s'avance vers le chef et lui demande s'il est bien le capitaine Sverdrup. Sur la réponse affirmative qui lui est donnée, le visiteur se fait connaître. C'est Peary lui-même, dont le camp se trouve à moins de deux heures de distance I On échange des politesses ; le célèbre voyageur informe les Norvégiens que le canal Robeson est complètement obstrué par une accumulation de glaces déjà anciennes, et, après dix minutes d'entretien, il prend congé, sans accepter, tant il est pressé, de prendre le café avec ses hôtes du moment.
Rien n'avait transpiré, dans cette courte entrevue, des sentiments que l'annonce de l'expédition norvégienne avait pu autrefois faire naître chez l'explorateur américain. Peut-être, voyant le Fram bien bloqué, se sentait -il rassuré contre toute concurrence, ce qui lui permettait de se montrer bon prince. En tout cas, c'est une bien étrange coïncidence que celle qui a mis ainsi, pour quelques instants, Peary et Sverdruç en contact ! On dit parfois, en pariant de telles rencontres fortuites, que le monde est bien petit. Il font que cela soit pour que, dans des parages aussi inhospitaliers, où le moindre accident de terrain, le moindre glaçon, ferment si fadlement la vue, les routes suivies par ces deux hommes aient pu se croiser un instant I
Le 16 octobre, le soleil a disparu de l'horizon. C'est une nuit de quatre mois qui commence, mais contre laquelle le Fram est bien armé par son excellente installation depuis longtemps éprouvée, comme par les abondantes provisions déjà réunies. D'sdlleurs, la besogne ne chôme pas un instant, chacun doit confectionner sa part des outils de la prochaine campagne, et le chef excelle à procurer à l'équipage les distractions les plus variées, de façon & le
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tenir constamment en baleine. La publication régulière d'un journal bumoristique fait partie des moyens employés dans ce but.
Au milieu de février, les premiers rayons du soleil rasent le sommet des montagnes. La nuit polaire est passée. Les prisonniers ont bâte de respirer le plein air. Mais le froid tombe à 50 degrés au-dessous de zéro. De continuelles rafales compliquent la situation. Cependant^ le 19 mars, le lieutenant Baumann, avec Fassentiment de Sverdrup, part en traîneau pour visiter les quartiers d'biver de Peary, qu'on sait être dans }e voisinage, d'après le dire d'un Eskimo qui vient d'arriver au campement^ et se trouve avantageusement connu de tous pour avoir, & plus d'une reprise, apporté à l'explorateur américain un concours aussi utile que courageux.
Guidé par cet indigène, Baumann atteint en deux jours le lieu ob stationne, enfermé dans la glace, le célèbre Windward^ c'està-dire le même navire qui, après avoir ravitaillé, en 1895, l'expédition Jackson à la Terre François- Josepb, avait ramené en Europe Nansen, depuis un an séparé de Sverdrup. Baumann reçoit de l'état- major l'accueil le plus cordial. Peary est encore au lit, ayant dû subir l'amputation de sept orteils, à la suite d'un froid de 55 degrés, coïncidant, jour pour jour, avec la forte cbnte de température que Sverdrup enregistrât de son côté. Par une beureuse inspiration, on convient de s'entendre pour délimiter les domaines d'exploration respectifs, de manière à éviter tout empiétement, même involontaire. Voilà donc la paix définitivement cimentée, ot Baumann repart, emportant, comme signe de l'accord conclu, une botte de cigares que Peary tient à offrir à l'équipage du Fram.
Le 2 juin 1899, on reprend l'exploration du Qord d'Hayes. Hais cette tentative est attristée par la mort du médecin de l'expédition, qui a trop présumé de ses forces, en insistant pour prendre part à une excursion exceptionnellement fatigante. Seul de tous les membres de l'état-major, il n'avait pas subi, au départ de Norvège, Texamen médical destiné à constater que sa santé pouvait affronter une aussi rude épreuve I Si douloureuse que soit cette perte, et quelques menaces qu'elle laisse peser sur Tavenir de la campagne, lUors qu'il n'est plus permis de compter sur l'un des bommes les plus nécessaires du personnel, le courage des survivants n'en est pas abattu, et ils continuent leurs reconnaissances jusqu'au jour oti la débâcle délivrera le navire.
Voici un exemple de la façon dont s'accomplissent ces excurûons. Le 23 mai, Isachsen et Braskerud quittent le bord pour explorer les glaciers d'Ellesmere. Us emportent pour trente joiurs de vivres, parmi lesquels domine le biscuit, accompagné de caf^^ pemmîcan, légumes conservés, sucre, beurre et tablettes de jus de
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citron. Avec la subsistance des chiens, les effets de campement, le récband à pétrole, la provision afférente à ce réchaud, une carabine et les instruments d*ob nervation (y compris l'appareil photographique), cela fait 395 kilogrammes, chargés sur deux tratneaux, tirés chacun par six chiens. Pour la nourriture de ceux-ci, à raison de 500 grammes par jour et par tète, on emporte 180 kilogrammes d'un mélange de graisse de boeuf et de poisson sec pulvérisé. Trois lièvres seulement ont pu être ajoutés en cours de route & cette provision, qu*il a fallu faire durer trente- sept jours au lieu de trente. Encore le retour eût* il été fort compromis sans l'arrivée d'une escouade de secours, qui a pu rejoindre le 30 juin les explorateurs nus en danger par la persistance du mauvais temps. Du moins ont-ils reconnu, sur toute la côte ouest, de nombreuses pelouses de plantes florifères, de mousses et de lichens. Ils en rapportent cinquante-deux spécimens, dont trente-cinq de plantes phanérogames, parmi lesquelles beaucoup de saxifrages ainsi que le saule arctique.
Pendant que s'accomplissait cette périlleuse tournée, Sverdrup, avec un compagnon, explorait les ruines, découvertes dans le voisinage, d'anciens campements eskimos. Ces mines comprenaient d'abord des tombeaux, établis dans de petites grottes dominant le rivage, et malheureusement visités par les ours, en dépit des pierres amoncelées par devant, ensuite des enceintes de pierres où abondaient, parmi les rejets de cuisine, les os de baleines, de morses, de phoques et de rennes. Ce dernier animal est aujourd'hui mtroavable en ce point, d'où il est probable que les loups l'ont chassé.
La débâcle attendue arrive enfin le 24 juillet. Malheureusement elle est accompagnée par de tels convois de glace, dévalant du nord avec une force invincible, que le Fram^ au lieu de s'avancer dans cette direction, est obligé de fuir au sud. Le 5 août, une cruelle déconvenue lui est infligée. Un navire est en vue, qui vient de quitter une baie de la côte groenlandaise et se dirige au nordest vers Peary. Ce vaisseau fait signe qu'il est porteur de lettres d'Europe pour l'expédition. Mais 7 à 8 Idlomëtres d'une glace impénétrable séparent les deux bateaux; malgré tous leurs efforts, ils doivent renoncer à se rejoindre. Hait jours plus tard, le Fram fait une nouvelle tentative pour aller chercher son courrier au point où il sait qu'on l'a déposé. Encore une fois les glaces en dérive lui barrent le passage. C'en est fait, il faut abandonner non seulement l'espoir de lire l'écriture des êtres aimés, mais aussi celui de faire route vers le nord. A supposer qu'on y parvint, on n'aurait plus alors les provisions nécessaires & la nourriture des