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Ô U CONQUÊTE POUTIQUE DE L'OUVRIER

opposition risque de faire et fait presque toujours, sans le savoir et sans le vouloir, le jeu de l'étranger. Aussi, quand le devoir patriotique appars^t incertain et obscur, est-il indispensable de savoir ce qu'on pense hors frontière; une polidque, louée en pays ennemi, ne doit pas être bonne; le critérium presque infaillible en l'espèce ne fut-il point formulé par le général Foy : « Quand rétranger est d'un parti, il faut être de l'autre. »

Ce sentiment si simple et si naturel ne guida malheureusement pas l'opposition républicaine : systématiquement elle fut contre l'Empire. Ses attaques directes coïncidèrent avec les menées de la Prusse, et elle ne vit point qu'en même temps que Napoléon III, elle atteignait la France.

Agent de l'étranger I grand mot et gros mot, que les partis se jettent volontiers à la face; injure facile dont ils se souflettent mutuellement et à l'appui de laquelle ils peuvent, hélas I en France, invoquer trop de précédents historiques incontestables. Combien incompréhensible cette néfaste habitude de mêler l'étranger à nos discordes, si ces discordes n'étaient le plus souvent le fsût de l'étranger lui-même. Dans les années qui précédèrent 1870, le parti républicain et la Prusse, pour des buts différents, avaient un v même objectif : le renversement de l'Empire. Cette communauté de vues et d'espérances qui, à ses tenants, eût dû pourtant paraître suspecte, créa entre l'un et l'autre, par une sorte de contrat tacite, une politique qui se répondait, qui se servait, qui se portât aide mutuelle. Dire que le parti républicain fit sciemment le jeu de la Prusse, l'inculper d'avoir été l'agent de l'étranger, serait un outrage gratuit et peut-être immérité; mais l'histoire dira que, si ces opposants-là eussent été les agents de l'étranger, ils n'auraient pas agi autrement, ils n'auraient pas fait une autre politique que celle qu'ils firent.

Leur haine contre le régime les aveugla, et la grande faute de l'Empire fut d'avoir donné ces prétextes et ces motifs de haine. Us ne virent point que, pendant qu'ils poursuivaient Napoléon III^ la France était la cible des convoitises, des jalousies, de l'animosité de l'Europe; ils ne voulurent pas comprendre que la Prusse, elle, ne séparait pas l'Empire de la France, qu'elle ne visait l'un qae pour atteindre l'autre, et sur les ruines de l'influence française et catholique, installer en Europe la suprématie de la politique germanique et protestante. Le parti républicain servit trop exactement les vues et les plans de la Prusse; l'agitation socialiste vint trop & propos, en France, au secours de l'œuvre bismarckienne d'unification de l'Allemagne pour qu'on puisse, dans cet examen, séparer l'une de l'autre; il importe de préciser ces coïncidences, de

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scruter comment et par qaels moyens elles parent se prodaire. Le parti républicain, à quelques exceptions près, eut cet effroyable malheur d'avoir été à l'intérieur le fourrier inyoloutaire de nnvasion prusâenne. Le constater n'est point, dans notre dessein, faire ontrage à son patriotisme surpris et égaré, msds, par ce douloureux exemple, montrer à quelles aberrations, à quels abtmes l'esprit de parti mène parfois. Que l'histoire d'hier soit la leçon d'aujourd'hui.

Cette politique des nationalités, dont on a fait un si vif grief à Napoléon III, marquait, après tout, un généreux dessein; elle était dans la logique même de la Révolution française et elle avait grande allure ^. Elle modifia la face de l'Europe, elle changea les conditions de son équilibre : ce fut malheureusement aux dépens de la nation qui en avait pris l'initiative; mais il est permis de se demander si ce n'est pas, en partie, ce nouvel état de choses, ces concentrations de nationalités éparses, qui ont rendu possible le bienfait d'une pûx durable et assuré à l'Europe un équilibre plus stable et moins changeant que sous le régime des petits États, morcelés et divisés à l'infini?

La guerre de Grimée et le traité de Paris avaient donné pour alliées à la France l'Angleterre et la Russie et lui avaient assigné la première place en Europe; la guerre d'Italie, dans son objet initial, devait aboutir à une confédération d'Etats sous l'autorité morale du Pape et le protectorat effectif de la France : c'était la consécration de la prépondérance française et catholique. Les nations protestantes, et particulièrement la Prusse, en conçurent de vives alarmes : un mouvement belliqueux se manifesta en Prusse au cours de la campagne d'Italie; à chaque victoire française répondait la mobilisation d'un corps d'armée prussien. Cette intervention empêcha l'unité italienne de s'accomplh: selon les vues de Napoléon III. La Prusse en transposa complètement l'effet par la constitution d'un vaste royaume de Savoie, qui prétendit sur Rome et sur la Vénétie; elle eut, de plus, l'adresse de profiter du différend pour s'attacher l'alliance de l'Autriche, et, de concert, en 1864, elles enlevaient au Danemark les duchés deSchleswig et de Holstein.

* Cette politique des nationalités n'était, au vrai, que la réalisation du programme humanitariste du parti républicain à toutes les époques. Dans son discours du trône du 14 février 1867, Napoléon III la formulait ainsi : « Les transformations, qui ont eu lieu en Italie et en Allemagne, préparent la réalisation de ce vaste programme des Etats de TEurope dans une Taste confédération. » Ce fut le rêve de Victor Hugo, de la franc-maçonnerie; c'est toujours celui de MM. d^Estournelles, Jaurès etHubbard.

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loseosiblement la tendacce de la politique prussieane se pr^dssdt : unifier rAUemague pour opposer ensuite et au besoin imposer, dans les directions de la politique européenne, l'influence germanique et protestante à l'influence française et catholique. Deux occasions s'offrirent à Napoléon IH de rompre ce plan ; en 186&, lors de la question des duchés, où une intervention de la France, sollicitée par l'Angleterre et appuyée par l'Italie, arrêtait net l'essor de la politique prussienne ; — en 1865, lors de la guerre entre l'Autriche et la Prusse. Les desseins étaient alors clairement manifestés : Sadowa était le premier acte de l'unificatioa de TAllemagne par la Prusse. Napoléon III pouvait, avec des avantages divers, se porter d'un côté ou de l'autre; il préféra garder la neutralité dans le conflit pour n'intervenir que comme médiateur. Imprudente tactique, qui, en empêchant la Prusse d'achever sa victoire, souleva contre la France le sentiment patriotique prussien, et qui, par le fait de la médiation, en assignant à la conquête prussienne la ligne du Mein, créût à la France une sorte de protectorat moral sur les petits Etats de l'Allemagne du Sud et nécessitait son intervention armée pour le jour certain où la Prusse entreprendrait sur eux pour achever l'unification de l'Allemagne.

La guerre entre la France et la Prusse était dès lors inéluctable. Ce fut désormais l'incessante préoccupation et l'unique objectif de la politique prussienne. L'aveu en a été f&dt, dans les termes les plus explicites, par le prince de Bismarck ; il est essentiel de le rappeler :

« J'admettsds comme absolument certaine dans la voie de notre développement national à venir, tant au point de vue de l'extérieur qu'à celui de l'extension au delà du Mein, la nécessité de faire la guerre contre la France. Dans tout ce qui allait être fait à l'intérieur comme à l'extérieur, il ne fallait pas perdre de vue cette éventualité... L'unification de l'Allemagne n'était plus, selon moi, qu'une question de temps. Pour la résoudre, la confédération de l'Allemagne du Nord était la première étape, mais il ne fallût pas provoquer trop tôt l'hostilité de la France et peut-être de la Russie, ne pas donner prise à la soif de revanche de l'Autriche, ni au particularisme prussien dynastique du roi. Je ne doutais pas qu'il ne fallût faire une guerre franco-allemande avant que l'organisatioa générale de l'Allemagne eût pu être réalisée. Ma pensée dominante était alors de retarder cette guerre jusqu'au moment où nos effectifs seraient au complet, grâce à l'application de la loi militaire prussienne... Chaque année de délai pour la guerre renforçait notre armée de plus de 100,000 soldats instruits. Mais, durant ma qaerelie avec le roi sur le bill d'indemnité, et dans mon conflit aveo

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le Parlement sur la coastitation, il me fallut cacher à l'étranger tout ce qui eût pu lui révéler les embarras présents ou futurs, qui résultaient de notre situation intérieure : il ne fallait lui faire voir que nos sentiments d'union nationale ^ »

Donner à l'étranger, avec cette impression factice d'union et de concorde, le sentiment de la force et de la décision,, telle fat la tendance d-t la politique intérieure prussienne :

« Tout ce que je fsdsais à l'intérieur, — poursuit le prince de Bismarck, — fut réglé d'après le principe suivant : il ne faut pas que l'impression qu'on a de notre force soit diminuée, il faut qu'elle soit accrue. Je raisonnais ainsi : le but essentiel et le plus iounédiat est la sécurité au dehors et l'indépendance. Pour atteindre ce but, il faut éviter non seulement toute divergence effective, mais jusqu'à l'apparence d'un désaccord à l'intérieur... Nous pouvons ajourner toutes les questions intérieures jusqu'à ce que notre but national soit atteint sûrement au dehors... D'ici là, j'étais disposé à payer le black-mail (impôt payé aux brigands pour qu'ils ne pillent pas) à l'opposition suivant les besoins pour pouvoir d'abord jeter dans la balance toute notre force, et, vis-à-vis de l'étranger, au moins une apparence d'union et de force. Je voulais même m'asstirer le moyen de provoquer^ en cas de besoin^ dans certains pays ennemiSj un soulèvement révolutionnaire ^. »

Ces déclarations dévoilent la double action de la politique bismarckieone : assurer l'ordre chez sol et mettre le désordre chez les autres. Cette ingérence prussienne dans la politique française, — dont une police circonspecte eût dû découvrir et signaler les menées, — fut, à une autre reprise, formellement confessée par le prince de Bismarck, quand il déclara, au sujet du procès d'Arnim, que a certaines sommes étaient destinées à faire défendre la politiqae allemande dans la presse française et s'élevaient à 6 ou 7,000 thalers ^. » Par ce qui se passait après 1870, on peut soupçonner ce qui devait se pratiquer, alors que l'unification de l'Allemagne était en voie de réalisation et que la politique prussienne était en perpétuel arrêt sur la France.

* Mémoires aulhentiques du prince de Bismarck, Pensées et souvenirs , édition française, t. II, p. 61-63.

* Bismarck, op. cit., t. II, p. 66. — Plus loin, p. 123, le prince de Bismarck ajoute : • En 18G6, à la suite de Timmixtion de la France, je n^avais pas hésité à appuyer Tinsurrection hongroise. J'aurais de môme jugé acceptable l'appui des républicains italiens, s'il se fût agi d'empêcher notre défaite et de défendre notre indépendance nationale. »

* Bismarck, op. cit.^ t. II, p. 195.

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