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II était d'autant plus nécessaire à la politiqae prasaienne de se ménager nne action sur la politique intérieure de la France que Sadowa avait subitement manifesté à l'opinion publique et assurément aussi à l'empereur la fatalité d'une guerre avec la Prusse. Or, la France est le pays des décisions sondûnes : il se pouvait que, le danger signalé, d'un grand élan elle se mtt en état d'y faire &oe et qu'elle concentrât tout son effort sur cette entreprise. Le gouvernement impérial semblait, d'ailleurs, donner i ces idées un un acquiescement formel en préparant une réorganisatioa militaire, et par des initiatives libérales, en conviant tous les Français à cette œuvre de défense nationale.
Le prince de Bismarck se mit en travers de ces projets ; grâce à l'a^tation entretenue en France, il put, à chaque coup, mettre une chance de plus dans son jeu pour le moment du conflit fatal.
Il chercha d'abord à faire le vide autour de la France, à l'isoler en Europe, à détacher petit à petit d'elle les diverses puissances, dont l'appui ou l'alliance eussent pu faire échec à la fortune de ses armes. Le grand danger pour la Prusse étût dans la coopération, escomptée par Napoléon III, des p^ts Etats de la Confédération do l'Allemagne du Sud, natureUement sympathiques à la France et rebelles à toute idée d'annexion prussienne. La France s'étût concilié ces amitiés par la générosité et le désintéressemoit de sa politiqae : pour avoir raison de ce sentimentalisme, il fisillait par des faits ruiner la créance de ces peuples au désintéressement de la France. Le prince de Bismarck avait laissé miroiter aux yeux de l'empereur, en retour de sa neutralité dans le conflit austro-prussien, l'espoir d'une compensation territoriale du côté du Rhin, et, par la suite, dans des échanges de vues diplomatiques, ces espérances s'étaimt fixées sur la Bavière ricane, le Luxembourg et la Bel^que. Par un procédé indélicat et déloyal, Bismarck publia ces arnmgements tout intimes ; il n'en fallut pas {dus pour nous aliéner les petits Etats du Sud et les lier à la Prusse par une convention miUtaire.
Ce ne fut pas tout : ces prétentions, manifestées en dehors d'elles, indisposèrent contre nous et la Russie, mécontente de voir la France opéra* sans préavis un remaniement territorial subreptice, et l'Angleterre, dont l'amitié, malgré les apparences, était assez peu sûre ^ et qui, de tout temps, par la protection de la Belgique,
* Malgré des apparences plus ou moins contraires, TÂDgleterre et la Prusse eurent toujours une politique concordante, basée sur le plus solide des liens, le lien religieux. Dans le Gaulois du 13 février 1897, M. Georgea
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s'était assuré un pied à terre sur le continent. Pour fermer le cercle hostile, il ne restait plus qu'à détacher l'Italie, tâche facile : ce sera par la question romaine. A l'instigation de la Prusse, les révolutionnaires italiens marcheront sur Rome et forceront la France à tourner ses armes contre la nation que ces mêmes armes avaient faite.
Et cette désaffection insensible de l'Europe s'opère sous le couvert de l'affection la plus démonstrative : certes, jamais on ne nous avait autant aimés dans le monde 1 L'Exposition de 1867 avait &it de Paris l'amuseuse cosmopolite; ses hôtes ne lui gardèrent même pas la reconnaissance du plaisir. En réalité, la France était jalousée, enviée, et son abaissement souhaité : par notre place au premier rang, ne tenions- nous pa& tous les autres pays sous les armes et dans l'inquiétude de conflits qu'on nous croyait toujours disposés & provoquer? Napoléon III se laissa prendre à cette comédie de l'amitié. Sipcëre et loyal, il croyait à la sincérité et à la loyauté des antres, sans remarquer qu'ailleurs la mauvaise foi étak
Thiébaud rappelait que le prince de Bismarck, interpellé en 1889 au Reichstag sur certaines tendances de politique extérieure, avait répondu : c L'Angleterre et T Allemagne marchent depuis cent trente-quatre ans la main dans la main, et il n'y a aucune raison pour que Vancien pacte puisse être rompu. » Ce pacte, auquel il est fait allusion, est celui dul5 janvier 1756, conclu à Westminster entre les plénipotentiaires anglais et prussiens. « A cette époque, écrit M. Georges Thiébaud, F Autriche autrement puissante que les plus jeunes de nous ne l'ont connue, tenait le rôle de balancier, échu aujourd'hui à la Russie. Suivant qu^elle obéissait à l'impulsion ethnique et religieuse qui la rattachait d'une part au monde germanique, ou à Timpulsion également ethnique et religieuse qui la rattachait d'autre part au monde latin, le poids de son épée et de ses mariages entraînait des ruptures de l'équilibre, toujours précaire, des groupements européens. Et voici comment les plénipotentiaires anglais et prussiens Holdeneff, Michell, duc de Ne^vcastle, comte Hardwick, de Grandville et Henri Fox définissaient le danger et prétendaient le conjurer :
« S. M. le roi de Prusse ot S. M. Britannique, ayant fait de sérieuses « réflexions sur Talliance peu naturelle contractée le !•' mai 1756 entre la c France et la maison d'Autriche, et voyant que plusieurs puissances ont t accédé à cette alliance formée à dessein de renverser les constitutions de « l'Empire germanique et de détruire la religion protestante, ont cra qu'il « était à propos, pour contrebalancer cette grande ligue, de renouer par un c nouveau traité les engagements qui subsistaient déjà entre les cours de « Beriin et de Londres. C'est pourquoi les susdites Majestés sont convenues « de faire les plus grands effgrts pour maintenir les libertés de l'Europe et « pour soutenir la religion protestante... — Art. 2. Promet et s'engage t 8. M. Britannique de payer chaque année un million de livres sterling « pour agir efficacement contre l'ennemi et le mettre à la raison... — Art. 4. c D'inquiéter la France sur ses côtes afin de faire une puissante diversion « en faveur de 8. M. 'Prussienne... — Art. 5. Promet et s'engage 8. M. Prusc sienne de faire les plus grands efforts pour forcer la cour de Vienne^à « faire la paix afin d'agir avec toutes ses forces contre la France. »