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LE DERNIER GAKOINÀL DE ROHAN

Sous l'Empire, les mariages précoces éudent en favear dans la vidlle aristocratie, soit qu'on y vit un moyen plus sûr d'échapper à la conscription, soit que les devoirs de la famille parussent un emploi tout indiqué des loisirs imposés aux jeunes gens par la fidélité politique de leurs familles ^ A vingt ans, Auguste de Chabot épousa une enfant de dix-sept ans, fille d'un ami de son père, appartenant à la très noble iamille, aujourd'hui éteinte, de Sérent. Sans être jolie, la jeune mariée, par le charme de sa personne physique et la grâce de sa conversation, n'était point indigne d'un époux aussi exceptionnellement séduisant.

Auguste avsdt un frère cadet, Fernand, aimable et gai, mais de caractère et de goûts sensiblement moins éthérés. Vers cette époque, il porta dans un bal travesti le costume d'Henri IV avec tant d'entrain et une si gaillarde bonne grâce, que l'assistance entière l'acclama et qu'il en résulta une sorte de manifestation royaliste. Fouché en fut naturellement averti, le fit venir dès le lendemain et lui proposa de prendre du service : comme il alléguât l'opposition de ses parents, l'empereur, mécontent^ le plaça d'autorité à l'école de cavalerie de Saint- Germain, ce qui était le traiter en enfant. Prenant son parti, Fernand de Chabot recourut aux bons offices de la reine Hortense, qui le fit nommer d'emblée sous-lieutenant de cuirassiers. Sur le Danube, en Russie, en Allemagne, il se comporta avec une bravoure héroïque; ce gentilhomme grandi dans l'émigration, ce soldat malgré lui, se fit en quelques mois une âme de grognard. Sur le champ de bataille de Brienne, il répondit â Napoléon qui l'interrogeait sur la popularité des Bourbons parmi ses camarades : « Sire, dans l'armée on ne soupçonne pas leur existence. » La duchesse de Gontaut a raconté comment, en 181&, malgré la révolution qui replaçât sa famille et lui-même au comble des honneurs, Fernand de Chabot ne put maîtriser un mouvement d'instinctive répulsion quand le hasard d'une fête le mit en présence de l'état-major anglais.

U semblait que, par cette incorporation forcée, la famille de Rohan- Cbabot eût payé sa dette au régime impérial : pourtant, un décret de décembre 1809, de l'époque ob Napoléon, décidé au divorce, voulait préparer à une impératrice de vieille souche un entourage d'ancienne noblesse, ce décret donc conféra à Auguste la charge

^ Je ne parle point du désir de prévenir les mariages imposés par le gouvernement, parce que ce paraît être une pure légende de parti : Napoléon indiqua et facilita pécuniairement bien des mariages, il n'en décréta point. Le comte Mole s'était déjà exprimé à ce sujet en termes catégoriques, dans sa réponse académique à Alfred de Vigny.

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