LE DERNIER GARDIHÀL DE ROHAN
de chambellan. L'année suivante, il fut créé comte de l'Empire : la mort de son grand-père l'aysdt déjà fait prince de Léon, nuds c'était là un titre proscrit, qu'on ne se risquait à donner qu'en petit comité, entre amis très sûrs, et qui étût banni, non seulement des actes officiels de l'état-civil, mais des cartes de visites et des billets de faire-part.
En écrivant sa diatribe célèbre, et fondée jusqu'à un certain point, contre le servile empressement des nobles d'autrefois à peupler les antichambres de Napoléon, Chateaubriand a eu le grand tort de la rattacher à la présence du nom de Rohan-Ghabot sur les listes de chambellans. Des documents d'archives, il résulte que cette nomination ne fut à aucun degré sollicitée : quant à la décliner, c'eût été exposer soi et les siens à l'exil ou à l'emprisonnement. Auguste de Chabot figura donc à la cour des Tuileries dans cet uniforme écarlate qui fit dire plus tard aux beaux esprits (après qu'il eut successivement endossé la casaque de chevau-léger et la soutane de cardinal), que ses parents ou sa nourrice l'avaient dû vouer au rouge. Mais il semble, d'après les livres de comptes du grand chambellan, n'avoir jamais fait de service efifectif auprès de l'empereur.
Ceci est la réfutation matérielle d'une légende qu'on a souvent reproduite dans une pensée d'édification, et qui m'avait toujours paru aussi invraisemblable que déplaisante : à certaine reiH*ésentation de Britannieus^ Napoléon, transporté d'émotion par le jeu de Talma, se serait retourné brusquement vers le chambellan Chabot^ et l'aurait surpris au fond de la loge impériale égrenant son chapelet... La piété d'Auguste était trop simple assurément et trop sincère pour faire fi d'une pratique de dévotion qui ne semble puérile qu'aux esprits étroits et qu'affectionnait particulièrement, pour ne citer qu'un exemple récent, la grande intelligence de Léon XIII : mais il avait d'autre part un trop exquis sentiment des convenances, tant mondaines que religieuses, il connsdssait trop Uen les préventions de la société qui l'entourait pour s'exposer à les irriter par des manifestations aussi déplacées. Exact probablement à réciter son chapelet dans son oratoire, peut-être même dans son appartement ou dans sa voiture, il savait qu'à la cour comme à la ville ou au théâtre, la meilleure prédication condstait» non pas à marmotter des Ave^ mais à donner l'exemple de 1^^ décence des manières et des propos.
Ce n'est point à dire qu'il dissimulât en aucune sorte sa iaçon d^ penser et de croire. Vers la fin de l'Empire, entreprenant avec s^^^ fenmie un long voyage en Italie, il rencontra à Rome M"* Récamietr qui le signalsût dajis sa correspondance comme a un jeune homn^^ ûmable et bon, passant sa vie dans les églises. » A Naples, où il
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rendit sans M"* de Chabot, et où sa situation officielle l'obligeait à fréquenter la coar, Caroline Mnrat, visiblement charmée de sa mine et de sa distinction, lui fit un accudl qui fut remarqué et qui €ùt été de nature à encourager toutes les audaces, « si », selon la remarque de Lamartine, « le futur cardinal avût tu dans les plus belles femmes autre chose que la délectation du regard ».
La Restauration, qui le surprit récemment rentré à Paris, changea radicalement sa situation. Tandis que son père, offidellement redevenu duc de Rohan, était premier gentilhomme de la chambre du roi, le prince de Léon figurait dans la maison militaire comme sous-lieutenant de chevau-légers, ce qui lui donnait le grade de lieutenant- colonel; Tannée suivante, il fut nommé colonel d'infanterie. Si Ton peut trouver quelque excuse aux pro* motions dont bénéficident les vieux combattants de l'émigration, c'était jeter un vrai défi à l'armée impériale, décimée par les mises à la demi-solde, que d'improviser officier supérieur un jeune homme de vingt-six ans, qui n'avait d'autres titres que son nom et qui sous Napoléon n'avait porté en fait d'uniforme que celui de chambellan. C'est en multipliant les maladresses et les anachronismes de cette sorte que la première Restauration s'aliéna le sentiment public, qui s'était si généralement prononcé en sa faveur lors de la conclusion de la paix.
Ceux qui approchaient personnellement le prince de Léon étaient conquis par la séduction de sa courtoisie, par cette aisance à la fois simple et fiëre qui d'emblée se mettait de niveau avec toutes les situations. Il fut d'ailleurs, vers cette époque, frappé par une catastrophe qui acheva de lui concilier les sympathies. Dans la soirée du 9 janvier 1815, la princesse, qui venait de terminer sa tdlette pour aller dîner chez la duchesse d'Orléans, s'approcha imprudemment d'une cheminée. Le feu prit à sa robe de gaze; après une nuit de souffrances atroces, elle expira dans d'admirables sentiments de résignation, s'efforçant jusqu'au bout de sourire à son mari.
Quelques semaines après, celui-ci fut arraché à son deuil par le débarquement du golfe Jouan et la marche de Napoléon sur Paris. Caroline Hurat, dont les impressions étaient demeurées aussi vives après quinze mois de séparation, lui faisait offrir un asile à Naples pour lui et les siens. Il lui parut que le devoir de sa nouvelle diarge lui commandsdt plutôt de seconder les tentatives du duc de Bourbon en Vendée, puis celles de la duchesse d'Angoulème à Bordeaux; il attendit ensuite en Espagne le dénouement de la aise.