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Au débat de 1816, la mort de son père le fit dac de Rohao et pair de France. En transmettant au chancelier les pièces officielles nécessaires à sa réception, il protestait ne point renoncer par là aux « droits et privilèges » de sa pairie d'ancien régime, protesta^ tion fort peu constitutionnelle, qui prouve à quel point on méconnaissait dans son milieu l'état présent des choses et des esprits. Solennellement admis à la chambre des pairs, il en suivit peu les délibérations. Ses préférences étaient pour les réunions intimes, soit qu'il chantât des romances chez la vicomtesse de Gontaut en contrefaisant l'accent anglais des jeunes filles dont l'une allait devenir sa belle-sœur, soit qu'il causât littérature ou poésie avec quelques amis de choix. Il encouragea sdnsi les débuts de Lamartine, qui s'en est fait honneur à plusieurs reprises, et obtint de Louis XVilI une pension pour Victor Hugo adolescent, qui a soigneusement travesti dans la suite ce souvenir embarrassant.
Jeune, élégant, riche, chef d'une des plus illustres familles de la vieille France, la chronique ne se faisût point faute de le remarier aux nobles héritières du faubourg Saint-Germain. On sut pourtant que le duc avait respectueusement déclioé les ouvertures de Louis XVlll, qui songeait à lui faire épouser une princesse de la maison royale de Saxe; aussi la société parisienne ne fut-elle que médiocrement surprise, au printemps de 1819, en apprenant son entrée au séminaire de Saint-Sulpice.
Respectable et méritoire sans doute, cette résolution n'avait point le caractère de sacrifice héroïque qu'ont célébré certains panégyristes : elle ne saurait être rapprochée, par exemple, da renoncement d'un Xavier de Ravignan ou d'un Maurice d'Hulst. Vabbé'duc de Rohan, comme on l'appela désormds, n'abdiquait ni son titre, ni son opulent patrimoine, ni même son siège au Luxembourg, et quant aux charges ou dignités de cour, il était évident pour tous qu'il ne tarderait point à en retrouver l'équivalent. Après trois ans de séminaire, pendant lesquels il avait été appelé au chevet du duc de Berry mourant, et au lendemiùn même de son ordination sacerdotale, M. de Quélen le nomma vicaire général honoraire de Paris : c'étsût revenir à une tradition de l'ancienne Eglise gallicane, où les Jeunes prêtres de haute naissance étdent ainsi attachés à l'administration d'un diocèse^ avant de manier la crosse pour leur propre compte.
Pendant son passage au séminaire, le duc de Rohan accusa une disposition qui alla en se développant jusqu'à la fin de sa vie, et qui demeurera sans doute son principal mérite devant la postérité ^ dénué pour son compte de talents hors ligne, il avait le goût
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hommes sapëriearâ; bien loin de craindre leur voisinage (ce qui est le sûr indice de la médiocrité d'esprit), il les recherchait, il ûmait à leur fournir l'occasion de se révéler. Passablement novice en fait non seulement de théologie, mais de philosophie et mième de latin, il prit pour répétiteur et pour ami l'un de ses condisciples, l'abbé Mathieu, qui, archevêque de Besançon et cardinal après lui, devait être une des figures remarquables de l'épiscopat finançais sous la monarchie de Juillet et le Second Empire. Il se lia aussi avec deux autres futurs évoques d'élite, qui furent ordonnés le même jour que lui, MH. de Salinis et Dupont des Loges.
Averti par son tact raflSné et par sa connaissance du monde, l'abbé de Rohan se garda soigneusement, quoi qu'en ait dit Chateaubriand, d'exercer son ministère de prédication et de confession dans le monde aristocratique auquelle rattachaient ses alliances et ses relations : quelques avances qui lui fussent faites, il refusa toujours de devenir le directeur des belles dames auxquelles il avait chanté des romances. Ses sermons étaient réservés aux enfants des patronages ou des collèges : l'un de ces très jeunes auditeurs, parvenu lui-même au seuil de la vieillesse, évoquait naguère le souvenir « de cette physionomie toute particulière, pâle, grave et douce, un peu affectée, de cette voix un peu sourde et de cette parole pldne d'onction ^ ».
Pendant ses séjours à Paris, ob il continuait à demeurer chez sa belle-mère, la comtesse de Seront, il faisait des apparitions intermittentes au conseil de l'archevêché, plus rares à la Chambre des pairs. Une bonne partie de son temps était donnée à la Congrégation, dont il faisait partie depuis 1806 et dont les séances se tinrent quelque temps chez lui après l'éloignement du P. Ronsin.
0(tieusement calomniée par les polémistes et les historiens antireligieux, un peu trop systématiquement exaltée peut-être par d'éloquents et érudits apologistes, cette association, destinée tout d'abord à entretenir les jeunes gens dans la pratique des vertus chrétiennes, avsût insensiblement glissé vers l'action ou l'influence politique. Il en fut d'elle comme au dix-septième siècle de cette Compagnie du Saint-Sacrement^ dont nous commençons seulement à soupçonner le rôle, et qui, après avoir partidpé aux miracles de charité de saint Vincent de Paul, finit par stimuler et dénoncer les intendants trop tièdes à organiser la chasse aux huguenots. Si les intentions demeurèrent presque toujours droites, le résultat, comme toutes les fois qu'on mêle en France la religion
* J'emprunte cette citation à rintéressante monographie que M. Emile Rousse (le frère de racadémicien) a consacrée à La Roche'-Quyon.
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aux lattes des partis, fat un effroyable âéchataemeut d'impiété. Les plus judicieux des contemporains en sont convenus; lorsque par la suite les deux anciens congréganistes Bailly et Gossin furent successivement appelés par la confiance d'Ozanam et de ses amis à la présidence de la Sodété de Saint-Vincent de PauU dociles aux leçons de l'expérience, ils se montrèrent plus jaloux que personne de maintenir une séparation absolue, complète, infranchissable, entre la charité chrétienne et une action politique quel* conque.
Le duc de Rohan possédait patrimonialement le château de Josselin, alors fort délabré : il en ébaucha la restauration pour complaire à la duchesse de Berry, revenue émerveillée d'un voyage en Bretagne, mais il n'y résida jamais. Ses préférences étaient pour la. Roche- Guyon, manoir des La Rochefoucauld perché sur les bords de la Seine un peu au-dessous de Mantes, et où la duchesse d'Enville avait longtemps ténu sa cour d'encyclopédistes. Le duc expurgea la bibliothèque ^ fit célébrer de somptueux offices dans la vieille chapelle creusée dans le roc à flanc de coteau, et pratiqua à la Roche-Guyon la plus accueillante, la plus intelligente hospitalité. A côté de ses parents et de ses amis du faubourg Saint- Germain, de ses collègues de la Chambre des pairs, sa prédilection pour la jeunesse y attirait les adolescents qui lui étaient signalés comme donnant des promesses d'avenir, laïques ou ecclésiastiques, nobles ou plébéiens. Lamartine composa à la Roche-Guyon une de ses Méditations; il y donna lecture de sa tragédie de Saûl^ et sur les discrètes critiques du comte Mole, fit le beau geste de jeter le manuscrit au feu, sauf à en replacer une partie dans une œuvre ultérieure. Berryer rencontrait au château Charles de Montalembert presque enfant encore.
Un certain nombre de séminaristes étùent invités chaque année. Quelques-uns se laissaient décontenancer par la haute mine de l'amphitryon et par le trûn princier de la maison. Le sous- diacre Jacquemet (le futur évèque de Nantes) écrivait en confidence â sa mère au sortir de la Roche-Guyon : « Toute l'étiquette ancienne s'y retrouve sous toutes ses formes, et je ne crains pas de dire qu'il y règne, sous certains rapports, plus de gravité solennelle qu'aux Tuileries... Je ne crois pas avoir ri une seule fois pendant les deux jours et demi que j'y û passés; aussi ai-je franchi, avec la joie d'un captif délivré, ces formidables portes. »
D'autres au contraire étaient conquis de prime abord, renouvelaient leurs visites, et devenaient insensiblement les familiers de 1&
* M. Baille lui en fait grief: mais si Tautodafé se pratiqua peat-ôtre avec un peu trop d'ostentation, certaines productions du dix-huitième siècle pouvaient-elles décemment figurer dans la bibliothèque d'un prêtre?
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maison. Certain jour, dans la cour de Saint-Nicolas, M. Teysseyre avait présenté au duc un enfont ori^naôre de la Savoie : le grand seigneur s'étsdt rapidement pris de tendresse pour le petit séminariste sans aïeux, presque sans fanûUe; il lui fit l'honneur inouï de l'assister dans la célébration de sa première messe. A la Roche- Guyon, l'abbé Dupanloup s'initia à la fréquentation de cette haute société parisienne, que les catéchismes de Saint- Hyacinthe devaient achever de lui faire connaître : le tact de sa courtoisie, l'agrément de sa conversation, la dignité de ses vertus sacerdotales lui valurent l'estime ou l'affection de tous les hôtes du château.
De son côté, il garda l'impérissable et radieux souvenir des cérémonies, des lectures, des causeries de la Roche*6uyon. Vingtcinq ans plus tard, l'évèque d'Orléans frappait inopinément à la porte du manoir muet et solitaire ; avant de s'éloigoer, il écrivut i la sosor du duc de Rohan : « Je viens de passer un soir et un matin, seul, errant et priant, dans ce grand château désert et cependant rempli encore pour moi de pensées ineffaçables et de visages si chers. J'y ai chanté seul d'une voix émue, sous les voûtes silencieuses, les cantiques qu'aimait à chanter là celui dont l'absence se faisait si profondément sentir à mon cœur, quoique je crusse le voir et le rencontrer partout en ce triste et doux pèlerinage. » — En 1870 enfin, dans une lettre à Montalembert mourant, c'était encore leur première rencontre à la Roche-Guyon qu'évoquait le vieil évèque, pour récapituler en termes poignants ce que tous deux avaient semé et récolté au cours de ces quarante années.
A la suite de son ordination sacerdotale, l'abbé-duc de Rohan fit à Rome un long séjour, un long pèlerinage plutôt. Il asdsta au couronnement de Léon XII dans la tribune des ambassadeurs, multiplia dans les églises ces pieuses stations que M"" Récamier avait notées dix ans auparavant. Celle qui avait été la belle Juliette se trouvait de nouveau elle aussi à Rome, assez délaissée; comme M'** Swetchine l'écrivait malignement (il faudrait peut-être même dire méchaomient), « sa beauté et sa célébrité étant sur le déclin, les débris ne font guère de sensation dans un pays de ruines ». Le duc, avec la délicatesse d'un grand seigneur et (a charité d'un chrétien, prodigua les prévenances à celle que le monde négligeait : attentif à exercer partout sa mis^on de prêtre, il convertit et assista à son lit de mort la femme de chambre protestante de H"** Récanûer. — Il y avût alors à Rome d'autres reines déchues, qui se faisaient appeler la duchesse de Saint-Leu et la comtesse cte Lipona ; le duc et pair, l'ardent légitiotiste, bien loin de rougir du passé, n'hésita point â aller porter ses hommages à celles que jadis le chambellan avait vues environnées d'un cortège de courtisans et d'adorateurs; il eut même cette attention, de
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donner constamment à Hortense et à Caroline fe titre de Majestés. La reine de Naples en fut d'autant plus touchée, qu'elle n'avait point oublié ses inutiles coquetteries de 1813; forcée de quitter Rome, elle écrivait à M** Récamier : « S'il ne se fait pas de scrupule de ma^pensée, dites- lui que je me recommande à ses prières. »
Chateaubriand, alors ministre des affûres étrangères, aurait voulu faire immédiatement donner la pourpre à Rohân, saâs attendre sa nomination à un évèché : il en écrivit avec instances à notre ambassadeui'. Interrompues par une grave maladie du pape Léon XII, les négociations furent brusquement abandonnées lorsque;^Chateaubriand eut été renvoyé du ministère. Une intrigue de cour, à laquelle M""* du Cayla ne fut point étrangère, fit substituer à la candidature du duc de Roban celle du prince de Croy, archevêque de Rouen et grand-aumônier.
Quatre ans plus tard, le ministère Martignac nommait l'abbé de Rohan à l'archevêché d'Auch. Malgré les glorieux souvenirs atta^ chës à la vieille métropole de la Novempopulanie, le siège d'Auch lui parut-il un de ces évêchés crottés de Gascogne et de Provence auxquels les abbés de cour tâchaient de se dérober avant la Révolution? Toujours est-il qu'avant même d'avoir été installé, il fut transféré à l'archevêché de Besançon t.
il venait d'atteindre quarante ans, c'est-à-dire l'âge normal de la maturité : mais sans . parler de la persistante juvénilité de sa physionomie, qui devait lui valoir de la part des Romains le surnom de il BambinOi c'était un prêtre encore bien récemment ordonne, sinon un prêtre très jeune. Non seulement dans l'opposition libérale, mais même dans les milieux se rattachant au centre droit, sa promotion parut un anachronisme, un souvenir du régime où un grand seigneur ne pouvait porter la soutane que violette ou rouge. Le chancelier Pasqmer s'en explique dans ses Mémoires avec une sévérité qui montre la vivacité de l'impression produite : <c C'étsât trop clairement un choix de cour; même dans l'intérêt de la religion, le temps de ces choix était décidément passé. »
Le nouveau prélat fut sacré par l'archevêque de Paris au moia de janvier 1829, en présence de trois cardinaux, d'une douzaine d'évêques et des enfants de France, pour lesquels fut sa première bénédiction. Afin de bien marquer qu'il entendait pratiquer à la
* Il invoqua sa situation d'archevêque non installé pour ne pas adhérer à la protestation de la plupart de ses collègues contre les ordonnances de 1828, relatives aux petits séminaires et à l'enseignement congréganiste« Le plus curieux, c'est qu'il agit ici sur les conseils du fameux P. Ronsin, l'ancien directeur de la Congrégation.
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lettre le devoir de la résidence, il vendit son cher La Roche- Guyon à son cousin le dnc de la Rochefoucauld. Mais, ce sacrifice fait ses obligations de conscience, il n'hésita point à transporter en Franche- Ck)mté les habitudes princiëres qui avaient été jusque-là les siennes. A son entrée solennelle, les bonnes gens de Besançon purent contempler, en dehors de l'escorte militaire qui étiût alors de rigueur, les valets de pied juchés derrière le carrosse de gala, avec la livrée rouge des Rohan, et en tète du cortège un écuyer à cheval, portant l'épée et le jabot de dentelle. A peine installé» l'archevêque se mit en devoir de donner des réceptions où étaient coniâés, non seulement les notables de la ville et des environs, mais, comme le notait avec surprise un chanoine, « leurs dames et leurs demoiselles » .
La première impression fut d'ébahissement chez les bourgeois, d'effarement dans le clergé. Les prêtres franc- comtois, très respectables et très attachés à l'esprit de leur état, avaient conservé à cette époque une rudesse de montagnards, et confondaient volontiers les convenances ecclésiastiques avec la sauvagerie : c'était à leurs yeux un inquiétant signe de relâchement que de cirer ses souliers au lieu de les graisser. « On ne comprenait pas », dit expressément et naïvemedt l'un d'entre eux, « qu'on pût être vraiment bon prêtre, ayant conservé tant d'usage et de savoirvivre qu'en avait l'archevêque. »
Il y avait autre chose encore. Depuis le début de la Restauration, plusieurs prélats vieillis ou malades s'étaient succédé sur le siège de Besançon, sans avoir le temps ni la force d'exercer une action durable. L'influence persistait, de l'archevêque qui avait régi le diocèse d'une main autoritaire pendant la période napoléonienne ; Claude Le Ck>z, ancien évêque constitutionnel de Rennes, rallié au Concordat qui l'avait fait archevêque, mais rebelle à toute rétractation positive, vertueux, laborieux et obstiné comme un Breton, pratiquant la simplicité apostolique et poussant à l'extrême les théories gallicanes, avût forcément marqué de son empreinte toute une génération de prêtres *. Loin de songer à ménager cet état d'esprit, M. de Rohan annonça d'emblée une série de réformes d'extérieur et de fond. A l'antique barrette de chœur en forme d'éteignoir, il substitua le bonnet carré romûn, celui qui est partout en usage aujourd'hui. Dans l'enseignement du séminaire, la morale rigoriste, qui multipliait les délais d'absolution et les refus de sacrements
* La correspondance de Le Goz, tant comme évéque coastitutioonel que comme archevêque concordataire, a été récemment publiée, pour la Société d'Histoire contemporaine, par le P. Roussel, de FOratoire (Paris, Picard, ^ vol. in-8*). C'est un document du plus haut prix pour l'histoire religieuse de 1790 à 1815.
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pour des peccadilles, dut fsûre place à la théologie de saint Ugaori. Enfin, la tradition bisontine réserrait tous les postes importants aux hommes blanchis dans le sanctnûre : fidèle à sa confiance dans la jeunesse, le nouvel archevêque appela à un poste de vicaire général et i la principale cure de la ville deux ecclésiastiques qui n'avaient point dépassé la trentaine.
G'étsdt une vraie révolution, qui devait infailliblement soulever des oppo^tions. Les protestataires eurent l'habileté de concentrer leur résistance sur la réforme de la cUscipline et de l'enseignement du séminaire : ils soumirent au prélat des remontrances écrites, suffisamment respectueuses de ton, où les objections étûent vigoureusement présentées; le rédacteur était un professeur de théologie, jeune encore, de mine énergique, presque rébarbaUve, et de profond savoir, qu'on appelait l'abbé Gousset. Rohan le manda, et appréciant la distinction d'une nature si différente de la sienne, lui déclara qu'il le faisût vicaire général. Une fois de plus, ce prélat de cour s'étdt révélé grand connaisseur d'hommes : évèque de Périgueux, archevêque de Reims, surtout docteur écouté en matière de théologie morale, le cardinal Gousset devait contribuer plus que personne à faire prévaloir dans l'Eglise de France des doctrines non point relâchées, mais larges,' sur la direction des consciences et l'administration des sacrements.
Duc et pair de France, l'archevêque fut reconnu sans conteste comme le premier personnage du département : il avait le pas sur tous dans les cérémonies, présidait la distribution des prix du collège, couronnant et embrassant un lauréat de philosophie qui avût nom Proudhon... Par ses soins, les appartements d'honneur du palais archiépiscopal, abandonnés depuis le règne de Louis XVI, furent à la hâte remis en état, et virent défiler toute la société franccomtoise. A côté des représentants des anciennes fanûlles du pays, comme les marquis de Grammont et de Moustier, il y venait des magistrats comme le premier pré^dent Ghifflet, le procureur général Gourvoisier, le jeune avocat général de Bonnechose (celui qui, cardinal archevêque de Rouen, devait apporter dans la prélature presque autant de majesté que Rohan, avec une moindre dose de candeur). — L'armée était représentée par le maréchal lloncey et par le général Marulaz, vieux grognard qui, pour tém<Hgner de la pureté de ses principes, disait à l'archevêque en parlant des anciens constitutionnels refusant la rétractation : « A votre place. Monseigneur, comme je leur casserais la g....lel »
Le prélat considérait comme un devoir de sa charge de contribuer à YembellissemerU de sa cathédrale. C'était l'époque où commençait à séWr, avec le culte plus fervent qu'éclairé du moyen âge, la manie de la restitution architecturale. Les événements entravèrent heo^
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reusement rexécation d'un plan qui, sous prétexte d'unification, comportait la démolition d'un chef-d'œuvre du dix-huitième siècle et son remplacement par une façade néo-gothi(iue.
A Besançon comme à Rome, comme à Paris, plus encore peutêtre, le grand seigneur n'écoutait que son cœur de prêtre quand il y avait une souffrance à consoler, une àme à gagner ou à réconforter. Pour obtenir la rétiactadon d'un chanoine nonagénaire, anden secrétaire de Le Cioz, il eut vainement la patience d'aller pendant plusieurs semaines faire régulièrement la partie du vieil* lard. Averti que Charles de Montalembert, conduisant sa sœur en ItaUe, était forcé par l'état de la malade de s'arrêter à Besançon, il aUa immécUatement administrer à celle-ci les derniers sacrements, revint passer la nuit à son chevet d'agonie, puis, le sacrifice cons(Mnmé, installa la pauvre mère à l'archevêché et ne la laissa s'éloigner que quand elle eut repris un peu de force physique et de courage.
L'avènement du cabinet Polignac ravit d'enthousiasme l'archevêque de Besançon : sans parler des sympathies politiques qui le portaient vers les ultras, le prince Jules de Polignac, ministre dirigeant et bientôt président du Conseil, était pour lui un and d'enfance. Cette intimité avait même permis à Rohan de travailler mdirectement à la formation du oûnistère, en faisant confier les sceaux au franc-comtois Courvoisier; c'étût d'ailleurs un excellent choix, et Conrvoisier, scrupuleusement attaché au respect de la Charte, donna sa démission dès qu'il vit qu'on s'acheminait aux coups d'Etat.
Ministre des affaires étrangères, Polignac s'employa, avec plus d'ardeur encore que naguère Chateaubriand, à fùre de son ami un cardinal. Aux premières ouvertures. Pie VIII laissa discrètement entendre que les titres ecclésiastiques du candidat étaient de bien fraîche date, et qu'il se serait plutôt attendu à voir le gouvernement royal demander le chapeau pour un docteur comme M. Frayssinous ou un confesseur de l'unité catholique comme M. d'Astros. Le ministre redoubla d'insistance : comme s'il avait en le pressentimœt que les jours de sa fortune éttdent comptés, il protesta même contre l'ajournement au consistoire de septenîbre 1830. Pour lui complaire, le pape proclama le duc de RoJutn le 5 juillet.
Le nouveau cardinal se rendit à Paris pour recevoir la barrette. Le roi, déddé à donner à cette cérémonie une grande solennité, lui fixa audience pour le 27 juillet, afin d'en régler les détails. Sur ces entre&ites, les ordonnances furent publiées dans le Moniteur