NERVOSISME - NEURASTHÉNIE
Ba pathologie, comme en histoire, chaque siècle a son carsctèsre mdépendant et précis ou tend à le revêtir. Gelai qni vient de finir paratt, plus que tout autre, s'être donné le tort ou le mérhe de continuer activement la tradition. Poursuivant avec une inlassable énergie sa marche en avant sur la voie du progrès universel, son heureuse étoile lui s permis de brûler les étapes et de jalonner OBteosiblement les approches du but. Nul de ses devand^^ n^a bouleversé par suite, au même degré que lui, les idées, les mcenrs et hs coutumes que les générations se transmettaient avec un pieux soud, mais faussé par la conception erronée d'une intangible stabilité.
Les effets naturels die cette réaction excessive contre la torpevr du passé devaient inévitablement se traduire par là rupture de l'équilibre normal, sans lequel l'intime collaboration du moral et du physique aboutit fatalement au surmenage de l'ta ou de facrtre, et, le plus sauvent, de ces Aeux indissolubles facteurs du bien-être social ou iiulividiiel. — Nous allons nous efforcer dans cette étude de déterminer quelles ont été, au point de vue strict de Tùbservation scientifique, les conséquences physiologiques et paiiiologiques de cet entraînement général et irrésistible vers la « toujours plus grande dvilisaiion. ».
Sommes- nous plus « nerveux » que nos pères?... Il seoible diffidle d'en douter. On regretterait même jusqu'à un certain point qu'il n'en fût pas ainsi. C'est un effet obligé de l'évolution intellectuelle et morale de l'humanité à travers les âècles. Nos pères ont été, eux aussi et de toute nécessité, plus « nerveux » que les leurs. Le tout est de savoir si nous ne les avons pas abusiveaient disiancés.
Ll MAL DO AllUU dSS
Ce n'est gaëce qa'i partir de 18&0, soit vers le miUâu du dii^ neyyième âëcle, qpe la aîse dcmt le terme est «Uns le secret de Dieu et du temps est devenue joudamemeot intense et menaçaole. Maiffé le terrifiant cataclysme de la &6¥#lntion, {notoagé en quelqne sorte par la sanglante et féeriqœ épopée de l'Eaipire, la lie sod^e s'était d'ooe faifon générale conservée seneiblemeat pareille 4 celle dn siècle précédât. Pénétrer, sons la Restanration et sons la monarchie de Juillet, dans une de ces familles boor^ geoises, si profiondémœt honnêtes et dignes, où Taisance fertUîsée par l'économie maintenait au degré compatible, avec la légitimitë des aspiraitoDS, un lûen-être sans raffinement, maiasain et confcnrlaUe; — c'était à pen de chose près voir la vivante peprodnctkns d'une sctoe familiale de F <c anden régime ». Le costiune seul s'était modifié, mais dans de sages limites qui, chez les gens àgé8« rappelaient encore un vagne souvenir des lointaines élégances du {prand siècle. Pour tout le reste, statu quo presque absolu. Mêmes lialtttndes domestiques; mêmes patriair^es relations entre maîtres et serviteurs. Ni la poste ni ht (UUgence ne soupçonnaient encore qu'il pût jamais ^re quesibn de se disputer le u record » de la -vitesse. La parfaite impossibilité apparente d'une transmission plos accélérée sauvegardait l'esprit des préoccupations prématurées et lotissait bien souvent aa temps la plénitude et l'opportunité de ses moyens correcteurs. Les routes carrossables n'avaient pas nota- Idement progressé. On contisnait à s'accommoder, dans les relatione de vmsinage, de l'allure calme et mollement rythmée de iiMmtiu:eaé|>rouvée8,,au |arret toutefois plus sûr que le caractère. I/inntHité de l'agitation servait de frein natnfri aux entraînements irréfléchis. « Aller doucement; ménager sa monture u» c'était en France Autant qu'en Italie la condition sine qua non d'une entreprise bieu conduite.
Comme nous voilà loin de cet état d'âme et de corpsX... Et qne Van a du mai à se convaincre que moins d'un demi-siècle nous s^ipiffe de ce temips fabuleux!... Au point que la physionomie tjfiîque de l'adulte contemporain de h classe aisée diffère plus catégoriquement de ceUe de son prédécesseur immédiat que celuici n'étmt opposé d'aspect et de mœurs & son devancier du seixifeme mtele. Er(^ guindé, d'une correction méticuleuse, hypnotisé par J'olgectif fasdnateur du <c chic », n'.a{ipréciant par suite que les jBOjens matériels de l'atteindre et même de le dépasser; détourné par la force des choses des grands enthousiasmes d'autrefois^ ne jpoavant A aucun titre soupçonner ce que ce nom, aujoncd'bm banal, de « Français » a longtemps inspicé d'orgueil patriotique et de prestige anondial; spectateur idasé de nos troubles politiq|ues;
336 LE MAL DD SitGLB
absorbé par les exigences de la lutte pour la vie; se livrant au plaisir par « snobisme » et cérébralité plutôt que par entraiaement physique; ne voyant plus dans le mariage que l'occasion de réaliser son obsédante soif du luxe et du faste mondsdn et, comme conséquence logique, la nécessité d'en restreindre les charges naturelles : d'où la stérilité d'abord conditionnelle et voulue des unions, puis fatalement irrémédiable du fait de la suppression abusive de la fonction; tel est sans exagération aucune 1' « instantané » moral et physique du jeune candidat au concours obligé de r « arrivisme ».
La transformation féminine n'est pas moins appréciable. On peut dire tout d'abord qu'il s'est fait de ce côté une sorte de déplacement du « dynamisme sexuel » qu'on avait si longtemps et i tort considéré comme irréductible. Un trait de moeurs bien suggestif en prodigue à toute heure, sur nos promenades à la mode, la convaincante démonstration. Jeune ou prétendant le paraître, c'est aujourd'hui la femme qui, en public et avec la secrète préméditation que « nul n'en ignore », offre le bras à l'homme et lui sert d'appui. Et qu'on ne se trompe pas sur la signification de ce détail dont le (^snobisme », autre forme de l'affaiblissement progressif du vouloir individuel, a certainement prédpité le succès. Inconsciemment ou de parti- pris, mais « féministe » résolue, la jeune fille moderne a définitivement rompu avec les ûmables traditions de modeste passivité qui rendaient jadis si facile à l'homme l'exercice de sa suprématie conventionnelle. Aussi, plus encore que ne le répète aux échos de nos carrefours l'entraînante ritournelle de Froufrou^ la « culotte » tend- elle à devenir, au propre comme au figuré, partie prépondérante du costume féminin. Arboré avec quelque apparence de raison par nos intrépides « pédaleuses », cet emblème disgracieux mais caractéristique s'est successivement augmenté des accessoires obligés de la toilette masculine qui en complètent le sens moral et la portée sociale. Cette extériorisation habilement grar duée des prérogatives masculines est en bonne voie d'aboutir à la parfaite équivalence des droits généraux des deux sexes, en attendant le règne absolu de l'autocratisme féminin qu'il ne convient plus de traiter avec l'ironique dédûn de jadis.
Ainsi, plus forte en apparence, plus instruite et plus «c intellectuelle », la femme d'aujourd'hui devrait être a priori moins banalement « nerveuse » que son aînée, dont la futile oisiveté laissait si facilement prise aux énervants écarts de l'imagination. De même le « positivisme » communicatif et le <c sportisme » rituel de nos jeunes « suffisants » semblerait-il à première vue les garantur sans réserve des humiliations d'une certaine impressionnabilité. La rëa-