LE MAL DU S)ËJLE
aux multiples combinaisons, aux dénominations pompeuses dont un menu décoratif vous donnera en tous asseyant à la « table d*hôte » l'illusionnant avant-goùt. Et c'est pire encore avec les appareils i gaz. Leur combustion presque irréfrénable porte à peu près d'emblée les aliments au maximum de coction exigée pour les plus endurcis. Ici la momification est immédiate et les « boucaniers » des pampas ne pourraient qu'envier l'ingénieuse prestesse avec laquelle nos cuisiniers « modem- styl » nous servent les grillades carbonisées qui semblent défier toutes les agressions ^
Banquets et dtners de gala ne sont plus aujourd'hui que des motifs de manifestations politiques ou mondaines, des occasions d'exhibitions fastueuses où le luxe de la toilette rivalise follement avec cekki du service. On y mange du bout des dents des plats peu nutritifs, mais artistement décorés et façonnés en vnûs tableaux de genre. Le plaisir de la bonne chère, si goûté de nos aïeux, est totalement absent de ces agapes théâtrales où l'on so contentera peut-être un jour, comme sur nos grandes scènes, de l'économique illusion du « carton-pâte ».
Quels changements aussi dans nos repas de famille!... mads dans un sens diamétralement opposé. L'absence du souci de « paraître » et d'être taxé d'après l'effet visible donne ici « carte blanche » à la réduction, voire à la suppression radicale des frais que le snobisme impose dans ce but. C'est autant de disponible pour le « superflu » qui, lui, ne se prête pas si aisément aux transactions. On mange de la sorte « vite et mal » nne préparation quelconque, toujours simplifiée, faute de temps et de main-d'œuvre; et l'estomac, asservi à ce régime expéditif, finit par perdre le goût et le besoin dés mets savoureux et réconfortants. D'où la nécessité finale de demander à des moyens artificiels le complément de stimulation dont l'insuffisance de notre alimentation augmente chaque jour le coefficient.
Tout contribue donc, dans l'état actuel de la vie sociale, à précipiter l'usure et à ralentir la réparation organique. L'ébranlement excessif de la machine humaine se traduit inévitablement par un
* Parmi les nombreux méfaits de ce machinisme culinaire, le plus sensible est à çaon avis la disparitio|i irrévocable du « rôti à la broche •, vrai chef-d*œuvre de cuisson graduée et savoureuse qui ju8ti6ait si bien le dicton assez prétentieux au premier abord : « On naît poète, mais on devient rôtisseur », tout comme pour les orateurs de marque.