‹ Le CorrespondantChapitre 45 sur 171 · LB MAL DD SIÈCLE · texte numérisé non relu

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surcroît d'impressionnabilité aux divers agents excitateurs. Gomme une corde trop tendue, notre système nerveux vibre au plus léger contact. Ayant à peu près totalement perdu, sous l'influence des appels répétés qu'il reçoit, le pouvoir de mesurer à chacun d'eux le degré de réaction qui devrait normalement lui convenir, il s'épuise à soutenir ce rôle d'auto- accumulateur toujours chargé. Ne recevant d'un sang mal entretenu que des secours illusoires, il est prématurément réduit à l'existence aventureuse des « viveurs » ruinés qui ne soutiennent plus que par de précaires expédients un décorum conventionnel. Constamment en éveil quand il n'est pas en fonction, il est fatalement condamné à la déchéance progressive, en franchissant plus ou moins vite, selon les résistances individuelles, les deux grandes étapes de l'irritabilité et de l'atonie. C'est affaire de temps ou de réaction psychique.

On est en droit de donner à ce premier degré de dérèglement fonctionnel le nom suflSsamment expressif de a nervosisme ». Ce terme qui fedt image s'applique incÛstinctement à l'ensemble des physionomies contempondnes de toute catégorie. Paysans et gentilshommes, ruraux et citadins, ouvriers et bourgeois, artistes et industriels en portent collectivement l'empreinte. Les anciennes barrières sociales se sont fissurées : la pénétration est aujourd'hui universelle. Mais si le déluge grandit, on ne voit poindre à l'horizon la moindre silhouette d'arche libératrice.

Le signe extérieur le plus général de cette modification ethnique, c'est incontestablement la diminution progressive des « tempéraments sanguins » exclusifs. Les faces rubicondes et rabelaisiennes, qui fourmillent et s'agitent si joyeusement dans tous nos vieux tableaux, se font de plus en plus rares, même à la campagne, ce nûlieu réputé classique des figures enluminées et épanouies. Les traits s'affinent, la peau se lave, les joues s'affaissent, les cheveux tombent prématurément, les physionomies allégées deviennent naturellement plus mobiles. De même le corps, moins massif, moins chargé de graisse, se façonne avec une remarquable souplesse aux impatientes manifestadons du désir de « vitesse » en toute chose qui obsède maintenant la presque totalité des cerveaux» Mais la promptitude de réaction du ressort musculaire étant incompatible avec la continuité de l'effort, l'aptitude au travsdl soutenu diminue de plus en plus, et les bruyantes revendications de journées écourtées pourraient bien, sous peu, bénéficier oflSciellement d'une justification physiologique inattendue ^ Se fatiguant plus

* Nous nous bornons à signaler, — sans insister, — à Tattention du lecteur, cette considération personnelle et inédite qu'il serait tout aussi imprudent.

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Vite qu'autrefois, surtout à la ville où ht rtpuraiion nutritive se réduit à son mimmna, roumer est logiquemeiit incité à demander une réduction proportionnelle de ses heures de travail. Aâen de « révobitionnaîre » dans l'expression de ce sentimest encore jnal défini, et àimt les « agitateurs » seuls semblent «voir entrevu la réalité. Mais on ne saurait en dire autant de la prétention abusive de rompre les rapports normaux du salaire et de la production. Avec un travûl restreint conneadrait-il, pour le moins, de ne pas^ exiger une rémunération iavessement proportionnelle.

« AMer au plus vite » est une autre -coneéquence de œtle dkniniâîon d'iaptitode i l'effort malériel. C'est encore un moyen jussuré de réduire la fatigue pfaysiqoe. D'où le caractèiie superficiel et éphémère des oeuvres contemporaines. Du petit au grand, de|mis l'humble labeur de ménage jusqu'aux superbes projections de ce» immenses treilUs métalliques qui remplacent aujourd'hui les loordes clientes superpositions de la maçonnerie, c'est la recherche pour sium iire passionnée de « rinstantanéité » qui fait sur^ comme par fioehantement les plus ingénieux moyens d'eiécntion. Mais ces chefisHd'œuvre d'édification hâtive o{qioseront41s aux injores du temps la stoîque invulnérabilité des andens monmnents?... Serontils enoone d^ut au siècle qui va suivre?... Il est gEandemenI peonîs d'en douter : d'autant que ce n'est plus l'idée de a durée »^ qui suggestionne nos fébriles ingénieurs. Satisfiûre immécKatenent aux Imsoins du jour, sans le moindre souci de ce qu'il en adviendrapar la suite, tel est le mot d'ordre. Le déluge n'est pas imminent, qu'avons-*nous à nous en préoccuper?.... Vssre pereimius n'est qu'une vieillerie démodée, mais surtout par insurmontable aversion du labeur prolongé.

« L!impatience de la réalisation », telle est donc la dominante psydiologique de l'époque. Conception et exécution n'apparaissent plus que comme deux tesmes indépendants et paradoxalement isochrones. Et le oercle vicieux ne fait que se rttrédr. Le « nervosisme i» augmente la fièvre de la pensée : celles enMq>ère i son tour rkopresûonnabilité, au point qu'il denent piesqueimpessible de noter la valeur individuelle de ces deux facteurs.

Cette Boraothrité des cellules oérébmles ne pouvait manquer [de détouniner, dans l'ordre moral, une égale mobilité de réaction. L'émocivité à l'égaed de certains sujets est devenue ei peu mesurée que les simfrfes contrariétés de la vie, les insignifiantes déceptions,, les inévitables froissemeiîià d'amonr-priopne, pisnnant habUueXe-

dauB réiat actuel de la question, de tjoaiter eu'quaotitélnégUgaable que d'ex< peser a^wc trop de sollicitude.

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ment la proportion de peines insoutenables. Un examen manqué, un reproche inattendu, une affection dédûgnëe ébranlent si violemment le cerveau de nos adolescents que certains préfèrent renoncer d'emblée à la lotte et se précipitent tète baissée dans le stérile -reioga du anidde. C'est chose vrsdment désolante de voir des entants de dix ans à peine devenir la proie de ce stupéfiant pessimisme^

Telle est aussi la rûson psycho-physiologique de cette précoce et déconcertante criminalité dont les colonnes journalières des faits ^ers publient avec un dangereux empressement les révoltants détails. Les cambrioleurs et les assassins de profession n'attendent plus ai^ourd'hui l'âge de la virilité pour accomplir, avec l'habileté qu9 l'on S2Ût, leurs ûnistres exploits. Bien ipieux encore que les •héros du Cid/ils s'appliquent à devancer le temps de la renommée et à se signaler par des traits d'audace que les Mandrin et les -Gartouche de jadis leur eussent msûntes fois enviés. Il en résulte que, sans augmentation bien appréciable de nombre, les crimes contemporains se sont massivement déplacés sous le rapport de la catégorie sociale de leurs auteurs. Ce n'est plus de nos jours le groupe traditionnel des illettrés ou des hommes faits qui défraie les chroniques judiciaires. Les bandes du vol et du meurtre qui terrorisent à leur aise la banlieue parisienne ont pour chefs des capitaines de vingt ans et pour soldats non moins disciplinés qu'intrépides, des recrues de quinze à dix-huit ans, tous suffisamment instruits, assez souvent même échappés du collège, également animés d'une passion effrénée de jouir sans travailler. Si bien que, pac une ironique inconséquence de la mentalité actuelle, la vie 'Immaine n'aura jaouds été, à aucune époque de barbarie, ausû froidement traitée en chose de peu de valeur. Une simple contradiction, le plus léger sdguillon de jalousie, l'insignifiant appât d'une humble pièce de monnaie suflSsent à causer la mort, parfois atroce, deB malheureux qui ont inconsciemment provoqué cette monstrœuse suggestion. Ajoutons que, par une réciprocité d'aberration non moins déplorable, le même individu n'hésitera pas à se faire, avec aussi peu de raison, son propre meurtrier. Il faut, en effet, remonter la longue série des siècles qui nous séparent des Romains de la décadence pour retrouver une époque où la mort volontaire •et précoce, soua toutes ses formes, soit à ce point tombée dans le domaine des « fieûta courants ». L'excès d'impressionnabilité à la douleur physique ou morale ne reconnaît plus à l'eûstence d'autre «ûaoïi d'être que le succès facile ou le plaisir sans fin.

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