‹ Le CorrespondantChapitre 49 sur 171 · LE RÈGNE DE L'ENFANT · texte numérisé non relu

LE RÈGNE DE L'ENFANT

Victor Hago, dans ses Choses vues^ raconte sur le prince de Joinvine enfant une anecdote qui nous montre la famille du ro» Louis-Philippe sous un jour de simpRcHé et de bonhomie : « Il avait, dit il, imaginé une scie qui exaspérait la reine. C'était im vieil orgue de Barbarie qu'il s'étsdt procuré. Il arrivait chez la reine jouant de cet orgue en chantant des chansons enrouées. La reine commençait par rire. Puis cela durait un quart d'heure, une demiheure. « Joinville, finis I » La chose continuait : « JoinvîQe, va- « t'en! » Le prince chassé par une porte rentrait par Tantre ayec son orgue, ses chansons et son enrouement. La reine finissait xmr s'enfuir chez te roi. »

Ainsi l'enfant devenait maître de la msdson royale. H Test partout auJooFd'bai. Il règne dans les msûsons ouvrières et bourgeoises. Il n'est plus relégué au second plan, dans les « nurseries » ou: l'office. 11 envahit jusqu'au salon. Il ne se contente pas d'être supporté; il veut encore être loué. Il a ses apologistes. Des auteara (Iramatiques, comme M. Eugène Brieux, dans ks Remplaçantes^ proscrivent en son nom le lait éthinger et engagent les mères à ne

' Les portraits de tenfant, par Gh. Moreau-Vauthier, avec gravures (Hachette, édit.). — Monpefit Trott, par André Lichtenberger (Pion, édit.). — La petite sœur de Trott, par le môme (irf.). — Poum, par Paul et Victor Margueritte (Ploa, édit.). — Zette, par les mômes (id.), — Poil de Carotte,

Sr Jules Renard (Flammarion, édit.). — Les Bucoliques, par le mème^ llendorf, édit.). — Miquette, par Gyp (Galmann-Lévy, édit). — Chéris^ par la même (Juven, édit.). — Les amitiés françaises, par Maurice Barrés (Juven, édit.).

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pmt laisser à d'ai^^es femmes mr fmtleaa ausû précieux. Il a, ^anal^rt eomsmporata, ses peiotres et ses histmeira. Oa lu con* saero dos tCHles et des Uvres tout entiers. Il n'y i^pwralt pies aœompagDé d'autres figures, comme il arait accoutumé d'être représenté dans les tableaux de la Renaissmce, mais sral ot sonriant, la chair rose, les yeor Qmpidiss et Tair satisfait

GepemhsfC il ne s'est pas contesté de oette entrée triomphale dans Tart et dans la ttttérature : le ?oid qui se pUe aux eiigenoes de la TÎe a»der>e et oocupe les journaux et les industries. Un journal pariskn nVt-il pas eu l'idée cocasse, l'an demier, d'ouTriir un concours de mots d^evfents^I On voyait tdus ces nouveaux-néB s'exercer prématurément à des mots de la fin. Et l'on inasgnre périodicpiement à Pmis des concours de jouets. Il faut admirer ces jouets : il en est de si complicpiés, de si savants, ^'il a faUn^ s'adresser pour leur confieetion i de prodigieux maduiniates. A 1& vérité, ils paiaissent plutôt destinés & amuser des personnes àgéœ; mais nos en&mts sosta précoces qu'Os ne tardertmt pas à nous eni expUfuer eux-mêmes le mécanbme.

Si l'on en croit les nouvelles qui viennent d'Amérique, fis sent ^usâ devenus une spéculation, et des pk» fructueuses^ On raconte qu'une sodélé s'est fondée en GaKionHe qui a acheté un lot de deux cents en&nts sains et agréaUes. Bile les loue oomme on loue des pianos, au mois, à la semaine, au ^ur, à l'heure, aux ménag09i «ans enfants qui ont enifie de se dismdre. Le tarif très modicpie n'est qce de m francs par mois. Ce réffXM changeant appirâd aux enfants à ve pas trop s'attacàer à des pavents éphémères, et, en outra, il les pourvoit d'une précoce espérienoe des miUeux, des- <»iaetères et des conditions sociales^ ce qui leur conalitnera de bonne heore une connaissanoe de l'hoanae toujours utile dans toute profession.

BaAn, la poUtique mémo s'oocape d'eux. On leur résonnait des droits n Ton supprime ceux des pavents. Loff pacents qni pté^ tendent dKriger leur éducation ne font autre chose qu'abuser de la confiance de ces petits êtres incapables de ae détadre : heureimer ment^ l'Etat veille sur eux afin'd'empèeber les empiètsnents d'une ^tnnorité trop longtempa reconnue^I Le droit de l'enfiint, sofddsme noweliement découvert, n'est autve chose qu'une étape de pins dans ce développement systématique de l'fiiat qui nous achemine^ au swdalisme.

M. Gh. Horeau-Vanthier a eu l'heureuse idée de grouper en un volmne élégant les plus beaux modèles d'en&nts que nous offrent la pânture et la sculpture & travers les âges et les (Ûverses nations. On y peut admirer l'école antique, et les bambins de France,

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d'Italie, des Flandres, d'Allemagne, d'Espagne et d'Angleterre. Je ne sais si ces derniers ne sont pas les plus beaux. Venfant bleu et X enfant rose de Gsdnsborough ont tant de fierté dans la pose, tant de santé sur les joues, tant de clarté dans les yeux et tant de précoce dignité sur le visage!

Aujourd'hui Ton peut admirer les portraits de Jacques Blanche qui passe sans transition, avec une heureuse intelligence, de l'observation raffinée des élégances mondaines à celle, souple et aisée, des figures paysannes, — et encore les enfants ensoldllés et rieurs de Besnard, ceux de Carrière, doux, tristes, gris et touchants, ceux de Flameng, de Garolus Duran, de Chaplin, fins et apprêtés.

Les caricaturistes n'ont pas oublié l'enfance. Rappellerai-je la fameuse série que Gavarni consacra aux enfants terribles, cette série qui inspirait à Théophile Gautier ces amëres réflexions : « Les enfants terribles I le plus éloquent plaidoyer que l'on ait jamais fait en faveur du célibat. En feuilletant ces tableaux d'une vérité si grande, on se sent des envies de laisser finir le monde, car ils n'épargent rien, ces monstres, avec leur candeur sournoise et leur naïveté mélancolique... Leur cruauté tenace s'en prend à tout. Les secrets du boudoir, du cabinet de toilette et de la cuisine, rien n'est sacré pour eux. Et le mal qu'ils font, ils en ont la conscience, quoi qu'on en dise; leur air bête n'est qu'un masque. Les enfants sont féroces par caractère : ils se plaisent à faire le mal, & plumer les oiseaux vifs ; à causer des scènes et des querelles ; car jamais ils ne rapportent une chose indifférente, c'est toujours la phrase dangereuse qu'ils vont redhre, tout en se balançant sur les genoux de la victime. » A vrai dire, les réflexions sont plus noires et plus désolées que ne le méritent les caricatures de Gavarni. En veut-on la preuve? Voici un gamin qui, à la table paternelle, un jour de réception, demande si le poulet qu'on apporte est bien le « crevé de ce matin » qu'on a dit être assez bon pour l'invité I II faut voir le dessin : on n'aperçoit que le dos de l'enfant, mais les yeux furibonds de la mère et l'air niais du monsieur sont suffisamment éloquents. C'est assurément plus drôle que méchant. Daumier dessine mal les enfants, et c'est dommage, car ses légendes sont moins âpres, plus faoûlières, plus naturelles. Il nous montre dans un de ses dessins un brave homme surpris, un dimanche, par une pluie d'orage, tandis qu'il promène sa marmûUe. Le pauvre papa enjambant un ruisseau dans une pose de colosse de Rhodes, transporte ses petits d'une rive à l'autre en .soupirant . « C'est bète d'avoir, en hiver, des enfants si beaux que ça I »

Ce que M. Moreau-Vauthier a fait pour l'art, — une sorte de revue

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de ren&nce, — je ne saurai Tentreprendre pour la littératare en qnelqnes pages. Je me contenterai donc de choisir, parmi les romans les plus récents, quelques ouvrages qui ont été plus spécialement voués à l'observation de l'enfance. M. André Lichtenberger, UU. Paul et Victor Margueritte, M. Jules Renard, M""* Gyp, — je les cite pèlemèle, et sans souci de leurs notoriétés diverses, — n'ont pas craint de se pencher sur les tout petits pour retenir leurs faits et gestes. Nous trouverons à les feuilleter au hasard un doux pkdsir, et nous cudUerons dans leurs ouvrages une jolie moisson d'anecdotes. Enfin H. Maurice Barres, avec les Amitiés françaiseSy retiendra plus longuement notre attention, par la théorie d'éducation qu'il édw^ de toute la magie de son style.

La force des impressions d'enfance est si grande qu'elle détermine souvent notre vie entière. Naître et grandir dans la joie et l'amour laisse un reflet de bonheur qui éclairera les jours tristes. Deviner, trop jeune, la misère et la souffrance apporte au cœur une bonté plus large, ou, plus souvent, une amertume durable. Les petites passions des enfants éclsdrent les grandes passions des hommes. Elles sont l'image d'une même nature, et une image plus rincère et plus simple. Et c'est pourquoi nous prenons du plaisir à analyser des âmes d'enfants.

H. André Lichtenberger est l'auteur de Mon petit Trott et de la Petite sœur de Trott. Je sais de jeunes mères, — et de jeunes ptoes aussi, bien qu'ils fassent des façons pour convenir de l'intérêt qu'ils prennent à ces historiettes, — qui raffolent véritablement de ces deux livres. Trott et sa petite sœur Lucette sont pour eux des manières dé héros. Encore ne sont-ils rien auprès de leurs propres enfants. Leur ioiagination agrémente ûmablement les aventures de ces bébés auxquels il ne manque, selon eux, qu'un historien. Il y a ainsi tout un merveilleux enfantin comparable au merveilleux mytbolo^que et qui, par une vertu divine, transforme en actions d'éclat des actes qui, au premier abord, paraissaient vulgdres. L'amoar est dieu, surtout l'amour maternel. Après avoir créé réellement, il ne cesse point de créer en esprit et d'orner ces jeunes vies qm, dans le rire et les larmes, manifestent une puissance inconnue aux hommes mûrs.

Il"* Lucette, par exemple, n'a pas attendu longtemps pour captiver l'attention et mériter un biographe. M. Lichtenberger nous en assure avec une certidne gravité : « C'est presque tout de suite s^yrës sa nsdssance que H^^' Lucette a commencé à étonner le monde.

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Elle n'élût pas depuis trois jours aa monde qa*elle distinguait déjik padaitement le jour de la nuit, la lumière du soir. Elle a ri ?ers VSifgd de tvois semûnes. Elle a ri positivement. Son papa. a. prétendu qu'elle Mssdt tout simplement use grimace; si l'on ?eut, ouds c'était, une grimace de bonne humenn Aiors on peut bien aj^er «ela ike. Et rire si jeune, c'est très remarquable. Bientôt elle a reconiHi sa maman, et noonou, et Trott et papa. Ella avait des petits signes tout à fait intelligents. C'est extraordinairo. Puis elle a commencé à être méchante exprès. C'est adorable. Et à fedre de petites mines^. C'est, trop dMcieux. U est survenu encore une iuBombraUe quantité d'autres choses étonnantes. On aurait dit <Iu'on vivait au temps des miracles...^. »

Ainsi les jeunes mères brodent à n'en plus finir sur les débats 4ans la vie de leur nouveau-né. Leur nouveau- né, c'est pour elles l'univers, un mystère qu'il faut constamment édsûrdr. La pr^oûèie dent, le sevrage, les premiers mots — cette su£^;estive littérature,, impérieuse et ténébreuse comme du Blallarmé, — les premiers pas« entant d'événements et d'émotions.

L'art de Mon petit Troti est d'avoir mêlé cet enfant à tout un p^t drame intime. Trott est le fils chéri d'un ménage de marins. Le père, lieutenant de vaisseau, navigue sur les mers lointaines. La mère est demeurée seule, avec Tenfant délicat, sur la Côte d'azur. Elle est jeune, jolie, avide de plaisir, un brin coquette et légère. Elle aime le monde, et on lui fait la cour. Mais Trott conçoit pour se» flirta des haines terribles. Il leur joue des tours de singe, si l'on peut ainsi parler. Sans le savoir, U protège sa \X0% cbarmante maman. Quand le père revient, son jargon imprudent livfe à celui-ci hi vie un peu mondaine de la |eune fesune.. C'est la l)roBille, une. vie pénible et douloureuse. Hais Trott, devenu très malheureux, finit par récondlier ses parents.

H. Lichlenberg^ est un. romancier très habile. Trott est placé an pleine lumière dans son livre, et les personnages secondairea sont habileœeni groupés et. présentés. U écrit ea petites phrases limpides^ jolies, frétillantes comme des. poissons qu'on sort de l'eao. Il ménage ses effists et amenuise la. réalité, il est avec celle-ci ^ coquetterie réglée. Il lui donne de beaux atours, la pare, l'attife, la pomponne afin qu'elle soit pimpante et aguichante; je loi en ferai une légère querelle. Il est proprement l'Octave Eeuillet de l'enfance L'auteur de Monsieur de Camors^ fort expert, en paychologie -élégante et écrivain d'une puissance rtolle en mèaie temp» c^e d'une distinction rare, habillût avec un hue raffiné et cqb veminimel

* La petite sœur de TroU, p. ia2.

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les passions de ses personnages. Son style donnût un aspect clinquant aux plus misérables. Il arrangeait les matériaux qu'une observation large et aisée lui apportât. Il aurait craint de les pré« senter tels quels, dans une nudité sans pudeur. De même, M. André Ufihtenberger polit avec grâce les mots des petits enfants. On dirait que leur mère a passé par là. Uarfifice est si lumable qu'on ne songe pas à s*en plaindre. Après, on se demande bien un peu d cette nature n'est pas truquée, mais on aime autant ne pas s*en assurer. Gela ne servindt de rien. La visite de Trott au tombeau de Suzanne, l'histoire du croissant donné au pauvre, cela se déguste comme de la pâtisserie. On ne songe au pâtissier qu'après avoir digéré les petits gâteaux. Sans doute, il vaudrait mieux l'oublier tout à fait. J'aime mieux la scène palpitante où Trott essaie de réconcilier son chien et son chat, Jip et Jup, ,parce qu'on lui a appris dans l'histoire sainte que Dieu réconcilia EsaU et Jacob.

M. lichtenberger mêle avec dextérité le naturel et le factice. On ne distingue pas bien la soudure. Dans la Petite sœur de Trotta le naturel domine évidemment ; néanmoins, le premier Trott avait un charme ailé plus séduisant. Une sœur est née à Trott. Quand on la lui monire, il manque tout à fait d'enthousiasme, la déclare horrible i vdr et demande :

— « Est-ce que vous ne croyez pas qu'en la renvoyant tout de suite, le bon Dieu voudndt la changer pour une autre moins laide? »

11 ûst honteux de cette petite sœur qui a des mœurs bruyantes et dégoûtantes. Cependant, comme on lui a dit qu'elle venait du paradis et qu'elle pleurait parce qu'elle regrettait les anges, il fait cette belle promesse :

— « Je tâchersû d'être bien gentil avec ma petite sœur pour qu'elle ne regrette pas trop les anges. »

C'est trop beau, et je préfère le mot précédent.

M. Lichtenberger a perfectionné les manœuvres de son petit monde. C'est un stratège fertile en ressources. Il sait aussi que la nature est précieuse et féconde. Il n'oublie pas de la bien observer. Ainsi il analyse admirablement, les aUeraa4ijges jmpîdeft d'obscurité et de bmiëre dans l'esprit des en&ats. Il iMoUlara «bien des fleurs- encore dans le jardin qu'il cultive. X^ de ehos w divesaos â noier, et ces jaknsias* deB.,peBsaDM6 quii Hoignant le laème Ix&bé, et L'exclusivisme des mècBBïOu des tantes jqui ne veulent jasiais admettre lea mvts éb Ms-chétohins,. eit les passiona fcén4tL|uas des chors petits^ qui nstissent avec la foi au régime cte.ienr auJUiritè,..

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M. Jules Renard est un excellent écrivain. Il orne d'une littérature savoureuse le langage des paysans et des enfants. Quelquefois il raconte des riens. Kbds des riens, on en rencontre beaucoup dans les .romans élégants. Seulement, ils sont d'une autre nature. Et l'on n'y trouve pas, en revanche, tant de ces mots profonds, d'une belle ampleur rustique. H. Jules Renard se Isdsse amoureusement guider par la nature. Elle lui a communiqué son grand secret pacifique. Il y joint un brin de malice paysanne ; des paysages, de lignes simples, gracieuses et intimes, sont dessinés d'un crayon lent et sûr. Ses observations de mœurs, courtes et incisives, semblent des nouvelles à la main perfectionnées. J'en voudras écarter parfois quelque vulgarité inutile. Enfin, U. Jules Renard se connaît parfaitement et sait borner ses prétentions. Bien peu de ses confrères sont capables d'en faire autant. Il boit dans son verre qui est petit, mais si finement taillé et d'un cristal si limpide qu'on voit au travers des toits de ferme, un abreuvoir, des boeufs et même un tas de fumier.

Ce poète réaliste nous a donné une Histoire naturelle et des Bucoliques où les plaisirs rustiques et la vie aux champs sont traités sous une forme classique dont les apprêts sont dissimulés et se devinent néanmoins. Dans les Bucoliques^ je relève quelques tableaux de campagne, une chasse aux perdrix, deux ou trois portraits de paysans, presque parfaits. Mais je m'écarte de mon sujet qui est l'âme des enfants.

M. Jules Renard note leurs traits d'esprit d'une logique amusante et d'un tour spontané. Je les crois pour la plupart authentiques; du moins l'arrangement ne se sent point. Lisez plutôt ces petits dialogues qui mettent en scène le jeune Pierre, sa maman et sa petite sœur.

La maman. — As-tu bien dormi cette nuit?

PiBRRB. — J'ai dormi à chaque instant.

La maman. — As-tu fait de jolis rêves?

Pierre. — J'ai rêvé que j'avais une tète grosse comme une bille et que je glissais sur le parquet avec des pattes de poulets.

Berthb [se réveille et se dresse sur son lit à elle). — Pierre, veuxtu que j'aille dans ton lit à toi?

PiBRRB. — Non» Bertbe, on s'embrouillerait.

LE RÈGNE DE VIS¥km 361

PiBRRE. — Tu vois ce joujou?

Bbrthb {tend les mains), — Oui.

PiBRRB. — Je te le donne, il est à toi.

Bbrthb {prend le joujou). — Merci.

PiBRRB {reprend le joujou). — Redonne-le-moi, que je te montre comme je te le donne. Tiens, regarde, je te le donne pour de vrai. Ce n*est plus mon joujou. C'est ton joujou. Je ne te le prête pas, tu comprends, je te le donne, je te le donne.

Bbrthb. — Oui.

PiBRRB. — D'ailleurs, écoute, tu n'en as pas besoin, et je te donnerai, un autre matin, quelque chose de bien plus beau.

Bbrthb. — Est-ce qu'une tante vaut mieux qu'une maman?

La MAUA9, — Aucune tante ne vaut une maman.

Bbrthb (elie s'éloigne, réfléchit et revient). — Mais, mille tantes, est-ce que ça vaut une maman?

La maman. — Ni mille, ni cent mille. Personne, rien ne vaut une maman.

Bbrthb. — Fichtre, Madame * I

Cela vous a un petit air de vérité tout à fait agréable. Sans doute, tous les propos de M"* Berthe ne valent pas la peine d'être répétés, et M. Jules Renard a mis quelque complaisance à les recueillir. Hais il en est de délicieux. Par une belle nuit d'été, elle dit de la Inné :

— « Oh I la lunel... comme elle sait bien se tenir en Tairl » Un jour, comme elle écosse des petits pois et en laisse tomber la moitié par terre, sur une observation de sa mère, elle répond :

— « Ce n'est pas de ma faute. Quand j'ouvre leur petite cabine, ils sautent de joie. »

H. Jules Renard sait en outre accentuer par des comparaisons saisissantes les faits et gestes de ses petits personnages. Ainsi, d'an enfant exposé à de vastes pensées, il dira : « Il sent bouger trois ou quatre idées dans sa tète comme des petits chats. Puis, les chats dorment. »

* Les BucoHques.

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