LE RÈGNE DR L'Â^FART
revenir da combat, couvert de dépouilles sanglantes, après avoir tué quelque illustre ennemi, la foule se dise : « II est plus brave « encore que son père. » Et cette voix de la foule réjouira le cœur de sa mère. » Il est plus brave encore que son père : c'est le cri de la race, et son espoir devant un berceau.
Est-ce là simplement un instinct héréditaire? C'est renseignement même de la vie. La nature ne crée pas un homme libre. L'homme natt d'un père et d'une mère, dans tel village, dans telle région, dans telle patrie, dans telles conditions matérielles et morales. Il y trouve son appui et sa dépendance. La famille et la communauté sociale qui le reçoivent et orientent son destin attendent aussi de lui, l'une sa prolongation, et l'autre sa solidité. C'était le postulat de l'ancienne société françùse.
Jean-Jacques arrive de Genève et proclame dans le Contrat social : <c L'homme est né libre, et partout il est dans les fers... La plus ancienne des sociétés et la seule naturelle est celle de la famille; encore les enfants ne restent-ils liés au père qu'aussi longtemps qu'ils ont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout. Les enfants, exempts de l'obéissance qu'ils devaient au père, le père, exempt des soins qu'il devait aux enfants, rentrent tous également dans l'indépendance. » Ainsi la famille cesse d'être un lien moral pour réduire son rôle à des besognes matérielles. Autant dire qu'elle cesse d'exister : car, dans ces besognes matérielles, on la peut suppléer encore, mais non point dans l'éducation.
L'Etat, selon Jean- Jacques, recueillera les charges de la famille. Il sera éducateur. Rejetant l'expérience sociale, le philosophe substitue à ces réalités vivantes, la famille, la vie locale, la vie régionale, ces abstractions : l'individu, l'Etat. Et la Révolution, qui tente d'appliquer les chimères de Rousseau, s'acharne sur la famille qu'elle s'efforce de démolir par le moyen du divorce et du partage égal et forcé.
L'influence de Jean Jacques fut prodigieuse et continue de s^exercer. Méconnaissant la qualité de l'amour et de l'honneur français, il inspira en littérature un individualisme sans vergogne. Méconnaissant la famille dont il refusa les nobles charges en se débarrassant de ses propres enfants, — ce qu'il importe de rappeler à un éducateur, — il inspire encore toutes les théories actuelles sur les droits de l'Etat ou, ce qui revient au même, sur les droits de l'enfant. On peut dire qu'il a empoisonné l'esprit public en France.
Voici un livre très directement opposé aux théories de Rousseau sur l'éducation. Il s'appelle les Amitiés françaises^ et il est