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réservoir, qui répartit le surcroît d'écoulement sur une plus longue durée, mais & la condition de grossir lui-même, c'est-à-dire d'élever son niveau pendant tout le temps nécessûre & la sortie de l'excédent. Inversement, il devra baisser dans les années de sécheresse. On peut donc dire qu'un lac enregistre exactement les variations du régime des pluies.
La chose était usée & vérifier avec précision pour le dix-neuvième siècle, à cause des nombreuses opérations de nivellement qui en ont marqué le cours. M. Brûckner a ûnsi constaté que la plus grande crue des lacs de l'Europe s'était manifestée dans les années 1820, 1850 et 1880, c'est-i-dire & des intervalles rigoureusement égaux à trente* ans, alors que les niveaux les plus déprimés avaient été observés en 1835 et 1865, soit juste au milieu des intervalles correspondants. De plus, les crues de 1820 et de 1830 coïncidaient juste avec la fin des deux premières périodes frcndes, celle de 1880 précédant de cinq ans la fin de la troisième; différence qui lie doit pas surprendre, car la fin d'un cycle humide ou froid ne coïncide pas nécessairement avec le maximum de l'humidité ou du froid; or c'est ce maximum que les lacs ont chance d'enregistrer. Le même rapport s'observait dans la distribution des bas niveaux. Ainsi, d'une part, les variations des lacs accusaient une périodicité tout à fait comparable & celle des éléments du climat; d'autre part, il y avsdt, entre les divers ordres de cycles, une coïncidence très satisfaisante.
Or c'est le privilège des osdllations lacustres de n'avoir pas besoin d'être constatées par des mesures de prédsion. Ce n'est pas chose indifférente pour les populations d'alentour que le niveau d'un lac, comme celui de Neuchâtel, dont les bords sont peu élevés, vienne à nK)nter ou à descendre. Tout de suite de grandes étendues de terre sont ou inondées ou mises à sec. Ces variations apportent un grand trouble dans les intérêts des riverains. Ou bien la commune est amenée à prendre des mesures spéciales, ou des contestations s'engagent, qui se traduisent par des procès, et de tout cela les archives locales sont forcées de garder la trace. Et voilà comment le dépouillement des annales municipales a permis à M. Brûckner, à défaut d'observations pluviométriques, d'étendre son enquête sur les oscillations de l'humidité, au moins jusqu'à l'année 1700, c'est-à-dire en embrassant un siècle de plus.
Il a constaté de cette façon que la plus grande hauteur d'eau des lacs s'était produite aux dates de 1700, 1740, 1780, 1820, autrement dit à des intervalles de quarante années, tandis que les documents de la même époque, relatifs à l'intensité des pluies, paraissaient accuser des périodes humides de 1691 à 1715, de
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1736 à 1755, de 1771 à 1780. Les plas basses eaax s'étaient montrées en 1720, 1760 et 1800, les périodes sèches ayant daré de 1716 à 1735, de 1756 à 1770, de 1781 à 1805. D'autre part, les plus grands froids s'étaient fait sentir de 1731 à 17A5 et de 1756 à 1790.
De plus en plus se dégageait de toutes ces données une périodicité d'osdllations comprise entre trente et quarante ans, et cela pour une durée de deux eiëcles. M. Brtickner conçut l'ambition de remonter encore plus loin, si c'était possible. Pour cela, il ne fallait plus compter, ni sur des mesures exactes, ni même sur des traditions bien certaines relativement au niveau des lacs. Msds, pour l'intervalle compris entre le dix-huiiième et le quatorzième siècle, on pouvait consulter d'assez nombreux documents, relatifs à la date et à la qualité, soit de la moisson des céréales ou des fourrages, soit de la vendange. Même il n'était pas défendu de vouloir remonter jusqu'au onzième siècle, les chroniqueurs du temps ayant souvent mentionné, tantôt une succession exceptionnelle d'hivers rigoureux, tantôt d'autres phénomènes extraordinaires de Tordre météorologique.
En compulsant ces diverses sources d'iaformations, M. Brûckner a été amené aux constatations suivantes : De l'an 1020 à 1390, on peut compter vingt récurrences des mêmes circonstances exceptionnelles, et ces récurrences sont séparées par des intervalles qui varient de vingt-cinq à cinquante ans, la moyenne étant de trentequatre ans et demi. De 1391 & 1590, la considération des vendanges et des grands hivers fait ressortir 12 récurrences, avec mtervalle moyen de trente-trois ans et demi. Enfin, de 1591 & 1690, l'histoire combinée des lacs et des circonstances agricoles fournit, pour l'intervalle des récurrences, les chiffres successifs de vingt, vingt, trente-cinq, trente-cinq, trente et quarante ans, soit une moyenne de trente ans.
Que les chiffres ainsi obtenus donnent parfois, pour la durée d'une oscillation climatérique, une différence du simple au double, comme celle de vingt-cinq à cinquante, observée entre le onzième et le quatorzième siècle, la chose n'a rien de surprenant, vu le caractère assez précaire des documents sur lesquels on est obligé de se baser pour les temps antérieurs à i 700. Mais ces différences s'atténuent grandement si, avec M. Biuckner, on groupe les oscillations par série de cinq consécutives. On trouve alors que les séries successives se répartissent de la manière suivante :
1** de 1020 à 1190, avec intervalle moyen de 34 ans. 2« de 1190 à 1370 — — 36 —
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3» de 1370 à 1545 35 ans.
r de 1545 i 1715 — — 34 —
5* de 1715 à 1890 — — 35 —
Ici raccord devient tout à fait reniarquable« et la moyenne do neuf siècles s'établit d'une façon décidée aux environs de trentecinq ans, c'est-à-dire très près du chiffre mis en évidence par les observations scientifiques du dix-huitième et du dix- neuvième siècles.
De là cette conclusion : depuis un temps immémorial, le climat de notre Europe parait éprouver des oscillaUons d'une durée moyenne de trente à trente-cinq ans, se partageant en deux moitiés, l'une plus particulièrement humide et froida, l'autre plutôt sèche et chaude.
Telle est la loi empirique énoncée par M. Brûckner. Insistons sur ce mot « empirique », car il s'agit ici d'un pur résultat d'expérience, obtenu, comme nous l'avons dit, en dehors de toute préoccupation théorique.
Il est vrai qu'on se résigne dif&cilement, un tel résultat une fois acquis, à n'en pas chercher la cause. M. Brûckner n'a pas complètement échappé à cette tentation, bien qu'il y ait cédé avec mesure. A en croire la presse, nous lui aurions fait cortège; car on nous a accusé d'avoir indiqué les variations des taches solaires comme pouvant fournir le principe des oscillations climatériques. Rien n'étsdt plus éloigné de notre pensée et nous tenons à l'établir id.
Ce n'est pas qu'il soit déraisonnable a priori d'admettre une relation entre la température terrestre et l'état de la surface solaire. Toute chaleur nous arrive de l'astre autour duquel gravite notre planète. Si un accident quelconque vient à affaiblir son éclat, nous devoiis nécessairement nous en ressentir. Cet accident se produit périodiquement, sous la forme des taches qu'observent les astronomes, et qui nous apportent la révélation des réactions chimiques extraordinaires dont ce prodigieux laboratoire est le siège. Quelle que soit la nature, encore mystérieuse, de ces taches, il est évident que, quand elles se montrent, la radiation solaire en doit être affectée.
11 est vrai que la vérification de cette influence est fort difficile à obtenir; car, en général, les conditions locales l'emportent de beaucoup dans la détermination du climat d'un lieu donné. C'est seulement dans les régions tropicales, où les conditions physiques se distinguent par une régularité presque astronomique, qu'on peut espérer de mettre en évidence une action propre aux taches
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du soleil. Ce traysâl a été récemment entrepris par M. Nordmann^ et Ta conduit & ce résultat intéressant que, de 1870 à 1900, Fexcës^ de la température réelle sur la moyenne correspondante s'était trouvé, à chaque instant, en proportion inverse du développement des taches. Pour lui, une année de maximum de taches devrait se traduire, sur la moyenne annuelle du globe entier, par une diminution de O'^hh.
Mais ce résultat fût-il admis sans conteste qu'il demeurerait inapplicable à la loi de M. Brûckner. En effet, si les taches solaires sont bien, comme cela est aujourd'hui prouvé, un phénomène périodique, leur période est de onze ans et deux mois, par conséquent sans rapport avec celle des oscillations du climat. En vûn prétendrait-on que trois périodes de taches font près de trentequatre ans, soit à peu près la durée moyenne d'une osdllation complète. Cette pure coïncidence de chiffres laisse subsister une difficulté qui suffit pour écarter tout rapprochement; à savoir le partage en deux moitiés, égales et de caractère opposé, d'une oscillation répartie sur trois périodes de taches.
En résumé, nous croyons que les taches du soleil n'ont absolument rien à voh: avec les variations du climat de l'Europe. Nous sommes en présence d'un fait matériel, qu'il faut accepter s'il est prouvé, mais dont il nous est, à Theure présente, impossible de fournir l'explication. Tout au plus est-il permis de soupçonner la direction dans laquelle il pourrait convenir de chercher la cause du phénomène. Puisqu'il est expérimentalement démontré que le froid marche de pair avec l'humidité, tandis que la chaleur accompagne la sécheresse, il ne serait pas déraisonnable d'attribuer les variations du climat à une influence périodique capable d'agir sur les courants d'air qui nous apportent la vapeur d'eau destinée à se résoudre en pluie. Mais est-ce l'évaporation qui augmente ou diminue par intervalles? Est-ce seulement la zone des vents pluvieux qui voyage du nord au sud et du sud au nord? L'avenir seul éclaircira ces questions, et il serait prématuré de faire autre chose que de les poser.
Du reste, rien ne nous garantit que la loi Brûckner soit appUcable à d'autres contrées que l'Europe occidentale. En ce qui concerne la France, cette loi parait se recommander par de nonâbreuses et frappantes coïncidences. Tous ont encore présents à l'esprit, et la sécheresse de l'été de 1870, et celle de l'année 1899 ; ou bien encore les rigueurs de l'hiver de 1879-1880, qui fit tant de ravages et causa tant de misères, et la détestable saison d'été de 1883. pui
* Revue générale des sciences, 15 août 1903.
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ne se rappelle anssi l'extraordinsûre sécheresse de 1893, cette année oti la chaleur fut si forte en septembre que la température moyenne y dépassa de 2 degrés celle du mois d'août? Enfin, comment nier que, depuis trois ans au moins, nous sommes entrés dans une période de moindre chaleur et de plus grande humidité, période dont la formule de 11. Brûekner annonçait l'ouverture pour les environs de 1901.
A Vienne, la vérification est peut-être moins frappante. Cependant l'éminent directeur du service météorologique d'Autriche, ie docteur Hann, reconnaît que si l'on groupe par^séries [de trentecinq ans les chiffres donnant l'écart annuel, relativement à la moyenne, de la température et de la pluie, on remarque, .vers lé milieu de la série, un changement caractérisé du [signe de ces écarts, tendant & fûre admettre une division du; cycle en] deux moitiés de sens opposés.
Plus près de nous, dans le triangle qui comprend lesj villes de* Padoue, llilan et Klagenfurt, la vérification seraitj beaucoup plus frappante, si frappante même qu'on serait tenté de se demander si quelque^ complaisance n'a pas présidé à l'examen. Lesjmaxima d'humidité s'y seraient exactement succédé à des intervalles de trente-cinq ans, savoir en 1738, 1773, 1808, 1843, 1878 (le .prochain devrait tomber en 1913). Les maxima de sécheresse seraient survenus en 1753, 1788, 1823, 1859, 1893 (le prochain étant prévu pour 1928). Ajoutons en passant que, dans le dix-neuviëme|siëcle tout entier, pour ce district, le plus fort déficit annuel (de^ pluie aurait atteint 62 pour 100 de la moyenne générale, tandisiqne le plus grand excès de pluie aurait dépassé cette même moyenne de 50 pour 100.
Peut-être pourrait-on conclure de là que la loi des trente- cinq ans]devient d'autant plus [exacte qu'on se rapproche davantage de l'ouest. On s'expliquerait ainsi qu'elle puisse n'avoir plus de valeur pour l'Asie si, comme l'affirme H. Yoeikof, les [variations du lac d'Aral n'ont aucun rapport avec le cycle de M. Brûekner. Il semblerait que, de ce côté, la période, s'il y en a]une, fût plutôt de dnquante-cinq ans. De plus, pour le sud-ouest de la .Sibérie, le maximum du cycle humide se serait produit en,1893« soit juste au moment où avait lieu chez nous Tapogée de la période sèche.
Ainsi, non seulement|nous n'attribuons à la loi de|M.|Brûckner qu'une valeur purement empirique; mais nous^ sommes tout disposés à en restrdndre Tapplication, s'il le faut, aux régions de l'Europe occidentale et centrale, encore & la condition de ne pas atteindre le bord atlantique des Ues Britusiques, où la formule ne se vérifie qu'au voisinage 4e la mer du Nord. Même avec cette