‹ Le CorrespondantChapitre 70 sur 171 · U PLUIE BT LE BEAU TEMPS · texte numérisé non relu

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restriction, la loi n'en garde pas moins pour nous une réelle importance pratique et se recommande à l'attention de tons ceux qui croient qne les enseignements du passé doivent servir de base à toutes nos prévisions.

Toutefois, il ne faut pas fûre dire à cette loi ce qu'elle ne dit pas et se garder de changer arbitrairement le genre de qualification qu'elle permet d'appliquer aux années successives. Année froide, en effet, ne signifie pas nécessairement année mauvaise; comme aussi il n'existe aucune synonymie obligatoire entre année bonne et année sèche. D'une façon générale, la chaleur étant, dans nos régions tempérées, le facteur essentiel de l'activité physiologique, nous devons souhaiter plutôt un excès qu'un défaut de température. Hais une dose déterminée d'humidité n'importe pas moins, et celle qui nous est départie en moyenne, à nous Français, n'est pas tellement considérable qu'il y ait avantage & la voir diminuera C'est d'un heureux équilibre entre les deux facteurs, chaleur et pluie, que dépend le succès des récoltes. Encore faut-il, dans un pays comme le nôtre, qu'il s'opère un juste balancement entre les intérêts, parfois quelque peu contradictoires, des céréales, des herbages et de la vigne; c'est-i-dire que la moyenne générale de la chaleur et de la pluie importe moins que sa répartition suivant les ssdsons.

Une année oii l'excès de chaleur résultera d'un hiver tellement doux que la moyenne annuelle se trouve dépassée en dépit d'une insuffisance de la température estivale, sera mauvaise à tous points de vue. Une autre, ob le froid de l'hiver aura été très intense, pourra, sans que la moyenne cesse d'être en déficit, laisser à la ' bonne saison une quantité de chaleur suffisante pour les biens de la terre, que les rigueurs hivernales n'auront pas touchés, soit parce que la neige les protégeait, soit parce que la sève n'était pas encore en mouvement. L'année sera donc excellente.

Enfin, si la loi do M. Brttckner établit une oscillation de trente à trente-cinq ans, partagée en deux périodes dont chacune affectera un caractère général déterminé, elle n'affirme nullement qu'une année sèche ne viendra pas s'intercaler par exception au ' cours d'un cycle humide, ou qu'une année froide ne se montrera jamais au milieu d'une phase moyennement chaude.

Ce n'est pas tout. Nous avons déjà fait observer qu'une considération de grande importance étsdt la répartition de la chaleur et de la pluie suivant les différents mois d'une même année. Or

* La moyenne générale, pour Pensemble des continents, étant de b44 millimètres d'eau, Paris n*en reçoit que 575.

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c'est là un point que M. Brûckner n'a nullement la prétention de toucher. Il considère les années par groupes, et s'il se défend d'affirmer que tontes celles d'un même groupe auront exactement le même caractère, il se garde plus encore de rien avancer quant à la distribution des excédents ou des déficits dans le cours de douze mois.

Remarquons i ce propos qu'une année peut, d'après les chiffres moyens, être classée comme sèche et n'en être pas moins maudite par l'opinion publique, parce que des averses, sans importance agricole, auront trop souvent gêné les allées et venues des citadins, dont les journaux s'empresseront de reproduire les doléances, ou parce que, survenant en août et en septembre, ces averses auront gâté le plaisir que les Parisiens s'étaient promis d'un séjour aux bûns de mer ou d'un voyage dans les montagnes.

A ce point de vue, rien n'est plus instructif que ce qui vient de se passer pour la défunte année 1903. On serait mal venu, après le tapage récemment mené par la presse, si l'on se refusait à l'appeler néfaste, ou si l'on voulait soutenir qu'il ait fait suffisamment chaud et que la pluie n'ait pas été excessive, au moins dans le nord de la France. Eh bient qu'on demande au service météorologique les chiffres de la température et de la pluie en 1903 1 On y verra que la première a été ^n excès de trois dixièmes de degré Mr la moyenne (10*^3 au lieu de 10""), et que la seconde,, au contraire, s'est trouvée en déficit de 39 millimètres (536 au lieu de 575).

Si donc, au regard de l'inflexible statistique, il fallait classer par ses nioyennes l'année 1903, et si l'on ne considérait pas que les différences réalisées sont à peu près de Tordre des erreurs d'observation, on serait tenté de dire que cette année rentre plutôt dans la catégorie sèche et chaude I De la sorte, loin de vérifier la loi de M. Brûckner, elle pourrait plutôt apparaître comme une exception au cours du cycle humide déjà commencé. Pour le moins, devrait-on reconnaître qu'elle est à peu près normale et n'accentue aucunement le caractère du cycle.

Devant cette conclusion, les Parisiens vont s'insurger, et prétendre qu'on a truqué les appareils ou manipulé les chiffres. Point du tout. Seulement, ce qui a rendu l'année si maussade, c'est que la répartition suivant les saisons s'est faite au rebours de ce qui était souhaitable. Puisqu'à Paris les pluies de la saison chaude sont les plus abondantes, lorsqu'un excès d'humidité se produit, il est à désirer qu'il ait lieu pendant les mois d'hiver. C'est le contraire qui est arrivé. Ainsi, en février, mars et avril réunis, la moyenne des cinquante dernières années nous donnait droit à 10 FéYRiBR 1904. 29

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11 A millimètres d'eau. U n'en est tombé que 71. En mai et join, nouveau déficit de 38. Mais alors la pluie s'est rattrapée sur l'été et l'automne, c'est-à-dire sur les mois qui, normalement, sont le plus chargés. Encore si cette chute s'était produite sous forme de bourrasques, lûssant entre elles de bngs intervalles de beau temps; mais c'est en détail, par nombreuses petites ondées, que la pluie s'est manifestée; et ce régime a continué jusque dans les derniers mois. De plus, les insuffisances de la température, compensées par une douceur exceptionnelle des trois premiers mois, se sont produites en avril, juin, juillet et août. De cette façon, les Parisiens, fréquemment arrosés plutôt que trempés dans leurs promenades d'été ou leurs chasses, arrosés aussi aux bains de mer ou dans leurs villégiatures, et mal séchés par un soleil trop rare, sont rentrés dans la capitale poUr y patauger de nouveau dans la boue et ouvrir à tout instant leurs parapluies. De là, le concert de malédictions doit 1903 a été l'objet; ce qui fût qu'on s'expose à soulever l'indignation publique en se hasardant à dire qu'on pourrait bien revoir encore une série d'années coumie celle-là.

Faut-il rappeler d'sdlleurs qu'au moment où la région parisienne se plaignait de pluies trop fréquentes, le midi de la France faisait entendre des doléances contraires? Là on affirmait que les puits étsdent à sec, l'eau tombée depuis deux ou trois ans n'ayant pas réussi à combler les insuffisances causées par une longue période de sécheresse. Mais qu'importe ce qui se passe dans le reste du monde? Si Paris, la Ville-Lumière, reçoit trop de pluie, l'univers enUer doit faire chorus avec elle (ou plutôt avec ses journaux), et montrer le poing an soleil, coupable d'un manque d'égards envers la planète I

Il était nécessaire de présenter ces observations, afin de montrer à quel point le problème est complexe, et combien il importe de se défier des affirmations hâtives, comme de la nervosité de certsdnes impressions. Mais notre but n'était pas de dinûnuer la valeur générale des conclusions de M. Brûckner, et nous les croyons très bonnes à retenir, coomie fournissant la seule règle expérimentale sur laquelle on puisse raisonnablement se baser, en attendant que les savants, par une lente accumulation de fûts bien observés, arrivent à découvrir la cause des vicisûtudes dont la véritable loi nous échappe encore complètement.

D'une façon générale, et à la condition de ne pas lui attribuer une rigueur mathématique, la règle empirique des cycles de trente

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à trente-dnq ans se vérifie depuis plusieurs âëdes pour notre Europe; et loin que la période la plos voisine de noos, en même temps la pins riche en observations précises, celle du dix-neuvième siècle, en affaiblisse ht valeur, c'est elle, au contrdre, qui soDoble rétablir avec le plus de netteté. De plus, si, à Fépoque où cette règle était formulée, c'est-à-dire en 1890, elle ne pouvût invoquer en sa faveur que des faits passés, depuis lors il s'est écoulé quatorze années, pendant lesquelles on a eu l'occasion de la mettre à Fépreuve comme règle de prévision. Or de cette épreuve elle est jusqu'à présent sortie victorieuse; car la phase sèche, commencée en 1885, a bien atteint son maximum en 1893, pour se terminer vers 1900, au bout de quinze ou seize aus; et on ne peut nier que, depuis lors, noi:y3 ne soyons entrés dans un cycle d'années trop libéralement arrosées et peu favorisées par la température.

La formule continue donc à se vérifier et les oscillations du climat se conforment à la même loi qu'auparavant. Quelle que puisse être la ndson inconnue du phénomène, une telle constance implique des causes profondes, qui ne sauraient se modifier du jour au lendemain. Les générations présentes peuvent donc s'attendre à voir le régime se poursuivre encore, et, à nos yeux, ce sera faire acte de simple prudence d'en tenir compte dans les calculs à venir.

II ne s'agit pas, bien entendu, de se servir de cette formule pour £aQ)riquer des almanachs, et annoncer imperturbablement ce que sera telle ou telle année du vingtième siècle. C'est un exercice qu'il faut laisser aux Mathieu de la Drôme et à tous ceux qui se sont lancés dans cette fructueuse exploitation de la curiosité humaine. La r^le de H. Brtlckner ne peut indiquer que le caractère général d'une période, et nullement les variation^ accidentelles dont la omipensation engendrera le caractère en question. Mais, dans ces termes, elle peut encore rendre des services signalés. En eflet, il est d'assez nombreuses circonstances où on a le devoir de prendre des résolutions, dont l'issue finale est fatalement subordonnée aux conditions climatériques sous l'empire desquelles se poursuivra Texécution des entreprises décidées. Sur quoi basera-t-on sa décifflon? N'est-il pas sage, en pareil cas, de faire intervenir ce qui peut s'appeler le fruit d'une très longue expérience? En y recourant, n'a-t-on pas plus de chances de réussir que si l'on se confiait absolument au hasard? Donnons-en quelques exemples.

Un propriétaire est conduit, en raison des conditions écononûqnes du moment, à entreprendre la transformation en herbages de terres qui, jusqu'alors, avaient été labourées, et dont la nature se

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