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LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS

prête à ce changement. Il serait évidemment f&cheux que le nouvel ordre de choses dût être inauguré avec le début d'une période de sécheresse; car les prsdries ainsi créées auraient grandement à en souffrir. En se guidant d'après la formule de M. Brûckner, on peut espérer éviter un insuccès, si l'on choidt les approches d'un cycle humide. Inversement, un travail d'assainissement, par fossés et rigoles, devrait, pour porter tout son fruit et ne pas rencontrer de gêne dans l'exécution, être entrepris vers la fin d'une période sèche. De la même façon, s'il s'agit d'ouvrir des chemins ou de rectifier des routes en tranchant une côte argileuse, il sera souverainement imprudent de commencer cette opération au cours d'une phase humide, sous peine de s'exposer à voir les parois s'ébouler et les remblais s'étaler en fléchissant.

Si l'on médite une plantation* d'arbres, ou de vignobles, à laquelle une suite d'années froides pourrait faire grand tort, il sera bon d'attendre qu'on soit sorti du cycle où paraît devoir se produire le déficit de la température.

S'agitil de mettre en valeur par d'importantes constructions une plage balnéaire de création nouvelle? Il y aura tout avantage à ne commencer qu'à l'approche immédiate d'une période chaude; autrement les capitaux employés risqueraient de demeurer longtemps sans rémunération. Le négociant qui doit préparer de longs marchés pour une fourniture de combustibles; celui qui doit faire en temps opportun de grands approvisionnements de fourrages ou de denrées d'alimentation ; Tamateur de voyages qui cherche le moment le plus propice pour une suite de tournées, le citadin en quête d'une villégiature d'été dont il ne doit user que pendant quelques années, de sorte que le choix du site et de la région devirait dépendre du climat & prévoir durant cette période; tels sont, parmi bien d'autres, ceux qui, plutôt que de se décider à l'aveugle, ont intérêt à faire entrer en ligne de compte une règle empirique plus sûre ou, si l'on veut, moins incertaine que toute autre.

Sans doute cette règle n'est pas infaillible, et plus d'une fois peut-être il arrivera qu'on se prenne à regretter d'y avoir eu confiance; comme celui qui, sortant après une ondée, et ayant eu la chance de n'en pas recevoir une seconde, regrette de s'être embarrassé d'un parapluie; on qui, n'ayant pas osé s'aventurer par un temps manifestement incertain, constate avec ennui que, s'il avait été plus audacieux, il aurait réussi à passer entre deux averses. U n'en est pas moins vrai qu'en moyenne, on devra s'applaudir le plus souvent de s'être conformé à ce qu'on peut appeler une expérience séculabre, et d'avoir cru qu'il y avait de nombreuses chances

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pour la coatiouation d'un régime depuis si longtemps établi.

Dans ces conditions, tous ceux à qui s'imposent des prévisions à longue échéance agiront sagement s'ils s'orientent, d'ici à 1915, en vue d'une moyenne climatérique offrant un certain déficit de chaleur et un excès correspondant d'humidité, et s'ils ajournent après cette date tout ce qui pourrait réclamer une plus grande continuité de la chaleur et de la sécheresse.

Nous avons dit que la publication du mémoire de M. Brttckner datait de 1890. A son apparition, les météorologistes de métier ne loi ont pas marchandé l'attention que méritait une aussi savante étude, tout en conservant, à l'égard de son efficacité, le fond de scepticisme que de trop fréquentes déconvenues ont rendu traditionnel chez les spécialistes, trop sérieux pour s'exposer au soupçon de vouloir affecter des allures de prophètes. Pour tout le reste du monde, au moins en France, le travail avait passé inaperçu. Au bout de treize ans, le voilà qui passionne un moment l'opinion publique. Espérons que cette faveur sera durable, et que le désir de soumettre la formule à une vérification consciencieuse provoquera de divers côtés de sérieux contrôles, qui feront avancer la science. Le signataire de cet article se féliciterait alors d'avoir, l'un des premiers en France, soupçonné le mérite de la statistique du savant Bernois, et il regretterait moins les indiscrétions de presse qui, en lui attribuant à lui-même un rôle aussi ingrat qu'exagéré dans la circonstance, ont du moins posé avec un certam éclat une question vraiment digne d'exciter un intérêt universel.

A. DE Lapparent.

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