LE PAYS
L'empire de Corée, qui, en 1882, ëtût plas fermé à la dyilisation étrangère que le Congo et le Soudan, se décida tout à coup, sous la pression de son puissant voisin l'empire chinois, à ouvrir ses ports au commerce du monde civilisé. Depuis cette époque, la nation que l'on qualifiait du nom de royaume des ermites « The Hennit Kingdow », a faut des progrès tels qu'elle attire désormais l'attention du monde entier. De plus, en ce moment, la Corée est un objet de belliqueuse rivalité entre la Russie et le Japon; et peut-être sera-t-elle, dans un avenir plus ou moins prochain, un champ de bataille entre ses puissants voisins, y compris la Chine, qui se flattent de l'absorber au moyen d'an protectorat plus ou moins déguisé.
Il ne sera sans doute pas inopportun de donner ici quelques détails sur cette contrée du Calme matin, Tchio-sen^ comme l'appellent ses habitants. Car, avec l'américain W. E. Griffis, auquel on doit le meilleur ouvrage qui ait paru sur ce pays, en langue anglaise ^ nous estimons que « la Corée est le pivot de l'histoire future en Asie orientale ». Cette conviction était partagée, dès 188A, par le lieutenant de vaisseau Bauclens qui, étudiant le livre de Griffis ^, disait : <c On saura sans doute bientôt si le Dragon et l'homme du Nord (le Russe) doivent vider leurs querelles dans les vallées de la Corée. »
filais pour bien comprendre la situation et se rendre un compte exact des événements qui depuis peu ont sollicité l'attention des nations étrangères en ce pays, il importe de donner un court aperçu de son histoire et du caractère de ses habitants. Ceci est d'autant plus nécessaire qu'on connaît tout cela infiniment moins que l'histoire et les mœurs des trois puissances voisines, la Russie,
* Corea, the Hermit nation, by William Elliot GrifEs, 1882.
• Revue maritime et coloniale. Juillet 1884, la Corée.
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la Chine et le Japon, qui, i tour de rôle, ont prétendu conquérir ou protéger ce petit royaume.
La Corée forme une longue péninsule qui, par sa position sur les côtes nord- est du continent asiatique, rappelle vaguement la presqu'île de Floride, sur la côte orientale de l'Amérique du Nord ou mieux encore l'Italie, avec la Sicile correspondant à l'Ile de Quelpaert. Bien que connue des navigateurs arabes sous le nom de SÛa ou Shin-ra qui désignait au neuvième siècle un des trois royaumes de la péninsule coréenne, elle passa pour être une tle de l'océan Padfique et figure comme telle sur la carte accompagnant le livre des voyages du Fl^unand Guillaume de Roubrouck, l'envoyé de saint Louis à la cour du grand Kaan de Tartane en i2A8. Ce ne fut qu'en 1707 que les Jésuites, missionnaires à la cour de Hang-hri, l'indiquèrent, sur leur grande carte de l'empire chinois, comme une péninsule à laquelle ils donnent le nom de Corée, d'après celui d'un royaume indigène Roryé situé dans la partie septentrionale du pays, au nord du fleuve Ya-lou et que firent connaître les navigateurs portugûs qui, les premiers de l'Europe, montrèrent leur pavillon sur ces côtes, au seizième siècle. Dès 1590, le P. Luis Fxoës, missionnaire portugais au Japon, appela l'attention sur l'expédition de conquête faite par les lieutenants de Taîko-sama ou Hideyoshi dans le pays de Corai, alirimente detta Coria ^ C'est sur cette lettre et sur celles de 1591, 1592 et 1593 que sont fondées les descriptions de ce pays données au commencement du dix-septième siècle dans les publications de Hakluyt, Gusman et du Jarric. Le journal de Robert Cocks, en 1617, mentionne pour la première fois la forme moderne anglaise Corea ^.
Le premier Européen qui mit les pieds sur le sol coréen fut le P. Gregorio da Cespedes, lorsqu'en 159& il servait d'aumônier aux princes et soldats japonais chrétiens de l'armée de Hideyoshi. Malheureusement, ce Jésuite portugais ne vit presque rien du pays. Nous devons attendre jusqu'en 1668 pour en trouver une description, d'ailleurs très succincte, dans un livre publié à Rotterdam, sous le titre de Joumael Van de Ongeluckige Voyagie vant Jacht de Sperwer ou le <c Malheureux voyage du navire l'Epervîer ». L'auteur, le Hollandais Hendrick Hamel, y raconte comment ce navire, sur lequel il se trouvait avec soixante-quatre compagnons, partit du Texel le 10 janvier 1653 et vint se briser dans une tempête sur la côte sud de l'île de Quelpaert, le 15 août de cette même année. Les Coréens, suivant l'habitude qu'ils avaient de ne plus laisser sortir de chez eux les malheureux naufragés sur leurs côtes,
* Lettre mnueUe an général de la Société de Jéou à Rome, 1590.
^ Bakluyt Sodety' s publications, n» lxyt. Diary of Robert Cocks, 1617,
firent prisoDoiers les 36 survivants. Et ce ne fat qu'en 1666 que l'auteur de la relation réussit à s'échapper sur une barque avec sept de ses compagnons de captivité. Us parvinrent à atteindre Nagasaki où ils trouvèrent cinq vaisseaux hollandais qui les rapatrièrent en 1668.
Parmi les naufragés du Sperwer, nous trouvons un Norvé^en, Jacob JanSf et un certain Alexandre Bosquet dont le nom fût soupçonner l'origine française, bien qu'il soit qualifié d'Ecossais par Hendrick Hamel. Celui-ci nous raconte qu'il trouva en Corée un de ses compatriotes/ Jans Wettrevée. Parti de Hollande, en 1626, sur la frégate Ouderkeres qui se rendait à la factorerie batave de Décima, au Japon, il fut fait prisonnier, en 1627, sur la côte de Corée où il était allé en embarcation avec deux autres hommes de l'équipage pour prendre de l'eau douce. Ses deux compagnons, Thierry Gérard et Jean Pietero, étaient morts, il y avait dix-sept à dix-huit ans, dans un combat contre les Tartares.
De 1 668 à 1 709, on n'entendit plus parler de la Corée qui retomba dans son isolement absolu. En 1709, les pères jésuites français Régis, Jartoux et Friedel, attachés au tribunal des mathématiques de Pékin, furent envoyés par l'empereur Kang-hsi lever la carte de la Mandchourie. Ils poussèrent leurs explorations jusqu'au fleuve Tou-mène qui servait do frontière nord-occidentale à la Corée et fixèrent les positions de quelques villes dans ces parages ^ Mais, suivant les ordres formels du souverain chinois, ils évitèrent de lui créer des diflScultés et ne pénétrèrent pas sur le sol do royaume tributaire. Tout étranger traversant la frontière était invariablement mis & mort. La carte du pays, que les Jésuites de la cour de Pékin ajoutèrent à celle de la Chine, ne fut tracée que d'après une carte coréenne apportée de Séoul à Kang-hsi par les ambassadeurs coréens. Elle montre pour la première fois que la Corée est une péninsule. L'hydrographie des côtes n'ayant encore jamais été faite, le contour est inexact, mais la position des villes principales est indiquée avec une précision relative étant donnés les procédés forcément rudimentaires employés pour la détermination desjongitudes et des latitudes. L'erreur par rapport au méridien est la plus forte et à peu près constante.
En 1787, LaPérouse passa en vue de Qnelpaert et remonta I« côte orientale au large de laquelle il découvrit deux lies. Il appela l'une Dagelet du nom de son astronome et nomma l'autre Boussole d'après sa^frégate. Dix ans plus tard, le navigateur anglais Broa-
^ Des hauteurs voisines, ils purent fixer la position des villes coréennes au sud du Tou-mène : Kion-wen, On-son, et probablement Kion-fun et Chou-son.
ghton examinait avec soin les côtes méridionales et orientales, Isdssant son nom à une baie magnifique^ celle dans laquelle se trouve le port ouvert de Gen-san et le port LazarefT, ainsi nommé par le navigateur russe de la frégate Pallas en 1852.
En 1818, les capitaines anglais Maxwell et Baril-Hall examine* rent l'archipel de la côte ouest et, suivant l'usage, laissèrent leurs noms à ces lies et à une baie. Puis vint K. Gutziaff, missionnaire allemand, qui, en juillet 1832, descendit dans quelques lies et sur la côte de la province de GhuUa. Il s'y mit en rapport avec les indi« gènes, y planta des pommes de terre, mais ne put convertir personne et retourna en Chine après un mois d'efforts infructueux ^ L'hydrographie fut complétée par Belcher en 18&5, Oppert en 1866*1868, par les expéditions françaises et américaines : de l'amiral Cécile en 1848 et de l'amiral Roze en 1866, de Tamiral Rowan en 1867, de l'amiral Rodgées en 1871. La première y perdit deux navires, la Gloire et la Victorieuse par échouage. Saint-John examina aussi les côtes en 1878 et la frégate russe Pallas en 1852, sema des noms moscovites dans les baies et sur les caps de la côte orientale \ N'oublions pas non plus notre frégate la Virginie, qui releva une partie des côtes orientales, achevant le travail de la Pallas. Les Anglais envoyèrent aussi le Flying fish faire de l'hydrographie sur les côtes. Grâce à tous ces travaux, auxquels il faut ajouter les levers faits par les offiders de la marine de guerre japoponaise depuis 1882, les côtes de Corée sont aujourd'hui aussi bien connues que celles de la Chine et du Japon. L'intérieur a été très suffisamment étudié par les militaires et les ingénieurs Nippons et le bureau de l'état-major japonsds a publié, depuis 1892, des cartes en caractères chinois et latins qui feraient honneur & nos meilleurs établissements géographiques européens.
Sans vouloir faire ici un cours de topographie coréenne, nous indiquerons seulement les grandes lignes pour décrire rapidement le cadre dans lequel se développera ensuite l'histoire de ce pays. La péninsule coréenne proprement dite s'étend de l'embouchure do fleuve Ya-lou, son point d'attache avec le continent, & la pointe extrême de la province de Tjien-la-to, la plus méridionale. Au nord du Ya-lou, sur le continent asiatique, les domaines de l'empereur deTchio-sen s'avancent jusqu'au cours du Tou-mène, qui lui sert de frontière extrême- nord, de 3&%10 à M"" de latitude septentrionale, cela fait une distance totale de 245 lieues entre les deux
* U était venu sur le navire anglais Lord Amherst, de la Compagnie des Indes orientales, en mission commerciale en Extrôme-Orient.
' Personne de la Pallas ne descendit à terre. On suivit la côte à une distance de 2 à 5 milles pour éviter les bancs et les récifs.
extrémités da pays. La largeur moyenne est de M lieues et le méridien de 125 degrés de latitude de Paris, passe dans la parde centrale de la péninsule. Bien qu'ûnsi placée à la même hauteur aurdessus de l'équateur que la Grèce, l'Algérie et la moitié sud de l'Espagne, le climat est loin d'être aussi tempéré que celui de ces pays privilégiés. Grâce aux eaux qui l'entourent presque entièrement et aux courants chauds du Kuro-sino qui longent ses côtes en nK)ntant au nord, la Corée jouit d'un climat se rapprochant plus de celui du Japon que de celui de la province chinoise du Ghan-toung, bien que sous les mêmes latitudes. La chaleur moyenne en été est de 22 degrés centigrades et l'isotherme de 0 degré centigrade passe au centre de la presqu'île en hiver. Mais les extrêmes de chaud et de froid atteignent ih degrés au-dessus et 16 degrés au-dessous de zéro en juillet d'une part et en février de l'autre. En général il &it sec en hiver, les pluies tombent le plus fréquemment en juin et juillet.
La nature du sol tient à la fois de celle du Japon et de la Ghine du nord. A vol d'oiseau, le pays semble une mer fortement agitée tant les montagnes y sont répandues sur toute la surface. On distingue une chaîne prindpale divisant la péninsule en deux versants dans le sens de sa longueur. Biais elle est beaucoup plus rapprochée de la côte orientale que du centre. U s'ensuit que cette côte est formée de falaises abruptes avec de rares baies et quelques rivières de peu de longueur. On n'y voit que fort peu d'Iles. Le versant occidental forme, au contraire, de longues vallées à pente douce, parcourues par de nombreux cours d'eau, dont plusieurs ont des estuaires navigables débouchant sur une côte profondément découpée par des caps et des golfes importants, au large desquels on observe des milliers d'Iles et d'Ilots rocheux et pittoresquement escarpés. La mer y est semée de bancs de sable et de roches sous-marines, et comme les marées y atteignent, dans la baie de Ranghoa, une différence de niveau de 11 mètres, on juge combien la navigation y est dangereuse ^. C'est l'une de ces marées extraordinaires qui laissa à sec sur les bancs de l'île Kokoune nos deux frégates la Gloire et la Victorieme^ et causa leur destruction totale le 10 août 18i8. Elles s'enfoncèrent dans le sable à mer basse.
Il est plus que probable que la Corée fut réunie à la province chinoise du Ghan-toung aux temps préhistoriques. Les légendes, les traditions s^accordent en cela avec les résultats des observations
^ On ne connaît de plus grandes marées qu'en deux autres points du globe, savoir : la baie du Mcmt-Saint-Michel et celle de Fundy, sur les côtes du Labrador, où elles atteignent respectivement 14 et 30 mètres de hauteur.
géologiques. Les sondages dans le détroit qui sépare les deux pays ont fait partout reconnaitre le fond sous nne épaisseur d'eau si peu conridérable qu'une élévation de quelques dizaines de brasses suffirait pour joindre à nouveau les deux côtes. Entre le ^apon et la Corée, d'autre part, la plus grande profondeur, nous dit W.-Ë. Griffis n'atteint que 83 pieds anglais. Par contre, les sommets neigeux de la diatne de partage des eaux s'élèvent graduellement en montant vers le nord, où le massif du Paîk-tou^ chane^ ou Montagne i la tète blanche de la chaîne du Tchangpauchane (Monts toujours blancs), qui sépare les sources du Ya-lou-kiang et celle du Tou-mène sur la frontière septentrionale, atteint l'élévation d'au moins 3,000 mètres.
Les assises géologiques du sol appartiennent comme au Ghantoung aux terrains primitifs : schistes cristallisés et micacés, grauits et grès calcaires, au milieu desquels on observe de vastes ëpanchements de laves basaltiques d'origine émptive ou volcanique. S'il n'existe plus en Gorée de volcans actifs, on peut y en trouver d'éteints et le sommet du Paik-tou-chane porte un lac profond qui occupe tout l'ancien cratère. On trouve de la houille médiocre, de l'anthracite excellent, de l'or, de l'argent. Ou exploite le fer et un peu le cuivre. L'exportation de l'or, qui était de 4,500,000 dollars en 1898, diminue chaque année.
Avec un climat sibérien en hiver et semi- tropical en été, on comprend que la faune et la flore du pays présentent des particularités remarquables. Le roi des animaux sauvages est le tigre qui y atteint des dimensions extraordinaires : Griffis cite des peaux de 12 pieds de longueur, de la tète à la naissance de la queue. U y est très abondant, surtout dans les solitudes boisées des montagnes du nord, où les forêts respectées par la main de l'homme lui servent de refuge, tandis qu'il a dîsparu dans les provinces voisines de la Ghine, par suite du déboisement complet de cette région. Fait aussi nouveau que remarquable, le tigre de Gorée s'est acclimaté au froid et la nature l'a pourvu à cet effet d'une chaude toison laineuse aussi épaisse que longue. Nous en avons vu dont les poils ou plutôt la laine mesurait jusqu'à 10 centimètres de longueur en certains endroits. On comprend qu'ainsi vêtu le tigre coréen puisse vivre dans les neiges glacées du Tchang-paî-chane. n n'hésite pas à attaquer les habitants qui, chaque année, fournissent nne liste considérable de victimes. Quand les vivres lui font défaut, il descend même jusque dans les villes, et des Européens résidant à Gensan en ont vu, la nuit, dans les rues de ce
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port de mer. On trouve encore dans le pays une sorte de^ léopard, des ours et des chats sauvages. Les daims et les cerfs, dnsi que les sangliers, sont communs. On fait aux cerfs une chasse acharnée au moment où les nouveaux bois poussent sur leurs fronts. Ces jeunes cotnes, recouvertes de leur duvet soyeux, sont un article de commerce très important. On les vend aux Chinois qui en font une médecine payée au poids de l'or. Dans le sud, les singes sont communs au grand dommage des cultivateurs dont ils dévastent les plantations. L'alligator, qui a disparu et qu'on ne trouve plus que rarement en Chine, était abondant, paralt-il, au temps de Hamel, dans certaines rivières où l'on trouve encore, dit-on, la salamandre monstre du Japon. Des poissons d'eau douce, qu'on ne trouve que rarement dans les eaux fangeuses des provinces maritimes du Céleste Empire, habitent les ondes claires des torrents à cascades du Tchio-âen. C'est ainsi qu'on y pèche la truite et le saumon, de même qu'on y trouve une espèce d'écrevisse spéciale au pays et dont notre ami, H. CoUin de Plancy, a rapporté au Muséum de Paris les premiers spécimens. On ne nous dit pas si on y observe, comme en Chine, des crabes et des crevettes d'eau douce. Les eaux marines sont d'une richesse extraordinaire en poissons comestibles. Les harengs y abondent tellement qu'on ne peut consommer tous ceux que rapportent au port les flottes de pèche coréennes. On les vend aux Japonais pour en faire de l'engrais. La morue est aussi commune que le hareng, et nous n'en finirions pas si nous voulions citer ici la liste interminable des poissons comestibles de ces mers.
Les baleines de diverses espèces fréquentent les côtes, et feu Mgr Ridel nous a raconté à Tchéfou en 1876 qu'il avait observé plusieurs fois dans ses traversées de Corée au Chan-toung de nombreux troupeaux de ces mammifères marins, au grand effroi de ses pauvres bateliers. Des baleiniers anglais et américains ont, à diverses reprises, fait la chasse aux cétacés, msds il parait qu'ils sont beaucoup moins gras que ceux des latitudes plus froides. Nous avons eu nous-mème l'occasion de voir dans ces parages plusieurs espèces de phoques. Les chasseurs japonais nous ont assuré qu'on y trouvait encore quelques rares incÙvidas de la loutre de mer {Euhydra marina) dont une peau entière et parfaite nous a été offerte pour la somme de 2,500 francs. C'est, en effet, avec la martre zibeline et le renard bleu, une des plus belles fourrures que Ton connaisse.
Parmi les produits de la mer, plusieurs auteurs, se copiant sans doute les uns les autres, ont mentionné la nacre et les perles qui seraient, parait-il, abondantes. On a parlé aussi de l'existence d'épongés de plusieurs espèces dont les Coréens ne feraient d'ùlleors
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aucun usage. Or, peudant nos excursions sur les côtes du cap Chan-tonng, situé à 80 nulles seulement à Tonest de la Corée, nous n'ayons constaté l'existence d'aucune pintadine mère-perles, coquille qui, comme l'on sait, produit la nacre et les perles. Le capitaine de frégate H. Jouan, qui a séjourné plus d'un mois sur la côte ouest de Corée, en 1866, comme chef d'état-major de l'escadre de Chine et du Japon, et y a fait des recherches scientifiques, n'a vu que quelques bivalves du genre Vénus et d'excellentes petites huUres, les mêmes que nous avons bien souvent mangées à Tchéfou. Les plages sont trop vaseuses pour que les mollusques à coquille y soient abondants. Nous pensons donc que s'il y a des perles en Corée elles y sont fournies, comme en Chine d'ailleurs, par les moules perlières d'eau douce. Nous doutons aussi très fort de l'existence des éponges, dont ne parle, d'ailleurs, aucun naturaliste sérieux, étant donné qu'il n'en existe pas sur la côte voisine du Cban-tOQDg. Il en est de même des bancs de coraux que Griffis dit exister sur les côtes de la province méridionale de Chul-la et dont il décrit, avec un poétique enthousiasme, les teintes splen- ^des de toutes les couleurs du prisme. « Dans ces parterres sousmarins, au milieu des formes protéennes des branches de corail, de monstrueux madrépores ayant la forme de cervelles, de plats, de champignons gigantesques, se dressent des éponges du rouge le plus foncé et se promènent des étoiles de mer du bleu le plus éclatant..., les plages sont, à certains moments, complètement bleuies par des milliers de crabes. » Telle est cette description plus pittoresque qu'exacte, croyons- nous, des côtes sud de la Corée.
Notre auteur n'est pas moins enthousiaste quand il parle de la richesse du règne végétal. Les montagnes sont couvertes de bois de plusieurs espèces, parmi lesquelles op peut citer le pin de Corée, les chênes variés, l'orme, le vernis; les camélias y sont à l'état sauvage et atteignent de fortes dimensions. Au printemps et en été, les collines sont émaillées de fleurs nombreuses; on y remarque les azalées, les muguets, les lys rouges et jaunes, quantité de labiées odorantes. Les montagnes du nord fournissent au commerce la racine du ginseng, sorte de panacée universelle estimée au poids de l'or dans toute la Chine et qui formait autrefois la partie la plus importante du tribut apporté chaque année à la cour de Pékin par les ambassades coréennes.
Les plantes de grande culture, qu'on y exploite, sont, au nord, les céréales : orge, froment, sarrasin ou blé noir ; le maïs et les haricots, qui donnent une riche moisson, exportée en grande partie au Japon. Dans le centre et les provinces méridionales, on cultive le riz, qui y forme le fond de l'alimentation des habitants.
Ils en tirent aussi par la fermentation et la distillation une boisson enivrante. Les plantes textiles y sont représentées par le chanvre, dont une espèce atteint les dimensions d'un arbuste; par le coton herbacé, malheureusement à courte soie et, par suite, de qualité inférieure. L'ortie de Chine fournit la matière dont sont tissés la plupart des vêtements du peuple. Les riches s'habillent de soie sauvage dont les vers vivent surtout sur les chênes, car les mùrim sont rares. Le mûrier à papier donne des fibres employées pour la confection d'un papier très solide exporté dans toute la Chine.
Dans les jardins potagers, on cultive en abondance des choax, des navets, des oignons et de nombreuses variétés de melons, pastèques, citrouilles, gourdes, etc. Les arbres à fruits les plus communs sont une sorte de néflier, des châtaigniers, le kaki aux fruits d'or. Les poires sont petites et dures, les pommes cotonneuses, les raisins sont aigres et peu communs. Les pommes de terre ont été introduites par Gutziaff, en 1832, mais la culture en est, dit- on, défendue par le gouvernement; on ne sait trop pourquoi. Les Japonais ont apporté le tabac à la fin du seizième siècle.
Les Coréens possèdent comme animaux domestiques des petits bœufs dont la viande est excellente. Les moutons et les chèvred ne réussissent pas mieux en Corée qu'au Japon. On les importe Ûê Chine pour les sacrifices. Les chevaux sont communs, petits^ à grosse tête et fort laids; quant aux ânes et aux mulets, ils sont peu nombreux. Les chiens sont légion, de toutes les vilaines races; ils servent d'animaux de boucherie autant que de compagnons de l'homme, et les oies les remplacent, paralt-il, pour la garde. Les oiseaux de basse-cour sont représentés surtout par les gallinacés; coqs et poules ressemblent aux nôtres. Les oiseaux sauvages les plus abondants sont ceux des espèces aquatiques. On voit partout voler le milan à oreilles noires qu'il est défendu de tuer; l'aigle, la grue, la cigogne, le héron, les pigeons et faisans sont aussi communs en Corée qu'en Chine et au Japon. Les pies et les moineaux pullulent et sont très familiers.
Il y a, dit le conmiandant Jouan, beaucoup de serpents; quelques espèces, entre autres la vipère, sont, dit-on, redoutables. Les tortues d'eau comptent plusieurs variétés, mais la tortue de terre semble inconnue, bien qu'on la trouve souvent représentée dans les monuments officiels. Dans ce cas, sur le dos d'une immense tortue d^aspect plus héraldique que réel, s'élève une stèle portant un édit impérial ou une inscription funéraire.
La classe des insectes est presque inconnue, peu de naturalistes ayant encore collectionné dans ce pays. Nous avons déjà parlé des vers à soie sauvages du dhène, nous possédons aussi des cocons
d'an ver à soie do mûrier, qui paratt une variété spéciale à la Corée et qoi a été importée au Ghan-toung par les pèchears de cette province de Chine. L'apiculture doit être en honneur si l'on en juge par les beaux g&teaux de dre d'abeille et le bon miel qu'a trouvés l'expédition française de 1866 ^
GàRAGTÈRE DES HABITANTS
Maintenant que nous connaissons la nature du pays, ses productions dans les trois règnes de la nature, il convient d'étudier un peu le caractère de ses habitants.
Le sang des aborigènes s'est tellement mélangé avec celui des Huns, Kitans, Mongols, Tartares, Japonais, qu'il est extrêmement diffidie de se £Bdre une idée exacte du type primitif. Les explorateurs constatent que les Coréens du nord rappellent les Toungouses. Au centre, ils ressemblent aux halntants des Lion-tchou, c'est-àdire aux Malais ou Indonériens qui formèrent sans doute la population primitive connue dans le sud du Japon. Dans les provinces du sud, le type japonais domine. En général, ils appartiennent à la fomille des sous-bracbycéphales. Gomme leurs voisins chinois et japonais, ils ont les cheveux, la barbe et les yeux noirs. On en trouve cependant quelquefois avec des cheveux châtain, même cliâtain clair, et des yeux bleus. On n'a pas, que nous sactnons, expliqué cette anomalie. Pour nous, ce sont les descendants des Hdlandais du Bolandià et du Sperwer qui ont lait souche pendant leur longi:^ captivité dans le pays. Les Coréens ont le teint cuivré, le nez court et épaté, les pommettes ssdllantes, la tète et la figure arrondies, les sourcils élevés. Ils ressemblent plus aux Japonûs qu'aux Chinois, mais ils sont plus grands et plus vigoureux que les Nippons. Les hommes ont la barbe rare et composée de poils laides; comme chez les Chinois, elle ne pousse que tardivement. Les femmes sont plus chétives et laides. Chez les deux sexes, les extrémités sont fines ainsi que leurs attaches et Ton met son orgnâl dans le développement de la chevelure. Les hommes la portent nouée en un chignon ovoile sur le sommet du crâne. Les femmes relèvent leurs cheveux en bandeaux plats formant phisieurs coques se dressant ao-dessus du front ou retombant sur les épaules. Les jeunes garçons les portent tressés en nattes comme les filles avec lesquelles on les confond facilement. Le chignon ne
^ Aperçu sur Vhistoire naturelle de la Corée^ par M. H« Jouaa dans Mémoires de la Société impériale des sciences naturelles (et mathématiques) de Cherbourg^
t. xin.
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se porte qa'aprës le mariage qui se contracte de bonne heure, de huit à dix ans, suivant H. HameU Les femmes se rasent alors les sourcils en une ligne étroite, décrivant un arc parfaitement net.
Le costume remonte à l'époque des Uings. Pour les hommes, il comporte un large pantalon bouffant, serré à la cheville, une longue redingote forme cloche ou un veston court; le tout en toile d*onie ou en coton, de couleur blanche. Ces vêtements sont à peine cousus, le plus souvent ils ne sont que faufilés ou mèiue colley On les défait entièrement pour les blanchir, puis on les bat pendant six à huit heures sur une pierre de granit avec des bâtons ce qui leur donne une surface brillante comme le ferait le repassage ou le calandrage. Les femmes passent leurs journées et souvent une partie de leurs nuits à cette opération aussi longue que bruyante. Les femmes portent un caleçon de dessous collant, un pantalon assez large descendant jusque sur le pied; un jupon attaché sous les seins que laisse entrevoir une petite camisole fort courte. Celles de la société mettent par- dessus, pour sortir, une vaste mante de soie verte; comme coiffure, elles portent une sorte de petit bonnet de police en soie noire. Les mandarins possèdent aussi des vêtements de soie de couleur. Le noir n'est jamsds porté en vêtements. Les chaussures consistent en larges chaussettes ouatées, par-dessus lesquelles on met des souliers chinois en bois, cuir, feutre ou papier. Une foule coréenne ressemble de loin à une bande de grands échassiers blancs. Quant aux enfants, ils vont nus la plupart du temps.
La Corée est le pays de chapeaux étranges; leurs formes varient suivant la classe. Celui de l'homme du peuple ressemble à un pot de fleurs renversé muni d'un large bord plat. Celui des mandarins n'a pas de bord, mais il possède souvent deux ailes latérales, comme la coiffure des anciens chinois. Ce qui rend ces couvrechefs tout à fait singuliers, c'est qu'ils sont formés par un tissu léger en fibres de bambou, de palmier ou en crin, à trame si ouverte qu'on voit le jour au travers. Ils ne protègent donc ni de la pluie ni du soleil et pendant les grandes ondées d'été on les recouvre d'un large cône en papier huilé qui remplace le parapluie et abrite la tête et les épaules. Ces chapeaux sont invariablement vernis en noir. On place au-dessous un serre-tête en coton et une sorte de bonnet ogival que Ton garde dans l'intérieur et qui est destiné à protéger le chignon. Comme en Chine on ne doit jamws se découvrir la tête complètement, ces chapeaux atteignent souvent.des prix fort élevés, de 12 à 30 dollars; ils sont donc la partie la plus dispendieuse du costume coréen. Le chapeau de deuil est un cône de paille tressée, non à jour, qui descend jusqu'au dcs-
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SOUS da menton et cache complètement la figure devant laquelle on porte par surcroît de précaution un petit écran tenu à la main. Il a longtemps servi à nos missionnaires pour passer inaperçus, alors qu'il y avait pour eux danger de mort à pénétrer en Corée.
Le Coréen est aimable et hospitalier, sa maison est toujours ouverte au voyageur et s'il a fermé son pays aux étrange!^ jusqu'à ces derniers temps, c'est qu'ayant cruellement souffert des invasions chinoises et japonaises, il avait pris parti cont'fé'^le monde entier dont il se défiait et pour cause. Etant d'ailleurs profondément orgueilleux, il méprise les étrangers, nuds il ne laisse jamais paraître ce sentiment, grâce à sa bonne éducation et quand les circonstances le forcent à recevoir des Européens, il se montre toujours poli à leur égard. Aussi n'entend-on jamais en Corée les épithëtes grossières et les insultes graves que ne cessent de lancer aux étrangers les habitants de la Chine. Ce qui n'empêche qu'au fond de leur cœur, les Coréens nous vouent volontiers à la mort et aux gémonies. Voleurs acharnés, ils sont aussi menteurs que débauchés. Us dépassent de beaucoup en fourberie et immoralité les Chinois et les Japonais eux-mêmes, ce qui n'est pas peu dire. Ce sont les plus grands ivrognes de l'Extrême-Orient. Nous promenant un jour à cheval, dans la rue des Légations à Pékin, nous vîmes deux individus vêtus de blanc, maculés de boue, se précipiter au-devant de notre monture pour nous barrer la route. C'étaient deux membres de l'ambassade coréenne, saouls comme des grives. Jamais nous n'avons vu un Chinois ivre dans la rue. Très paresseux, ils passent leur temps à se promener, à boire et k fumer de petites pipes en métal emmanchées d'un tuyau de bambou de plus d'un mètre de long. Riches et pauvres ne peuvent s'en pasiser, et quand ils ne s'en servent pas, les travailleurs et les porteurs de fardeaux les fichent dans le collet de leur vêtement. Les fonctionnaires vivent sur le peuple qu'ils pressurent sans miséricorde, aussi lé paysan ne cultive -t-il que juste ce qu'il lui faut pour vivre. Comme chez toutes les nations musulmanes et païennes, la femme n'est qu'une bête de somme. Aucun homme ne songe à travailler, quand il peut faire besogner sa femme à sa place. La polygamie est autorisée et on prend autant d'épouses qu'on en peut nourrir. En conséquence, la femme est absolument méprisée, au point qu'une fois mariée, elle n'a même plus de nom. Après son mariage, qui en somme n'est qu'un achat, elle doit vivre séquestrée dans le gynécée et ne plus recevoir que ses parentes les plus proches; quant aux hommes, ils ne peuvent, sauf le mari, pénétrer sous 10 FévRiiR 1904. 30
aucun prétexte dans l'appartenient des femmes. Il jouit par suite du droit d'asile et il faut employer mille subterfuges pour arrêter un mari réfugié dans la chambre de son épouse.
Les Coréens sont si jaloux de leurs femmes qu'on a tu des maris les tuer parce qu'un étranger les avrait touchées du bout du doigt. D'autres ont tué leurs filles et des femmes se sont suiddées pour la même raison. Une veuve ne peut se remarier^ die se déshonorerait par le fait, et ses enfants du second lit seraient considérés coo^me illégitimes. Cette modestie exagérée conduit souvent aux désordres qu'elle cherche à éviter et les jeunes veuves deviennent la plupart du temps les concubines de ceux qui veulent bien les entretenir. Dans le bas peuple, ob l'on ne peut se payer de domestiques, les seconds mariages ne sont pas défendus par la loi ou la coutume et les jeunes veuves ne se suiddent pas comme cela arrive dans les familles nobles.
Le Coréen est dur i la misère et à la fatigue. Le soldat est courageux jusqu'à l'héroïsme quand il combat derrière un rempart, Par contre, il lâche pied facilement en pays découvert. Chez les Coréens du Nord, on trouve une classe de chasseurs particulièrement braves, qui, armés d'un mauvais fusil à pierre ou ;d'armes blanches, s'attaquent aux tigres énormes qui dévastent le pays. Ce sont eux que l'on opposa aux expéditions françaises et américaines en 1866 et 1871.
La religion des Coréens est un mélange de bouddhisme et de shamanisme, ou même de fétichisme. Le peuple est surtout matérialiste, aussi dit-il que seuls les nobles ont une âme. Les lettrés prétendent suivre la doctrine de Gonfudus. Tous sont extrêmement superstitieux et croient i l'infloence des démons. On raconte qu'au palais l'empereur actuel ne peut s'endormir que quand toutes les jnèces sont éclûrées à la lumière électrique, parce qu'elle met en fuite les génies malfaisants. Aussi l'électriden est-il l'employé le plus régulièrement payé, car quand ses honoraires sont en retard, la machine se détraque aussitôt et ne peut être remise en marche que lorsqu'il a reçu le montant exact de sa solde.
La langue coréenne est une langue nationale différant du chinois, du mandchou et du japonais. Cependant, partout en Corée, l'on étudie et l'on écrit la langue et l'écriture chinoises. Chacun l'apprend avec le coréen, au moyen de livres spéciaux portant un double texte, comme nos traductions interlinésdres des auteurs grecs. Cette comparaison est d'autant plus exacte que les caractères chinois différent complètement des lettres coréeimes. L'époque