‹ Le CorrespondantChapitre 73 sur 171 · U GOBÉE · texte numérisé non relu

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de llntroânctioQ du chinois en Corée est indécise, les missionn^dres catholiques auxquels nous empruntons ces données estiment qu'elle date probablement de 1122 ayant Jésus-Christ alors que Kwd Ize, prince fondateur du royaume, occupa le pays^ U dyUisa les sauvages habitants, leur enseignant les rites et la musique. Sa capitale était Hpyeng-yang. Les livres coréens antérieurs sont oubliés ou ont presque tous disparu. Aujourd'hui, on n'écrit et hnprime en coréen qu'un peu de poésie et des histoires pour les fenunes et les enfants.

La langue savante est le chinois. II sert à rédiger les annales du royaume, les actes administratifs et diplomatiques, les édits royaux, les proclamations des mandarins, les livres de sdence et les inscriptions sur les monuments. Pour les proclamations au peuple, on y ajoute le texte coréen. Les examens roulent sur le chinois qui, seul, est étudié dans les huit grandes écoles du gouvernement. Même pour les relations ordinaires de la vie, les savants, les nobles ou les lettrés emploient de préférence les idéogrammes chinois. Ils poussent même l'affectation jusqu'à ne pas savoir lire les livres en caractères coréens, qu'ils laissent, disent-ils, aux fennnes et aux enfants. C'est ainsi que nous avons connu des Russes qui savaient toutes les langues de l'Europe et prétendûent ignorer celle de leur pays.

Tous les livres imprimés en Corée par les missionnaires catholiques, étant destinés au plus grand nombre, sont naturellement en coréen, que les fenmies et les enfants apprennent très ra(ûdement. Voilà pour la langue écrite. Pour ce qui est de la langue parlée, personne, sauf les int^prëtes du gouvernement, ne parle le chinois. Il faut donc, en Corée, connaître deux langues : le chinois pour lire et écrire, le coréen pour parler. Mais beaucoup de mots chinois sont entrés dans la langue du Tchio-sen avec une légère modification dans leur prononciation. Les lettrés s'en servent fréquemment, et le peuple lui-même les emploie souvent. Il en résulte que le pur coréen primitif n'est parlé en aucun lieu. Le style des livres en langue coréenne diffère du langage ordinaire en ce qu'il est plus châtié et qu'il fait usage de nombreuses terminaisons et tournures qui ne sont plus usitées en parlant.

Le style épistolaire diffère aussi dp style des livres et du langage ordinaire par certaines formules ou expressions usitées seulement dans les lettres.

Nos missionnaires estiment que le coréen appartient à la famille des langues tartares. La granmiaire coréenne ressemble à celle des langues du sud de l'Inde, dites dravidiennes. Dans beaucoup de

* Orammaire coréenne et Dictionnaire coréen-français, par les miitionnairet de Corée de la Société des Missions étrangères de Paris, Yokohama, 1881.

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cas/ les règles sont identiques et les mots coréens eux-mêmes rappellent les mots dravidiens. L'alphabet coréen, dit Nido, est d'une remarquable simplicité. On a même dit qu'il étmt le plas parfait et le plus simple de tous les alphabets connus, et s'il faut en croire Griflis, « de nombreux lioguistes prétendent que les Indiens Ghoctaws et les Coréens ont les deux seuls alphabets du monde qu'on puisse considérer comme parfaits t ». U fut inventé, en 14i3, par Syei-Tjong, un souverain du royaume coréen de Shinra qui semble s'être inspiré des caractères sanscrits et aussi des traits élémentaires des idéogrammes chinois ^. « La classification des lettres, nous dit M. Maurice Gourant, le savant auteur de la Bibliographie coréenne ^^ se rapproche de celle des caractères sanscrits autant du moins que la nature de la langue le permet. L'alphabet coréen vient donc du sanscrit, ou directement, ou en passant par le tsen mon chinois. » U se compose de vingt- cinq lettres, à savoir : onze voyelles très simples dérivant de la ligne verticale et de l'horizontale, et d'un point circulaire ou quelquefois triangulaire; quatorze consonnes composées avec les deux lignes ci-dessus et deux obliques, ce qui leur donne une certaine ressemblance avec quelques-uns des caractères chinois les plus simples ou des caractères japonais.

Gomme le chinois et le japonais, le coréen s'écrit au pinceau, eu lignes verticales se succédant de droite à gauche. 11 en est de même des pages d'un livre qu'on commence ainsi par la dernière. Les syllabes se suivent d'abord, une ou deux sur l'horizontale, puis sur la verticale. Les mots ne sont jamais séparés et la ponctuation n'eçt établie que par des terminûsons spéciales des mots, qui indiquent aussi les formes des temps. Pas plus qu'en chinois ou en japonais il n'existe de capitales. Les alinéas s'indiquent en relevant les caractères au-dessus de la colonne ou en laissant des blancs. Il y a, comme dans les langues des pays voisins, une écriture cursive, liant les mots entre eux, ce qui en rend la lecture extrêmement diffidle pour les non-initiés.

G'est à nos missionnaires français qu'on doit la première connaissance de la langue coréenne. Une étude parut en 1864, dans le Journal asiatiqtie^ sous la signature de Léon de Rosny, d'après des données fournies par Mgr Ridel. Les premiers textes en coréen parurent en une étude plus complète, dix ans plus tard,

^ Corea, the Hermit nation, p. 47.

' Bibliographie coréenne. Introduction, p. c.

^ D'après Griffis, son invention daterait du commencement du huitième siècle, et serait par suite antérieure à celle de l'alphabet japonais Kata-kana qui date du neuvième siècle, celui-ci serait alors dérivé du coréen.

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dans rintroductioD de Y Histoire de FEglise de Corée de l'abbi Gb. Dallet. Un 8avaDt anglais, E. Satow, affirme, d'après des livres coréens en sa possession, que rimprimerie en caractères mobiles faits de terre coite, remonte en Corée à Tannée 1317. Notre non moins savant interprète, M. Courant, critique cette date et établit sur documents qu'il possède et sur des livres existant à la Bibliothèque nationale de Paris, qu'ils furent imprimés un peu plus tard. Il cite un décret royal ordonnant la fonte de 100^000 caractères mobiles en cuivre, daté de 1403. SI l'on commande une pareille fonte à cette époque, c'est, croyons-nous, que l'on connaissait déjà depuis longtemps l'impression en caractères mobiles, qu'ils fussent en bois, en terre cuite on en cuivre, peu importe. Ce qu'il faut remarquer, c'est que les Coréens imprimèrent en caractères mobiles près d'un siècle avant Gutenberg, et qu'ils dépassèrent de bonne heure la Chine elle-même, où l'on avait inventé sous les Soung, Â20 A78, l'impression par planches gravées sur bois, dite xylographie.

àRTS ET MàNUFAGTUBES

Enfermés dans un isolement absolu jusqu'à ces dernières années, les Coréens, loin de faire des progrès dans les arts et les manufactures, ont, tout au contraire, rétrogradé. Nous sommes bien loin de l'époque où ils introduisaient au Japon le bouddhisme et sa littérature. En 1592 les premiers potiers coréens furent amenés au Nippon par les lieutenants de Taîko-sama; ils y découvrirent des gisements de kaolin et enseignèrent aux habitants de Satsuma l'art de fabriquer ces tameuses porcelaines dont le secret a été perdu depuis. A partir de cette même époque, les Coréens cessèrent d'enterrer des vases funérûres avec leurs morts et l'art de la poterie disparut peu à peu. Ils ne produisent plus aujourd'hui que des poteries communes et les échantillons de porcelaines coréennes sont devenus si rares que la magnifique collection de céramique orientale de M. E. Grandier, au Louvre, n'en possède à notre connaissance qu'un ou deux échantillons.

Nous avons vu quelques coffrets de fer niellé d'argent qui sont réputés pour être d'anciens chefs-d'œuvre coréens. Aujourd'hui cette industrie n'existe plus dans le pays. Les meubles en laque incrustés de nacre que l'on y produit actuellement sont grossiers en comparaison des meubles anciens. On peut dire que l'art coréen n'existe plus an sens esthétique du mot^ La Corée n'offre au

^ L*art coréen n'existe pi as, il n'a jamais existé de fait. Venu en Corée avec le bouddhisme, c'est l'art indien, et il a disparu avec le bouddhisme à

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coltectionnenr moderne que des éventails et écrans en papier ou soie et bambou, recouverts d'an vernis jaune doré qui sont assez prisés en Chine. Les chapeaux en délicates fibres de bambou verni sont un autre objet de curiosité. Quant aux paravents et aux tableaux coréens exécutés sur papier, ils dénotent plus d'originalité que de talent. Les artistes anciens avaient de la valeur.

On dit que les Japonais doivent encore aux Coréens Tart de la musique. Or la musique coréenne moderne est, pour les oreilles japonaises, un véritable supplice; que serait-ce pour les nôtres? Elle est pourtant assez souvent mélodieuse, mais on la gâte par l'accompagnement tapageur de cymbales et de tambourins. On trouve en Corée une grande variété d'instruments de musique, d'ailleurs plus curieux à voir qu'agréables à entendre jouer.

L'industrie coréenne par excellence est celle du papier. Comme au Japon, on s'en sert pour une quantité d'usages inconnus en Europe. La matière première diflTère selon les qualités. On emploie le chanvre, le coton, les tiges du haricot traçant. Le meilleur est fourni par le liber du mûrier à papier; certaines musons de curiosités japonaises l'ont mis i la mode, il y a quelques annéels, comme papier à lettre. Il a la qualité, très appréciée en Corée, d'être indéchirable, ce qui permettait difficilement de détruire les ma* nnscrits autrement que par le feu. Autrefois les soldats coréens portaient des armures faites de dix à quinze épaisseurs de ce papier. On prétend qu'elles résistaient aux balles des fusils de l'époque. Actuellement, il sert aussi en guise d'étoffe pour la confection des vêtements; on le rend imperméable en l'enduisant d'huile ou de ' vernis. Dans cet état, il remplace les vitres des fenêtres et on en couvre les murs et les planchers des maisons.

L'architecture n'existe pas à proprement parler. Les murailles des villes, quelques rares temples et palais sont inspirés par i*architecture chinoise. La plupart des maisons sont des huttes en lerre couvertes en chaume. Les Coréens ont pourtant une manière à eux de construire les murs solides quand ils veulent s'en donner la peine : les pierres à peine taillées sont maintenues entre elles par les mailles d'un filet de cordes qui, sertissant les moellons, donnent aux murailles un aspect tout particulier qu'on ne trouve qu'en Corée. Leurs meubles sont réduits à la plus simple exprès-

la fin du quatorzième siècle. Telle est Popinion du colonel américain Chailli Long Bey, ancien ministre des Etats-Unis à Séoul. Pour sirRutherford Âlcock, anden ambassadeur de la cour de Saint- James à Pékin, sur toute rétendue de TAsie et parmi les races mogole, tartare et turcomane un sentiment d'art dans n'importe quelle forme faisait absolument défaut. La Corée ou Tchosen par le colonel Chailli Long Bey. Annales du musée Guimet, t. XXVI, !'• partie.

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son; chez les pauvres on ne trouve, eu gcdse de Ut, qu'une bûche de bois posée à terre et servant d'ordUer ; Ton se couche tout habillé sur le sol eu terre battu ou en briques. Le pays étant très froid, l'hiver on établit le plancher sur une sorte de calorifère rappelant les hypocaustes des thermes romains. Le combustible est introduit à une extrénûté et la fumée sort de l'autre par un trou au ras du sol. Il n'y a pas de cheminée, ce qui rend les rues fort pénibles à traverser quand tous ces calorifères primitifs fonctionnent, ce qui arrive pendant presque toute l'année; les Coréens étant extrêmement frileux dorment sur le sol chauSë même pendant Tété. Les gens riches possèdent un lit fort bas en bois peint ou laqué et de forme chinœse, quelques fauteuils et de petites tables basses i la mode japonaise. Chez les pauvres, il n'y a que la petite table et l'on s'asseoit par terre.

Nous allions oublier, ce qui eût été vraiment dommage, de mentionner le meuble le plus utile et le plus indispensable même des intérieurs coréens. C'est, réduit à sa plus simple expression, le vase sacrificatoire de l'autel de Cloacina^ pour tout dire en un mot de cette langue à laquelle toutes les allusions et même les mots propres sratpermissansoffeDserl'honnêteté.Lesgens de marque nevoyagent jamais sans emporter avec eux la partie principale de ce tr6ne intime I Un voyageur français en Corée, M. Varat, voyant la suite de tons les nobles coréens porter, dans un filet, un vase de cuivre poli en forme de sphère suri)ais8ée scâgneusement fermé par un large ooaverde bombé, le prit tout d^abord pour un de ces vastes drageoiis, que Ton voit en Chine dans tontes les processions accompagnant les jeunes fiancées i la demeure de leur futur époux, et qui contient les douceurs de la confiserie indigène. Informations prises aaprès du commissaire du gouvememoit français à Séoul, void l'humoristique explication qui lui fut donnée.

Ce vase si brillant n'est pas ce que vous croyez; il est bien plus nfile. « Le mandarin lui-même dans toute la pompe de ses voyages oiciels, le traitant presque à l'égal de ses propres sceaux, l'emploie comme contrepoids sur le cheval qui le porte. Mais quel est donc «m usage? 11 sert de jour et de nuit, dans la solitude et en pleine réanion, enfin, chaque fois que la nécessité s'en fait sentir. Voici comment : sur un signe, le préposé vous le remet en main propre, et on le glisse doucement sous sa longue redingote. Sa fonction remplie, remettant prudemment le couvercle, on le sort de l'asile où il a été un instant caché pour le rendre au serviteur attentif; celui-ci sait ce qu'il lui reste à faire pendant qu'on continue tranquillement la conversation comme si rien ne s'était passé. De plus, ce meuble tient lieu de crachoir et remplace au

besoin un bougeoir lorsque son propriétaire en a fait disposer le couvercle à cet effet. Enfin, précieuse cassette! il sert souvent d'oreiller aux déshérités de ce monde. Aussi vu son quintuple usage, ajouta M. Gollin de Plancy, je vous conseille lorsqae vous en parlerez de l'appeler le vase national >. n

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