AU PAYS DE « LA VIE INTENSE
SUR la Lorraine et a new-york
Gompagnoni de traversée : les femmes qu'on exile; colons canadiens. — New- York vu d'un monastère. — La religion aux Etats-Unis en 1903. — Chinois, Italiens, Juifs. — Un pays où tous se supportent.
Est-ce à cause du cher nom de Lorraine^ qui était celui de notre paquebot? Est-ce la hantise de rhumiliation et de la douleur que nous venons de subir en voyant un représentant de TAlsace chassé de France à titre d'étranger? Est-ce l'inévitable effet des préoccupations qui depuis trop longtemps alarment, en notre pays, les amis de la religion et de la liberté? Je ne sais, mais l'un des premiers souvenirs qui me reviennent du récent voyage aux Etats-Unis est celui de quarante-deux exilés, — vingt- six religieux et seize religieuses, — qui, le 23 août dernier, quittaient avec nous le Havre pour chercher au delà des mers une terre où il ffiit pemûs de s'unir dans la prière et dans le service du prochain.
Pour être ainsi chassés de leurs demeures, spoliés de leurs biens, empêchés de gagner leur vie, moralement contraints de s'expatrier, qu'ont fait ces criminels? Je n'ai pas à le leur demander; mus je m'informe du lieu où ils cherchent asile, et j'apprends qu'ils vont, — ceux qui le savent d'avance 1 — les uns au Canada, les autres dans le Texas, province de l'ancienne Louisiane, c'est-à-dire tous en des pays qui furent jadis nôtres et qui ne le sont plus. Où finit le nom français commence maintenant la liberté. Nos pays même de protectorat ne les recevraient point : un mois avant notre départ, le gouvernement de Paris, ne pouvant agir lui-même, a fait signer au bey musulman de Tunis la fermeture des écoles catholiques françaises dans toute la Régence. Les religieux, du reste, et les religieuses ne sont pas obligés de fuir jusqu'à nos anciennes colonies de l'Amérique du Nord l'ombre inhospitalière du drapeau français, ils peuvent, s'il leur convient, et quelquesuns l'ont fait, se réfugier plus près de nous : en Alsace-Lorraine.
La cruauté de ce dernier trait m'est imposée, comme de force, par le spectacle, que j'ai sous les yeux, de quatre religieuses de Sainte-
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Ghrétienne de Metz expiant aujoard'bai Terrear d'avoir n^tguère opté pour la France. La maison-mère était dans le chef- lieu de la Moselle. En 1871, la congrégation se partagea en deaz; la plupart des sœurs vinrent s'établir, pour rester Françaises, à Longnyon, de ce côté de la frontière; d'autres gardèrent le couvent et les œuvres de Metz. Les deux groupes se sont développés, depuis lors. Maintenant celles qui ont opté pour l'Allemagne jouissent de la paix et de la tolérance; quant aux imprudentes qui se sont fiées à nous, elles sont, l'une après l'autre, chassées de leurs demeures, sans qu'on leur laisse seulement le droit de gagner leur vie en donnant l'éducation, seul métier qu'elles possèdent. Et elles ne savent ob aller. Les quatre dont je parle sont envoyées en Amérique à peu près au hasard, chargées de trouver où elles pourront des asiles et du travail; leurs sœurs de France, au nombre de cinq cents, exposées chaque jour à être mises dehors, — car cela se îeài arbitrairement, et quand il platt à nos fonctionnaires, — attendent avec anxiété le succès de cette mission. Quelques-unes sont déjà au Havre, d'autres en des ports anglais, campées là pour un temps qu'elles ignorent. Six mois se sont écoulés au moment où paraissent ces lignes, -et c'est à pdne û nous conunençons à entrevoir le succès de nos démarches; une seule maison nous est ouverte, à Salem, dans le Massachusets. J'en parle de ce ton personnel, car je me suis attaché à ces exilées, j'ai cherché avec elles, j'û assisté à leurs angoisses et, avant de toucher, comme maintenant, à la fin probable des misères, j'ai fait pour elles et avec elles des centaines d'infructueuses démarches. Je les ai suivies et les suis encore par correspondance; une fois je les ai retrouvées qui avaient couru sans succès les longues routes des Etats-Unis, échouées à Montréal pour quelques semaines dans le couvent généreux des Sœurs Grises. J'aurais voulu que pour un moment leurs prescripteurs fussent là, devant ces femmes exténuées et en larmes : ceux qui les persécutent sans savoir ce qu'ils font, et ceux qui, le sachant, se figurent que l'histoire oubliera leur lâcheté.
Les pauvres femmes I Elles me demandaient pourquoi M. Combes leur voulût du mal, et quand est-ce qu'on les rappellersdt. Comme si elles n'étaient victimes que de l'aveuglement passager d'un hoomie, et tant elles sont bien informées de cette politique au nom de laquelle on les pourchasse I
Trois étaient Françaises; on leur avût adjoint, à cause de la langue, la seule Anglaise qui fût au couvent. Et non moins que les autres, celle-là souffrait de quitter notre pays, la patrie de son âme et de son cœur, où, toute jeune, Mgr Dupont des Loges l'avait
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reçue catholkpie, et où, dans la personne de qoek^ues élèr», de quelques sœurs, elle laissait toat son trésor d'âffeclioBS. « U faut bien accepter, me dîsait-elle, ce que Dieu permet. Mais c'est dur, quand iBèaie, de les perdre toutes. Et puis, Toyex-Yous, mon Père, quand on est catbolique. on n'est bien qu'en France! »
Les religieux, qui oserait le leur reprocher? n'andent pu tous la résignation si douce. La plupart y arrivûent cependant; mais loogtemps j'aurai l'âme troublée de œ cri, trop naturel, hélas I par lequel me repoussa un homme réputé maître en éducation, qoi avait, au prix de longs efforts, créé un collège superbe de six cents élèves, et qui, à quarante-cinq ans, s'en voyait mis dehors : « Vtrilà ptus de deux ans, Monsieur, que je suis aux prises avec la juste de votre pays, comme un malfoiteur, et, pour finir, ih m'ont expulsé de chez moi : ne me parlez phis de la Francel » Je le larâsai, en me mordant les lèvres; jamais je n'ai mieux comprâ le mal qu'avait pu nous fiûre la révocation de l'Ëdit de Nantes, ni la folie invraisemblable des gens qui recommencent aujourd'bai de telles brutalités. Sans doute le nombre est infiniment petit des nouveaux exilés qui emportent au cœur une pareille amertame,et cekii-là même chez qui je l'ai constatée a dû trouver depais, en disant sa messe, la force du pardon. Mais la diminution du prestige de la France, la désapprobation croissante du monde civilisé, l'étonnement, la colère, le mépris des catholiques de toute région, jusqu'à présent nos meÛlonrs amis, la fin de notre influence partout où elle reposait sur nos missionnaires, voilà, pour ne parler que des conséquences du dehors et sans rien dire des haines allamées au dedans pour une longue, période, voilà des conséquences à peu près assurées maintenant et qui devraient, pour un temps, suffire à cette étrange folie de destroction nationale.
Sur notre paquebot se trouvent deux membres d'une des nues congrégations qu'on n'a pas encore supprimées. Ils vont à Mont* réal, l'un comme vicaire de Notre-Dame, l'autre ooœme professeor au petit séminaire. Ils appartiennent à cette société de Saint- SulfMce qui a tant &it, au Canada, pour rétablissement du catholictsme et le maintien de l'influence française. C'étût assurer la perpétuité de notre langue, en un pays si religieux, que de la sauvegarder, ainsi qu'ils l'ont fait depuis le commencement, dans les prédications, les catéchismes et les séminaires. Sans les Salpiciens H le clergé de leur formation, nos gentilshommes et dos fonctionnaires, quittant le Canada devenu anglais, en auiai^^ emporté toute action dirigeante d'origine française, et le peuple abandonné à lui-même se serait sans peine assimilé aux conqoé-
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rants. Oa ne yerrait pas de aos joars un beau surgeon de race françûse grandir au nord de T Amérique ^.
Sur deux cent trente-trois passagers de première, il y avait un Français qui s'en allait coloniser. Quel pouvait être cet audadeux? J'eus à le savoir d'autant moins de peine, que lui-même vint à moi comme naturellement. C'était un jeune homme de dix -neuf ans, au corps solide, à l'esprit net, vaillant de caractère et toute l'âme dans ses yeux. II avait un oncle officier de marine. Ce fut mon plus assidu compagnon de bord. De voir que je prends des notes pour écrire un récit de voyage piqua vivement son intérêt; mais je ne saurai jamais ce qui l'emportait, de son désir d'y trouver place, ou de la crainte qu'on l'y reconnût; eo tout cas il m'a fait promettre de le lui envoyer. Voyons, ami, si je dis que vous alliez à Notre-Dame de..., près de l'importante ville de..., dans le Hanitoba; que vous êtes maintenant dans une grande propriété, fondée et dirigée par un Français plein d'initiative, lequel s'associe, reçoit dans sa famille, forme au travail les jeunes gens qui lui offrent des garanties matérielles et morales; que l'étël dans votre ferme, on fait de la culture maraîchère, du beurre, du lait concentré, et que, l'hiver, on y fabrique des conserves de gibier avec les produits de la chasse aux fsdsans, aux canards sauvages, aux cerfs, aux élans, à des lièvres énormes, à des lapins blancs que leur nez noir trahit seul sur les champs de ndge ; si j'ajoute que cette vie acdve, saine, aux perspectives très larges, vous plaît, vous épanouit, vous remplit de compassion pour les camarades laissés dans les grandes écoles ou déjà fixés devant des cartons verts; et si, enfin, j'exprime l'avis que vous avez pris la mdlleure part, est-ce que j'aurai trahi votre chère confiance? est-ce que vous jetterez de colère cette revue dans le grand lac... Trois -Etoiles, ou dans cette jolie rivière au doux nom parisien, sur les bords de laquelle vous lisez tout haut, dans les heures de loisir, votre Alfred de Musset aux oiseaux canadiens?
La province de Hanitoba vient après celles d'Ontario et de Québec; mais plus loin que le Manitoba, il y a la Saskatchewan, ei plus loin que la Saskatchewan se trouve TAIberta. Cette fois Ton atteint les Montagnes Rocheuses, et an delà, vers le Badfique, il ne reste que la Colombie anglaise. Nous avons à bord on colon de TAlberta, un homme de soixante ans qui en avait quarante lorsqu'il lûssa la France, à la suite d'insuccès. Il était avocat, il s'est fait agriculteur; et le second métier lui a réussi le
* M. RIbot, dans son conrageax discours du 22 janvier, n*a pas omis de rappeler que nous devons ao clergé catholique ce qui nous reste d^fluence au Canada. — • Cf. Yankees et Canadiens, par Mgr Lacroix, p. 10
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mieux. Aujourd'hui qu'il a des terres au soleil, et que ses six enfants, dont trois déjà mariés, sont bien lancés dans l'existence, il tourne les yeux sans amertume vers ses rudes débuts de pionnier, vers le temps où il devait défricher le sol vierge et se construire lui-même une maison de bois. Hais il est d'avis qu'on doit commencer plus jeune.
Je lui demande des conseils qui puissent profiter à d'autres. Un jeune homme, dit-il, qui arriverait seul dans l'Alberta, trouverait du travail bien rétribué à partir du mois de mai. Au mois de janvier, le battage fini, s'il partait travailler lé bois dans la Colombie anglaise, il gagnerait, logé et nourri, 200 francs par mois. Il aurait donc bientôt de quoi s'établir en ménage; 1000 francs peuvent suffire, la première année, pour une famille industrieuse, et la terre rapporte dès la seconde année. Le mieux est de partir là-bas tout de suite après le mariage, ou lorsqu'on a des enfants déjà en âge de travailler. Moyennant un droit d'inscription de 50 francs, l'Etat donne des concessions de 60 hectares, à tout habitant adulte, c'est-à-dire âgé de dix- huit ans. Si l'on a résidé six mois chacune des trois premières années, et si l'on s'est bâti une maisonnette, on devient propriétaire définitif de son lot, avec les droits afl'érents & ce titre, y compris celui de vente. Les concessions sont toutes d'un accès facile et sur le bord de grands chemins de fer; le Pacilic Canadian traverse de très bonnes terres, et il semble que la nouvelle ligne du Northern Pacific soît encore plus favorisée. On peut prendre à Paris son billet pour n'importe quelle station du Canada ^ mais il vaut peut-être mieux ne le demander que pour Montréal, où la société de colonisation en donnera un autre pour le but dernier. Le meilleur temps pour les départs est le milieu d'avril; on trouve, en arrivant, la neige fondue, le printemps dans son éclat, le travail recommencé et plus d'offres qu'il n'y a de demandes.
A la nuit tombante, six jours et demi après le départ, un des bateaux-pilotes qui fouillent l'horizon, en quête de navires à mener dans le port de New- York, nous aperçoit de loin et met le cap sur nous. La Lorraine s'arrête, jette l'ancre, et, à l'effroi d'un certain nombre de passagers, perd un instant son bel éqtûlibre pour tanguer et rouler suivant le caprice des flots. La mer était plus mauvaise que nous ne le pensions, et on le voit bien midn-
^ La voie la plus écononnique est celle de Liverpool, que Ton atteint par Dieppe et Newbaveu. S'adresser à M. Fabre, commissaire du Canada, 10, rue de Rome, Paris, ou à /a Cami(ft>nn6 (salle d'Hulst, 81, boulevard Montparnasse), société qui se propose de faire connaître le Canada en Prance et que préside notre confrère, M. Jean Lionnet*
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tenant, aux fantastiques soubresauts du navire qui essaie de nous rejoindre. Tout s'arrange cependant, et bientôt, sur notre bord moins agité, grimpe le pilote joyeux de sa fortune. Pour nous conduire dans les passes diflSciles de la rade, il recevra ses 1,500 francs. De même, pour l'entrée au Havre. Le commandant Tût- il, comme il arrive, parfaitement capable de se passer de ces coûteux services, il y recourrait cependant, sous pdne, en cas de malheur, de ne toucher aucune assurance.
Le brouillard et la pluie aggravant le crépuscule et les vagues n'y mettant aucun bon vouloir, il est décidé que nous n'entrerons au port quei demain matin. La dernière soirée est un peu nerveuse. Les adieux aux amis d'une semaine, dont tel ou tel, qui sût? restera Tami de toute une vie; l'effort pour se représenter d'avance les hommes et les choses d'un monde inconnu; la brume qui voile l'horizon et qui ne se perce, au loin, de rares et falotes lumières que pour surexciter en vain les désirs curieux : c'est plus qu'il n'en faut pour tenir en éveil malgré eux le plus grand nombre des voyageurs; et tout le monde se trouve prêt, le lendemain bien avant l'heure, pourtant matinale, du débarquement.
On vante beaucoup l'entrée dans le port de New- York et dans l'estuaire majestueux de l'Hudson. Il est assez difficile d'en jouir lorsque nous y arrivons, tant la pluie fine et froide s'applique à nous défendre le pont du navire. Je n'aperçois même pas, ô douleur I la statue de la Liberté. Mais voici, tout près de nous, la ville même, et nous y pénétrons aussi facilement qu'un bateau-mouche le long du Louvre. Sur le quai, dans la buée, se détachent d'étranges constructions : des entrepôts, de hautes maisons à huit ou dix étages, puis des tours innombrables, des clochers aux silhouettes géantes et perdues dans le nuage. Quels sont ces temples et quelle est cette ville sainte? C'est le quartier des affaires, ce sont les bureaux entas&és qui s'élèvent à vingt et à trente étages. Beauté? lûdeur? la question serait mal posée. On est déconcerté, voilà l'impression première. Et peut-être il n'est point mauvais que, pour entrer dans un nouveau monde, on soit tout d'abord jeté hors des impressions usuelles.
Lorsqu'en septembre 1609, le Hollandais Hudson entra pour la première fois dans le fleuve qui devait recevoir son nom, il est rapporté que les indigènes accourus en foule s'empressèrent d'échanger leur tabac contre les couteaux et les verroteries d'Europe. Les sauvages ne me demandent aujourd'hui ni mon canif ni mon binocle, msds qaelques-uns d'entre eux visitent avec
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curiosité le contenu de ma vaGse, et (f autres m'offrent de me conduire en car pour rechange d^nn pea d*or. La présence d'nn ami venu au-devant de nous, et qui fHÛt leurs coutumes pour avoir vécu chez eux depuis un an, no as faciKte les opérations.
Après un dernier regard aux plus chers compagnons de traversée, nous montons dans un large landau et partons pour rhospitalière demeure des PauKstes, il 5 Ouest, &0* rue. Aperçues par un temps de pluie, en vdture fermée, toutes les villes se ressemblent. Ce qu'à travers les carreaux humides j'entrevois de la 9' avenue pourrsùt aussi bien être de Londres que de New-York. Biais ce que l'on constate sans peine, c'est que les chevaux aoni très lents et les distances très grandes, deux faits qui ne se com« pensent pas. Presque au bout d'une heure, — car tout arrive, même un landau américain, — la voiture s'arrête ec deux garçons d'une douzaine d'années accourent prendre notre bagage. Allègrement ils le déposent au parioir et l'un d'eux s'échappe s:.tts nous laisser le temps de lui dire merci, tandis que l'autre, sur ma demande, va annoncer notre arrivée. A son retour, j'essaie de loi glisser une pièce; il refuse en riant, et me dit non sans fierté qu'il est enfant de chœur, choriste de la grande maîtrise de Saint- Paul. J'apprends qu'il est né à New- York, et je lui dis qu'il est ma première relation d'Amérique. En deux minutes, nous vmlà auns.
Mais la porte s'ouvre et je vois entrer un vieillard très grand, très fort, très doux, qui se nomme, demande mon nom, et m'ouTre ses deux bras. C'est le P. Elliott, ffls spirituel et biographe d'Isaae Thomas Hecker... Blon compagnon présenté et accudlli d'un gracieux compliment sur ses travaux d'histoire, qui sont appréciés jfoaqu'en Amérique, nous sommes conduits à nos chambres. Ce sont celles de deux missionnaires absents. Un bureau des plus simples, deux chaises, un petit fit de fer, une toilette de bois bbnc en composent tout le mobilier; mais en s'aidant des valises comme d^armoires, on peut tout de même s'installer. Le seul ennui sera que les souris m'éveilleront i une heure du matin en renouvelant dans mon petit bagage la visite de la douane. Ce n'était pas sous cet aspect austère que l'Amérique, j'en conviens, m'était apparue en songe.
C'est un monastère sérieux que celui de la 59* rue, et les hôtes eux-mêmes y sont traités en religieux, tout fratemellemeni. Vite femilisurisé avec le P. Elliott, je ne tanfe pas i lui reprocher son luxe; mais lui me répond gravement quîl est moine : / om a monkj y ou know. Il l'est en efiet, par beaucoup de vénéntUos qualités; et ce à quoi il ressemble le moins, c'est à cm homme de révolution. Ce vieux soldat à l'air très bon, ce missionnaire à longue barbe blanche, ce prêtre austère, peux et zélé, ce cœur passionné
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de tradition, cette belle âme de grand enfant et de généreux fils de TEglise m'apparalt, certes, bien aussi digne d'estime qne je Tespéimis, maôs à çœlle distance de Tidée qu'en a dû UeBor, ^ns jdurienrs esprits, ose certaine poléaiiiuel La bonne et dovce jonrsée qne JB passe en sa oompagimel II me (montre Tégiise «des Fknlistea, fort belle et pieuse en vérité, et Tone des plus irastes M toite rAm^iqne. U me oonduit i la lombe d'Heoker^ enae^i pnès ÛBL poitaiLi et oA noos prions ensendole. Pois il m'emmëDe, ao eoDMienoemeai; de l'après-midi, visîler New- York.
SortÎBthi mona^re, nous prenons le cfaemin de éer aérira, passant éo fiilence et du calme au broît et à l'agûtation. Je m'en aperçois l ipeine, tant nous sommes ab«)rbés dans nos entreimfis. Noas ies ooBtinoonB même one fois descendos, et jusqu'en fisice do City-HaU et du Cûurt Bouse. Mon gnîde m'ayant faàx femarqner que ce der- B«- monoment « remonte » jusqu'à 1867, je preD^ censcnenoe du lieu ob je me iroo?e, et je quitte, pour un moment, le donnrâe sans frontièiie des idées. On peut parier de religion partout ; mais c'est ici seolemeot qu'on peut regarder autour de soi desmaisoas hautes de ilO mètres et de ào étages ; t'est ici dsoulement qu'on peut, à travers une droalati^Q eflreyable, rejoindre un pont de 2 kilomètres, aménagé pour plusieurs tramways et d^ foulea de piétons, surmonté d'ma diemin de fer, e^ sous son arche géante, livrant passageà des Hottes de traosatiantiqiies. L'Amérique, heureusement pour elle, se montre ailleurs plus charmante; au pont de Brooklyn et devant ces maisonsqm escaladent les dieux, — c'est le sens du mot shy scrapers^ — elle vous impose le sentiment de sa force et de son audace.
Je n'ai guère envie de reproduire une fois de plus la description cent iois donnée de œs spectacles eitramdinair»« Le jour, du reste, n'y est pas lavorable : an ddions, il pleut; au deians, je pen^ i antre ohose.
Ayant, comme il convenait, pris des ascenseurs express qui fiçanchissent vingt étages d'un coup, ayant, jusqu'à la faifigue, smvi des rues étroites que bordent des édifices tenninés dans les anagea, noos «ovenons, h conscience tranquUle, à Veieua^ railr^ad xfBà nous met à Samst-Paol en un petit qimrt d'heure. Les portes du monastère se lefierment sra* nous; et nous rentrons dans nos cellules. Pas même le prochain vacarme des chemins de fer et des tramways ne peut mms y troubler; comme le bruit éa vent et nelui de la mer, il est si constant que l'on cesse très vite de le âiaœmer. U y-a même asses longtemps que je n'ai jom d'nne Umnqmllké semblaUe. H m'abandonne aux refendons, ^et, par nm ecmicaite plein de douoeur, ce premier jsnr d'Amérique «'achève en an j:ecneBl6ment de Thébaîde.