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quent pas... Sans donte, dit-elle, les épreaves ne sont pas rares^ mais toat cela ne fût rien... Qu'importe que le cœar soit broyé, la nature foulée aux pieds et que Tâme se sente parfois comme éperdue, anéantie au milieu de ces orages! « Qu'importe, si la volonté de correspondre au plan de Dieu subsiste I Priez pour moi, cher ami... »
Déjà M"^ de Saint-liartial a?ût fait des démarches pour entrer comme postulante parmi les Sœurs de Saint-Vincent de Paul. Elle rencontrait des difficultés; sa situation de femme du monde et de convertie mettait en défiance sur le sérieux de sa vocation; on exigeui qu'elle prit encore une année de réflexion. L'intervention de Mgr Mermillod devsût tout arranger. « Vous voyez de quelle manière vraiment surnaturelle tout s'aplanit. » Elle est surtout préoccupée de la façon dont ses parents prendront cette communication qu'elle tremble de leur faire. Dans ses lettres à sa mère, elle lance de petits mots d'essai. « Pauvre mère, elle se désole... €e qui m'encourage, c'est que je m'imagine qu'Albert me voit et qu'il est content. »
Deux mois plus tard, elle annonce enfin à M"* de Fischer sa décision. « J'aurûs voulu l'épargner encore, mais c'était arrangé ainsi dans le plan providentiel... Blaman a été superbe, point de grand désespoir, point d'affolement, point de tragédie... » Malbeoreusement, plus tard, et c'était naturel,' les luttes recommencent; la mère essaie de tracer à sa fille le tableau séducteur de la vie qu'elle pourrait encore mener dans le monde, lui parie d'un second mariage... Hais la jeune feomie résiste. Sa principale préoccupation est de cacher à sa mère sa propre souffrance. « Tu comprends, écrit-elle à une cousine, il faut que maman croie que la certitude de suivre ma voie me met au-dessus des mille tortures du dépouillement. »
De plus en plus, elle éprouve une âpre douceur à se courber sous la main divine qui l'a écrasée, elle avoue qu'elle glissait inconsciemment sur une pente dangereuse quand le coup de tonnerre a éclaté sur sa tète; qui sait si son salut et celui d'Albert n'étaient pas gravement compromis? « C'est à la fois horrible et magnifique, déchirant et plan de consolation, de voir les moyens de cette Providence qui ne veut que notre bien. »
Ce fut en novembre 1887 que la comtesse de Saint-BAartial commença son premier mois d'essû à Turin, à l'hdpital de Saint- Jean. Le moment où elle quitta Berne fut déchirant pour elle. Elle se sentait prête à être anéantie par toutes les défaillances. Heureusement elle avait la conviction que les anges de Dieu la soutenaient. Ses premières impressions de la vie d'hdpital sont amusantes. On
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lai a donné omime directrice la sœur M., d'ane grande famille milanaise; elle en éprouve de la doacenr. Cette compagne a passé par les mêmes changements d'habitades; elle aussi a regretté le confort de son existence antérieure; elle avoue à sœar Blanche qu'au début elle ne pouvait s'empêcher de comparer les repas de rhépital à ses dîners à la cour... M"' de Saint- Martial termine sa première lettre à sa mère par ces mots gais : « Voyez -vous, je suis parfois A contente que je me mets à rire d'un rien. »
Parfois la pensée de la jeune femme s'élève à une grande hauteur. Ainsi parlant des sacrifices qu'on peut faire à Dieu, elle les énumère tous. Blûs sont-ce des sacrifices réels, puisque ces biens nous ont été donnés par Dieu et qu'il est le maître de nous les enlever d'un instant à l'autre? II n'y a rien de particulièrement beau à donner ce que nous sommes exposés à perdre. Un seul bien nous appartient en propre : notre liberté I Si nous offrons ce bien suprême, nous avons tout donné et c'est le sacrifice complet.
Pour consoler sa mère, elle ne cesse de lui dire combien la route du monde aurait été épineuse pour elle : « J'ai fait mes expériences, je sais comme on peut se laisser emballer et, tout d'un coup, être entraînée qui sait à quoi. » Enfin, au bout d'un mois d'épreuves. Blanche de Saint-Martial quitte l'hépital de Sûnt- Jean, elle rentre dans le monde, elle voyage. Elle va à Rome, à Naples, à Malte, de là à Tunis, à Biskra. Pour foire de la couleur locale, elle et sa compagne arborent en chemin de fer des fez à glands d'or en fumant des dgarettes... La jeune femme avût été entraînée jusqu'à Biskra par le désir de voir le cardinal Lavgerie; les missions la tentûent. Biais le résultat de cet entretien fut négatif; le cardinal la découragea. Comme elle l'écrit elle-même, c'est aux Filles de la charité que le Seigneur la voulût. Elle obéira, elle y est résolue, mais auparavant elle retournera passer quelque temps à Berne chez ses parents.
On y donne des dîners en son honneur; elle est très entourée, on la félicite de sa liberté, de ses voyages, de son esprit d'initiative... Tout le monde ignore ses projets. Elle se montre cakne, paisible sans tristesse, gaie sans agitation. Lorsque la vérité sera connue on ne doit pis supposer qu'elle a agi par exaltation ou par dëseepoir. Un soir, dans une conversation de salon sur le goût et le dégoût de vivre, on interroge M"" de Saint-Martial, on lui deaiande ce qu'elle voudrait. Blanche répond qu'elle a besoin de vivre. Chacun se méprend sur le sens de ses paroles; elle s'en amuse et s'en attriste, mais reste impénétrable. Son amour, qui a survécu à la mort est un sentiment sacré qu'elle garde pour elle seule; dans le sanctuaire intime de son cœur, nul n'a le droit de pénétrer.
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Si la comtesse de Ssdnt-Hartial s'était figurée qu'après son postulat elle en avait fini avec les difficultés et les obstacles, la réaKtë la détrompa. Lorsque le moment fut venu de fiûre son noviciat dans Tordre de Saint-Vincent de Paul, en elle et hors d'elle, les luttes se firent plus acharnées. Père, mère, firères, amis, jouaient leurs deroiëres cartes pour la retenir. La bataille fut longue et cruelle. Sœur Blanche eu sortit victorieuse et meurtrie. Hais die fut tentée de céder. Elle écrit dans une lettre à sa cousine : « Je ne ssûs comment il s'est fait que je n'aie pas rebroussé chemin, lorsque nous avons descendu l'escalier avant-hier chez toi. » Elle souffrit l'imposable. « Je suis fatiguée à ne pas avoir une seole idée. » L'abdication de toute son indépendance était le grand sacrifice. Non qu'elle crût à la nécessité de l'anéantissement absolu de toute incQvidualité : « Accepter la formation de l'esprit de la fiimille religieuse qu'on a choisie est un point d'honneur, mais il &ut savohr conserver sa personnalité morale, son type propre, afin d'échapper à la banaUté par l'exploitation sage des dons individuels. »
Enfin, le 25 mai 1883, trois ans après la mort de son mari, sorar Blanche entndt au séminaire des FiUes de la charité, à Paris. La vdUe encore, elle a des révoltes physiques. Les lits durs et grossiers lui causent un frisson de répugnance : « Quel moment que celui où il faudra enlever son linge parfumé et ses bas de soie pour se mettre sous le harnais grossier de la pauvreté I » Hais son amour pour Dieu et sa ferme volonté l'ddent & dompter sa chair. JSUe se lève à quatre heures du matin. Ses lettres à sa mère sont remplies des détails de son existence journalière et de fréquents retours vers le passé. Elle s'aperçoit, dans une fenêtre, vêtue du costume informe des Sœurs de charité; et, par la loi du contraste, elle se revoit tout & coup en soubrette Louis XV I D'autres souvenirs plus tendres lui reviennent : « Quand, le soir, je me glisse sous mes couvertures, je pense à vous qui vous mettez à table à cette heurelà; vous regardez nos chers glaciers, de votre place, ma chère petite maman, à l'heure où le soleil couchant les inonde de pourpre et d'orl... »
Hais l'âme de sœur Blanche était une âme en marche ; chaque année, le ton de sa correspondance s'élève et se simplifie. Ses lettres sont toujours remplies de réflexions originales, de petits détails familiers, racontés de façon amusante. Elle était trop intelligente pour tomber januds dans le ton confit de la dévotion langoureuse. Ses réminiscences classiques lui reviennent sous la cor-
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nette. Elle cite les yers d'Homtoe et compare à NaoeicaaPes Scenrs Uanehissenses, bien qu'avec « lenn démarcbes d'oies », elles ne tessemblent guère à des nymphes grecqnest
La pMlosophie de sœnr Blanche est simple : jomr des joies que iHeo enyoie; et s'il envoie des prînes, les porter oooragensemo&t, «D souriant. « Foin des es{Nnis moroses et tièdes qoi ne savent ni sonffirir ni jouir. » Bientôt 11"* de Saint-Martial est appelée à prendre l'habit. Elle croyût que son temps de novidat serait {dus tong. Grand honneur et grand bonheur I Hais die n'en prévient pas Ba mère, ne le lui communique qu'après coup^ pour que l'impression du définitif n'écrase pas ce cœur mal résigné encore et toujours en rivalité avec Dieu. La nouvelle fille de la charité se sent «npmntée sous ses vêtements de religieuse, elle fripe sa pauvre omette à toutes les pcHtes et se moque drôlement d'elle-même.
C'est à Turin, où elle a été postulante, qu'on l'envoie foire ses premières armes. Vmci la vie dure qui commence; elle absorbe toutes les forces et les facultés inieUectoelles de l'être. Les énergies et les capacités de soeur Blanche vont avdr l'occasion de s'affirmer; die prendra bientôt dans l'ordre de Sûnt- Vincent de Paul une place importante, y rendra des services éminents. . . Les dévouements et les fatigues matéridles n'éteignent p(»nt le mérite de cet esprit qui devient toujours plus ferme, plus droit, plus conscient 4es réalitésl
ScBur Blanche ne se paye point de phrases de roman; elle se rend compte avec une netteté ângulière des sacrifices qu'elle accomplit, des besognes ingrates dont ses journées sont remplies... Mma plus il y en a, plus elle est contente. Tous ne sont pas i^pdés à ces renoncements; elle vent faire quelque chose de spécial pour ce Seigneur qu'elle aime, des choses que les autres ne font pas I « Elle s'immole parce qu'elle l'a voulu! » comme le^disait Isaie parlant du Christ.
Les lettres de sœur Blanche sont remplies de pensées originales et ardentes que je voudrais citer. Son mysticisme n'est point l'élan inconsidéré d'une âme qui se donne impétueusement, il est raisonneur et logique. Elle sait pourquoi elle se sacrifie, s'humilie, se donne... Pas de sensibilité excessive dans sa compassion pour les souffrances humaines. « Je serais ravie si je pouvûs aller aux ambulan^ pendant une guerre, car les membres coupés sont ma passion. Je ne manque jamais de les examiner attentivement et de me faire raconter toutes les sensations par l'amputé. » L'apprentissage si pénible pour certains tempéraments qui ne peuvent dominer leur émotion devant le sang qui coule et les gémissements des malades, fut donc épargné à M'^* de Saint-IMartial.
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De Tarin elle passa au grand hôpital d'Angers où elle prît la scarlatine, ce qui ébranla sa santé déjà délicate. Ayant abasé de ses forces, au delà des limites raisonnables, elle eut de la peine à se remettre. Les médecins ayant ordonné un repos complet, la religieuse surmenée fut envoyée à L'Hay, où les sœurs de Ssdnt- ^ncent de Paul possédaient des établissements considérables. « Venue à L'Hay pour se reposer, écrit M. Léopold de Fischer, elle y resta comme économe, bras droit de la supérieure, transformant tout dans cette maison dont chaque pierre porte l'em^ preinte de sa belle intelligence, de sa magnifique énergie et de son inaltérable fidélité. »
P'un vieil établissement négligé, sœur Blanche fit, en peu d'années, une maison florissante et prospère. Son commandement était à la fois doux et ferme; nul n'aurait songé à lui désobéir; sa parole claire, précise, brève, imposait le respect. Elle savait ausd se faire aimer. « S'il y a un conseil à donner, une tristesse à soulager, une blessure à panser, vite l'on demande sœur Blanche! »
Cette prodigalité de forces l'usait peu à peu; une fatigue extrême l'avait envahie. « Un jour, c'était le 15 octobre 1899, un bruit sinistre court dans la maison : sœur Blanche est mortel » Il y a quelques instants, elle étût pleine de vie, et maintenant, elle est inanimée, étendue sur le sol...
Si l'on avait demandé à H"* de Saint- Martial comment elle voudrait mourir, elle aurait répondu sans doute : les armes à la maini Le Dieu qu'elle avût servi avec tant de passion a voulu lui accorder le privilège de disparaître tout entière d'un seul coup, sans l'horrible souffrance de se sentir diminuée, de se voir mourir lentement, par morceaux... La maladie qui dégrade les corps et abat les esprits ne l'a pas touchée, elle est morte en pleine énergie, en pleine puissance de son âme... Dans cet au-delà, où elle avût soif de parvenir, ceux qui l'attendaient l'auront vu arriver, non comme une meurtrie de la vie, mais comme une victorieuse.
Dora Helegabi.