‹ Le CorrespondantChapitre 81 sur 171 · A REIMS · texte numérisé non relu

A REIMS

Ce ne fut pas un voyage de gens de lettres, montés en yoitnre avec an parti-pris d'agrément ou de désagrément asssdsonné d'esprit, un voyage comme il s'en rima tant après Chapelle et Bachaumont, selon une poétique arrêtée. Une expédition de ce genre, Victor Hugo et Charles Nodier allaient bientôt en combiner une et s'associer un dessinateur pour en illustrer le rédt. Entreprise littéraire et artistique, conçue par l'éditeur Urbain Canel. Tout antre nous apparaît ce voyage à Reims, dont le sacre de Charies X fut l'occasion.

Nodier, chargé d'écrire le discours préliminaire à la relation des fêtes, était, tout naturellement, convié à la cérémonie. Victor Hugo, que le nouveau roi venait de décorer, avait reçu une invitation en même temps que son brevet de chevalier de la Légion d'honneur. Allant à Reims de Blois, oix il avait laissé sa femme chez son père, il traversait Paris, quand un mot de Nodier l'appela à l'Arsenal. Il y trouva son ami à table avec M. de Cailleux, secrétaire général des musées, et Alaux, le pântre, dit le Ronuûn à cause de son prix de Rome. Eux aussi avaient des cartes pour la solennité. Ils discntsdent, avec leur hâte, les moyens de s'y rendre.

Les Messageries royales avaient, quelques jours auparavant, avisé le public qu'elles organiseraient par jour quatre départs : le premier, par la route directe; le deuxième, par celle de Laon ; le troisième, par Epemay ; le quatrième, par Chftlons. Hais, si multiptiés que fussent les services, il ne fallait plus, à cette heure, espérer une place en diligence. Nodier parla d'un voiturier qu'il prenait d'ordinaire et qui lui offrût, pour 100 francs par jour, une manière de fiacre à quatre places. Hugo y aurait donc la sienne. On marcherait au pas que l'on voudrait, on réglerait à sa fantsdsie les étapes, coupant le trajet par' des nuits dans des lits ^ Ainsi fut -il convenu.

L^ bibliothécaire de l'Arsenal et ses compagnons voyagèrent donc à petites journées, mais sans le moins du monde songer à faire de leurs impressions matière littéraire. Victor Hugo nota, dans ses Choies vues^ les magnificences de Reims. Il y consigna aussi quel-

* Voy. Vktor Hugo racantépar un témoin de ta vie.

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ques traits de ses conversatioiis avec l'ami qui, pendant ce séjoar dans la cité de saint Rémi, loi révéla Shakespeare. Da trajet, pas un mot. Ce qne nons en savons, c'est da « témoin de sa vie » ^ qae nous le tenons. Ce témoin adnûratif, et qoi jamais n'aperçut le grand hooome qa'en belle attitude, nous le montre causant sur l'esthétique du paysage avec le Romcdn, et discutant. 11 défendait la liberté de l'accident pittoresque contre ce classique, « épris du style noble et rassis », qui « accusait les moulins à vent de déranger les lignes avec leurs mouyements de bras «. Pendant ce temps-là, Nodier, qui avait disposé entre ses jambes son chapeau retourné, en guise de table à jeu, faisait avec Cailloux des parties d'écarté. Quand on lui demandait « son sentiment sur les moulins, il répondait qu'il aimait beaucoup le roi d'atout* ».

Ce n'est pas lui qui l'a raconté. De ce voyage, égayé d'incidents et dont les embarras comiques eussent fourni & la muse d'un Chapelle, il n'a rien écrit, du moins pour le public. Et sa fille, 11"" Marie Mennessier-Nodier n'y a consacré que des lignes laquantes, il est vrai, mais courtes. Par bonheur, ses lettres à sa femme sont restées; trois lettres griffonnées au milieu du brouhaha des fêtes, sur une table de café ou dans sa chambre, une chambre pour quatre, qu'envahissaient, k tout moment, des amis. Griffonnées, disons-nous, bien que très lisibles. Sa fine écriture l'est toujours, mais on y sent, cette fois, de la hâte. Et le jet précipite de son style en témoigne; aisé quand même, est-il besoin de le dire, d'une aisance gracieuse en dépit de la presse, et spirituel autant qne prompt. Ces lettres, encore inédites, et dont, par une précieuse faveur, nous avons eu comomnicaUon 3, nous allons les transcrire. Mieux qu'un récit travaillé, elles peignent le mouvement d'une ville où le Paris offidel avait, pour une semaine, « vidé » ses palais et ses hôtels et où c'était « comme un privilège de marcher dans la rue ^11. Elles font tourbillonna aux yeux une multitude chamarrée. Et peut-être y goûtera-t-on d'autant plus la saveur de quelques détails intimes sur les petits ennuiâ, les encombres plus ou mmns plaisants qui accidentèrent ce p^erinage d'un homme de lettres an pays de la sainte ampoule.

Voici la première, du 27 mû 1825 :

« U faut que je sois bien malheureux, chère Déôrée, pour èHe obligé de commencer ma lettre par des reproches. Tu sais de quelles inquiétudes je me tourmente quand je ne sois pas préside

* Qui, à la yérité, écrivit sous sa dictée. ^Ibid.

^ C'est à Taimable bieaveillaQce de M»* Emmanuel Menues sier-Nodier que nous deroos cette communication.

^ Charles Nodier, par M»« Marie Mennessier-Nodier.

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tous; tn me donnes ta parole d'honneor de m'écrire le lendemain de mon départ; je devrais avoir déjà denx de tes lettres à RhdmB, et je reste abandonné à tontes mes malhenrenses imaginations I Dien sait quelles journées il me reste encore à passer, car tn n'anras pas plus de pitié de moi demain qu'aujourd'hui. Comment veux- tu que je pense que vous m'aimez encore?

<c C'est aujourd'hui le 27. Je suis depuis hier matin k Rbdms, «'est-i-dire dans une très belle ville où Paris est transporté par colonies. Il n'y manque que vous, mais c'est ce qu'il faudrait que j'y trouvasse pour me dédommager de l'ennui de cette cohue dorée et décorée. Imagine-toi tous les salons de Paris, vidés dans les mes d'une ville qui n'est pas grande en tout comme la chaussée d'Antin. indépendamment de toutes les personnes que tu sais ou que tu devines, tu n'as sans doute pas plus pensé que moi à cette foule de préfets, de maires, de procureurs généraux, de généraux, de gardes du corps, parmi lesquels j'ai une pépinière d'innombrables amis; il n'y a pas moyen de faire quatre pas sans avoir quelqu'un à embrasser. J'ai retrouvé toute la ncardie, toute la Franche- Comté* toute l'IUyrie, avec tout Paris. Désau^rs est dans ma chambre. Emonin va venir me chercher. On parle si fort et si vite et de tant de choses à la fois autour de ma chaise, que je ne sais plus -ce que Je t'écris.

« Nous avons fait un assez bon voyage, mais nos malles ont été

mdm heureuses, sauf celle de Gaillenx qui arrive plus pleine et

aiieox arrangée qu'elle n'est partie. Quant à la caisse que tu avais

fût faire, — et où diable ètes-vous allé chercher l'idée de cette

-caisse? — elle est restée en route ; il n'en est pas arrivé nue latte;

les effets se sont miraculensement soutenus, je ne sais comment, et,

sauf la fraîcheur et la propreté, on les a retrouvés à peu .près tels

-quête sur la queue de la voiture. Il n'y avait que les cols de déd-

dément perdus. J'ai acheté une malle, et j'espère reporter à Paris

ce que j'ai eu le bonheur d'amener à Rhdms. M. Solomé nous a

reçus avec une parfaite hospitalité, quoiqu'il soit impossible d'être

plus à charge et plus importuns que nous ne devons l'être pour lui.

Nous contractons envers lui des obligations dont je ne conçois pas

la possibilité de nous acquitter.

« Le général Dorsay nous a appris hier l'heureuse promotion de Taylor. On nous assure que la même faveur a été accordée à Guinnd, à Cbazd, et à quelques antres. Quant & moi, je n'aurai 4ibsolument rtm, parce qu'il fallait faire une demande de Ax •eonaines à l'avance, mais on m'a consolé en me disant que, fid je YwnÔB faite, cela n'aurait pas souffert la mmndre diflSculté. Je m'en retournerai donc Gros- Jean comme devant, et c'est le dernier de mes soucis. Je me trouverais trop heureux si tu ne m'en laissais

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pas de 81 cruel sur votre santé et sar vos BentimentsI Cq>eiidaDtt Dien sait si je voos aime, et A je mérite votre oubli. Mille baisers, ma Dérirée et ma Marie. Mille tendresses & Elise, à FraDdne, l Tonrtelle. Mille aoûliés aux auires.

« Votre papa, Charles. »

Noos savions déjà par Viciar Hugo raconté quelque chose des épreuves subies par le bagage du poète. Sur cette route de Rdos, sablée et ratissée en Thonneur du roi, il avait, par un trou de si yalise, semé des écus et sa croix d'honneur. L'Ustdre en est joliment narrée :

. Les voyageurs mettaient pied à terre aux côtes pour épargner les chevaux. A une de ces montées, M. Nodier vit à terre une pièoe de 5 fn :

— Tiens, di^il, le premier pauvre que nous rencontrerons va être joliment content.

— Et le deuxième donci dit M. Victor Hugo qui aperçai nne deuiième pièce.

— Et le troisième I reprit H. Alaux après un moment. Ce fut bientét le tour de M. de Cailloux.

D'instant en instant, les trouvailles devenaient plus abondantes.

— Ah çàl dit l'un, quel est le fou qui s'amuse ainsi à semer ses trésors?

— Ce n'est pas un fou, dit M. Victor Hugo; c'est plutôt an millionnaire généreux qui ajoute à la magnificence de la fête en tenint bourse ouverte.

— Moi, repartit M. Nodier, je crois que c'est une idée da To\(iai aura voulu qu'aux approches de Reims le chemin fCit caiUonté d'argent.

— Nous entrons dans un conte de féesl s'écria le chosur. Sartoat ne remontons jamais dans notre carrosse; ceci est pour les piétons*, ce soir, notre fortune sera faite.

Malheureusement, avec les pièces de 5 francs, on ramassa une croix d'honneur, et la pluie de monnaie s'expliqua. La valise de M. Viaor Hugo avait un trou, et, à chaque secousse, se vidait ^

Moins heureux que son compagnon, Nodier ne fut pdnt averd de la fuite de ses faux-cols, et ils jonchèrent la belle route, paréUe k une allée de parc.

Pour leur gtte A Reims, les quatre amis avaient été d'une imprévoyance d'étonrneaux ou d'artistes. Une correspondance du 20 mai* publiée par la Gateiie de France^ les avait-elle trompés? On assandt que la place ne manquait pas. On fSûsait savoir que les logements marqués k la craie, c'est-à-dire k la disposition du monde

* Victor Bugo raemté.

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offidel, s'élevaient au nombre de 1,600, tandis qu'au sacre de 1775^ il n'y en avait eu que &00. On ajoutait que les chambres offertes aux particuliers se louûent à des prix très modérés. On allait jusqu'à parler de « désintéressement » et de « généreuse hosfHtalité ». Pourtant la même Gazette de Finance avait reproduit^ quinze jours auparavant, une lettre du maire de Reims au duc de DoudeauviUe, qui indiquait comme moyenne probable le prix de 200 à 300 francs par chambre garnie. Il fallait donc rabattre du « désintéressement » des Rémois. Et n'était-il pas naturel de prévoir qu'ils considérendent le sacre comme une aubsdne et qae ce <c flot de foule opulente » à travers leur ville serait pour eux une inondation du Nil, selon le mot d'Hugo ^ Mais, question d'argent à part, nos voyageurs ne trouvaient pas où coucher, n'essuyant partout que rebuffades, et ils aillent se résoudre à passer la nuit dans leur voiture quand ils rencontrèrent Solomé.

Solomé était directeur du théâtre de Reims. Ami de Nodier ou ami d'un de ses amis, il lui demanda : <c Où logez- vous 7 » Nodier répondit : « Dans la rue. » Solomé ne voulut pas l'y laisser.

Hais voici un point sur lequel nos textes divergent, et des

exégëtes pourraient s'y exercer. Suivant une version, l'imprésario,

^Nrès s'être étonné que des gens sensés fussent venus au sacre

sans un abri assuré d'avance, se mit en devoir de leur en trouver

un, mais ne put offrir sa propre maison déjà pleine. Il alla frapper

à la porte d'une de ses pensionnsdres. H"* Florville, qui avait réussi

à se réserver deux pièces : une chambre & coucher et un salon.

Elle consentit, en faveur des distingués voyageurs qu'on lui nomma,

à bire le sacrifice de son salon, dont le parquet se couvrit de

matelas et qui devint un dortoir. Tel est le récit du « témoin » qui

écrivit sous l'inspiration de Victor Hugo. H""* llarie Mennessier-

Nodier, d'après ce qu'elle en apprit de son père, rapporte les

choses différemment. C'est chez lui que Solomé reçut les errants,

et il n'est question de H'^'' Florville ni de son salon. Observons que

la lettre de Nodier à sa femme, témoignage immédiat, ne dit mot

de cette actrice et loue seulement l'obligeance de son directeur. La

critique rigoureuse d'un Edmond Biré s'attacherait volontiers, sans

doute, A ces discordances, ne fût-ce que pour se donner le plaisir

de montrer encore en défaut celui qu'elle y a surpris tant de fois.

Reste certaine la couchée & quatre dans une même chambre.

Hais, ayant, on soupa. En quelle compagnie? Nodier n'en parle

poiot dans sa lettre. Il se réservait apparemment de raconter

en funille ce repas avec comédiens et comédiennes. Il avait

* n a raconté, dans Choses vtiei, Taventure de lord Northumberland» locataire d'une maison, moyennant 30,000 francs pour trois jours, c'est-à-» dire à raison de 400 francs Theure.

^«50 GHÂftLiS NOmeR KT VIGKHl HDQO A RSIMS

accepté pour lui-iDème et ses amis, Tinvitatioa, non satts nne réâslance comique de la part de Victor Hugo. M"* Mennesder- Nodier Ta rekuè gatment :

« Gomme il étût pour le moins aussi difficile de s'asseoir àime .table que de coucher dans un lit, mon père accueillit au nom de tous la proposition qui lui fut faite de souper i^rës le spectacle «hez leur hâte, — assez satisfsdt, je le suppose, de montrer à ses pensionnsûres habituels l'élite d'une scène qui n'était pas la leur.

« Victor Hugo avait vingt-deux ans, il étût nouvellement marié, ^t bien qu'il eût toutes les ndsons du monde d'être prémuni d'une manière imperturbable et adorable contre les séductions, l'idée d'entrer pour la première fois dans l'atmosphère irrëgulière des C^cés de la troupe rémoise le trouva remarquablement hostile.

« Il finit pourtant par s'y résigner; mais avec quelle rëpugnancel Il s'en souvient, peut-être.

(( Votre avenir m'inquiète, mon pauvre Victor, lui ^Usait en riant dharles Nodier; vous êtes terriblement jeune et j'ai peur que tous ne soyez terriblement vertueux. »

Ce scrupule du poète parait plus touchant que risible, quand od sût quelle peine il avait eue à quitter sa jeune femme. Il écrivût, le 27 avrU, de Blois, à Augustin Soulié, lui annonçant son prochain départ pour Reims : « Je vais donc vous revoir, cher ami, et il me faut cette espérance pour apporter quelque adoucissement au chagrin de quitter mon Adèle pour la première fois^ » Ajoutons que Nodier était, au fond, plus que tout autre, capable de comprendre cette délicatesse de son compagnon, lui qui emportait partout le souvenir de sa « chère Désirée », et qui lui adressait de tendres gronderies pour le moindre retard de correspondance.

Nous l'avons vu la gourmander affectueusement parce que, malgré une « parole d'honneur », le courrier ne lui avait rieo apporté d'elle. Le void maintenant qui lui fait des excuses :

« Vendredi 28, à trois heures après-midi.

« Pardon de mes fâcheries, ma chère Désirée. J'ai reçu toutes Tos lettres, je vois que vous m'aimez toujours, et je ne vous gronderai plus, et puis, jeudi, je vous embrasserai.

K Nous avons eu mauvais temps jusqu'à midi d'aujourd'hui; l une heure le ciel était superbe. Le roi est entré à une heure cinq minutes. Quelle pompe I quelle magnificence I Où étiez- vous pour voir cela? Quant à moi, je vis si peu, loin de tous, que les pins vives impressions des autres ne me sont guère que de l'ennm. Ma curiosité était tout entière dans mon royalisme. Il ne faut rien moins qu'une passion pour m'émouvoir. Il y a d'ailleurs id quelque

* Lettre citée par M. Edmond Biré, Victor Hvgo avant 1830, p. S7S.

GEU&LK IfQDIER ET TIGTOR H060 A BIUI8 55t

chose d'éioordissant qui ressemble plus à uu rêve qu'à une réalité; cette confusion d'hommes et de choses; cette cohue de ministres, d'ambassadeurs, de poètes, de pairs de France, de préfets, de musiciens, de députés, de comédiens, de prélats, de joumaOsies, vivant tous sur le pied d'une égalité forcée, et mangeant presque à la même table, dans la jnème taverne; cette multitude de rencontres inattendues qui reproduisent à tout moment tous les souvenirs de la vie; ce frottement d'aoïbitions, de cupidités^ d'espérances, de rêveries, do politesses, de mensonges, c'est le cauchemar d'un solliciteur à la suite de tous les pouvoirs, qui revoit pendant le sommeil ce qu'il a imaginé pendant le jour. Il me tarde biei^ d'être à trente-huit lieues de tout cela, à notre bonne petite table, et de n'en plus sortir.

« Jordan, préfet du Haut-Rhin, Desdaux, procureur général de Golmar, Emonin, notre bon député que je ne quitte point, tous nos amis que je quitte peu, me chargent de vous téoioigner leur amitié. Moi, je vous chéris et vous embrasse.

« Ne crains point pour les accidents. J'ai failli être étouffé ce matin, mais je ne m'y trouverai plus.

(c Bonjour, chères amies, et toi. Elise, et toi, Frandne, et tous. Je n'sd que le temps de signer ma lettre avant de me rendre chez M. de la Rochefoucauld ob je suis mandé.

« A vous pour la vie.

« Charles. »

<c Ha curiosité était tout entière dans mon royalisme... » Ce serait matière à un curieux chapitre que le royalisme de Charles Nodier; foi politique sujette à vacillations et à demi-éclipses, comme une flamme de bougie dans un courant d'air. Excluons les influences de l'intérêt personnel, qui n'eurent jamais prise sur ce rêveur généreux, si peu « pratique )>. Faute d'une démarche opportune, que d'autres n'ont eu garde de négliger, il s'en reviendra de Reims gros Jean comme devant j et c'est, il dit vrai, le dernier de ses soucis. Tel il se montra toute sa vie, détaché. Il variait à d'autres souffles que celui de l'ambition. Son tempérament de poète exposait ses opinions i des fantûsies et & des aventures, n y resta toujours une part de sentiment et d'accident.

Des rencontres et des leçons diverses avaient, dès son enfance, prépaETé la confusion de ses idées politiques. Orienté vers la Révolution tout d'abord, et dans un âge tendre, puisque, à onze ou douze ans, il prononçait des discours au club de Besançon; envoyé même en mission par ce club auprès de Pichegru, qui le prit sur ses genoux, il avait, à peu de temps de li, imploré son père S avec

4 Magistrat à Besançon.

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