L'ÉDOGATION SOCIALE DE LA FEMME
quand ils nous gênent en se mettant en grève. Celui-ci déclare sentencieusement qu'ils ne sont pas à plaindre parce qu'ils boivent tout ce qu'ils gagnent et ne savent pas économiser; cet autre se demande pourquoi ils sont volontiers révolutionnsdres alors que « l'on fait tant pour eux », c'est l'expresrîon consacrée. Beaucoup portent des secours aux malades, aux infirmes, aux veuves dans les quartiers ouvriers; ils font l'aumône^ et ils ont raison. Hais combien leur action généreuse serait encore plus féconde s'ils prenaient la peine d'étudier dans son détail la vie ouvrière, de s'enquérir auprès du propriétaire, du boulanger, de l'épicier, du charbonnier, du prix de revient de la vie d'un ménage, de s'informer des temps de chômage et du taux des salaires. Une action charitable se transformerait ainsi peu à peu en une action sociale^ ils se rendraient compte que les conditions du travail varient avec les pays et avec les métiers, et que, parmi les revendications ouvrières, il en est beaucoup qui ne sont que la stricte expression de la justice sociale. La vie d'aujourd'hui est dnsi organisée que nous ne pouvons, si nous ne sortons pas de chez nous ou de notre quartier, nous rendre compte des conditions générales de la vie économique ou de la vie ouvrière. Jadis, dans chaque quartier, il y avait des riches et des pauvres, des artisans et des millionnaires; aujourd'hui, en même temps qu'un régime politique démocratique, nous avons un ré^me économique qui favorise l'isolement des différentes catégories sociales; elles ne se connaissent pas^ faut-il s'étonner qu'elles se haïssent?
Dans cet océan inconnu qui nous entoure et qui est la société de nos semblables, jetons des coups de sonde, pratiquons des explorations. II n'est rien au monde de plus éducatif qu'une vérité qu'on a soi-même découverte. Entrons en relations avec les groupements existants, groupements professionnels, groupements syndicaux, groupements charitables. Le sens social, comme il est naturel, se développe surtout par la pratique de l'association. Formons nous-mêmes de petits groupements élémentaires : nous y gagnerons d'acquérir la discipline de l'association, nous nous accoutumerons peu à peu aux mille petits sacrifices quotidiens de Tamour-propre et du sens individuel qu'en exige la pratique. Au point de vue social, c'est la plus utile des méthodes de formation parce qu'elle fait toucher du doigt l'universelle interdépendance des hommes, le i)esoin qu'ils ont les uns des autres, et la force qu'ils acquièrent par la cohésion.
Enfin, il est une dernière forme d'expérience sociale que nous oserions recoomiander. Sans doute, il est très difficile à une femme, i plus forte raison à une jeune fille, de se mêler & une
fbvle. Et cependant, il est impossible de^ comprendre eerlûms faaàs dej'hifatoire on de lai^ie^ ai^.ane foi»aa moins, Fomnfaev Uoceafikm de],Tibrer à Tunisson d- une foole. C'est alors seulement qae Ymi pent mesurer cpreUe ^formidable poisiance bonilloone dans ose masseld^hommes^'miem^Bieipensée inspire-'ouf qni sont soas le eonp;d'liQ6 oomoHUie émotion. Cette force de l'asseciadont spoiitanée,^()oe cMe la^ commmaaté d^r^notion, dans une léanion d^tftres honuûnsqnr ne se connussent 'paa, mais qu'inspirent les mêmes inetinots atanqoes ou les mêmes sentiments nationauv, il fieiut l'airoir sentie pour comprendre- ce que. c'est qu'une puiasaneiB irrésistible. La foule ainsi déchaînée n'est ni bonne, ni^ mécbanl9^; elle jest capable de pass^ en un^ momentd.-un- sentiment à. som GOfftraire, de se montrer presque en môme temps ftroceet gAn^ reuse, héroïque et lljQbe. Tout dépend de la main qm la. eondoife, car cette^bète indomptable, quand elle a trouvé son;matlre, devient douce et» apprivoisée; Ce dompteur, PhiflftQipe nous montes qu6 souvent il a été une femme. La foule n'obéit point su raisonnement, mais au sentiment qui ki fait vibrer, et c'est pourquoi la femme a prise sur elle et sait parfois la déchaîner d'un mot om la calmer d'un geste. Il suffitv si l'on^a besom de s'en convaincpe^ de retire l'histoire de notre Jeanne d*^ Arc. En^ ce« temp» de suffnage universel et de gouvernement psrlementmre, il n'est: pas sans utilité de comprendre par quels mobiles^ une ^oul& ser détermine dans ses haines ou dans ses enihou8ÎBsme8>.
Enfin l'enseignement proprement dit, Peneeignement' par «n maître ou pur les livres^ peut, lorsqu'il est bmn orienté, venir en aide, dans une certaine' mesure, à reipérienoe<pcrsonneHe et contribuer au développement du sens^somÂ. Mais les pregoammes tels qu'ils sont conçus actuellement, peur l'enseipieBMnt seeon^ daire des jeunes filles, prodtnaent un résultat JibsohmiBnt inverse; ils encombrent lamémoke^ d^un Catrae de* formules, dfétpiationB* et de théorèmes, ils la bourrent de faits, de'datea ei de noms propres, ils lui imposent des jugements tout faila sur les «suvrss et sur les hommes ; mais ils ne font rien eo à peu près rieo peur lesiprépanr à la yie. C'est la* manie» d'aujourd'hui, conséqueneei naturelle da fétichisme de la Sôenoe, de croiro qufen accunnriant ainsi les connsdssances sur* les caunaissances^ oo aura. fait œuvre d'édaca»tion; jamais on* n'a tant parlé de pédagogie, januùs on o^a su ce' qu'était la pédagogie I L'éducation, pour les jeunnsi] comme pour les jeunes filles, est trop^ intelleetueller eUfr- oubSe trop que A les sciences sont utiles' àe tont^ elles ne suffiaeni pas à diriger la vie, et que le raisonnement,^ même éclairé par< la science, ne remplacera jamais la volonté guidée* par le aeniimenti
L'ÉODOiTION fiOGUAK M Là ^filME 6SS
L'easagoement des jeunes filles a 06tte henrense forliiBe de B^lfe pas umgoemenl god^u en wue d'examang et de oodcoucs; il «endt don£ lÂcîle d^y intioduire de raie et de4afhmnëD8 et detle diriger en vne7 non d'encombrer leurs cerfeanx d'osé fovle ée dâtaUaqu'elk» s'empresseront d'Oublier dès que .'des deYQÎrff:plQs sérifiBi is'efffàrsntèdles^ jBBistde learxlonner m^sentuBentintesse detikAiôe et dttcsoisiieneitt^ arec: ce (pi'il fiuati de isotioM prteises pwr éoUirurae bon sens tde l'esprit, «tjm est inné cbez les: femmes^ etiq«e l'DB.^ppeUe.Ie 'bon.gDÛI. II conviendrait que l'en HMÎst&t SDitoutrsnr les pairties wiraniee deV enseigneoieit. ia pbiloso-* pbie^ par exeoi^f ne défient wi eifieic^caiiratf viiiâMft' qne «i l'ont montser paB delà rariditéidesâystëmesvle mouvemant* de la pensée* hnosaine. taojoiirs '.inquiète^ tonjonrir ramenée vers 4esiHfeaieB problèiDes<qa'«Ue sfépnise en îtoôii . à i^sandre. IL cet néeessaire de replacer les philosophes et leurs doctrines daas le oadivi hisiorifae oùtleonaction s'est exemée^de rappiodier les oœ des aulves ies penacBus de mftmei famille, .fmr^ depuis qu'il y « cmephiloeoplne, les ;bommes nloiit Jamais «essét d'éehàfiwider (d« systëmss qu'ils dfttBuiaent ensuite ipour les velaire, sous d'autres formes et urec d'autnes noms, mois tau jours airao les mlaies matécûtax*
.L'insloireieat renseignement .vivant fNu:j»eeUa»ce,) et c^est ainsi Pansingaem^Dt 8»dal. .Aux jeunes ifiles, il semât bon que l'on' apfirtt BujitoïKt "CoumienEt a étévounstknée ia ismille ofaez les divers peuples et idaas tes divers Ages, quelle a été la eonditien de la iemùe, commeatofi EXQDpu l'édmadom des enfants, lerMeet les drcôts de l'Etat, comment leitimvail et la propriété ont été organisés. Est^e que^ par esemple, la lecture de certaines pages charmaistesideil'EEtoftomtft/eide Xénophon'-n0.eonvieBd^ pas 4 l'ofudgnementsupérieur des jemes fiHes et* nerleur révélerait pa», mieux que les^plus^savaniesîleçons» ce qi^Siété laide 'cbez les Grecs? U me nous d^aindt pas, non iphis, que de 'renseignement de l'bisto&re sonttt .un i certain ecqfitkisme, dais les domaines 'où le ao^oisrae est une^bonne précaution; (^*il en sortit, par exempL, l'idée? de la (variabililédes formes de forgonisatinn sociale et des condittofts %dut travail. Oe scepticisme de bon akn nous aiderait pent^èlre'àîBe'pas nous tameBterocftre'BieBure en teoe^ spectade de ii0B ceiitemporains^; à ne pias levi^ lesibims ««r cieU en plearant attri« le malfaeus des itemps i»^ au lieu de nous demander en* qum* nouSîSommes peut-ètse nous-mêmes, ea •quelque 'mesure, responsables de iios propres ^nalheurs.
Noas^ pourrions )pouDSuivre* od;te ' analyse de œ que* devrait èfere l'enseignement féminin : résumons-nous en disant qu'on devrait l'organiser detfaçon/à y léduire la part de l^easeigiieoiont pure-
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ment intellectael, et, en tout cas, à contrebalancer ses effets par une éducation pratique, par une éducation sodale qui préparenût avant tout la jeune fille à devenir^ dans toute l'acception de ces mots, une femme, une épouse, une mère.
Il serait curieux de se demander pourquoi certûnes femmes, lorsqu'elles sont très savantes ou s'imaginent l'être, vont volontiers non pas jusqu^au socialisme révolutionmdre, mais à l'anarchie pure, à l'individualisme forcené, et parfois aussi, comment dire? jusqu'à l'anarchie morale? Sendt-ce parce que la femme a l'horreur de toute autorité? Retrouverions-nous là, pour emprunter une expression au roman de M. de Vogué, ie Maitre de la mer^ retrouverions-nous là « ce levûn de révolte contre la règle ob se trahit l'odeur de la femme »? Ne serût-ce pas plutôt Bossuet qm, dans son panégyrique de sainte Catherine, aurait trouvé une explication plus juste quand il dit :
« Les dames modestes et chrétiennes voudront bien entendre en ce lieu les vérités de leur sexe. Leur plus grand malheur, chrétieDS, c'est qu'ordinairement le désir de pbdre est leur passion dominante; et conmie, pour le malheur des hommes, elles n'y réussissent que trop facilement, il ne faut pas s'étonner si leur vanité est sonvent extrême, étaiit nourrie et fortifiée par une complaisance presque universelle* Qui ne voit avec quelle pompe elles étalent cette beauté qui ne fût que colorer la superficie? Que si elles se sentent dans l'esprit quelques avantages plus considérables, combien les voit-on empressées à les faire éclater dans leurs entretiens? Et quel parait être leur triomphe lorsqu'elles s'imaginent charmer tout le mondeî C'est la raison principale pour laquelle, si je ne me trompe, on les exclut des sciences, parce que, quand elles pourndent les acquérir, elles auraient trop de peine à les porter : de sorte que si on leur défend cette application, ce n'est pas tant, à mon avis, dans la crainte d'engager leur esprit à une entreprise trop haute, qne dans celle d'exposer leur humilité à une épreuve trop dangereuse ^ »
C'est l'éducation intellectuelle et scientifique, lorsqu'elle n'est pas contrebalancée par une forte éducation sociale, qui entraîne le cerveau trop logique de certaines féministes à des revendications qui déconsidèrent leur cause. Prenons donc garde que l'éducation des jeunes filles développe cette vaine science, qui peut décoavrir les astres, mais qui passe aveugle et insoucieuse devant la misère humaine, et qui, pour avoir appris à lire dans les étoiles, a souvent désappris le plus admirable des arts, celui qui consiste i lire dans le cœur humain, et oublié le plus précieux des secrets»
* Panégyrique de sainte Catherine, Ed. Lâchât, t. XII, p. 418.
LtDUCATlON SOGULE DE Là FEMME 625
celui qu'on pourrait appeler d*uu mot, en le prenant dans son sens le plus large, le secret d'aimer.
Quelle est donc, entre l'éducation sodale et l'éducation intellectuelle, ou plutôt l'éducation individualiste, la différence fondamentale? Ou, si l'on préfère cette seconde formule, quelle est la ffifférence entre la conception sodale de la vie et la conception indiyidualiste? C'est ce qu'il nous reste à indiquer.
Dans la conception individualiste, l'homme, même sans égolsme natorel au sens grossier du mot, arrive à fûre de soi le terme et la fin de toute la vie; ses actes ont alors leur fin, leur raison d'être en lui-même. Tout est rapporté à la jouissance personnelle, fbt-ce la plus élevée, comme la jouissance que donnent les arts ou le plaisir, si ugu mais si dangereux, de penser pour penser, sans diriger notre pensée vers un but extérieur et supâieur à nous. Nous connûssons ce péché de l'esprit et nons savons ses conséquences. Les formules qai en dérivent ne sont pas nouvelles : « l'émandpation totale » , « llnstraction intégrale », « le libre développement du moi », phrases creuses dont on berne certains cerveaux d'illuminées et qui cachent trop souvent l'émancipation de tout devoir et l'affranchissement de toute règle!
Nous connaissons ces formules : dans l'ordre intellectuel, elles conduisent à la conception qui fut, par exemple, celle de Renan, qui rêvût d'une sodété où la masse travaillerait, pour permettre i quelques savants, à quelques artistes, à quelques dilettanti de jouir librement de la vie, de la beauté et des arts. L'aboutissement de cette philosophie aristocratique, c'est la fameuse théorie du surhcmime de Nietzsche : la société, enfin débarrassée des entraves et des superstitions, finira par produire quelques exemplaires d'un être plus parfait, plus affranchi des mille contraintes de la nature humaine, pour qui n'existera plus ni le bien ni le mal et qui régnera sur le vil troupeau de l'humanité inférieure. Ces doctrines sont beaucoup moins neuves qu'elles ne le paraissent au premier abord, et le monde n'a pas attendu, pour les connaître, les révélations de Frédéric Nietzsche parlant par la bouche de Zarathoustra. Au fond de toute cette philosophie individualiste, ce qui se cache en réalité, c'est toujours un retour vers le paganisme, une réaction contre l'idée de la fraternité et de l'égalité apportée dans le monde par le christianisme.
Dans l'ordre privé, cette conc^ption individualiste, ce libéralisme anarchique a engendré le mauvais féminisme qui, au lieu de cou-
siâérer la^ feame 4mïH la (familte ^t dans la mciéfét Tiflole «de^ ton» ses rapports sodaux et réclame pour fiie L'^tffrandHSBenieiit deiimt ce qtd est la sauvegarde de sa dignité et de sa liberté. Dans le ménage, ce mauvais féminisme pose la femme en antagoniste du mari; ses théoriciens réclament aujourd'hui le divorce par consentemenl mnlttel, ils; demandent le rdâchemeoÉ ide tons les liens 4e la fainHe, réducaitàon^esïenlafils par TfilBt, da>supfMBsioii dsi foyer par l'insuUalîontâes^aiénagQadanade granâftèôÉels, et enûn romn libre. Mfeoic «oeosel Dtaaa Tau des ^denHeos foai^;r68 fiiBMiîeleBt Tune des plus connues panni tes «ptees ^ IVhnniidpatfaaJtofr. foouses n!a«4^ieUe^pas fiMflsê rimpadenr de la iogiqne juqjïà réftlameiif «au «nomades ^pimdB .principes^ de^ la: liberté commerdalfi, « ilAdS)effté tpeor Ja &miM de mndm sm «opps » ^ ? Bt '^es vont pltts MUf \UH4&m!B B» «MMttde k rnAim iogiqne : <«Les jonss-fiCKiÉ venus, déelare* M^ Mima Farabam» «rii les boiuBeg) raoe ^^nm^e etbratakd'iuauitpaAeuffS, dMvmt céâertavzfemantfietÉe dowinajton qu'Us ont <eierQéet)M<|ii'iei'ppitf le ptM csand^nalide rbomaulé. Lea.'femsMi8 sont plus ^parfaites que ika ^mmea, Ieiv> tnmfB tel pbis d(AIÂcate et ptas Mosible : la fiemoMi est à liiaonK ce qae rbaone ^eat au. gi^nUSil » On le Tok, le MriiomtBetde NieiaiclKw îl n^eet pasiDea<Wi^'4ei(iieDcher;iilreat se :t<c^est)la&mi^
. Twt.tela lUjeat que jridkoku liais rogaDdims^f ,de prte : nea idées ont fait plus de chemin qu'on ne le croît. Ne tes itnNi¥6«4HM paa, presque iteolest f^ exenple, kabikmeAt préaeméea, dans .4e rosMU jdes fières Marguœitie : Les Ihux vies? ,11 senût ecqpMia de reiEÛiieiâ, après BL Henri Bordeau^* une astique de. toute cette liMéralnfe qui prétend se dooMr ponr but l'émancipation idke^ fawaes ; mais^ à cens qui .ont itê. .t|aelqttes-nii6 (de «es livim, neus denaadms sw la plupart .du tem|»e, ke béreines ne aent paa tout simpleaient de pàiB pedts animaux, ponr qui le bien et le. ont n'ffôSstent {ilufk ^ dent la we ii'eat >diffÎ0ée ^ue par leucs ânatiaeis et imD leurs capdâceB? Cette liaéralare itiiMve |>arlMS qa^quaindolgeece paoni lesifsmaaea de inotse épeq»e, ^t cepeadadat die m'en méâteaueuiie: par^elA vi^gt siècles fdcrchristiamaaae» .eUenouank mtae<tQat4rekaupagawaflae,iet^ par éàtàAefagsmuàt^iÏMmtaaMi
ASaA la: cMception imdiiriduaMsie 4e la vâe^ en màcoonânant de cacaaàre secial ait T^txe bumain, «Agendrerune meneoBgèrenoAon • de la liberté qui hausse tous lescappoita sodaux^ dètnûfe laiaiBillc et abeutiaaît À4)rôer pour JaieaMne, au nem de la Jogique^-et des immortels pi»ncipea« le pii:e des eédavagee, ûebû «des ^ipaasioas.
* M™* Pognon, présidente de la Ligue pour le droit des femmes, le 19 jmu 1901, au Ctm^tfés intenuUUMnljde U 'Cônd&igH et 'desdroiU de h femme. -a Voy * de <kf.rt^ndmt du 25 tMtvemfara iêêî.
UlDQCATIOll SÛGULI. DK U FKlOn 627
« Toute femme qai>F6v^ d'émancipation» a écrit Proudhon, a pesda, 4psa facta^ la santé de Fàme, la lucidité de Tesprit et la vir^hité du cceur^. n.Proudlion a raison dé lé dire, il £ a finalement, par rindiyidualisme,. rétréidsaement de Tèsprit et dépérissement du €Gaiir;ven rompant tous ses liens sociaux, Tètre humain se replie sur lui-même, comme l'escargot qui rentre dans sa coquille des qp'un contact extérieur vient l'impressionner. LlndividuaUgme, Vest. un enroulement du moi.
Au coBtraise, dans la vie sodale, nous donnons à nos actes «ne fin extérieure et: supérieure à nous-mêmes; il. y a, par suite, déroulement «du moi, projection au dehors de notre personnaliié. Notre md. se réfiëdiit sur les hommes et les choses. qui nous entourent; notre. yie en est comme multipliée et comme «ubUmisée. En sorte que noua ne sommes réellement, nous-mêmes que quand nous sortons de nous-mêmes pour noua dépasser, pour nous projeter au dehors par l'action.
U ne nous reste^ avant de conclure,, qu'à montrer commenta la conception sociale transforme la vie,quQtiâienne,.la.yie de l'esprit et la vie deTâme.
Voyons d'abord ses répercussions dans là vie ordinaire. Oh pourrait comparer les êtres humidns, isolés par l'égoîsme et confinés, chacun .dans leur tour d'ivoire, i dès instimments perfeetionnéSt. faits, pour vibrera l'unisson, mais qu'on aurût oublié de charger de l'électricité qpi peut seule les mettre en action. Le sens sodal est cette électricité; il établit entre les autres hommes et nona-mèmes un courant dé sympathie et de charhé ; du sentiment dé l'interdépendance natt tout naturellement le sentiment de la fraternité. — Et c'est funsi qpe l'un des premiers effets de Téducatiôn sodale serait d'inaugurer le rèjgne de la tolérance. Nous employons ce mot parce qu'il n'y en a pas d'autre; mais nous.ne l'idmons pas et BOUS ne lui donnons pas le sens qu'on lui attribue d'ordinaire. Nous nefaisons pas allusion ici, en effet, &la tolérance des stofdens qui ne s'abstiennent, du mal que parce qu'il est dégradant pour eux-mêmes; cette tolérance- là, fsdte d'indifférence pour les idées et de hautain mépris pour les personnes, nous ne l'acceptons pas pour nous, pas plusxiue nous ne la pratiquons vis-à-vis des autres. Nous parlons de la vraie tolérance, qui naît d'une conndssance profonde des Jiommea et de. leurs misères.
Dons le mari^gd, là conception sodale n'aperçoit pas deux indiiddus férus d'indépendance et d'égalitariame et voués à uu antagonisme presque fatal; elle voit, dans le couple fiimilial» là
* ProudhoQ, La pomocratie ou !es femmes dans '« temps m$demes, p. 69. Paris, Lacroix, 1875, in-16.
m L'ÉDDGÀTION SOGULK DE U FSMMI
cellule initiale sur laquelle s'appuie tout l'édifice social, et, dans le mariage, une association pour la vie et pour la transmission de la vie, où le progrès, pour la femme, ne consiste pas à obtenir noas ne savons quelle impossible identité de droits et de fonctions, à laquelle la nature s'oppose, mais bien une égalité de dignité et de considération.
On sera peut-être étonné de l'autorité que nous allons invoquer à la défense de la sainteté et de l'indissolubilité du mariage : c'est celle d'un homme en qui l'on reconnaît volontiers l'un des grands penseurs du dix-neuvième siècle, mais dont le nom évoque parfois l'idée d'un révolutionnaire, presque d'un anarchiste, c'est Prondhon. Vers 18A8, il y avût déjà des féministes révolutionnaires et qui rêvaient d'émancipation et qui parlaient du « droit i la vie », du « droit à l'amour », de la « liberté intégrale ». Proudhon les combat dans ce livre étrange msds puissant qui s'appelle la Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes. Ennemi du libéralisme économique, de la doctrine du « laisser fûre », il en combat les effets partout où ils se manifestent. Que l'on juge par ces quelques lignes s'il n'est pas impossible de mieux définir le rôle social du mariage. Nous sommes malheureusement obligés de les tronquer à cause de la brutalité des expressions que Proudhon emploie dans l'ardeur de sa polémique : « Le mariage, dans la pureté de son idée, est un pacte de dévouenàent absolu; le plaisir n'y figure qu'en second ordre... C'est ainsi que le mariage devient, pour les époux, un culte de la conscience et, pour la société, l'organe même de la justice. » — « Nous allons observer, continue- 1- il, l'influence du mariage sur le développement de la justice. Chef de la communauté, le nouvel époux sent croître en lui la personnalité, l'ambition, l'esprit d'entreprise, la fierté du caractère, l'indépendance de l'esprit. Son énergie s'augmente à la fois et du secours que lui apporte sa femme, et de l'effacement même de celle-ci, ou, si l'on sdme mieux, de la discrétion avec laquelle elle se produit. Puis la fougue amoureuse se calme, la volupté est subalternisée par le travail, par la présence des enfants et les perspectives d'avenir; au règne éphémère de l'amour a succédé pour le reste de la vie le règne plus sérieux de la conscience ^ »
Voilà, n'est- il pas vnd, le tableau d'un ménage idéal, que peutêtre l'on ne s'attendait pas à trouver sous la plume de Proudhon. Le mariage est la fondation d'un organisme social nouveau, l'individu n'y apparaît plus; ou, du moins, il n'y apparaît plus, connue
* Ouv. cité, p. 9 et 57.
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on dit en langage mathématique, qa'en fonction de l'association.
Il faut bien reconnaître qu'en pratique, il n'en est pas toujours ainsi. Quel est celui qui, an cours de sa vie, n'a pas rencontré quelques-uns de ces hommes, riches des dons de l'esprit, du cœur ou de la fortune et dont le mariage a tué l'initiative et paralysé les énergies? Devant leur nom, une femme a posé le signe négatif, le fatal signe moins^ qui a condamné tous leurs efforts à la stérilité. Us ont gaspillé leur talent; et, gaspiller son talent, c'est une faute plus fréquente, plus impardonnable et socialement plus nuisible que de gaspiller sa fortune. Faisons des vœux pour que la forte éducation sociale des femmes multiplie toujours, au lieu de les annihiler parfois, les énergies dont notre pays a tant besoin.
De l'éducation sociale, on peut attendre encore un autre bienfait : celui de mettre dans l'esprit des femmes de notre temps un réalisme de bon aloi et de renverser ces autels secrets sur lesquels les romanesques brûlent l'encens de leur ima^ation. Les enfants et les faibles sont romanesques. Le monde qu'ils ignorent, avec lequel ils n'osent pas établir de communication, ils l'évoquent en dedans d'eux-mêmes, ils le forgent de nouveau au gré de leur fantaisie; le réel les blesse et les offusque parce qu'ils vivent dans le faux et dans le convenu ; leur moi se replie sur lui-même et se complaît dans des fictions qui sont une projection de lui-même, non plus sur autrui, mais dans le vide. Avec toute la généroiûté de son âme, avec ses élans et ses velléités, don Quichotte n'est au fond qu'un égoïste ou, si l'on veut, qu'un individualiste. La vie réelle, la vie sociale lui échappent; il s'agite dans le vide ou bien il charge les troupeaux de moutons; il vit dans son rêve et se repaît de chimères. Il traverse la vie comme le chevalier d'AUïert Durer, cuirassé d'un triple ûrain, pensif et mélancolique, sans voir les monstres qui tourbillonnent autour de sa tête ou qui rampent soos les pieds de son cheval. Le temps n'est pas aujourd'hui d'être romanesque La vie, il ne s'agit pas de la créer par l'imagination, mais de la vivre telle qu'elle est et de l'embellir par le cœur. Il y a dans la vie une place, une large place pour le cœur, il n'y en a pas pour le roman.
Il nous resterait encore à montrer comment, jusque dans le domaine de la vie esthétique et de la vie religieuse, nous ne saurions comprendre ni toute la portée de l'art, ni toute la force de vie qu'il y a dans la religion si nous ne les envisagions au point de vue social. Nous ne ferons qu'indiquer ces deux points.
Nous pardon nera-t -on d'invoquer encore à notre aide Proudhon? « Vous subordonnez 1^ droit & l'idéal, écrit-il, en quoi vous êtes tout à fait d'accord avec la moderne bohème dont la maxime est, 25 FévBiBR 1904. 41
eonuneyvQus le saims,! l'art ^peiir Vw^*^ on l&.prinmpe de^Tatt pour raiti eondoiù à desi oeroUaireft de toutes secte : le poQ?oir ipoor le2poii¥oir,.la gaenw poar la goerBe, l!argeQt pour rargenl, Tamonr pmr^ l'amour, la> jonissa&ee. pour la.jpuis8aBoe ^. » On le > voil, Prondkon a oombattn vigoureuBeaimt le. dilettantiamey'il eB< a montré^ le cafactàre«iitiaodal; il a fort bira vu que Tafftm'e^vniment digna de^eaui nomv' qa'il u'aueint toute sa puiasaBee queisKI efit:coDfu eut yue.dkiBe'' &i) extteieure let^ aupérieuie'&.luiHuème. «xToutel (Buvre d!att, a& écrit; quelque paît Aiskin» est TénoBeé dfuneiidée-momle i>y,c-est mp œtî aiioiBatqiifiLibBâe tonte sa^oriiique eatbétique^t tout caqu'di afécmt.8ur lleatbétiqQeA^prédsôiBBBt pour^butrde pn)nver que^rart^estÎBsépaiable.dela'BioFale^Bt c'est pourqnoL^BOSivkUles églises 'godiiquechOBt. réalisé Wplua kwate et la'plumcoBiplëte coQoeptioB' d'afit.que: le. géuie humain. ait- januds imagÎDée. Bien n^yi est laissée &»lafaBtaisie*d&. L'artiste; tout y est aib»doDué .au plas; géBé»!;, la^peistore etila sculpture s'yi font les serrantes dei Karchitectare tet. oonoourrat^à^ l'effet, df ensemble, àl'impTeBskm religieuse et morale* que l'immeaseï nef doit pw- •duire^sur. le» fidUesiassembléseous- sea- yoûtes« Id.tooLesl sedal; tous ont unei place dans le» tustes flancs de la icatbédralev ilsy tirouyent inscrit» sur lai pierre^ .peints suc le» murailles ou sur lœ verrièresi tout leur idéal xdfigieuz,. toute lean yie^ morale.; Gemme l'aécot M. Bmile Mtie, dans son> beaa livref suri rAn religiem ^nFrancB au* treisUème.siiïUe^ la^cathédmle était M>la.conacieB6e même de Ik citer».
Et A maintenant ;neu3;ieByisageon8x la rdîgion au point deïvae sooNil«.ne;voitHon pas comment elle.ohaage d'«8pect sans^l-ailleuis changer de naturels Elle( ntest plus seulement sdom> le refuge des âmeti délioatesr et Messée^ elle niest plus: seulement «un Hiojmi dûâanotification personnellet.nitplus sealement^« laivinlle chanaen qui berce- la. misère humûne^»; elleyn'a{^>aralt plus sentement comme la religion dn-.moine^ inconnu, qoi^ versa, un jour^ xsoauBe eni autant d'nmes^i dans, les quatf6.liyres.de> l'/mito^'ony.tOBt ce que l^âme des: hommes peut éprouyer, au- contact de la yie, de pieux désenchantement. Cette religion individuelle <}Bit comma^un foyer intérieur, alimente^ notre vie morale, devient,, si on .la considèâre par le côté «social, un. foyer de lumôèce k la clarté: duçiel.s» détache- en plein redîef tout le« réseau compliqué des^ liens qpi attachent* les» hommes les> uos^ aux autres^ depuis^ leurs calmes jusqu'à leur fin dernière, et qui r substitue, i^ une vague solidsoilé facultative, une fraternité réelle^ obl)gatoire(4'x>ù'déoottlent,.coamie
* JWrf., p. 113. — €f. Tol843oï, Qu'est-ce' que Pàrnet «irtmit; de*M. »«n©iière : TÂrUt la^mmmie dansisea IHiwnmdeeonAeiU(l^mtàxiriWkiiA'A%4.