‹ Le corrupteurChapitre 19 sur 115 · THALIE, MELPOMÈNE, LA CENSURE · texte numérisé non relu

THALIE, MELPOMÈNE, LA CENSURE

Ah! Voici ces démoniaques qu'on nomme les Muses théâtrales! Évitons leur présence; car elles me jettent dans mille embarras dans mille angoisses chaque fois qu'elles m'abordent; et je ne sais, vraiment , que leur z'épondre de raisonnable.

THALIE

Où fuyez-vous, belle et honorable dame ?

LA CENSURE

Belle et honorable! Ah ! vous me flattez, divine Thalie.

THAL I E

Quoi , sotte! Tu n'entends pas le sens des contre-vérités ironiques : comment peux-tu juger les vérités utiles ? Je te loue pour le railler et l'instruire.

LA CENSURE

En ce cas je me dérobe à vos sarcasmes dans le cabinet des Mystères du pouvoir.

MELPOMÈNE

Arrête , lâche , arrête !

THALIE

Regarde en quel piteux état nous a mises ta valetaille ameutée contre nous. Ma sœur a perdu son diadème royal , son casque et ses lauriers civiques. Tes gens ont flétri les fleurons de toutes ses couronnes , sa pourpre et sa toge sénatoriale : elle ne sait plus que porter en ornement sur la tète , et de quelle robe se vêtir le corps : et moi, contrainte à rire de mes guenilles , je n'ai plus en main que ce manche de ma férule, dont tu as fait couper les lanières les plus claquantes, après m'avoir privée de mes meilleurs masques. Ma sœur en courroux vient te dévisager, et moi seulement t'envisager pour te livrer en personne au rire du parterre.

LA CENSURE

Pourquoi vous en prendre à mon zèle inoffensif? Hélas ! créature de l'autorité, je ne vous fais que le mal qu'elle m'ordonne de

TRAGI- COMEDIE. xxxj

vous faire. Quel est mon tort envers vous? Ma fidélité aux légitimités immémoriales

Page 1