THALIE, MELPOMÈNE, LA CENSURE
Ah! Voici ces démoniaques qu'on nomme les Muses théâtrales! Évitons leur présence; car elles me jettent dans mille embarras dans mille angoisses chaque fois qu'elles m'abordent; et je ne sais, vraiment , que leur z'épondre de raisonnable.
THALIE
Où fuyez-vous, belle et honorable dame ?
LA CENSURE
Belle et honorable! Ah ! vous me flattez, divine Thalie.
THAL I E
Quoi , sotte! Tu n'entends pas le sens des contre-vérités ironiques : comment peux-tu juger les vérités utiles ? Je te loue pour le railler et l'instruire.
LA CENSURE
En ce cas je me dérobe à vos sarcasmes dans le cabinet des Mystères du pouvoir.
MELPOMÈNE
Arrête , lâche , arrête !
THALIE
Regarde en quel piteux état nous a mises ta valetaille ameutée contre nous. Ma sœur a perdu son diadème royal , son casque et ses lauriers civiques. Tes gens ont flétri les fleurons de toutes ses couronnes , sa pourpre et sa toge sénatoriale : elle ne sait plus que porter en ornement sur la tète , et de quelle robe se vêtir le corps : et moi, contrainte à rire de mes guenilles , je n'ai plus en main que ce manche de ma férule, dont tu as fait couper les lanières les plus claquantes, après m'avoir privée de mes meilleurs masques. Ma sœur en courroux vient te dévisager, et moi seulement t'envisager pour te livrer en personne au rire du parterre.
LA CENSURE
Pourquoi vous en prendre à mon zèle inoffensif? Hélas ! créature de l'autorité, je ne vous fais que le mal qu'elle m'ordonne de
TRAGI- COMEDIE. xxxj
vous faire. Quel est mon tort envers vous? Ma fidélité aux légitimités immémoriales