‹ Le corrupteurChapitre 56 sur 115 · ACTE II, SCÈNE VI. 4i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. 4i

Mais il n'est pas prouvé, moi , que je sois le tien. Pour débrouiller ceci nouons quelque entretien. Nouveau Cid , viens-tu dire, en ce conflit burlesque, « A moi, comte, deux mots?» c'est trop chevaleresque*.

FLORVAL.

Allons continuer ce persiflage en bas.

NORVILLE.

Je plaisante , mon cher , et je ne raille pas.

Dans un accord tous deux mettons un peu du nôtre.

Si nous courons soudain nous égorger l'un l'autre,

Tu risques d'ignorer en quels lieux est ta sœur.

Ce secret important te doit tenir au cœur.

Souviens -toi que le mien a reçu ta promesse

D'approuver l'union qu'implora ma tendresse ;

Que tu m'autorisas , malgré nos différens ,

A plaire aux yeux de Laure , à fléchir ses parens :

Ils me l'ont refusée ; et , fort de ton suffrage ,

D'un traité fraternel je l'ai prise pour gage.

FLORVAL.

Put -il jamais entrer dans mon consentement L'outrageant procédé de son enlèvement ? D'un affront si public je laverai l'offense. Si Paris sait le crime, il saura la vengeance.

NORVILLE.

Va, pousse, échauffe - toi ! beau moyen qu'un duel Pour rendre d'un débat le bruit perpétuel ! Révélons cette affaire à quiconque l'ignore : Battons-nous; consommons le déshonneur de Laure. prud'homme.

Oui, qu'elle aille sans nom pleurer je ne sais oii

Ciel! ai -je pu former un disciple si fou?

*FLoRVAL, a Prud'homme.

Tais-toi, servile agent! tais- toi, fourbe! et redoute Que sur toi ne retombe un

prud'hom3ie.

Frappe, mais écoute.

Ce mot d'un Grec fameux fut toujours ma leçon.

NORVILLE.

Laisse , mon bon Florval , reviens à la raison.

FLOilVAL.

Laure s'est avilie ; il ne s'agit plus d'elle : Finissons ! que l'épée acliève la querelle.

NORVILLE.

J'y suis prêt mieux que toi ; car un homme d'honneur

Ne se bat qu'acquitté lorsqu'il est débiteur :

Par ce titre envers moi ta bravoure est liée;

Ta grosse perte au jeu , mon banquier l'a payée :

Apprends cela.

FLORVAL.

Qu'entends -je?...

NORVILLE.

Apprends d'un ami cher Qu'on ne rembourse pas ses dettes par le fer.

FLORVAL, a part.

Oh ! dans quel embarras un vice affreux me jette ! Ma honte d'un désordre est -elle assez complète? Vil joueur que je suis! j'engage aveuglément Jusqu'à la liberté de mon ressentiment !

(Haut.)

Mais, monsieur, contre vous ma famillr irritée

Page 1