SCÈNE V
NORVILLE, Madame de CERCUEIL.
MADAME DE CERCUEIL
Votre rare ascendant a de quoi se louer 1 Du destin de la sœur hautement vous jouer , Et sous l'appui du frère à nos yeux reparaître ! Ce trait vous appartient et c'est un coup de maître.
NORVILLE.
N'est-ce pas bien franchir toutes difficultés?
A€TE III, SCENE V. p5
MADAME DE CERCUEIL
Vous m'êtes odieux par vos subtilités.
NORVILLE.
Je ne suis pas subtil , je prends la droite roule ; C'est le plus court chemin pour arriver.
MADAME DE CERCUEIL
J'en doute; Et vous déclare net qu'à tous vos pas si droits Vous me retrouverez contraire en mille endroits ; Qu'au but où vous marchez semant de grands obstacles , Mes parens sauront faire échouer vos miracles , Et que je ravirai ma cousine au danger D'un homme plus méchant qu'il n'est vain et léger ; D'un homme qui n'a rien de vrai, de bon dans l'âme ; D'un homme qui gaîment lui-même se diffame; D'un homme qui se rit de toujt manque de foi ; D'un homme...
Noavil,LE.
Hé là , là , là \ doucement... laissez -moi Contempler de vos traits la charmante colère. Aux belles tout va bien , en elles tout sait plaire : Vos yeux qui m'enchantaient par des regards plus doux , Me paraissent plus vifs brillant d'un tel courroux ; Et je me sens joyeux , pardonnez ma folie , D'avoir pu vous fâcher pour vous voir si jolie i Vous riez. ,
MADAME DE -CERCUEIL
Croyez -vous, démon original, Si j'ai ri de pitié que j'excuse le mal ?
WORVILLE.
Dans le monde , à sa guise , on altère une histoire : La mienne , i^u l'arrangeant , sera-t-elle si noire?
Non ; quand sur une affaire on sème un double bruit ^ Le mal qu'on dit de nous par le bien est détruit. Tournez l'événement de son côté comique : N'est-il pas gai de voir qu'ici chacun s'applique A m'adopter enfin en digne et bon parent ?
madaîit: de gercueil.
Ne vous lassez -vous point de n'être jamais franc , Des orages sans fin qu'un intrigant essuie...
WORVILLE.
Non, le tracas me plaît; en repos je m'ennuie. Que j'acquière demain un beau -frère en Florval... Auprès de sa cousine il me croit son rival...
MADAME DE GERCUEIL, étonnée et piquée.
Témoigné-je jamais nulle coquetterie Qui pût fournir matière à cette raillerie ?
NÔRVILLE.
Je ne me moque point , je parle en confident. S'il vous tait son amour',' qu'importe au président? Ma poursuite autrefois lui donna plus d'ombrage.
MADAME DE GERCUEIL.
Pourquoi sur mon cousin me tenir ce langage ?
NOR VILLE
Devinez.
MADAME DE GERCUEIL.
Vous avez l'esprit ensorcelé
NORVILLE.
Capable d'en agir comme un écervelé.
MADAME DE GERCUEIL.
Osez -vous?...
NORVILLE.
Etouffez ce levain de colère Qui vous oppose trop à l'hymen que j'espère.