ACTE III, SCENE V
MADA.ME DE CERCUEIL
Fort bien... Ah! plus j'y pense, et plus je suis à bout :
Il faut me désister de mes projets, de tout.
En vain j'aurais voulu, protégeant ma parente,
Rompre son mariage.... Il faut que j'y consente!
Et , pour me garantir de mille propos vains ,
Je dois servir vos vœux! j'y dois prêter les mains!
NORViLLE, gaiement.
Oui.
MADAME DE GERCUEIL.
Je dois excuser vos procédés atroces.
WORVILLE.
Oui.
MADAME DE GERCUEIL.
Parer votre épouse !
TTORVILLE.
Oui.
MADAME DE GERCUEIL.
Concerter vos noces!
WORVILLE.
Eh, oui.
MADAME DE GERCUEIL.
Moi-même entrer dans vos complots maudits!
NORVILLE.
Mariez-moi, vous dis-je, et je me convertis.
MADAME DE GERCUEIL.
Le bon saint !
NORVILLE.
Comme un autre.
MADAME DE GERCUEIL.
Ah! dût-on en médire, J'ai peu de force , moi , contre qui me fait rire.
Eli bien, accordons-nous : je vous faisais la cour;
La sincère amitié précède et suit l'amour :
Qu'elle laisse entre nous durer les bienséances.
Votre sexe a besoin de tendres confidences
Qu'il ne fait à personne à moins d'un sûr ami
Qui l'aide , le conseille , et l'entende à demi :
En son cœur , sans témoins , le cœur s'épanche à l'aise.
Je suis cet ami-là : que mon traité vous plaise.
Aussi -bien, vaut-il mieux, pour son propre intérêt,
Se confier à mol que me taire un secret.
L'habitude que j'ai de vivre dans le monde
Eclaire l'examen que j'y porte à la ronde :
Telle croit à ma vue y cacher tel amant ;
Mais leurs yeux au passage^ la fols s'allumant,
Se perdent dans un trouble où je lis leurs pensées :
Telle autre oppose au sien des réserves forcées;
Mais le soin qu'elle prend d'éviter son regard
Me dit ce que l'époux apercevra plus tard.
Vœux nalssans, premier pas, fines agaceries,
Aveux , arrangemens , querelles , bouderies ,
Absence simulée et retours disposés,
Ruptures et pardons, feux d'un jour, nœuds usés ,
Je vols tout dans les cœurs : ainsi , belle adversaire ,
Dans tous ces petits jeux soyez ma partenaire.