‹ Le corrupteurChapitre 86 sur 115 · ACTE ly, SCENE VII. 8c · texte numérisé non relu

ACTE ly, SCENE VII. 8c

NORVILLE.

Ah ! vous riiumllîriez si jusqu'à son oreille Ce discours parvenait... Sur vos pas elle veille; Et ce qu'elle a permis doit vous paraître bien. Sans son vœu, risquerais -je un pareil entretien?

LAURE

Ah ! monsieur, si ma tante oublia sa colère , L'époux de ma cousine est un juge sévère : Du moins il restera mon noble défenseur...

NORVILLE.

Lui-même auprès de vous est mon intercesseur; Et son sage intérêt pour la famille entière Appuie en ce moment mon ardente prière...

LA.URE

Ah! qu'est-ce que j'entends?... Un homme tel que lui Ne peut sans déshonneur s'avouer votre appui...

NORVILLE.

Monsieur le président , dont l'honneur est l'idole ! Ah ! je serais confus qu'une telle parole De lui fut entendue , et le pût avilir ! Son renom de vertu sut trop bien s'établir.

LAURE

Si je ne compte plus sur la justice humaine ,

Pour vous , grâces aux ciel , mon oncle sait ma haine ;

Ce digne abbé... *

NORVILLE.

Clément , miséricordieux , Sourit au doux espoir d'un nœud religieux Qui peut de deux maisons consolider la joie , Et c'est pour le former qu'à vos pieds il m'envoie.

* Le commandeur

LAWRE.

Est -il si personnel en ses froids intérêts Que d'immoler sa nièce?...

NORVILLE.

Oh , paix ! de grâce , paix !

LAURE

O ciel!... tout me trahit, m'abandonne à moi-môme! Non , je ne vous crois pas... C'est un vil stratagème.

TJORYILLE.

Quoi, Laure! vous doutez encor de mes discours!

Eh bien! dans les détails entrons sans nuls détours.

La passion s'irrite en son impatience.

Vos parens, éclairés par leur expérience,

Excusent mon désordre , et de mjoxi attentat

Désirent que l'hymen fasse oublier l'éclat.

Soudain, modes, chevaux, élégant équipage.

J'ai couru tout chercher pour vous en faire hommage.

Votre tante du prix de ses beaux diamans

Pour la noce a reçu quarante mille francs.

Votre oncle , en bénissant notre union prospère ,

Acquitte un léger prêt que me doit votre frère ;

Et lui , que d'un emprunt sauve un heureux ami ,

Brûle de voir par vous mon bonheur affermi.

Monsieur Cercueil , le juge , en ma faveur abjure

Les longs ressentimens de notre procédure ;

Et , pour gage de paix., m'a promis de brûler

Un titre dont nous deux ne devons plus parler.

Sa chère femme aussi , votre vive cousine ,

Qui semblait de mes vœux mécontente , chagi'ine ^

Ne craint plus rien pour vous de ma légèreté '^

Elle a su qu'au hasard , dans la société ,,

A'CtE tV, SCÈlSE tïl. 83

Les volag6^ dtfi'ours font les cœurs infulèles, Et qu'on n'est inconstant qu'aux inconstantes belles; Mais qu'aucUne maîtresse , eût-elle mille at'traits , Ne plairait à des yeux enchantés de vos traits. Enfin, voyez qu'ici l'estime m'est rendue, Que de touS vos parens ma cause est défendue , Et que l'opinion de leur ressentiment , Sitôt évanouie, était sans fondement.

LAURE

Sur vos indignes mœurs, monsieur, ma juste idée

N'est point évanouie, et vous l'avez fondée.

J'appris à vous connaître et ne changerai pas.

Ravisseur! vous n'avez égaré que mes pas :

Mon cœur sait vous juger comme il sut se défendre.

Ne m'espérez plus , vous , qui , croyant me surprendre ,

Avez brigué ma main par un trait odieux.

Rien pour moi n'est plus vil qu'un homme injurieux.

Qui, sans frein, et d'une âme envers soi peu jalouse.

Voulut se dérober l'honneur de son épouse.

Allez, je vous méprise.

NQRVILLE.

O grand Dieu! rétractez Ces termes de mépris...

LAlURE.

Non , vous les méritez.

Eh' supposez, monsieur, votre victoire infâme. Quel eût été mon sort , devenant votr^e femme ? D'un reproche éternel objet avilissant.

Je n'aurais devant vous paru c^u'en rougissant, Et mon lâche mari , qui m'aurait soupçonnée , Eût douté de ma foi par lui seul profanée.

D'un tel opprobre au moins je me sus garantir; Mais à vous épouser voudrais -je consentir? Le monde, qui connaît votre perfide adresse, Dirait qu'un vil hymen répara ma faiblesse ; Et, quoique vertueuse, un bruit calomnieux A votre épouse encor ferait baisser les yeux.

NORVILLE.

Mais on dira (combien vous en seriez blessée! )

Que par un séducteur Laure fut délaissée....

Souriez au projet d'un établissement

Qui va de tout Paris faire l'enchantement.

Ma richesse est à vous : belle comme vous l'êtes,

Brillez de tous mes dons , venez parer nos fêtes.

Je prodiguerai tout pour orner tant d'appas.

Cet éclat, ce bonheur, ne vous touchent-ils pas?

LAURE

D'une fille , monsieur , la plus belle parure

Est un nom que ne puisse attaquer l'imposture :

C'était mon ornement ; vous l'osâtes ternir ;

Et mon cœur resté pur est fier de vous punir.

Un luxe oii de mon choix reluirait l'infamie

Ne ferait éclater que mon ignominie.

Soit qu'on me méconnaisse et qu'un faux jugement

Accuse mon dépit ou mon délaissement ,

Votre tort m'a réduite à savoir me suffire ,

A ne plus me régler sur tout ce qu'on peut dire :

Ma conscience est là , qui me rassure en moi ,

Et d'accord avec elle on est bien avec soi.

NORVILLE.

Peut-être vos dédains seraient-ils moins rigides , Madame, si vers vous quelques soupirs timides

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