‹ Le corrupteurChapitre 87 sur 115 · ACTE IV, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE Vil

N'eussent déjà porté les vœux d'un autre amant Dont l'offre anéantit mon entier dévoûment. Ajouterais-je rien par cette jalousie A l'excès du courroux dont vous êtes saisie ? Elle peut donc paraître, et même vous nommer Le seul de mes rivaux que j'ose présumer.... Vous troublerais-je au nom de monsieur Évarisle? Cet ami de Damon, jeune homme austère et triste. Affecte plus que moi la pureté des mœurs : D'un rival tel que lui les hommages flatteurs....

LAURE

Non, monsieur, vous n'avez de rivaux dans personne. Ce jeune homme a, je crois, une âme droite et bonne; Il pourrait d'une épouse être le digne appui : Mais nul soin de sa part ne me tourna vers lui. Jamais aucun amour n'occupa ma pensée.

NORVILLE.

Comment ! votre âme est libre et demeure glacée ! Faites -vous consister les lois de la pudeur, Belle Laure , à garder cette extrême froideur ?

LAURE

Me préserve le ciel de me croire insensible! D'un légitime attrait mon âme est susceptible. Je sais que nous naissons pour faire le bonheur D'un homme généreux dont nous sommes l'honneur ; Que d'une femme tendre , affectueuse et chère , Le devoir est d'aimer, la gloire est d'être mère; Que l'amour d'un mari , l'amour de ses enfans , Récompensent son cœur de ses soins attachans. La douceur de ces nœuds , qui m'était réservée , C'en est fait; pour toujours vous ni'en avez privée.,..

Et les larmes qu'ici m'arrachent ces regrets Prouvent peu que mon cœur ne s'émeuve jamais.

NOHVILLE.

Vous les pleurez ces biens que j'offre de vous rendre.... Sans motif de refus , pourquoi ne pas m'entendre ? Puisque nul autre choix ne vous touche à présent, Puisque vous aimeriez ; ... Je vous suis déplaisant... Ma personne sans doute a choqué votre vue?...

LAURP.

Je la vois ce qu'elle est, de qualités pourvue; Et même, dût encor votre orgueil s'en targuer, J'appréciais les dons qui vous font distinguer; Les dehors gracieu^, le charme des manières. L'aimable urbanité , l'esprit et les lumières , Rehaussent trop en vous la fortune et le rang , Pour que vous paraissiez un homme indifférent : Mais vous gâtez ces dons par un usage infâme ; En un mot, je ne fais aucun cas de votre âme. Par système et par goût votre esprit corrompu Ne peut aimer le bien ni croire à la vertu. Croyez qu'il est pourtant une fierté réelle, Qui pariant sans jactance, et simple et naturelle, A l'estime des bons aspire en ses penchans , Et veut même éviter le mépris des niéchans. Oui , que tous mes parens , mes amis et le monde , Condamnent mes refus et l'honneur qui les fonde, Me respectant pour moi , je vous ferai savoir Que la pudeur est vraie et tient à son devoir; Et, la vengeant de vous par mon dédain extrême, Je forcerai le vice à rougir de lui-même.

NORVILLE.

Est-ce assez m'accabler?... Abjurez ce courroux :

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