LAVIGNE, MARTE
MARTE
JLavigne, il est bien temps de chanter ces antiennes!
J'ai beau te sermonner , tu fais toujours des tiennes.
Avec tan air benêt , voulant jouer au fin ,
Tu te laisses graisser la pâte ce matin ;
Et , gagné par le comte , à ses gens tu rapportes
Ce que tu crois savoir en écoutant aux portes.
LAVIGNE
Je n'ai tout entendu , vraiment , que par hasard.
MARTE
Entendu ! qu'est-ce ? quoi ? que sais^tu , babillard ?
LAVIGWE.
Dame ! si près de gens qui querellaient ensemble , A l'oreille il vous vient quelque bruit , ce me semble. A moins que d'être sourd , il faut , sans le vouloir , Qu'il en entre un peu plus que l'on n'en doit savoir.
MARTE
Lorsque l'on est discret, on s'éloigne, on s'écarte.,.
LAVIGNE
La curiosité m'a pris , madame Marte.
Commencer à mal faire est un grand embarras.
Ose- 1 -on reculer après le premier pas?
C'est comme qui dirait mes raisins qu^bn attrape ;
Dès qu'on en touche un grain , on prend toute la grappe.
MAllTE.
Qu'as - tu donc entendu pour être si tenté ?
LAVIGNE
Vous-même n'êtes pas sans curiosité...
MARTE
Apprends -moi quelle chose encor tu vas répandre, Maudite langue!...
LAVIGNE
En tout ce que j'ai pu comprendre, C'est que monsieur le comte a gagné la maison; Ainsi de me chasser on n'a plus de raison. Nos maîtres comme moi se sont laissé séduire. Mademoiselle seule est moins douce à réduire : On veut qu'elle l'épouse ; elle , dans ce fracas , Leur a déclaré net qu'elle ne le veut pas. De plus , elle prétend , de peur qu'il ne babille , Replâtrer devant lui l'honneur de la famille. Les injures de tous ne l'ont point fait broncher. Pour monsieur Evariste , oh ! c'était un rocher. Il était là : lui seul 4 par sa résistance De notre demoiselle appuyé la constance. Chacun mettait son mot , disait ceci , cela ; Evariste toujours ne partait que de là : Le comte est un coquin ; et dans mademoiselle Je vois tant de vertu que je plaide pour elle.