S |. DIAGNOSTIC POSITIF
Le diagnostic du coryza diphtériaue au cours d'une angine diphtérique offre, en général, peu de difficulté : quelques épistaxis prodromiques qui peuvent faire défaut, de l’enchifrènement, l'apparition d'un écoulement nasal, l'exacerbation soudaine des phénomènes généraux, tels sont les modes de début de l'affection. Cependant, un coryza ne peut-il pas apparaître brusquement au cours d’une angine diphtérique, sans que, pour cela, il soit diphtérique, autrement dit, l'inflammation ne peut-elle pas se propager de muqueuse à muqueuse indépendamment du bacille et des fausses membranes, se tra-
Nous croyons avoir observé nettement des cas semblables, et nous n'en parlerions pas, si Concetti, Somers et Gzemetschka, n'avaient cité eux-mêmes des cas où la présence du bacille de Lœæffler fut presque impossible à déceler, pendant la vie du malade, comme il arriva pour celui de Czemetschka (Ein fall von Rhinitis difterica bei einem Saüglinge. Prager Medicinische Wosch, 1894, n0° 38 et 39), où, pendant la vie les cultures furent toutes négatives, alors qu'au contraire, après la mort, onconstata de nombreux bacilles. Peut-être dans ces cas, comme dans ceux que nous avons pu observer, n'existait-il qu'une simple diphtérie du naso-pharynx, sans envahissement de la portion antérieure des fosses nasales, c'est pourquoi, pour la prise des cultures, nous conseillons de toujours introduire le fil de platine très profondément dans chaque narine.
Plus difficile est le diagnostic du coryza cdiphtérique apparaissant en tant que première localisation de la diphtérie. En présence d’un coryza aigu, c’est à la grippe qu'il faut songer chez l'adulte, à la rougeole ou à la diphtérie chez l'enfant, mais le plus souvent à cette dernière affection. Bretonneau donne deux excellents signes cliniques du coryza diphtérique que nous devons rappeler ici :
C'est en premier lieu, la sensation au doigt sous l'oreille, dans la région rétro-maxillaire d’un ou deux petits ganglions, et en second lieu la présence d'une rougeur érythémateuse unilatérale occupant la portion sous-nasale de la lèvre supérieure. Dans le coryza banal, en effet, cette rougeur serait bilatérale
OU ee (le coryza diphtérique, en effet, n'affecte le plus souvent qu'une seule narine).
L'examen rhinoscopique n'est pas absolument indispensable, car, outre ce moyen, et les deux signes précédents qui, certes, ont par eux-mêmes déjà beaucoup de valeur, nous croyons que l'aspect et la nature de l'écoulement peuvent, dans certains cas, fournir de très utiles renseignements, quand l'écoulement à l'aspect d’un ichor blanc jaunâtre, parfois quelque peu sanguinolent, tachant le linge en jaune clair, jaune verdâtre, jaune safran, jaune rougeàtre, écoulement reconnaissable aussi à son odeur sut generts, écoulement souvent incessant, en un mot, pour rapporter les propres expressions de Rüilliet : « écoulement fétide, abondant, jaunâtre», aussi, quand de telles taches se trouvent répandues sur l'oreiller, les draps, le traversin, la chemise d’un malade, elles doivent faire penser à la diphtérie, elles peuvent être aussi, il est vrai, le fait d’une otorrhée, mais on n'aura qu'à interroger le malade ou son entourage, si c'est d’un enfant qu'il s’agit, pour éliminer facilement cette cause d'erreur.
La constation-des fausses membranes est souvent malaisée, si elles occupent le rhinopharynx, si elles sont très minces. elles peuvent même manquer, car sont-elles la caractéristique évidente du coryza diphtérique ? Bien loin de là, car comme le dit Veillon (Semaine Médicale, de 1893. La diphtérie, étude bactériologique ; application au diagnostic, à la pathogénie et au traitement}, © 1l faut se garder de croire que la fausse membrane soit la caractéristique
de la diphtérie ; elle est simplement une lésion anatomique qui peut reconnaître des causes très diverses (agents chimiques, parasites variés entre autres staphylocoque doré, staphylocoque de l'érysipèle).
Toutefois, it faut reconnaître que si sa présence peut quelquefois tromper sur la nature de l'affection; bien souvent aussi, sa constatation met sur la voie du diagnostic. Parfois même, le jetage peut être insignifiant etce sont elles qui constituent le seul symptôme pathognomonique : « Dans ce cas, les malades resptrent la bouche ouverte. Les dents, les lèvres et la langue sont alors desséchées. Nous appelons d'une manière toute particulière l'attention du praticiensur ces symptômes qui, en apparence, peu importants peuvent cependant donner l’éveil sur la nature de la maladie, dans le cas où l'écoulement nasal manque ». Telles sont les propres paroles de Rüilliet et Barthez.
À part le coryza survenant au cours d'une angine diphtérique et ces cas de coryza isolé c’est-à-dire sans angine concomittante, mais dont l'aspect de l'écoulement éveille naturellement l’idée de leur nature, 1l y a encore des écoulements séreux, dont l'aspect ne rappelle aucunement celui de l'affection dont nous traitons.Ces coryzas sont ordinairement le reliquat d’angines diphtériques très bénignes ayant passé le plus souvent inaperçues : les productions membraneuses du fond de la gorge sont tombées, à peine un peu de rougeur, quelquefois un aspect dépouillé des amygdales : il y a là, évidemment une source de contagion, un diagnostic précis s'impose donc : les bacilles de la gor
ge peuvent avoir disparu,