‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 101 sur 130 · Préface à Don Carlos. Mél., t. XXXIII · texte numérisé non relu

Préface à Don Carlos. Mél., t. XXXIII

2. « Ceux qui aiment les cimetières, les têtes de mort, et les potences pour être émus, me paraissent des buveurs d’eau-de-vie la plus forte qui

ne peuvent plus goûter une boisson fraîche et agréable. » Préface à Don Carlos.

le prince estime le théâtre nouveau bien au-dessus du classique, car d'autre part, il jugè que certains héritages de la tragédie antique ont gâté bien des auteurs, surtout cette « maudite famille », ainsi qu’il qualifie Agamemnon, Clytemnestre, et Oreste.

Ligne n’a pas compris l'enthousiasme de ses contemporains. pour Chateaubriand'.Pour le Génie du Christianisme, il for-. mulait un bref éloge et reconnaissait que, peintre éblouissant, l’auteur avait des défauts qui feraient la fortune d’autres écrivains. Mais le jugement qu’il porte sur Chateaubriand ? frappe par sa clairvoyace : il le soupçonne d’être plus bel esprit que catholique, lui reproche trop de descriptions, de mythologie et de géographie; mais surtout, il le redoute au nom de l’avenir de notre littérature. Si Ligne ne prévoyait pas encore les innombrables émules de René dont Chateaubriand lui-même était importuné, du moins annonçait-il que son « trop grand luxe » engendrerait de mauvais imitateurs.

Il trouvait sa palette assez monotone. Ceci prouve combien plus large est l'esprit critique de Ligne que souple sa faculté de création : il comprenait bien qu'un des trésors du romantisme serait le chatoiement des couleurs, alors même que sa langue à lui demeurait le plus souvent abstraite et plus évocatrice de lignes et de qualités intellectuelles que de coloris .

Comme Diderot, comme Taine, Ligne estime que le climat, la nutrition, et plus encore la situation sociale déterminent le caractère d’un homme. « Si Charles XII avait été perruquier qu’aurait-il fait de sa passion pour la guerre? »

De l'étude du jargon conventionnel imposé par la comédie classique aux campagnards, Ligne a tiré une autre idée dont l'originalité séduit en ce début du xix° siècle car elle date des dernières années du Prince. Nous en trouvons trace dans un Dialogue entre Léonard et moi‘. Léonard est un domestique wallon du prince. Le fond du dialogue n’est d'aucun intérêt. Mais le prince, avec une intention certaine, fait employer à

1. Lettre à Mme de Staël, 8 juillet 1811. Nouv. Rec. de lett. Weimar, t 1,,p-192 et Ann. P; de L.,t. Il, 1921, p: 212.

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