Lettres sur les Spectacles, éd. du Cent., p
symphonie allemande, champêtre ou militaire. Cependant, il ne goûta jamais l’opéra allemand, où il y avait à son avis « trop de tonnerre, de magie, de monstres, de métamorphoses et de tapage ».
Dans les grandes lignes, le prince se déclare donc pour l'esprit méridional filtré à travers le goût mesuré de la France; et alors que Rousseau, par exemple, jugeait la langue française peu faite pour s'adapter aux nécessités musicales, le prince estimait au contraire l’alliance très possible. Car, ainsi que la majorité des Français, Ligne s’intéressait bien plus à la diction qu’à la qualité de la voix, au contraire des Italiens, et à l’action scénique plus qu’à l’orchestration.
C'est pourquoi il préférait l’opéra-comique où l'orchestre, dit-il, est fait pour soutenir et assurer les voix. Il réduit le rôle de l'orchestre à l'accompagnement. Et sans doute a-t-il la même idée pour l'opéra, puisqu'il ajoute simplement que les instruments ne doivent pas accaparer l'attention comme dans les concerts ou les églises !.
Ainsi que ses contemporains, Ligne exprime une grande admiration pour Grétry, Monsigny, Daleyrac, dont les œuvres sentimentales faisaient les délices de Paris et de la cour, ainsi que pour Quinault, né en Bohème mais d'éducation française.
Un autre musicien, que la postérité place au-dessus de ceuxlà, Gluck, allait influer à son tour sur notre pays, non sans quelque bruit. Le prince se trouvait à Paris, lorsque, en janvier 1778, s'éleva la grande querelle entre les piccinistes, partisans de la musique italienne, et les glückistes. Le succès de Gluck s’affirma-grâce à la protection de Marie-Antoinette qui avait été son élève, et à qui l’on dut ainsi la réforme de lopéra.
Ligne le rencontra certainement auprès de la reine. Il apprit au musicien le peu de français que Gluck devait jamais savoir. Le prince s'était déclaré pour lui, « le fondateur du drame lyrique français », bien avant la querelle, bien avant la représentation d'Orphée (2 août 1774), dès son Siège de Cythère.
Or, qui était Gluck, sinon à première vue un cosmopolite, un esprit qui avait subi de nombreuses influences? Il avait traversé Londres, pris connaissance de l’œuvre de Rameau en