‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 108 sur 130 · IT L'ART DES JARDINS · texte numérisé non relu

IT L'ART DES JARDINS

Nous ne saurions avoir du Princede Ligne une idée complète si nous n'observions son œuvre en fait de jardins. Par héritage, il détenait un des plus beaux parcs d'Europe’. Il avait grandi au milieu des travailleurs qui l’achevaient et lui-même, enfant, avait pour distraction favorite la construction de jardins imaginaires.

Par suite d’une telle initiation, l’examen du jardin autant que celui du langage ou de la physionomie fut pour Ligne un moyen de connaissance psychologique des pays qu’il visita.

De même qu’au xrr° siècle, suivant la parole de Raoul Glaber,

1. Les « Délices des Pays-Bas » le mentionnent comme intéressant même après une visite à Versailles,

l'Europe se vêtait d’une blanche robe d’églises, elle s’ornait au xvir1° siècle de la verte parure des jardins. Jamais ils ne furent en plus grande faveur et le Prince les vit s'épanouir au cours de ses voyages.

À la doctrine de Le Nôtre succédait celle de Kent et l’on avait à choisir entre le dessin à la française et les modèles pittoresques venus d’outre-Manche.

Ligne, qui vit les œuvres et lut les controverses, écrivit lui aussi sur ce sujet où sa compétence est indiscutable. Ses contemporains lui demandèrent des conseils, en reçurent même quand ils n’en demandaient pas, et son ouvrage, pour lequel il avait du reste une prédilection, est fort estimé des professionnels modernes".

Dans sa retraite, à Vienne, il complétait ses observations sur les jardins, mais en parler n’était alors pour lui qu’une consolation de ne plus pouvoir en faire. Car, en cette matière, son œuvre fut double. Il ne se contenta pas de décrire, d’un coup d'œil « une grande partie des Jardins de l’Europe? », ni d'émettre des principes, mais il créa de nouveaux éléments à Belæil, à Baudour, plus tard au Kahlenberg, partout où il posséda quelque parcelle de terre. Jusqu'à la fin de sa vie, il ne cessa de se tenir au courant des importations etinnovations qui marquaient à ses yeux experts des dates dans l’histoire de cet art. Car, pour lui, c’est un art, qu'il ne confond avec nul autre et met bien au-dessus de tous. Si le Prince a une prédilection ‘pour l’art des jardins, c’est qu’il est à la fois le plus universel, le plus complet et le plus intellectuel ; il s'apparente avec l'art

militaire — M. de Lascy n’établissait-il pas les dispositions du terrain de sa villa comme il faisait pour la bataille à Hochkirk et à Maxen*°? —, avec la peinture, puisqu'il faut

iuger d'avance des lignes et du coloris, des masses d’ombres et des accidents de lumières#, avec la littérature, par la simili-

1. Lorsque madame de Staël voulut entreprendre l’anthologie des œuvres du Prince, c’est le Coup d’æil qu’il proposa tout d’abord. I1 donne ce même ouvrage aux frères Walther, ses éditeurs pour les t. VIII et IX des Mélanges.

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