Coup d’œil sur Belæil, p
2. Cf. Duchesne, Sur la formation des jardins. Paris. — Duc d'Harcourt, Traité de la décoration des dehors, des jardins et des parcs, publié par le Comte de Ganay, Émile Paul, 1919.
Pour les ouvrages anglais : Whately, L'art de former des jardins modernes, traduit en 1771 et Walpole, Æssai sur l’art des jardins modernes en 1785.
On a cité à maintes reprises la profession de foi du Prince : « Mon cœur est pour l’irrégulier. » Or, le parc anglais qui, originairement, y tendait, n’a bientôt donné l'impression que d’une irrégularité prévue. C’est de quoi Ligne, du reste, a profité pour substituer à cette inexacte définition, le mot de naturel.
À ce sujet, on peut relever quelques indices de la partialité du prince à l'égard des Anglais. La mauvaise humeur qu’il leur témoigne le pousse à réduire le rôle considérable qu'ils jouèrent dans la création des jardins du xvitI‘ siècle.
Lorsqu'il leur conteste l'invention du jardin irrégulier, il est dans le vrai, et s’il va ainsi contre la première opinion exprimée par le marquis de Lezay-Marnesia', l’attribuant à Bacon’, il tombe d’accord cependant avec le duc d’'Harcourt qui avait écrit : « Il n’y a que deux genres : le chinois et le français. » 7
Le jardin romantique était chinois comme le prouve la survivance des constructions chinoises (kiosques, ponts, etc.) malgré la disparition rapide du jardin véritablement anglochinois. D'autre part, la Chine était connue en France depuis Louis XIV aussi bien qu’en Angleterre. Néanmoins, c’est aux Anglais que revenait la première œuvre d'adaptation et de transposition des éléments chinois, et leur rôle d’intermédiaires ne saurait être contesté.
Ligne souhaitait qu'on cherchât de nouveaux éléments de jouissance, que non seulement on raffinât les combinaisons des couleurs mais qu’on joignît à leur effet visuel, celui des odeurs. Cette idée n'aurait pu venir à qui n'aurait humé dans les jardins orientaux des variétés de roses au parfum plus pénétrant.
Il ne faut pas craindre le bizarre pourvu qu'on puisse toujours se justifier devant les principes de la raison, et qu’on ne tombe pas dans le rococo.
Du romantisme, Ligne accepte, de façon surprenante, tout le bric-à-brac et le pathétique. Est-ce pure moquerie? Comment expliquer, à moins d'admettre un subit accès de soumis-
1. Essai sur la Nature champêtre, Paris, 1787. 2. E. de Ganay, Les jardins à l'anglaise en France au XVIIE siècle, Paris, Van Oest, 1925.
3. Cf. Mémoires des Missions du Levant, Leftres édifiantes, du P. Attiret.
sion aveugle à la mode, ce curieux passage’ sur le lac du prince Esterhazy en Hongrie occidentale? Il ne s’agit point d’une de ces pièces d’eau artificielles, mais d’un véritable lac, « immense, plus grand que ceux de la Suisse ». Or, voici que Ligne souhaiterait le rendre « intéressant > par toute une mise en scène dramatique : des fanaux, une tour, des écueils supposés, des monstres imaginaires, des histoires de corsaires, des pavillons pour les pêcheurs, des inscriptions de naufrage, un temple au dieu marin, des escaliers et des balustrades de pierre. Nous lui savons gré de borner là son énumération.
Mais si l’œuvre de son imagination relève ici du pire « romantik », il faut se rappeler que le sentiment qui le permet est justement le plus « anti-romantik » : l’incompréhension des charmes d’un lieu sauvage.