‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 24 sur 130 · Mél. milit., litt. et sent., t. XXI, n · texte numérisé non relu

Mél. milit., litt. et sent., t. XXI, n

n’est pas encore venu où l’on croit affirmer l’amour pour son pays en nourrissant à l'égard des autres une proportionnelle inimitié. Les querelles sont affaires entre souverains, non entre nations. On ne croit pas trahir en admirant un pays étranger, en se mettant momentanément à son service.

Voici comment répond Roger de Damas au comte de Ségur qui lui demande ce qui l’a engagé à venir à l’armée russe plutôt qu’à l’armée turque, alors que les Turcs entretenaient officiellement de bons rapports avec le roi de France. « Deux seules raisons, réplique-t-il en riant : la première qu'en cas de faute j'aime mieux être décapité qu’empalé; la seconde, qu'en cas de succès et de gloire, je me trouve plus à portée des rédacteurs de gazettes. » Le jeune homme ajoute dans ses Mémoires : « Je disais au comte de Ségur la pure vérité; on conçoit qu’à cette époque, en France, un homme de vingt-deux ans n’y regardât pas d'aussi près en politique, surtout après une paix de trente ans. L'idée ne me serait pas venue d’aller chez les Turcs quelles que pussent être les relations de mon pays avec eux, mais heureusement la France avait à cette époque des ménagements de préférence pour la Russie, ce qui fit approuver mon séjour à l’armée par la cour‘. »

C'est dans un même état d'esprit que Charles-Joseph de Ligne songea, par suite du désespoir où le réduisait la prolongation de l’état de paix, en 1782, à aller servir au siège de Gibraltar, (il en avait « escamoté » la permission), ou en Corse, ou en Amérique, malgré son antipathie pour « ce parti de rebelles ». D'ailleurs on lui retira ces autorisations.

De lui-même, il eut à refuser les propositions qui lui furent adressées par Choiseul au nom de la France et par Henri de Prusse qui lui offrait le gouvernement de Stettin.

Il préféra rester au service de l’Autriche, mais il n’en est pas moins vrai qu'il songea à demander un congé pour aller courir sa propre aventure. Bien que cette conduite s’inspirât des traditions les plus reculées, le xvirI‘® siècle en avait élargi, semble-t-1l, la coutume : le père de Charles-Joseph, ainsi que nous l’avons vu, se drapait dans un refus plus vigoureux en présence des offres de Frédéric.

La culture de Ligne, ses voyages à travers l’Europe l'avaient

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