‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 26 sur 130 · Arch. de Belæil · texte numérisé non relu

Arch. de Belæil

Du plus grand des mortels, des soldats et des rois Peuples, voyez ici l’image. »

constitution de l’armée impériale. Au début des Préjugés militaires, Ligne explique que chaque colonel mit son honneur à l’'écarter du règlement établi par le maréchal Daun et à en établir un à son tour. C’est ainsi qu’il rédigea lui-même, à la suite des Préjugés, les Fantaisies militaires, correctif proposé. Mais entre temps, Lascy revisa le règlement et dès lors, le Prince retire ses projets de transformation : [a constitution est un chef-d'œuvre, bien au-dessus de tous les règlements des autres pays, France ou Prusse, qu'il a étudiés.

Grâce à elle, les officiers peuvent bénéficier de la formation la plus complète, car, sans sortir de l’armée autrichienne, ils passent par des régiments les plus divers.

Parmi les nationalités multiples qui composaient cette armée autrichienne, le Prince attribuait une excellente influence sur l'esprit général aux cent mille Hongrois ou Croates, et surtout aux vingt mille Wallons qui s’y trouvaient mêlés. Le Prince, en examinant impartialement les qualités guerrières de toutes les races rattachées à la couronne d’Autriche, trouvait la race wallonne spécialement apte à la guerre, et réclamait pour elle plus de considération qu’on ne lui en accordait. Il célébrait les merveilles des bataillons de recrues du prince Charles qui brillèrent pour leur baptême du feu à Dettingen, sous le nom de régiment d’Arberg. En Espagne, le régiment des gardes wallonnes était « le corps le plus distingué de l’Europe ».

Ligne s’est toujours maintenu dans cette opinion et, s’appuyant sur les faits, il resta fidèle à la haute idée qu'il avait à neuf ans de son régiment. (Dans ses mémoires il écrit : « C'était déjà un régiment de héros. »)

Ainsi, pour Ligne, il n’y a point d'armée au monde supérieure à l’armée autrichienne, point d’élément supérieur à l'élément wallon, point de régiment supérieur au régiment de Ligne! Voilà de l'esprit de corps!

Mais l'attachement à la Wallonie ne se borne pas chez Ligne à cette admiration pour les soldats qu’elle produit. Il a l’orgueil de sa province dont les possesseurs « ont disputé de force et de splendeur aux rois de France ». De toutes parts, autour de Belœil subsistent des vestiges d’un glorieux passé.

Suivons les phases par lesquelles Ligne passa dans son désir de concilier cet attachement profond aux Pays-Bas avec son loyalisme de prince et général d'Empire.

Tant que l'intérêt des Pays-Bas et l'intérêt de l’Empire sont identiques, la situation du prince, en fait, est toute simple. Travailler au bien-être et au bon fonctionnement des troupes wallonnes, c’est assurer en même temps la force de la Maison d'Autriche. Le ton seul penche un peu en faveur des unes ou de l’autre suivant qu’il s'adresse à l'Empereur ou aux Wallons. Dans un Mémoire à Joseph Il‘ il assure que l'amour de l'armée lui tient plus à cœur que tout autre : c’est pourquoi « soldat et citoyen à la fois, il ne va jamais à l’assemblée des Etats des différentes provinces » de peur d’y être souvent seul de son avis. Néanmoins, dans ce même Mémoire, le prince, après avoir fait l'éloge habituel des vertus wallonnes et assuré que les Pays-Bas, par leurs ressources, sont la métairie de la Maison d'Autriche, conseille habilement à l'Empereur de leur laisser leurs privilèges. Il fait l'éloge aussi du pays au point de vue stratégique (rivières, canaux, haies et grands champs) et peut-être y a-t-il ici une double intention : ce pays est extrêmement utile à l'Empereur, mais susceptible de belle défense en cas de rébellion.

Par contre, tandis qu’il félicite, dans un autre mémoire?, les Pays-Bas de ce que leur armée servirait à la défense exclusive du territoire, ici il laisse entrevoir à Joseph II qu’elle pourrait être utilisée pour la défense des autres possessions de l'Empire.

En somme, Ligne se montre préoccupé de développer sa province sans menace pour la couronne. Il se cantonne volontairement dans ses comptes rendus de militaire et d’économiste, et assure qu’il est inapte à considérer le point de vue politique. Il défend avec un zèle égal l'honneur militaire des Wallons et celui des Autrichiens : si on fait allusion à la rapidité avec laquelle les troupes de Maurice de Saxe s’emparèrent des places du Brabant, il proteste vivement’ qu’une « bien petite poignée d’Autrichiens confondue dans un grand nombre de méchants alliés » leur avait été opposée.

Ces méchants alliés, ce sont les Hollandais : sur ce terrain, il y à identité entre les sentiments de la Wallonie et de l’Empire à leur égard : les Provinces-Unies sont l'ennemi commun.

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